Coucou ! Je suis désolée pour ma longue absence, mais j'avais promis de finir l'histoire et c'est ce que j'ai fait. Je sais bien que j'avais dit une histoire longue, mais je n'y arrive plus, j'ai vraiment beaucoup de mal à écrire de la fanfiction parce que, désormais, j'écris des romans et des nouvelles sous le pseudo "Alice Gou", sur Wattpad, et ça me fait vraiment du bien d'écrire mes personnages. J'espère que vous serez heureux de lire ce chapitre, le dernier d'une histoire qui m'a énormément tenu à cœur, et ensuite, l'épilogue qui est en cours d'écriture (mais je ne vous promet rien sur la date, on ne sait jamais). Les choses s'enchainent vite dans cette dernière partie puisqu'il me fallait mettre un point final à l'histoire, mais c'est une histoire de vie et je vous demanderai pour l'épilogue de garder en tête que dans la vie, rien est acquis.
Année 2003. Avril.
Lundi.
Luffy sauta sur ses pieds et descendit les escaliers rapidement en entendant la porte claquer. Du haut de ses un mètre soixante-douze, Luffy restait musclé sans avoir l'air d'un bodybuilder comme son frère de son vivant. Ses cheveux bruns virevoltaient sans chapeau, car le fait de le porter lui rappelait tous ces moments passés avec Ace, et il était encore fragile sur ce point, à tel point que ses yeux noirs avaient un peu perdu de leurs éclats et que son sourire n'était jamais aussi grand que lorsqu'il était plus jeune. Mais aujourd'hui était un jour particulier : Zoro l'emmenait devant la fac de Law, où son copain avait encore cours.
A déjà vingt-quatre ans, Law était devenu encore plus canon qu'à l'époque où Luffy l'avait remarqué pour la première fois, et il restait, malgré la concurrence, très amoureux du lycéen qui partageait sa vie. Pas un jour ne passait sans qu'il ne pense à lui, il prenait de ses nouvelles très fréquemment et il cherchait toujours le regard de Luffy quand il arrivait quelque part, quand bien même il savait très bien qu'il ne l'y trouverait pas. C'était un automatisme, et sa manière à lui de dire les mots qui lui chatouillait toujours le bout de la langue sans qu'il ne daigne les faire sortir : il avait dit une fois « tu es l'homme que j'aime » au petit brun, jamais plus, et bien qu'il pensât un « je t'aime » énergique au moment où son petit-ami lui tomba dans les bras à la sortie des cours, il ne parvint pas à le laisser sortir.
« T'as passé une bonne journée ? S'enquit le môme.
-Ouais. » Devant le manque de détails apportés par le plus vieux, Luffy fit la moue. Comme Law s'en aperçut, il s'empressa d'ajouter, bien que de la manière la plus décontractée possible (il avait une réputation de type froid et calculateur, par ici) : « Mais elle est encore mieux depuis que t'es là.
-Shishishi ! Je t'aime !
-Hum, hum. » Acquiesça Law, sans répondre cependant à la déclaration devenue fréquente dans son couple. Il ajouta néanmoins à la conversation : « Tu viens à l'appart ce soir ?
-Bien, ouais, Zoro est reparti et j'ai la flemme de te raccompagner et de refaire le chemin jusqu'à chez moi… Et j'ai aussi vachement envie d'être avec toi ! » Law esquissa un micro-sourire.
Nami avait changé, et le moins qu'on puisse dire c'était que les reproches fait par Zoro à son égard n'avait fait que prendre encore plus de place : ses un mètre soixante-dix et sa taille de guêpe, ses cheveux flamboyants et ses yeux malins, ses jambes interminables et sa poitrine généreuse, ne lui servait qu'à séduire une multitude de garçons trop bêtes pour ne pas comprendre qu'elle les larguerait dès qu'elle trouverait quelqu'un d'un peu plus riche. Due à son enfance pauvre, elle avait toujours été le genre de fille à s'accrocher plus à l'argent qu'aux sentiments, et elle n'y voyait là aucun problème. C'était de ce fait une voleuse hors pair, capable de vous détrousser en moins de temps qu'il ne faut pour dire « bordel » sous le coup de la colère. Autrement dit, sa raison de vivre, c'était l'argent, et elle ne voyait absolument aucun intérêt à tomber amoureuse : pour elle, ce n'était rien d'autre qu'un truc de môme, l'amour. Par exemple, elle croyait certes en l'amour inconditionnel que se portait étrangement Franky et Robin, elle croyait aussi en l'amour qu'Ussop et Kaya s'échangeait, et elle pouvait tout à fait croire en l'amour que Luffy portait à Law. Mais de là à croire que la réciproque de cet amour puisse être vrai ? Non, certainement pas. Et pour cette même raison, elle ne croyait pas pouvoir un jour tomber amoureuse d'un homme. Alors que lui arrivait-il, là, alors qu'elle était assise aux cotés de Vivi dans ce café pour des retrouvailles émouvantes à la fin d'une journée de cours éprouvante et qu'elle voyait au loin cet homme à la carrure impressionnante, avec un beau sourire aux lèvre, une chemise à moitié ouverte, un short hawaïen à peine à la fin de l'hiver et sa bande de potes riante l'entourant ? Voilà une question à laquelle elle priait pour avoir une réponse immédiate. Le plus troublant, certainement, avec cet homme, c'était qu'en réalité, il n'était même pas exceptionnellement beau : un nez trop long, des dents trop pointues, des yeux trop carnassiers. Mais, pourtant, quelque chose la poussait à ne pas quitter l'homme des yeux. Vivi poussa un petit cri aigu, attirant son regard sur elle :
« Et alors, là, il a fait quoi ? Il a fait quoi ?
-Quoi, quoi ? La pressa Nami.
-Il m'a demandé si je voulais devenir sa petite amie ! Oh mon Dieu !
-Et alors ? Il embrasse bien ?
-Quoi ? Mais on ne s'est pas embrassés !
-Mon Dieu… »
Sanji pressa le pas, gêné par ce regard pressant qu'il sentait souvent sur lui. Tout ça le fatiguait, en fait. Il passait son temps à faire des allers-retours et à chaque fois qu'il sortait, il sentait ce regard sur lui. Oh, il n'était pas fou : pour s'être déjà retourné, il savait pertinemment qu'on le regardait. En soit, le fait ne le dérangeait pas mais l'insistance de l'homme qu'il avait surpris, elle, oui. Il se consolait ou se rassurait en se répétant que tant qu'il ne l'abordait pas ou n'abordait pas ses amis, tout allait bien, mais parfois il était tenté de renouer avec ses vieilles habitudes et d'envoyer son pied dans la face de ce « malpropre ». En plus, ce n'était pas flatteur parce que l'homme était loin d'être son genre (parce que Sanji, il aime les femmes, et les cheveux verts). Mais si Sanji avait dû décrire l'autre, il aurait dit ceci : là où les cernes de Law le rendaient magnétique, celles de cette homme lui donnait juste le regard plus lubrique, regard loin d'être exceptionnel puisque ses billes noires étaient tout ce qu'il y avait de plus bateau, son menton était rasé, mais mal, son teint cadavérique, son corps maigre et sec. Et son sourire, qu'il venait à l'instant d'adresser au blond était tellement malsain qu'un frisson d'horreur parcouru son échine et qu'il pressa le pas pour semer ce voyeur.
Zoro en avait vu beaucoup, des crétins qui pensaient sincèrement pouvoir se lancer dans la musculation sans effort : okay, ça paraît facile à faire dans les pubs, mais croyez-le, ça ne l'était pas, mais alors, pas du tout. Déjà, on ne commençait certainement pas avec tel ou tel poids sous prétexte que ça paraissait tellement plus classe de soulever ça plutôt qu'un seul kilo de chaque côté. Sauf que quand on garde ses deux bras en l'air pendant plus de dix secondes avec un kilo de chaque côté, ça commence à devenir vraiment, vraiment, vraiment lourd.
« Bon, alors je vous le répète, hein, vous commencez ! Donc, vous ne pouvez pas soulever d'un coup cinq kilo et faire comme les bodybuilder dans les pubs pour du parfum, ou du déodorant ! »
Si on lui avait dit, quand il avait décidé de devenir coach sportif en musculation dans ce tout petit centre qu'il tomberait sur des cas pareils, il aurait sûrement retiré immédiatement son CV.
« Mais je veux soulever ces poids ! »
Zoro poussa un soupire à s'en fendre l'âme : il aurait dû rester avec Luffy, bon Dieu oui, il aurait dû. Une seule pensée percutait dans sa tête : vivement la fin de cette journée.
Robin reposa son livre, tournant la tête vers Franky. Elle et lui étaient en couple depuis un long moment mais c'était toujours surprenant pour telle ou telle personne la connaissant : comme si ils venaient d'apprendre qu'elle savait se servir de ses attributs. Bien sûr, de par sa nature de femme froide, distante et souvent glauque, il lui arrivait très peu d'être comprise, Franky lui-même ayant du mal, par moment. Parfois, elle se demandait même ce qu'ils foutaient ensemble : elle si froide, calculatrice et glauque, lui si sympathique, bon public et plutôt pervers. Pas du tout sur la même planète, les deux tourtereaux. Elle avait bien sûr déjà abordé le sujet avec l'homme qui s'était au passage refait une coupe, mais celui-ci lui avait dit que Law et Luffy aussi étaient différents, et que ça ne les empêchaient pas de sortir ensemble, ce qui avait vraiment réconfortée Robin.
Jimbe poussa un soupir qui aurait fendu le cœur de n'importe qui s'il n'était pas seul. Comme d'habitude. En fait, Jimbe était toujours seul, comme un con. Il en avait d'ailleurs plus que marre. Koala, sa fille, ne l'appelait pas, et il était seul. Sérieusement, complètement, carrément, seul. Ça, c'était le genre de chose qui lui faisait regretter l'époque où il était marié. Avant de se rappeler que son ex-femme était une voyante complètement dingue et que sans son divorce, il n'aurait pas pu continuer à s'occuper de Luffy. Et c'était impensable. Jimbe préféra donc se lever de son fauteuil plutôt que rester y pleurer et il sortit pour se balader. Alors qu'il tournait au coin d'une rue, il percuta malencontreusement de plein fouet une femme. Elle avait entre vingt et trente ans, ses cheveux était teints en vert (c'est la mode ou quoi ?) et ses deux grands yeux noirs inquiets étaient posés sur un gamin qui devait être adolescent, peut-être l'âge de Luffy quand il avait commencé sérieusement le basket, à treize, quatorze ans. Le gamin avait la peau blanche de sa mère et ses yeux, mais des cheveux aussi orange que ceux de Nami et aussi intenses que ceux de Shanks.
« Excusez-moi, dit Jimbe, attirant l'attention de la femme. Désolé. » Il tendit la main au gamin qui la prit avec reconnaissance et le remercia une fois debout. Bien élevé, ne pût-il s'empêcher de remarquer.
« Ce n'est rien, répondit l'autre. » Jimbe réfléchit et finalement, peut-être un peu incité par la beauté de la femme, il dit :
« Je vous paye un café et un croissant pour me faire pardonner ?
-Un pain au chocolat ! Marchanda le môme.
-Eh bien, tu es dur en affaire mais ça me va ! » Jimbe tourna la tête vers la dame qui aquiesca et dit à son tour :
« Au fait, lui c'est Pappag, moi c'est Camie, et je préfère le thé. »
Pourtant, Brook savait qu'il ne fallait pas jouer dans la rue si on ne voulait pas passer pour un SDF aveugle. Il le savait depuis un long moment. Une fois en jouant du violon pour distraire les vieilles dames dans un parc, il s'était fait une fortune. Il avait trouvé ça malhonnête, mais il était reparti avec l'argent. Du coup, il s'était juré de plus jamais le faire. Alors, quand une gentille dame d'un peu près son âge d'après sa voix l'informa qu'elle avait déposé un billet de vingt dans son étui à violon, il la poursuivit pour lui rendre le billet (et lui demander la couleur de sa culotte). Elle lui demanda immédiatement si elle était son coupe de foudre et s'il voulait l'épouser, et comme il ne savait d'un coup plus ou se mettre il lui demanda bêtement son nom. Lola. Lola était aussi folle que lui… Il reviendrait dans ce boulevard plus souvent.
Ussop et Kaya, c'était tout une histoire. Genre, l'histoire d'amour la plus guimauve au monde, digne des films hollywoodiens et leurs scénarios cent fois répétitifs (« ennuyant », aurait dit Nami, en bonne non-croyante de l'amour). Du coup, Ussop et Kaya avait toujours été un couple, toujours été certains de s'aimer et en plus, ils s'étaient fiancés comme si tout ça n'était qu'une prolongation de ce qui avait déjà été décidé. Tout ça, c'était normal. Passionnant à sa façon, passionnant pour eux, mais normal, aussi. La prochaine fois, Ussop y réfléchira à deux fois avant de proposer quelque chose à Kaya pour leur avenir : l'organisation, ça craint.
Chopper, Tony, ou je ne sais quel surnom débiles inventés par Luffy (à croire que c'était ça, sa passion), avait toujours été la peluche de tout le monde jusqu'au jour maudit où il avait rencontré Wanda et Carrot. Wanda le bassinait sans cesse pour qu'ils aillent draguer ensemble parce que « draguer avec un hétéro pour une lesbienne, c'est juste le paradis » et Carrot le tabassait tranquillement (et gentiment, tout de même), parce que c'était son passe-temps de maltraiter ses amis. Il n'était plus une peluche toute douce et gentille, il était vraiment quelqu'un, quelqu'un d'important. Ensuite Wanda s'était mise en couple avec Monet (Corazon s'était plaint qu'il n'aurait pas de petits-enfants légitimes, et Law lui avait balancé qu'eux-mêmes avaient été adoptés, ce qui l'avait bizarrement revigoré) et Chopper s'était retrouvé à passer le plus clair de son temps avec ses amis qui le prenait pour une peluche, ou avec Carrot. A ce moment-là, il s'était aperçu que la jeune fille était plus fragile qu'elle n'en avait l'air. Mal d'être ainsi séparée brusquement de sa meilleure-amie, Carrot avait perdu de son répondant et passait le plus clair de son temps à elle à pleurer dans les bras de Chopper. Et ç'avait touché le petit Chopper qui avait senti son cœur battre soudain plus vite. Alors il était décidé (et Hina l'avait remonté à bloc avec Luffy), il ferait sa déclaration à Carrot cette semaine, voire pourquoi pas carrément le lendemain.
Cette semaine-là paraissait donc la plus intéressante de l'année pour beaucoup.
Mardi
Tony avait préparé tout son speech : un bon truc bien long que Wanda aurait qualifié d'ennuyant si elle avait été au courant de ses attentions, mais il préférait qu'elle ne les apprenne jamais, voir le plus tard possible. Il descendit quatre à quatre les escaliers de la grande maison de plus en plus désertée par ses occupants et se planta devant Luffy tout juste rentré de chez Law (lequel campait sur l'un des tabourets du bar en attendant que Luffy ait fini le petit-déjeuner). Son ami releva la tête et lui fit un sourire encourageant :
« Tu y vas ? Demanda-t-il, faisant froncer les sourcils au plus vieux, pas au courant.
-J'y vais confirma gravement Chopper. » Et comme il ne se sentait pas de mentir à son ami il ajouta : « Je suis stressé !
-A propos de quoi ? Demanda finalement Trafalgar qui ne comprenait définitivement rien.
-Rien, rien, éluda Luffy. » Avec un sourire encourageant à Tony il ajouta : « Bonne chance ! Ait confiance en toi !
-Si elle dit non ?
-Tu me rappelle ce que tu disais à propos de Law quand je me prenais des refus dans la tronche ? Rit le jeune brun.
-Oui, rappelle-lui, fit le concerné avec un regard menaçant.
-Je me souviens de ce que je disais, Lu'. C'était pas franchement cool.
-Ben je te dirais ça si elle te snob.
Merci ! Fit-il à son ami, reconnaissant, avant de quitter la maison d'un pas enjoué, laissant l'adulte et le lycéen à leurs futures explications. »
Law lança un regard peu amène à son petit-ami, ce que fit sourire ce dernier. Le sourire en question déclencha un froncement de sourcils chez l'étudiant qui fit rigoler le petit brun. Le plus vieux posa finalement sa question :
« Qu'est-ce que vous disiez sur moi quand je te lançait « un refus dans la tronche » ?
-Pleins de vilaines choses, pouffa l'autre. » Law passa derrière le bar et enlaça la taille de son petit-ami avec son bras droit, lui susurrant à l'oreille :
« Et c'était quoi ces méchantes choses ? » Et comme Luffy ne répondit pas, il le chatouilla, le faisant s'écrouler de rires par terre.
Brook paya les cafés à tâtons (il savait reconnaître l'âge d'une personne à la voix, mais l'addition, tant qu'il pouvait l'éviter). Lola l'avait trainé là et il n'aurait pas pu l'en dissuader. Bon, elle s'était plainte tout le temps qu'elle était trop grosse et que c'était pour ça que personne ne voulait l'épouser mais Brook en avait rien eu à foutre, parce que c'était Brook, et que le jour où il s'offusquerait de quelque chose, ça voudrait dire que c'était la fin du monde, ou que Luffy n'aimait plus Law, chose encore plus improbable que la fin du monde. Il la laissa encore déblatérer sur sa vie, pas dérangé le moins du monde, parce qu'il commençait à avoir l'habitude, comme s'il l'avait toujours connu, alors qu'ils avaient juste déjeuné ensemble et que, techniquement, il ne la connaissait que depuis deux ou trois heures, peut-être quatre. Il perdait complètement la notion du temps, maintenant. Alors que la femme s'extasiait sur Laboon qui était « trop chou ! », Brook se permit enfin de lui faire une remarque (il connaissait sa vie en long en large et en travers, il pouvait se le permettre, nan ?) :
« Lola, peut-être que tu veux te marier trop vite, tout simplement.
-Tu crois ?
-Tu n'as jamais songé à tomber amoureuse, avant ?
-Je croyais que personne ne pouvait m'aimer… »
Sanji accéléra encore le pas. Il n'en pouvait plus. C'était la première fois que ce type le suivait autant que ça. Il se résolut à faire un détour avant de rentrer : hors de question de mettre ses amis en danger. Il fit donc demi-tour mais rentra dans un torse qu'il connaissait bien.
« Putain, sale algue, tu peux pas faire gaffe, merde !
-Qu'est-ce qui se passe, lui répondit Zoro. » Il avait perçu un truc, dans le discours du blond, comme un appel à l'aide inavoué. Son ami le traitait d'algue, d'algue verte, ou de saleté d'algue, oui. Pas de « sale algue ». Une nuance très peu remarquable mais qui, combinée à son regard fuyant et à sa précipitation avant qu'il ne lui rentre dedans, donnait un cocktail explosif. Le cuisinier murmura entre ses dents :
« Y'avait un type derrière moi. Il est toujours là ? Putain, dit-il en le voyant hocher la tête. Ça fait des jours qu'il me suit ce con ! » Alors Zoro fit craquer ses doigts, apostropha le type en question et le poursuivit jusqu'à ce que le mec rentre dans un flic.
« Tu vas tout de suite arrêter de suivre mon pote, grinça le vert alors que « le pote » les rattrapait enfin. Si t'arrêtes pas, je l'incite à porter plainte. Okay ?
-Okay, souffla l' autre, terrifié devant l'air du mastodonte en face de lui.
-Merci…
-Gin, souffla-t-il encore.
-Gin. » Et ils se séparèrent là, laissant un policier choqué sur le trottoir. Sanji le remercia en murmurant, presque regrettant de ne pas avoir pensé plus tôt à cette menace existentielle qu'est l'idée de porter plainte.
« De rien. Et la prochaine fois, si y'en a une, parles-en merde. On s'inquiète pour toi, tous. T'avais pas l'air bien en ce moment. Nous refait plus jamais ça.
-Toi, t'étais inquiet, se moqua le blond.
-Bien sûr que oui, t'es un pote de mon meilleur pote et je t'- bref, préviens-nous. » Mais Sanji avait compris le truc. Il souffla que putain, ils étaient tous les deux des crétins, et Zoro comprit le truc aussi. Et ils s'embrassèrent, faisant passer leurs émotions à leur manière :
« Putain tu m'as mordu, connard !
-Oh, la ferme, le vrillé, tu m'as arraché les cheveux ! »
Chopper souffla un bon coup avant de sonner, les yeux baissés vers le paillasson de l'appartement. Carrot ouvrit la porte, haussant les sourcils devant son ami, plus petit qu'elle. Ne s'attendant pas à sa visite, elle le laissa tout de même rentrer, surprise par son air sérieux.
« Y'a un problème ? Lui demanda-t-elle quand il se fut installé. » Celui-ci sembla gonflé ses poumons puis relâcha tout et dit :
« J'étais venu te faire une déclaration d'amour mais je suis nul pour ça alors…alors voilà.
-Chopper, je ne suis pas amoureuse de toi, répondit-elle. » Et alors qu'il se levait visiblement bouleversé elle ajouta précipitamment :
« Je ne suis pas amoureuse de toi, mais je veux essayer ! Il y a…quelque chose, avec toi. » Il se tourna lentement, hésitant vers elle, leva les yeux pour les planter dans les siens et alors seulement elle comprit que même si ça prendrait du temps, elle avait fait le bon choix. Elle réussirait à oublier Wanda, et il la rendrait heureuse. Elle le pressentait, et son flair ne la trompait jamais.
Mercredi
Nami avait obtenu son numéro. Et il était temps, parce que les deux meilleur amis de Luffy, qui passait sa vie chez son copain, venaient de se décider à être en couple (honnêtement, elle ne voyait pas comment). Parce que Brook avait apparemment rencontré quelqu'un, que Jimbe et son sourire radieux ne pouvait pas lui cacher grand-chose, que Robin et Franky devenaient de plus en plus mièvre, que Vivi l'avait soûlée avec ce gars au nom imprononçable qui commençait par un K, qu'Ussop et Kaya l'emmerdaient avec leurs fiançailles et que Chopper avait apparemment réussi à faire sa déclaration.
Bref, il était grand temps qu'elle trouve à nouveau quelqu'un. Elle s'apprêta sans en faire trop : jean slim et t-shirt à épaules tombantes. Elle avait envie de plaire, pas de passer pour une fille facile, vulgaire, ou trop lourde. Elle attrapa son sac, dévala les escaliers et, épluchant une mandarine pour le petit-déjeuner, elle se mit en marche vers leur lieu de rendez-vous d'un pas sautillant, presque pressée de revoir l'homme, comme elle n'aurait jamais cru l'être un jour.
Law regardait Luffy dormir. Il n'en avait pas souvent l'occasion, en ce moment, mais il était tombé malade la veille à cause du repas que son crétin de petit-ami avait préparé, alors il restait à la maison pour la journée. Le « crétin de petit-ami » en question était avachi sur son ventre, un bras en travers du torse de l'aîné des deux, l'autre écrasé sous son poids et sincèrement, Trafalgar plaignait ce pauvre membre. Ses jambes étaient croisées en arrière et il ronflait légèrement, un filet de salive sur le menton, ce que Law trouva passablement dégueulasse. Son compagnon avait déjà fait preuve de plus de sex-appeal, même en dormant. Mais comme lui se tapait une indigestion, il était actuellement mal placé pour faire de quelconques reproches à celui qui partageait sa vie. Celui-ci se retourna sur le dos, fronçant les sourcils. Ses mains trouvèrent leurs places derrière sa tête et il essuya du coude gauche sa salive, probablement gêné dans son sommeil. La position un peu plus confortable évita à l'étudiant d'entendre d'autres ronflements, même si sa respiration était plutôt forte. Il ne sut pas trop combien de temps il resta là, à le regarder, et c'était plutôt effrayant parce qu'il se sentit comme un psychopathe. Avant de relativiser en se disant qu'il l'était un peu quand même, haussant les épaules dans un geste désinvolte. Les paupières du lycéen frétillèrent avant qu'il ne les ouvre, puis les referment immédiatement. Il se frotta les yeux comme pour chasser la lumière et se redressa finalement. Quand son regard tomba sur son copain il lui murmura :
« Hey.
-T'as dormi comme un gros dégueulasse. Si y'a de la bave sur les draps, tu les nettoies. Et je suis malade, je t'avais dit que la viande carbonisée comme ça, ça se mangeait pas. A cause de toi, je peux pas aller en cours.
-Alors je te garde pour moi tout la journée ?
-C'est ça, réjouies-toi de m'avoir rendu malade. » L'adolescent lui sourit, content, et l'embrassa un court instant sur les lèvres avant de se lever pour aller manger, sans l'autre, sinon ce ne serait pas beau à voir. Il revint très vite au lit, bien décidé à snober son portable et à se réfugié dans les bras de son amour. Ce qu'il fit aussitôt.
« Lu' ?
-Hum ?
-Je suis amoureux de toi. » Luffy explosa de rire, non pas parce qu'il n'y croyait pas mais parce qu'il se sentait soudain plus…léger, comme soulagé. Et Law soupira, caressant son dos et levant les yeux au ciel en signe de désespoir.
Jimbe était vraiment amusé par le dynamisme de Pappag. Il courrait dans tous les sens dans le jardin et l'adulte se demanda s'il devait justifier son absence de la maison à ses amis. Mais comme personne n'était jamais là en ce moment, il se contenta d'hausser les épaules. Il avait couché avec Camie. Ce n'était pas prémédité et il ne savait pas trop comment réagir maintenant, mais il avait aimé sa douceur, son regard calme et sa façon de sourire. Il avait aimé son intelligence, sa maladresse immense et sa manière de partir loin dans ses pensées. C'était un coup de foudre pour lui qui n'avait plus eu de relations depuis son ex-femme. Ils avaient parlés jusqu'à très tard dans la nuit alors qu'elle l'avait juste invité à dîner au début. C'était presque délirant, ces sentiments qui le prenaient soudain à revers alors qu'il s'était persuadé qu'il n'aimerait plus jamais, et l'idée d'être déjà sous le charme d'une femme qu'il ne connaissait que depuis deux jours, l'idée que tout allait trop vite le prenait facilement aux tripes. Mais Camie était un ange, une sainte, et il ne savait même plus comment résister. Et elle lui avait dit, d'ailleurs, qu'elle aussi, elle était étonnée, un peu effrayée. « Et puis, finalement, c'est bien. La vie ne nous laisse pas le temps de réfléchir », avait-elle ajouté. Et Jimbe avait conclu qu'ils essaieraient, qu'ils tenteraient réellement d'avoir une histoire ensemble. Camie avait semblé d'accord, et ensemble, ils avaient parlé de ce qui se passait avec Pappag. C'était précipité, mais le gamin avait quatorze ans, presque quinze, il comprendrait. Et en effet, il ne semblait pas le moins du monde dérangé. Oh, il lui avait fallu un temps d'adaptation, c'est sûr. Mais il était vraiment heureux. Il avait expliqué à Jimbe qu'il n'avait jamais eu de père. Le sien s'était barré, enfui dès qu'il avait appris que sa petite-amie était enceinte. « Un connard », avait précisé l'adolescent et Camie l'avait réprimandé pour l'insulte en souriant doucement, comme s'il elle se retenait de confirmer ses propos. C'était fou, dingue, délirant. Mais Jimbe n'avait plus le temps de se poser des questions : il vivrait, tenterait de rendre heureuse Camie même si ça ne faisait que deux jours, et il serait un père pour Pappag, même si sa mère et lui se séparait, sauf si le gosse était contre. Et il ne prendrait pas la place de Koala ou Luffy dans son cœur, non, il en prendrait une autre, aussi pleine que pour ses autres enfants, mais pas plus, pas moins, et ce serait très bien comme ça.
Jimbe leur parla de tout, de son ex-femme un peu folle, de sa fille qu'il n'avait pas vue depuis des années mais avec qui il parlait toutes les semaines, de Luffy et de son dévouement pour lui, de sa grande maison, de Laboon qui faisait semblant de détester tout le monde mais qui grognait dès qu'on essayait de s'en prendre à eux, de Zoro et Sanji qui l'épuisaient déjà, et du nouveau chien, Merry, offert par le majordome de Kaya, Merry aussi, à Ussop en vue du mariage et qui salissait tout partout. De Nami et de sa manie de conquérir plus l'or que l'homme, de Robin et de ses longues études, de Franky qui se lamentait de ne pas souvent voir sa femme, de Chopper et de ses manies quand il s'agissait de compliments, de Brook et de sa musique. Il parla même de Law, de ses études de médecines et de sa politesse parfois feinte.
Et Camie sourit tendrement en regardant l'homme qu'elle aimait. Peut-être seulement pour le moment, peut-être pour la vie. Et tant pis si c'est une hérésie, une folie, une énorme erreur. Pour l'instant c'était lui et elle, et un peu son fils aussi. Tant pis pour les disputes et les réconciliations, les ennuis et les promesses, dans le vide ou jusqu'au bout. Pour l'instant, ce n'était qu'amour
« Il faudrait rajouter ça à la liste des conneries qu'on a fait, ricana Eustass, le verre à la main. » Jewelry confirma d'un haussement de tête, un sourire amusé aux coins des lèvres. Law, lui, ne put s'empêcher de lever les yeux aux ciels alors que Basil, à ses côtés, pouffait de rire. Ils s'étaient un peu isoler les uns des autres en grandissant, et c'était bon de se retrouver enfin. Eustass et Jewelry leur avait donc contés leurs affaires de ménage, Basil avait ricané en expliquant comment il avait envoyé chier son précédent patron pour avoir un poste haut placé dans l'entreprise rivale, et Law avait soupiré en racontant ses déboires, autant amoureux, avec le nombre de gaffes que Luffy exécutait à la minute, que fraternels, avec Monet qui passait sa vie à se moquer de lui ou à lui raconter des choses dont il se serait passé sur son intimité avec Wanda. Les rires fusaient donc dans l'appartement du médecin, qui, souriant, pour une fois, enchaînait sur une histoire à propos de Zoro et de sa loyauté envers son petit-ami.
Jeudi
Nami se réveilla dans le lit, tranquillement. Arlong n'était déjà plus là. Elle fronça les sourcils : ce n'était pas prévu au programme, ça. Se levant, elle tâta la table de nuit, puis les draps, pour trouver son portable, mais ne mit pas une seule seconde la main dessus. Elle fouilla encore, une pointe d'inquiétude dans le cœur, mais ne trouva rien, même ainsi. Titubant sous le sentiment d'oppression qui lui enserrait la poitrine, elle se dirigea vers la porte et tenta de l'ouvrir. La poignée lui resta entre les doigts. A présent parfaitement réveillée, elle couina sous la pression, et ses mains explorèrent la surface exposée à elles.
Jimbe décrocha son téléphone d'une main experte : à force de répondre à tous les appels de détresse de Luffy (qui l'avait quand même appelé à trois heures du mat' parce qu'il ne parvenait pas à ouvrir un bocal à cornichon pour se faire un sandwich pain, saucisson, jambon, fromage, jambon cru et cornichons), l'homme avait appris à être rapide avec l'appareil. C'était Koala, ce qui était bizarre, parce qu'elle n'appelait normalement que le week-end. Jimbe fronça les sourcils d'inquiétude.
« Allô ?
-Papa, c'est moi, j'ai un suuuper nouvelle à t'annoncer !
-Hum, oui, je t'écoute ? » Fit Jimbe, rassuré par le ton enjoué de son trésor et son « super » à la Frankie. Koala sembla plus excitée que jamais au moment de répondre :
« J'arrive dans ta ville ! Mon fiancé, je t'ai dit que j'avais un fiancé ? Bref, mon fiancé a eu une mutation dans ta ville, et donc on emménage dans six mois, max ! C'est génial, non ? » Jimbe sourit, vraiment satisfait par la bonne nouvelle que lui apportait sa Koala. Sa vie semblait s'illuminer de milles et une couleur : Camie, Papagg, Luffy, Koala, tout le monde semblait heureux. Néanmoins, il ne put s'empêcher de souligner :
« Un fiancé ? Ma fille a un fiancé et elle ne m'en parle pas ? Nan mais Koala, tu te fiches de moi, là ! » La conversation dura deux bonnes heures durant lesquels Koala expliqua qu'elle avait rencontré Sabo, le fameux fiancé, au travail. Jimbe fronça le nez au prénom, mu par un sentiment intriguant, mais ne retrouvant pas l'information que son cerveau semblait chercher, il abandonna finalement.
Dans son coin, Sanji fronçait les sourcils, un peu intrigué, un mauvais sentiment au creux de la poitrine. Tournant dans la cuisine comme un lion en cage, il finit par faire le tour de la maison sans pour autant trouver ce qu'il cherchait. Excédé, son tout nouveau petit-ami finit par lui demander ce qui ne tournait pas rond chez lui. Alors, il craqua :
« Nami devrait déjà être là, algue verte, tu l'aurais pas vue ?
-On s'en fout de cette sorcière ! Si elle est pas là, tant mieux, ça nous fait des vacances, enfin ! » Sanji renonça à l'idée de lui dire qu'il était inquiet pour son amie. Ç'aurait seulement énervé Zoro, cette impitoyable sans cœur. Le cuisinier fit le tour de la demeure dans l'espoir d'apercevoir miraculeusement la passionnée des mandarines, mais il ne la vit nulle part. Il ne pouvait pas questionner Jimbe, apparemment toujours absent, ni Luffy, qui se baladait encore il ne savait où. Robin était au travail, Franky bricolait au garage et ne s'apercevrait même pas de sa présence, Ussop squattait allègrement chez Kaya, Coby faisait les boutiques avec son ami stupide dont il ne se souvenait jamais du nom (mais il se demandait sérieusement s'il ne se passait pas quelque chose entre ces deux-là, car, après tout, à part Luffy, tout le monde était au courant qu'il avait eu un béguin pour leur « boss » à une époque), Chopper trainait dans les jupons de Carrot très loin de leur monde, Wanda accaparait Monet, Brook était parti pour « faire du violon dans la rue, c'est un rencard », phrase que Sanji n'avait toujours pas compris, et Law était hors-catégorie (mais de toute façon il devait être avec Luffy, ou à la fac, ou en train de bosser, bref, pas du tout en condition de « dérangement social »).
Sanji prit donc ses affaires, balança un « je vais essayer de trouver Nami ! » et s'en fut. Il sourit en se rendant compte que Zoro l'avait suivi :
« Quoi tu t'intéresses à la santé de Nami maintenant ?
-Certainement pas ! Ricana Zoro. Mais si elle s'est mise dans la merde, elle est en train de t'embarquer avec elle, et ça, c'est hors de question.
-Oh… donc c'est de moi que tu te soucies autant ? Je me sens si protégé et comblé par mon homme ! Ironisa le cuisinier en faisant une moue admiratrice. » Zoro eut un ricanement qu'il tenta de dissimuler habilement.
« Tu crois pas qu'on a pas assez parlé tous les deux ? Je veux dire, mardi, on s'est mis ensemble, et puis basta, viva la vida. Sérieux, on a rien fait ensemble.
-C'est vrai qu'on dirait deux gosses qui font style genre « on est amoureux » mais qui ne savent même pas ce que ça veut dire…
-Dis, cuistot de pacotille…t'es sûr, hein ? » Sanji ne comprit d'abord pas où voulait en venir son copain, mais quand il saisit que la question voulait dire « t'es sûr pour nous deux ? » Il gueula :
« Quoi ? Toi, t'es pas sûr ? Parce que moi aussi, et maintenant qu'on est ensembles, t'es pas dans la merde pour te débarrasser de moi mon vieux !
-J'y comptais pas stupide cuistot !
-Tu crois que je vais te laisser m'insulter comme ça sans rien dire ? Je te jure que je vais te… »
Brook s'assit tranquillement dans le fauteuil que lui indiqua Lola. Elle tournait dans tous les sens en tâchant de montrer tous les recoins et objets de son habitat naturel à un aveugle. C'était tout de même assez risible pour être souligné. Choisissant de ne pas trop cracher dans la soupe, Brook se tut et ne reprécisa pas son handicap. Dans un sens, ç'avait du bon d'être en présence d'une personne qui en avait strictement rien à foutre de ses yeux défectueux. Bien sûr, ses amis ne le discriminaient pas sous prétexte qu'il n'y voyait pas grand-chose, mais ils faisaient tout de même attention, même sans s'en rendre compte. Luffy lui-même avait du mal à passer outre. Quand il faisait une activité avec Brook, il lui expliquait le moindre de ses faits et gestes, surtout quand tous deux se bagarraient joyeusement. Bien sûr, ça partait d'une bonne attention, mais Brook avait toujours l'impression d'être prit en pitié. Et puis, quand ils faisaient tous une soirée films, Brook se retrouvait tout seul comme un con dans la cuisine, parce qu'il ne pouvait rien voir. Il se sentait écarté, mais lorsque ses amis le comprenaient et coupaient le film, ou le mettaient en audiodescription, il se sentait encore plus blessé, parce que c'était de la pitié pour lui, et qu'il aurait voulu ne jamais y avoir droit. Mais lorsqu'on porte un handicap tel que le fait d'être aveugle, impossible d'avoir une existence sans pitié, ou même juste avec un minimum de pitié. Brook se disait que c'était quand même dingue, son aptitude à envier la vue des autres. La vue, une notion abstraite pour lui. Quelque chose qu'il ne connaissait même pas.
Les gens ne savaient pas. C'était quelque chose qu'il s'était toujours dit parce que c'était quelque chose que celui qui lui avait enseigné « l'art d'être aveugle », Issho Fujitora, lui avait toujours répété, depuis la naissance, depuis que ses parents lui avaient demandé de s'occuper de lui. Les gens ne savaient pas. Ils ne savaient littéralement pas ce que c'était que d'être aveugle, encore moins aveugle de naissance. La plupart des gens s'imaginaient, et pour cause car c'était ce qu'on disait aux enfants, qu'être aveugle c'était avoir les yeux constamment fermés, voir éternellement du noir. C'était vrai pour certains. Les aveugles de naissance n'avaient pas « cette chance ». Etre aveugle de naissance, c'est comme fermer les yeux et essayer de voir avec ses épaules. Ça ne marche pas. Etre aveugle de naissance, c'est avoir des yeux sur la face juste pour la déco. Ne pas pouvoir s'en servir, même seulement pour voir du noir. Voilà ce que c'était, être aveugle de naissance. Les gens ne savaient pas.
« A quoi tu penses, Brook ? Lui demanda gentiment Lola, qui avait vu la profonde réflexion de son ami.
-Je pense à « Les gens ne savent pas ».
-Pardon ?
-Ce que c'est d'être aveugle. Les gens ne savent pas ce que c'est d'être aveugle, encore moins aveugle de naissance. La plupart du temps, ils n'en ont qu'une idée approximative. Certains ne savent rien. Beaucoup d'aveugles sont tués parce qu'ils sont nés victimes, jugés trop différents. Tu le savais ?
-Non…
-Les gens ne savent pas. » Lola déglutit, puis, doucement, elle prit Brook, déprimé, dans ses bras et le serra tendrement.
« Tu as raison. Les gens ne savent pas, c'est triste. Tu sais…je suis journaliste. Tu veux que j'en parle ? Je peux, j'adore parler. »
Vendredi
Une réunion se tenait là. Luffy assit en bout de table, avec à sa droite un Jimbe grave et sévère, debout, et à sa gauche, debout aussi, un Law au visage fermé. Sur le côté gauche de la table, de Luffy au bout, venaient : Zoro, Sanji, Ussop, Chopper. A droite : Robin, Franky, et Vivi. Tous plutôt remontés, inquiets, avec de mauvais pressentiments en tête.
« Si je saisis bien… Commeça Luffy d'une voix froide. Nami a disparu depuis…mercredi soir. Et je ne suis au courant que maintenant ?
-On n'était pas sûrs sûrs de sa disparition, se défendit Sanji qui avait pourtant totalement paniqué la veille.
-C'est pas une raison putain ! Explosa le petit brun. J'ai parlé avec Zoro ! Vous la cherchiez déjà hier ! Quand on a le moindre doute sur la disparition d'une amie, la moindre des choses, c'est de prévenir tout le monde, merde ! » Luffy et Nami étaient amis depuis des années. Leur amitié ne s'était cependant pas faite en un jour, car Nami, à l'époque, était une petite fille un peu trop peste sur les bords, une voleuse hors-pair, mais surtout, elle détestait Luffy et son air de garçon populaire. Elle pensait que les gens populaires étaient tous des cons sans cœurs et sans cervelles. Luffy lui avait prouvé le contraire en sauvant le chien d'un vieil homme, qui allait se faire écraser sur la route sans autres formes de procès.
« Luffy, calme toi, lui intima son meilleur ami. » Zoro était inquiet. Il ne le dirait pour rien au monde, ça, non, jamais, mais il crevait d'inquiétude pour Nami. La jeune femme leur collait aux fesses, à Luffy, à lui, puis aux autres, depuis bien trop longtemps pour qu'il ne se sente pas concerné par son sort. Ses désaccords, principalement moraux, avec elle, n'avaient pas leur place dans la conversation quand il s'agissait de la protéger.
« Par quoi on commence ? Ou on la cherche ? Demanda Tony. » Chopper était plus blanc qu'un linge de lit, et complètement tendu, contracté. Il avait entre ses mains un bandage. De nature craintive, le pauvre s'inquiétait presque démesurément pour son amie. Il jetait des regards apeurés à chacun de ses amis, et envoyait de temps en temps des messages récapitulatifs à Carrot, qu'il avait prévenu pour expliquer son départ de l'appartement.
« Est-ce qu'on peut pas la géo localiser ? Avec son portable ? Proposa Vivi. » Les regards convergèrent vers Franky, qui, conscient qu'on comptait sur lui, confirma :
« Je peux. » Il réfléchit un instant puis rajouta : « Enfin, si la batterie de son portable n'a pas été retirée. » Il eut un instant de silence, puis il dit : « Mais y'a pas de raison, hein. Presque personne sait qu'il faut retirer la batterie d'un portable pour qu'il ne soit pas géo localisé. La plupart des gens pensent qu'il suffit d'éteindre le téléphone.
-On n'a pas besoin des détails, coupa sèchement Luffy. Fais ton boulot. »
La maison avait une belle façade. Une piscine devant prenait presque toute la surface du petit jardin. Luffy se craquait les doigts un à un, déjà très remonté. A ses côtés, Law avait l'air de dire : « Calme-toi, on ne veut pas d'un mort », alors que lui-même semblait prêt à disséquer l'ennemi. Sanji et Zoro discutaient à voix basses, l'air sombre, et Chopper vérifiait sa trousse de secours à deux mètres d'eux. Le reste de la bande était encore en retrait, en attente au cas où les quatre hommes ne s'en sortiraient pas (mais il leur semblait évident que ce serait le cas, surtout avec un Luffy en colère dans leur camp).
Dix minutes plus tard, leur « capitaine » fonçait dans la porte de la villa un hurlant, suivit de près par un Trafalgar pestant contre le tempérament imprévisible de son petit-ami. Zoro et Sanji ne se gênèrent pas pour suivre leurs amis, le blond éteignant sa cigarette en la jetant purement et simplement dans la piscine privée comme un malpropre. On entendit des grands cris, plusieurs engueulades, et, enfin, on vit une Nami très peu couverte débarquer dans leurs rangs et foncer dans les bras de Jimbe : elle ne portait en effet que le long manteau de Law, et courrait pieds nus.
Quelques instants encore et Luffy, Zoro, Sanji et Law sortait, le premier avec les poings en sang, le deuxième avec la gueule cassée, le troisième avec les chaussures trempées dans un liquide rouge facilement reconnaissable, le quatrième au téléphone avec ce qui semblait être la police. Ils se dirigèrent tous les quatre vers leur amie rousse qui pleurait désormais dans les bras du plus âgé de la bande, et Luffy la saisit par les épaules avant de la serrer contre lui. Sanji et Zoro, quant à eux, se placèrent devant lui et derrière elle comme pour dresser une muraille entre leur protégée et les autres. Law raccrocha au téléphone et entama une conversation animée avec Jimbe sous les regards incrédules de tous les autres, qui, du coup, ne savaient même pas pourquoi ils étaient venus.
Bientôt, Nami se redressa et fit un demi-tour contrôlé, intimant au sabreur et au cuisinier de lui dégagé la vue d'un geste sans grande conviction, ce qu'ils firent sans discuter. Elle regarda tour à tour ses amis, esquissa un sourire factice, sécha ses larmes, puis les remercia avec une voix tellement cassé qu'il sembla que ses cordes vocales elles-mêmes avaient décidé que les pleurs valaient mieux que les mots dans de telles circonstances.
La police arriva à toute blinde, il fallut faire des dépositions, et Nami fit part de l'enfer qu'elle avait vécu, enfermé nue dans cette chambre, persuadée de n'avoir aucune chance de sortie. Luffy confia ne pas en avoir cru ses yeux, qu'il ne pensait pas ça possible. Law, la gorge nouée sans vouloir se l'avouer, s'approcha vivement de Jimbe pour échanger quelques mots avec lui :
« Je ne pensais pas qu'on pouvait porter à nouveau atteinte à l'innocence de Luffy, pas à ce point du moins, mais il semblerait que l'univers se soit passé le mot pour lui faire du mal impunément.
-Oui, lui répondit l'homme d'un air soucieux. Il va falloir que tu t'en occupes bien. Ce soir, il sera dévasté mais il ne te dira rien si tu ne le pousses pas dans ses retrenchements. Il est du genre à sourire et à faire croire que tout va bien quand il crève à l'intérieur. Tu as bien vu avec Ace : il nous fait croire que ça va, mais moi, tu ne me feras pas croire qu'il est en paix avec l'idée de l'avoir perdu, il n'est toujours pas allé sur sa tombe, il fait des cauchemars régulièrement, et Marco m'a dit qu'il refusait ses appels.
-Oui, je sais. Ce soir, ça va être horrible, soupira Law en regardant son jeune amant qui consolait Chopper avec un grand sourire. » Il y eut un instant ou Tony ne regarda pas Luffy, et le sourire de ce dernier tomba, juste quelques secondes, avant qu'ils ne surprenne le regard de Trafalgar et qu'il ne revête à nouveau son sourire factice, mais sans les yeux pétillants qui lui allaient si bien, nota mentalement le médecin.
Samedi
Les deux amants échangèrent un regard courroucé. Apparemment, la dispute d'hier n'était pas passé, soupira mentalement Luffy. Il avait voulu rester à la villa pour veiller sur Nami, et Law avait accepté sans discuter, mais, une fois au lit, le médecin avait tenté d'aborder le sujet de l'agression de son amie et la discussion avait tourné au drame, son concluant par un silence froid et deux amants chacun de leurs côtés du lit, tournés chacun vers un mur différent.
La réflexion du jeune homme au chapeau de paille fut interrompue par le son de cloche qui résonna dans toute la maisonnée. Quelqu'un venait vraisemblablement leur rendre visite. Il partit donc ouvrir la porte, et tomba nez à nez avec Marco. La poignée lui échappa des mains et la porte claqua au nez du blond. Luffy se fit la réflexion que ça faisait beaucoup de nez avant de lui rouvrir la porte. Marco abordait un sourire gêné, et il agita calmement la main dans une vaine tentative de dire « coucou ».
« Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda le plus jeune, la voix blanche.
-Tu ne réponds jamais à mes appels, ni à mes messages, ni à mes mails, ni à mes publications, j'ai demandé à Jimbe de te parler, tu ne lui as rien répondu, et j'ai demandé à Zoro, tu lui as dit que tu n'avais pas envie. Donc je me suis dit que si je venais, tu ne pourrais pas m'opposer du silence. » Il garda le silence une seconde, puis, sceptique, il ajouta : « Maintenant je ne suis plus si sûr de mon idée. Je ne m'attendais pas à ce que tu me fermes la porte au nez.
-Entre, soupira Luffy en réponse. » Il se décala d'un pas pour laisser passer Marco, et ferma la porte dans son dos. Tous deux se rendirent dans la cuisine, que Law déserta sans demander son reste en remarquant qui accompagnait son amant. Zoro, qui descendait les escaliers en pantalon de pyjama, s'arrêta un instant, porta son regard sur la scène de Luffy et Marco s'asseyant l'un en face de l'autre, l'air de se tuer du regard, et fit demi-tour sans attendre la confrontation à venir.
« Alors ? Pourquoi ce cruel silence ? Commença Marco.
-Ace est mort, répondit Luffy, catégorique. » Il y eut un long silence, des regards blessés, puis Marco reprit la parole :
« Je sais oui. C'était mon compagnon et j'ai annoncé…ça, moi-même à ton père, alors, tu vois, je suis au courant. Ça ne me dit pas pourquoi tu ne veux plus me voir.
-Je…Marco, tu me le rappelles trop, tu comprends…
-Non. Je suis toujours son conjoint, même s'il est mort, Luffy. Je fais partie de cette famille que tu le veuilles ou non. Je suis toujours là.
-Tu aurais dû être là ce jour-là. » Un regard blessé plus tard, Luffy s'excusait platement, le regard fermement encré sur le plan de travail. Marco n'avait pas pu être là à l'enterrement, le seul moment ou Luffy s'était retrouvé face à la tombe de son frère. Le blond, lui, ne s'en était pas senti capable. Il était resté cloîtré chez lui, et, lorsqu'il s'en était sorti, il n'avait formulé qu'un souhait : voire Luffy. Voire le petit-frère de l'homme qu'il avait aimé. Mais celui-ci avait refusé. Sans doute blessé de ne pas avoir vu Marco au moment de dire adieu à Ace, il ne lui avait pas pardonné et avait refusé de le voir à chaque fois qu'on lui demandait son avis. Alors Marco s'était imposé en venant directement ici pour le voir.
« Alors, qu'est-ce qu'on fait ? Demanda Marco après plusieurs minutes de silence. » Luffy réfléchit de longs instants. Au bout d'un moment, il soupira gravement, fatigué de devoir repenser à l'horreur de l'année passée, au grand drame de sa vie. Finalement, le brun répondit dans un marmonnement :
« Tu n'as qu'à me parler de ce voyage à Bali que tu as fait avec Ace avant qu'il ne reparte au front. Vous avez visité quoi ? »
Dimanche
Le réveil de Luffy fut encouragé par une odeur de bacon fraîchement sortit de la poêle et d'œufs brouillés. Le sourire de Law l'encouragea à se redresser contre son oreiller. Ils se trouvaient dans leur appartement, et Trafalgar lui servait le petit-déjeuner au lit. Ils se sourirent, s'installèrent confortablement et mangèrent d'un commun accord silencieux.
« On oublie avant-hier ? Demanda timidement Luffy.
-On oublie, conclut Law. Mange, lui intima-t-il ensuite. » Luffy s'exécuta, au début en se faisant tout petit, puis, au final, ne pouvant retenir un sourire énorme de fleurir sur son visage, car Law venait de passer sa main dans ses cheveux. Un bruit métallique raisonna dans la chambre quand la fourchette de Luffy percuta quelque chose de dur. Un froncement de sourcil plus tard, il écarta ses œufs brouillés de l'index et tomba sur un anneau doré dans son assiette. La voix chaude et grave de son amant raisonna alors à son oreille :
« Lu', on n'a vécu trop de choses ensemble et eu trop de difficultés à se trouver pour que je passe à côté de toi. Si j'ai une chance de passer au-dessus de la viande dans ton cœur, je t'en prie, épouse-moi. »
A bientôt pour une épilogue, un récapitulatif et un mot de la fin. Biz.
