Bonjour à tous,

Troisième chapitre. Je pense que vous avez deviné qui désignent successivement le chapelier fou, le lièvre de mars et le loir.

Sur-ce, je vous souhaite une bonne lecture !


CHAPITRE TROISIÈME : LE CHAPELIER FOU, LE LIÈVRE DE MARS ET

LE LOIR

x

x

Partie I : Yagami

x

x

À l'Université, Yagami avait l'air ennuyé en permanence. Il n'était que très peu accompagné, mais ardemment suivi par les regards langoureux d'un grand nombre d'étudiantes. Il entrait et sortait sans enthousiasme particulier, donnant à Todaï autant d'importance qu'une cannette de bière. La plupart des étudiants masculins ne l'aimaient pas. Ils le traitaient de snob, de chochotte. L, à l'écoute de ces commentaires railleurs, souriait et revoyait Yagami lui débitant une analyse qu'aucun de ces abrutis n'aurait été foutu de faire. Yagami était loin de tout ça. Il était loin de l'Université, loin des études, loin des autres. Parce que tout était si ennuyant, si peu adapté à son génie, il s'isolait. Mieux vaut être seul que mal accompagné.

Néanmoins, et ce fait amusait L tout autant qu'il l'agaçait, Yagami savait jouer de sa popularité auprès des filles. Depuis plusieurs jours, il fréquentait une belle femme du nom de Kyomi Takada, âgé de 24 ans, récemment élue Miss Todaï. Elle reprenait tout juste ses études après une pause durant laquelle elle s'était occupée de sa mère, atteinte d'un cancer du sein. Beaucoup enviaient par conséquent Yagami, simplement parce qu'il avait eu la chance d'attraper le trophée en premier. L, de son côté, était trop occupé par sa surveillance pour être jaloux.

L demandait régulièrement son avis à Yagami depuis qu'il participait à l'enquête. Façon élégante de tester ses nerfs tout en assurant une résolution de l'affaire plus rapide. Deux cerveaux comme les leurs devaient bien finir par régler tout ça au plus vite.

- Ce serait très ennuyeux que tu sois Kira, car vois-tu, tu es le premier ami que j'ai jamais eu.

Appeler Yagami son ami était un mensonge des plus déplacés, mais dans le fond, sympathiser avec ses adversaires pouvait rapporter gros. Ce n'était qu'une théorie, bien sûr, parmi les nombreuses élaborées par L. Dans son dos, il imaginait le visage sidéré de Yagami, ses yeux en amandes écarquillés, sa bouche à moitié entrouverte sous le coup de la surprise. L aimait bien surprendre. Et même s'il dévoilait une sorte de faiblesse en avouant ainsi que lui et Yagami, par leurs ressemblances intellectuelles, avaient une relation un peu plus forte que celle entre deux collègues, il n'avait pas l'impression de perdre pour autant. Aux échecs, le mat exige parfois des sacrifices.

- C'est devenu ennuyeux depuis que tu ne viens plus en cours. J'espère qu'on pourra encore jouer au tennis ensembles.

Yagami et sa voix satinée, son sourire velouté, qui mentait avec autant de facilité que L. Yagami qui s'ennuyait à mourir sans un esprit pour confronter le sien. Yagami dans toute sa perfection avec Takada au bras. Ça brûlait à l'intérieur, paisiblement, se frayant un chemin entre les côtes de L. Ça avait très envie de croire Yagami, là haut, entre les côtes de L.


Partie II : L

x

x

Yagami n'était pas violent, en accord avec son image sérieuse et disciplinée, mais Kira, en revanche, avait diablement envie d'en coller une à Misa Amane pour s'être pointée sans prévenir. Il l'emmena dans sa chambre, couvé du regard par sa mère et sa soeur. Ils abordèrent une nouvelle fois le sujet de la mort de L. Le shinigami de Misa, Rem, accepta la besogne. Mais comme Kira hurlait de joie, un violent constat naquit dans l'esprit de Light Yagami :

L va mourir aussi facilement que ça ?

Un esprit aussi brillant condamné à une mort si banale, si aisément obtenue ? Cela tenait du comique, de l'absurde. C'était renier tout ce que L était, représentait, avait accompli. Une mort trop simple n'avait rien de savoureux. Kira aurait voulu prendre son temps, déguster patiemment, observer son adversaire en pleine souffrance, et non se contenter d'une crise cardiaque. Et puis, si L était tué avec autant de facilité, Kira risquait de subir le même sort. Génie n'était visiblement pas synonyme de mort grandiose. De plus, avoir fourni tant d'efforts pour une si maigre récompense tenait du grotesque. Jouer avec L trompait l'ennui. Yagami abhorrait l'ennui. Il sentit comme une pointe de panique lui traverser le ventre.

Rien à foutre ! Quand il mourra, tu mourras aussi, et moi je régnerais

- Quoi qu'il arrive, Rem, ne le tue pas avant que je te le dise. Quoi qu'il arrive, répéta t-il

Posséder la vie de L entre ses mains était magnifique. Il ne pensait qu'à ça quand Misa lui donna l'un de ses portables. Il y pensait toujours en l'embrassant. Il pensait à L et à ses mains exceptionnellement longues et brûlantes, à ses yeux en forme de trous noirs, et à sa taille fine sous le t-shirt blanc. Oui, L avait un certain charme. Décidément, seule la perspective de la mort de quelqu'un pouvait vous mener à lui trouver des qualités.


Partie III : Yagami/ Misa Amane

x

x

Quand Yagami se promenait avec Takada sous un soleil de printemps, col de la chemise ouvert sur sa nuque et main dans la poche, tout le monde l'observait et l'admirait. Takada n'était là que pour renforcer sa beauté, y ajouter encore plus de crédibilité. Confiant, Yagami souriait comme si le monde était un endroit merveilleux conçu spécialement pour lui. Quand ils entrèrent dans l'auditorium, les murmures fusèrent. Ils prirent place l'un à côté au troisième rang. Aucun n'entendit L s'asseoir derrière eux.

À nouveau, Yagami afficha cet air las qui était le sien lors des cours. La seule différence aujourd'hui était qu'il se penchait régulièrement vers Takada, la bouche à quelques pouces de la gorge blanche et fraîche de la femme, pour lui murmurer à l'oreille une plaisanterie ou écouter ce qu'elle même avait à dire. L sentit comme un raidissement au creux de sa mâchoire. Sans doute parce qu'il avait la bêtise en horreur et que cette femme en dégageait une grande quantité. Il se demandait comment Yagami pouvait la supporter. Lui n'aurait pas tenu plus de cinq minutes.

- Yagami, ne dis pas ça ! Roucoula Takada en mettant une main devant sa bouche pour dissimuler un éclat de rire.

Deux minutes. Il avait horreur qu'on lui dise de se taire.

Quand la sonnerie retentit, Yagami et Takada prirent le temps de ranger leurs affaires avant de quitter la salle. L saisit sa tablette de chocolat et mordit dedans. Il perçut la contraction gracieuse du dos de Yagami, comme une vague, sourit intérieurement. Lorsque le jeune homme se retourna, il tomba nez-à-nez avec le détective, qu'il fusilla du regard. Takada fit volte-face à son tour et l'expression hébétée qu'elle afficha en le voyant lui donna envie de lui tordre le bras.

- Ryûga ? Fit-il, utilisant le nom que L s'était attribué en tant qu'étudiant.

- C'est un ami à toi ? Demanda Takada.

- Euh...oui, hésita Yagami.

Oui je suis bizarre et oui je suis son ami et si ça te dérange fous le camps

- Je peux te parler seul à seul ? Asséna L, enfournant un bout de chocolat dans sa bouche.

- Bien sûr, répondit Yagami, puis il s'adressa à Takada. Je te rejoindrais à la bibliothèque.

En guise de réponse, elle arbora un air de chiot blessé auquel Yagami ne fut pas plus sensible que ça. Puis elle toisa L, avant d'acquiescer et de s'en aller.

- C'est ta petite amie ? S'enquit L.

- Aucune importance, affirma Yagami. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Le Second Kira a cessé d'agir. Je crois que lui et le vrai Kira sont entrés en contact.

- Et ce n'est pas dangereux de te montrer en public ?

- Ça l'est si tu es Kira, dit L. Tu es le seul à l'extérieur à savoir qui je suis, donc si tu le dis au second Kira, je suis foutu. Mais tu dois savoir que si je meurs maintenant, ton père reprendra l'affaire et tout le monde saura que tu es Kira.

Il épia la réaction physique de Yagami, et la trouva décevante dans la mesure où elle ne lui apprenait rien d'intéressant hormis le fait que Yagami était plutôt mignon quand il levait un sourcil.

- Ça marche, lui dit-il.

Ils sortirent à l'extérieur. Il faisait chaud, pas trop, une température agréable avec un vent léger et un ciel bleu piqueté de nuages cotonneux. L, une sucette à la main, l'autre dans sa poche de jean, marchait aux côtés de Yagami. Ils offraient tous les deux un tableau très différent de celui avec Takada, mais non moins fascinant de par leurs disparités physiques.

- Tu es venu me surveiller ? Demanda Yagami sur le ton de la plaisanterie. Parce que Kira est un étudiant, c'est ça ?

- Je suis un étudiant également, il est tout à fait normal que je vienne en cours.

- Une fois tous les trois mois ? Se railla Yagami.

L sourit.

- Light ?

Yagami et lui s'immobilisèrent devant une fille d'une vingtaine d'années, jolie, blonde aux yeux bleus naïfs et profonds, très mince. Elle rayonnait. Beaucoup de filles s'illuminaient à la vue de Yagami mais celle-ci irradiait tellement qu'elle en faisait mal aux yeux. Et elle avait l'air encore plus stupide que Takada. Son visage enfantin était familier à L.

- Misa ?

Misa Amane. Bien sûr. Ce sourire candide avait fait sa gloire, d'après un magazine. Elle était mannequin depuis ses dix-sept ans, et ses parents avaient été tués lors d'un cambriolage.

- J'ai une séance photo tout près d'ici alors je suis venue te voir.

Les traits de Yagami étaient crispés. Lui ne semblait pas tout heureux de cette rencontre, pire même, il paraissait horrifié et en colère, comme si Amane représentait un danger considérable.

- C'est un ami à toi ?

Tout le monde semblait résolument étonné de voir Yagami traîner avec quelqu'un d'aussi particulier que L.

- Oui, affirma Yagami, avec un sourire forcé. Son nom est Hideki Ryûga, comme la star.

- Enchantée, claironna t-elle. Je suis Misa Amane.

Un Yagami inquiet, une célébrité venant le voir, comme ça, alors que techniquement elle n'aurait jamais dû entendre parler de lui. Une femme qui plus est, pas franchement intelligente, comme le second Kira. L'intuition de L lui faisait rarement défaut. Autant pousser la comédie le plus loin possible, histoire de lui arracher un ou deux renseignements.

- Je t'envie, Light-kun, dit-il avant de saisir les mains de Misa. Je suis fan de toi depuis que j'ai lu le numéro de mars d'«Eighteen ».

Yagami n'eut pas l'air convaincu, mais Misa, elle, se mit à rayonner deux fois plus fort.

- Vraiment ? Tu m'en vois ravie ! S'exclama t-elle.

- Comment tu as fais pour sortir avec une fille aussi mignonne ?

Sachant que tu sors aussi avec Takada

Elle était tentante, celle-là, et très, très mesquine, comme il les aimait. Sa langue le démangeait, plus par besoin d'humilier Yagami et son côté coureur de jupons que de semer la zizanie entre les deux Kira potentiels. Il n'en eut guère l'occasion, cependant, car une vague d'étudiants affluaient vers eux à la rencontre de Misa Amane. Il se mit en retrait, profitant juste du tumulte pour voler le portable de la jeune femme. Yagami, quand à lui, semblait profondément agacé.

- Au revoir Light, on se voit plus tard ! Au revoir tout le monde !

Elle se dirigea en sautillant vers la sortie de l'université, tandis que la foule se dispersait instantanément. L la suivit des yeux.

- Ryûzaki, commença Yagami, c'est ma copine.

Une pour l'université, l'autre pour la célébrité, tu ne chôme pas, dis donc

Trop amer. Beaucoup trop amer, du café sans sucre. Elle était montée dans la gorge de L avec une force inouïe et il l'avait retenue de justesse. Le pire, c'était qu'il y en avait un tas d'autres qui attendaient de sortir, toutes plus agressives les unes que les autres. Elles naissaient facilement dans la tête de L, à la manière d'une hémorragie qu'il ne parvenait pas à arrêter. Il devait être terriblement fatigué. Cette affaire, pour une fois, lui demandait énormément de temps et il n'avait pas dormi depuis cinq jours. Son esprit devait être en train de lâcher.

- J'y vais, annonça t-il. C'était sympa de voir MisaMisa, maintenant je retourne au bureau.

- Fais attention.


Partie IV : L

x

x

- Allôôôô ?

Il aurait dû s'en douter. Il aurait dû savoir que tuer L ne serait pas chose aisée. Dire qu'il se réjouissait une seconde plus tôt de pouvoir appeler Misa et d'obtenir son véritable nom. Il comptait s'occuper lui-même de son sort, juste pour s'offrir un dernier divertissement avant de prendre place sur son trône de Dieu du nouveau monde. Sa joie avait été de courte durée cependant, car il avait eu au bout du fil non pas la jeune femme comme il l'espérait, mais L. L qui avait répondu d'un ton moqueur faisant écho à celui de Yagami lors de leur précédente discussion.

Kira avait hurlé de rage à n'en plus finir.

- Je peux savoir ce que tu fous ?

Il se tourna en même temps que L, qui se trouvait à peine plus loin. Un instant, Yagami avait cru être face à un miroir déformant.

- Quelqu'un a laissé tomber son téléphone et je l'ai ramassé, déclara innocemment le détective.

- C'est celui de Misa. Donne-le moi.

Il raccrocha, se dirigea vers L, lui arracha le portable des mains. Ils étaient face à face, plus proches qu'ils ne l'avaient jamais été auparavant. De près, les yeux noirs de L, calmes, attentifs, ressemblaient à des gouffres dans lesquelles on avait pas la moindre envie de se jeter, au risque de devenir complétement dingue.

- Tu l'appelles alors qu'elle vient à peine de partir, remarqua lentement L. Soit tu es très amoureux d'elle, soit tu as quelque chose à lui demander qui ne peut pas attendre.

L scrutait sans interruption la moindre parcelle du visage de Yagami, avide d'y déceler une marque de colère, de frustration. Sucette à la bouche, il jaugea les lèvres pincées de son homologue avec intérêt. Son propre portable vibra.

- Misa Amane vient d'être arrêtée, déclara t-il après avoir raccroché. Elle est suspectée d'être le deuxième Kira.

Kira supporta la nouvelle douche froide sans se manifester. Sa précédente crise l'avait laissé amorphe, rompu.

- C'est une admiratrice de Kira et elle était dans le studio le jour de la diffusion des cassettes. On a trouvé dans sa chambre des preuves matérielles, comme une poudre pour le visage et des fibres provenant de ses vêtements. Nous n'avons pas l'intention de l'annoncer alors s'il te plait, coopère un peu et tiens-toi loin du bureau.

L se délectait de ce qu'il disait. Ses yeux brillaient, trahissant sa bonne humeur. Il pensait que le second Kira le mènerait tout droit au premier.

- Qu'est-ce que vous allez lui faire ?

- Peux pas te le dire. Je peux avoir son portable ?

- Je ne peux pas croire qu'elle soit le Kira, bredouilla habilement Yagami. Ce n'est pas possible.

L n'eut aucun mal à reprendre le téléphone portable de la main de Yagami. Ses longs doigts effleurèrent ceux du jeune homme en une caresse délicate, à mille lieues de la tension apportée par la situation actuelle.


Partie V : Misa Amane/Yagami/Second Kira/Kira

x

x

S'il y avait bien quelque chose de plus agréable que les sucreries, le café sucré, les échecs avec Yagami et les douches chaudes, c'était de regarder cette pauvre petite créature qu'était le mannequin Misa Amane, ficelée de la tête au pied, ayant perdu toute sa superbe, terrorisée, pleurnichante et encore plus stupide, au travers de cette vitre. L avait jugée cette méthode nécessaire compte tenu des pouvoirs du second Kira, et à présent contenait des sourires et des remarques désobligeantes qui auraient sans doute grandement amoindrie la confiance que les policiers japonais avaient en lui.

Watari se chargeait de la torture. L préférait regarder, même si observer une femme silencieuse était des plus ennuyants. Yagami et son esprit incisif lui manquait. Il n'avait personne avec qui jouer aux échecs.

Le silence d'Amane était spectaculaire venant de la part d'une fille à l'apparence aussi naïve et vulnérable. Elle n'avait rien bu et mangé depuis deux jours, mais jamais ne s'était plainte, jurant simplement qu'elle était innocente, innocente, innocente. Elle tint bon un certain temps. Et puis elle demanda soudainement à être tuée.

Pendant ce temps, Kira continuait de juger les criminels, se foutant bien de savoir ce qui pouvait bien se passer avec son acolyte. C'était un tueur consciencieux. Le travail d'abord. Exactement comme L. Au bout d'une dizaine de jours de rétention, Amane s'était mise à parler de stalker, et avait traité L de pervers. Elle avait semblé moins inquiète, moins torturée. On aurait dit qu'elle avait tout oublié.

Deux jours plus tard, Yagami lui avait téléphoné. Il était venu en trombe jusqu'au QG, où il avait semblé mal à l'aise, perturbé.

- Comme l'a dit L, je pourrais être Kira.

L était resté sur sa chaise, dans son coin, près de l'écran d'observation d'Amane. Soichiro Yagami avait frôlé la crise cardiaque(*) pour la seconde fois de sa vie.

- Ligotez-le et mettez-le derrière des barreaux. Cette fois, c'est la surveillance permanente.

Ça brûlait, et ça faisait mal. Pas extrêmement, ça n'avait rien à voir avec le corps. Mais ça faisait mal malgré tout. Pas une fois L ne regarda Yagami. Il demeura recroquevillé sur sa chaise, avec la désagréable impression d'être seul. Il avait laissé les autres lui assurer que si Kira tuait malgré son emprisonnement, il serait aussitôt libéré. Quand le jeune homme avait posé son portefeuille, sa montre et son portable sur la table, L les avait longuement contemplé. Les mains de Light étaient moins fines que les siennes. Il se souvenait de la peau douce de ses doigts. Pendant un quart de seconde, sa volonté d'acier avait dangereusement fléchi. Elle était devenu le Titanic se brisant en deux après avoir percuté cet iceberg.

Puis Yagami avait suivi Aizawa jusqu'en cellule.

Soichiro Yagami, ne s'estimant plus capable de poursuivre l'enquête tant que son fils ne serait déclaré innocent, avait demandé à être enfermé également. L ne lui avait rien refusé. Il avait un immense respect pour cet homme depuis que celui-ci avait interrompu au péril de sa vie la diffusion des cassettes du second Kira.

Yagami enfermé, L pouvait le contempler à loisir sans que cela ne soit remarqué par le principal concerné. Il était fascinant de constater que même ainsi, le jeune homme conservait sa fierté, son calme, et sa beauté. Beauté qui au fil des jours revenait à son état naturel, brut, ravageant les idées, les soupçons et la volonté de L sans la moindre pitié, le mettant à genoux. Lassé de Misa et de ses jérémiades perpétuelles, L se complaisait dans une admiration silencieuse de Yagami.

- Light-kun, tu as l'air épuisé. Ça va ?

Il dégustait un rocher à la noix de coco avec du caramel. La surveillance, ça donnait faim. Yagami, ramassé sur le sol de sa cellule, semblait effectivement très mal en point, à peu près autant que son père, en fait.

- Je sais que je dois avoir l'air pathétique, marmonna t-il. Pour le coup, dans une affaire comme celle-ci, la fierté ne sert à rien. Je la laisse tomber.

L sourit. Les génies ne laissaient pas tomber leur fierté. Ils la contenaient, dans le meilleur des cas, mais elle était un part intégrante d'eux.

Laisse tomber ta fierté tant que tu voudras, chéri, elle reviendra toujours au galop

Quelques instants après ces derniers mots, Yagami se replia sur lui-même avec un petit gémissement. L fronça les sourcils, perplexe à l'idée que le gosse ne lui annonce une crise d'appendicite aigüe. Lorsque finalement il se redressa un peu, laissant voir son visage, L mordit trop fort dans son pique à cocktail et le cassa en deux.

Ses yeux

Il y avait un problème avec les yeux.

- Ryûzaki ?

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je sais que j'ai demandé de m'emprisonner mais maintenant j'en suis certain ça fait un bout de temps...je ne suis pas Kira.

- C'est moi qui en jugerais, pas toi, répondit séchement L.

Cela pouvait tout à fait être une ruse, ou bien de la panique. D'après ce qu'il avait pu comprendre, Light était sensible au stress, et cette sensibilité pouvait tout à fait affecter Kira au point que celui-ci ne supporte pas l'incarcération aussi bien qu'il ne l'aurait cru. Ou alors Kira en avait assez et essayait une nouvelle approche, au choix.

- C'est impossible de faire des choses d'une telle cruauté sans en avoir conscience, tu ne crois pas ?

- C'est toi qui as dit que tu pouvais être Kira sans en être conscient.

Light le supplia de le croire innocent, lui jura qu'il n'avait rien à voir avec Kira. De l'autre côté, Misa se lamentait une fois de plus. L, mordillant inlassablement son pouce, commençait sérieusement à ne plus rien comprendre.

Ce n'est pas logique je ne comprends rien j'ai loupé quelque chose oui c'est ça c'est sûrement ça j'ai dû louper quelque chose

Les assassinats de criminels reprirent au bout d'une vingtaine de jours de détention. De facto, cela réhabilitait Yagami et Amane, puisque les délinquants tués étaient apparus récemment à la télévision et qu'aucun des deux n'avait été en capacité de la regarder. L'un comme l'autre épuisait ses forces à vouloir prouver son innocence. Au cinquantième jour, tous deux étaient dans un état physique et probablement psychique désastreux.

L envisagea la possibilité d'un transfert du pouvoir de Kira entraînant une amnésie de celui qui l'avait possédé. Cette hypothèse expliquait le brutal changement de comportement des deux suspect, bien qu'il n'y eût pas encore de preuve pour en être absolument certain. Dans tous les cas, pour le moment, il se rendait compte qu'il ne tirerait plus rien de Yagami et d'Amane. S'ils avaient oublié leurs vies en tant que Kira, alors aucune menace, aucune torture, ne pourrait les faire parler. Il fit cependant un dernier test avec le père de Yagami, test qui se révéla infructueux puisque le commissaire ne mourut pas.

J'ai définitivement loupé quelque chose


(*) J'ai écrit ça en pensant à la chanson de Bénabar, Dis-lui Oui. À partir d'un moment, il entonne joyeusement la chose suivante :

"Il va et vient la nuit à n'importe quelle heure
Il fouille dans ma chambre pendant que je dors
J'ai frôlé la crise cardiaque, j'en ai encore mal dans le bras
Il a fait semblant d'être somnambule pour que j' l'engueule pas"

C'est marrant, mais le coup du somnambule m'a rappelé Light et son idée de "Je suis Kira inconsciemment". En fait, il est Kira quand il est somnambule. Je trouve que la théorie n'est pas trop mal.

La scène où L rencontre Misa Amane à l'Université est un mixe entre celle du manga/anime, et celle du film The Last Name. Je suis compliquée, je sais :P. La dernière partie de ce chapitre quand à elle est uniquement tirée du film.

Le "Chapelier Fou, Lièvre de Mars et Loir" désignent en fait L(Chapelier Fou, à cause de ses manières), Light(Lièvre de Mars, avec son côté dingo, bien que le chapelier en tienne aussi une bonne couche) et Misa(le Loir, celui que le chapelier et le lièvre finissent par ranger dans une théière, qui est obsédé par le mot "chat" tout comme Misa est obsédée par Light).

Negen