Point de vue de Maya.
lundi 16 septembre 2013, 14h50.
Plus que cinq petites minutes et je vais le retrouver. Cette idée me réconforte en cette journée assez sombre à cause de ce temps pour le moins décevant —typique Fauville à vrai dire—, mon sourire est resté le même sur mes lèvres depuis que je me suis levée. Il en est la seule raison. Ne vous détrompez pas, je ne suis pas amoureuse. Non, pas encore. Mes sentiments à son égard grandissent quand je le vois, quand il rigole avec moi, quand il me parle, quand il me sourit... Je sais que je vais bientôt l'aimer, dépendre totalement de lui, de ses paroles, de ses actes envers moi. Et ça risque de grandement me blesser vu à quel point notre début de relation est compliqué. Surtout que la suite ne risque pas d'être plus facile, bien au contraire. Mais je cesse bien vite de m'interroger de ce côté-là pour le moment. Je vais juste profiter pleinement de cette récréation pour lui parler, l'embrasser... Je nous imagine déjà, un sourire se dessinant sur nos visages. Le mien sera le plus beau.
Je frissonne d'excitation même si cette scène se passera dans un placard à balais. Pas très glamour, mais il le faut. Si quelqu'un apprend pour notre relation il risque d'avoir de très gros soucis. Jamais je ne me le pardonnerai. Je l'apprécie énormément et n'ai aucune envie de lui nuire et en même temps, je ne compte pas fuir notre histoire par lâcheté, parce que j'ai la trouille, bien que ce soit le cas. Je veillerai à ce que personne ne sache rien et puis... quoi de plus romantique qu'un amour interdit ? Ce sera notre petit secret.
La sonnerie finit par retentir, me sortant en un rien de temps de mes pensées. Mon sourire s'élargit alors que je ramasse gaiement mes affaires, saluant même le professeur de chimie que je hais d'ordinaire. Je pourrais presque m'en aller en sautillant, mais je ne dois pas attirer l'attention, rester un minimum discrète. Je sens une douce main se glisser dans la mienne. C'est Sarah. Je me retourne vivement pour observer son faible sourire sur son visage blanchâtre et je remarque à quel point son teint est pâle. Cette journée de lundi a dû être dure pour elle aussi. Je lui fais comprendre d'un geste de main qu'elle n'a pas à m'attendre durant cette récrée. Elle hoche la tête, me sourit faussement, ce qui fait ressortir ses cernes et se retourne rejoindre les autres. Sa main quitte très vite la mienne, n'y prêtant aucune attention. Pas de dialogues, pas de contacts. Une pointe de nostalgie me parcourt lorsque je me rends compte à quel point mes relations amicales sont au point mort.
Officiellement, Sarah est ma meilleure amie. Il est très simple pour nous de le faire paraître, il suffit que l'on reste ensemble tout le temps : durant les cours, durant les pauses, durant l'EPS, toujours se m'être ensemble lorsque l'on a besoin de binôme et aller voir les gens ensemble. Parler, rire avec eux et s'en aller, toujours à deux. Mais en dehors de ça, en dehors des autres, on ne se parle pas. On ne rigole pas, on ne se regarde pas, on ne délire pas. L'amitié qu'on a pu se porter est morte et enterrée depuis deux ou trois années déjà. Tout est de ma faute, je sais qu'elle est blessée au point de ne plus pouvoir me supporter, même si elle dit m'avoir pardonné et que rien n'a changé. Elle ment, c'est son secret qu'elle croit bien gardé, mais elle ne se rend pas compte que la profonde rage qu'elle me porte se faire ressentir à travers tout ce qu'elle fait. Elle ne se rend pas compte que je ne suis pas aussi indifférente que je le fais savoir vis-à-vis d'elle.
Elle et moi, on se connaît depuis la primaire. On a toujours été proche, on rigolait beaucoup. Puis un jour, j'ai changé de meilleure amie. Je suis allée voir ailleurs, allez savoir pourquoi. Je me lassais vite des gens, n'hésitant pas à les laisser de côté sans explications. J'étais comme ça : je m'amusais avec les gens et quand ils ne me suffisaient plus, hop, je les jetais. Et cette fois-ci, j'avais trouvé le duo phare de mon année de CM2, Laura et Clara. Elles étaient tout le temps ensemble, de vraies meilleures amies. Alors, je me suis joint à elles.
Pas besoin de les connaître sur le bout des doigts pour comprendre à quel point elles étaient proches. Elles ne faisaient qu'un. Plus ça allait, plus elles m'acceptaient. On rigolait toutes les trois, le duo devenait un trio et tout le monde était content et heureux. Je ne m'occupais en aucun cas du vide que j'ai laissé chez Sarah, à quoi bon ? Seulement, un jour, Laura me gênait. Peut-être voulais-je Clara pour moi seule, ou alors m'énervait-elle simplement ? Je ne m'en rappelle plus, mais une chose était certaine : je n'en voulais plus. Alors, j'ai fait en sorte qu'elle soit mise à l'écart. J'ai fait en sorte qu'elle se sente de trop. Je l'éloignais peu à peu de Clara et moi, et je me rapprochais de cette dernière, toujours subtilement. C'est horrible à dire, mais je prenais un malin plaisir à le faire. Parce que j'étais douée, parce que j'avais le contrôle...
Un jour, Laura a définitivement quitté Clara. Elle a cessé de lui adresser la parole du jour au lendemain, sûrement fatiguée par mon jeu et surtout, fatiguée de voir que son amie ne se rendait compte de rien, aveuglée par sa naïveté enfantine et sa profonde amitié —voire admiration maintenant que j'y pense— pour moi. J'avais remarqué que Laura avait essayé de lui ouvrir les yeux, mais je ne me suis pas inquiétée plus que cela, je savais que Clara était bien trop attachée à moi pour me quitter. Remarquant l'inutilité de ses paroles, Laura est alors passée à autre chose et je me rappelle avoir été extrêmement surprise par son comportement.
Laura était à mes yeux une éternelle mélancolique, sensible comme pas une et pourtant, elle nous a oubliées en un rien de temps. Plus aucun regard, aucune parole, aucune réaction vis-à-vis de nous. Elle passait ses récrées ailleurs, avec d'autres personnes et elle semblait heureuse. Je me rappelle avoir été frustrée par son comportement, en colère et triste aussi. Alors, mesquine que j'étais, je me suis vengée sur Clara. J'ai fait en sorte que notre entourage proche, à l'époque un groupe de garçons plutôt sympas et fluets, se retourne contre elle, avant de la jeter, elle aussi. Seulement, elle n'a pas eu la vivacité de Laura et elle, elle est restée seule, si bien que sa mère est elle-même venue se plaindre à notre professeur, qu'on appelait maître à l'époque.
J'étais diabolique, une jeune salope, je peux le dire. Évidemment que j'ai honte de mes actes aujourd'hui et je suis surprise d'avoir pu être aussi méchante à un si jeune âge, mais avec l'arrivée au collège, elles se sont éloignées de moi, m'empêchant ainsi de m'excuser. Je ne sais pas trop ce qu'elles sont devenues, je remarque juste qu'elles se sont pardonnées et qu'elles sont de nouveau ensemble. Peut-être leur nouvelle amitié est-elle aussi hypocrite que celle que j'ai avec Sarah ou peut-être se considèrent-elles comme des sœurs ? Impossible de le dire.
Depuis ces deux dernières victimes, je suis revenue vers Sarah, en espérant retrouver mon amie, celle avec qui j'ai ri et celle avec qui je me sentais bien. Seulement, Sarah est loin d'être aussi débile que les autres. Elle me connaît très bien et même si elle a dû remarquer mon changement mental, elle a bien vu ce que j'ai fait, elle a pris peur, ou bien était-elle trop dégoûtée pour me reparler comme avant ? Le fait est que, depuis ce jour, elle n'est plus mon amie, elle en assume seulement l'image. Et je la comprends, je le mérite amplement même.
Ma véritable meilleure amie, si puis-je dire, c'est ma sœur jumelle, Aziz. On est fausse jumelle c'est-à-dire que physiquement, on ne se ressemble pas, mentalement non plus d'ailleurs, mais on se soutient mutuellement depuis toujours, particulièrement depuis la sixième. Et c'est en la croisant dans les couloirs que je me rends compte que je suis à deux à l'heure depuis la sonnerie. Affolée, je me baisse pour qu'elle ne me remarque pas, car si elle me voit, elle va vouloir me parler... et savoir où je vais. Une fois ma jumelle hors de ma vue, j'agrippe la poignée de la porte de placard et la tourne, discrètement mais rapidement. Je sens son odeur, son parfum. Il est là.
Point de vue d'Anaïs.
lundi 16 septembre 2013, 14h58.
Assise sur un banc aux côtés de mon amie Axelle qui ne cesse de me raconter ses multiples rapprochements avec Julien, j'ai l'esprit ailleurs. Mon amie, trop occupée à me raconter sa vie, ne le remarque même pas. Ce SMS m'a particulièrement troublé. Je tapote mes cuisses à l'aide de mes mains, chose qui énerve vite Axelle qui daigne enfin poser ses yeux sur moi. Son regard plissé est là pour me montrer son énervement. Je sens son souffle parfumé à la fraise sur mon visage.
« Anaïs, tu fais quoi au juste avec tes mains et est-ce que tu peux arrêter ? C'est énervant. Mais dis, tu m'écoutais quand je te parlais ?
— Axelle, t'as déjà été victime de... chantage ? »
Ne pas répondre à sa question est la meilleure façon pour moi d'attirer toute son attention, surtout si j'en pose une autre par-dessus.
« Quelqu'un te fais chanter, blondasse ? »
Je lâche un soupir à l'entente de ce surnom que je déteste et finis par hocher lentement la tête. Mon amie me regarde un peu plus intensément, s'installant un peu plus confortablement en face de moi. Je me dis alors que, peut-être, je m'apprête à faire une bêtise, peut-être que cette personne s'en prendra à mon amie ? Mais je ressens un besoin immense de partager ce poids qui traîne depuis maintenant une semaine sur mes épaules. Ces messages d'Anonyme commencent à me faire flipper au plus profond de moi et je ne sais pas si je dois rentrer dans son jeu ou alerter mon entourage. Axelle peut peut-être m'aider.
« Mais à propos de quoi ? »
Je me mordille discrètement la lèvre inférieure, me rappelant que si j'accepte de faire tout ce que me dit Anonyme depuis le début, c'est pour qu'Axelle n'en sache rien, pour qu'elle n'apprenne pas mon secret, car je redoute sa réaction. Enfin, je la devine plutôt : folle de rage, jalouse aussi que je partage plus de temps avec lui qu'avec elle. Elle pourrait peut-être se sentir trahit aussi. Après, elle irait sûrement le voir, elle irait le frapper, lui crier dessus, lui cracher dessus, et elle lui rendrait la vie encore plus dure qu'elle ne le fait maintenant. Je refuse ça. Quant à moi... je préfère ne pas imaginer ce qu'elle me préparerait, car je ne sais pas à quoi m'attendre.
Je plonge un peu plus mes yeux dans les siens, observant plus attentivement ses pupilles, histoire de chercher un bon mensonge.
« Il ou elle me menace à propos de mes mèches brunes. Comment cette personne peut savoir ça, hein ? »
Je lui agite une de mes boucles blondes sous le nez, pour rendre mon histoire un peu plus crédible. Mon visage prend une tournure légèrement bête, mettant toutes mes chances de mon côté.
J'assume d'être blonde, pourtant, occasionnellement, quelques mèches brunes se dessinent dans ma chevelure de tigresse. Mon amie le sachant, elle croit donc à mon histoire, laissant apparaître un sourire en coin, me montrant ses dents d'une blancheur à vous en donner la chair de poule.
« Cette personne doit bien t'observer... Mais, qu'est-ce que tu dois faire pour qu'elle garde le silence ? »
Les battements de mon cœur s'accélèrent, mes mains en deviennent presque moites. Je dois lui dire la vérité à propos de ça, après je me sentirais... mieux, oui sûrement. Je tente encore de m'en convaincre lorsque je prononce cette phrase :
« Il veut que j'fasse flipper une fille, dans la classe, à propos d'un de ses secrets...
— Wow, quel secret, blondie ? »
Ses yeux pétillent d'excitation, j'ai vraiment toute son attention maintenant. Je ne peux plus revenir en arrière. Je déglutis difficilement et me rapproche un peu plus d'elle, histoire de pouvoir murmurer le secret.
« Tu sais, Maya, la métisse ? Bah... elle entretient une relation secrète avec le nouvel assistant du prof de sport, Mr Leroy...
— Romain Leroy tu veux dire ?! Le jeune futur prof de sport sexy du collège ?! »
Axelle a parlé trop fort à mon goût, je lui tape rapidement son épaule ! Si elle est aussi discrète que ça alors je viens de faire une grossière erreur. Elle a les yeux ronds et dans une autre situation, j'aurais pu rire... Mais là, une boule se forme dans mon estomac. Une boule que je n'ai pas l'habitude d'avoir. J'ai fait une regrettable erreur et je m'en rends peu à peu compte. De toute évidence, Axelle n'a pas la maturité pour garder un secret tel quel pour elle. Surtout elle qui parle à tout bout de champ... Mais où avais-je la tête ? Puis son regard envers Maya va changer et vu sa discrétion et vu que cette dernière n'est pas totalement bête, elle va s'en rendre compte, lui demander pourquoi et... Axelle va tout balancer, tout. Elle attirera l'attention sur elle et ridiculisera Maya qui sort avec son assistant sportif préféré. Pierre de coups. Quelle boulette je viens de faire !
La panique s'empare alors de moi, surtout lorsque je remarque qu'elle attend quelque chose, une réaction ou une autre information croustillante... J'ai peut-être une chance alors, je peux me rattraper.
« Quand je dis que les brunes sont plus connes que nous, regarde-toi. Je te ferais croire n'importe quoi... »
Et là, c'est comme si elle respirait de nouveau. Son visage reprend des couleurs, ses yeux ne me portent plus toute l'attention qu'ils ont et j'ai bien envie de lâcher un soupir de soulagement, mais Axelle n'est pas aussi naïve que ça, donc vaut mieux m'abstenir et rester prudente. Je me rends compte que cet Anonyme réanime mon intelligence perdue.
« Alors, tout ce que tu viens d'me dire... tu l'as inventé ?
— Juste pour voir ta réaction et si t'étais aussi naïve que je le pensais. »
Un sourire se dessine sur mon visage quand je réalise la chance que j'ai et comment j'ai pu m'en sortir. Plus jamais je ne lui reparlerai de ce secret, de mes messages, jamais. Axelle n'est pas prête, pas plus que moi d'ailleurs, mais moi, on ne m'a pas laissé le choix. On m'a entraîné là-dedans sans me demander mon accord.
Mon portable se met à vibrer, je le sors et regarde le SMS, appréhendant quelque peu qu'il vienne de cet Anonyme... Bingo.
SMS d'un Numéro Bloqué à Anaïs.
15h03 ✉ Tu as bien fait de t'abstenir, je ne l'aurais pas laissé passer chérie. Maintenant, rends-toi devant le placard à balais du hall, Maya et son fameux Roméo sont dedans. Frappe juste à la porte, c'est préférable pour toi et tes yeux de ne pas ouvrir, crois-moi.
Fais vite avant que les cours ne reprennent, plus que sept minutes.
- Anonyme.
Je dois avouer qu'un certain malaise s'installe dans mon intérieur quand je me dis qu'il a entendu notre conversation, qu'il est près. Je fais toutes sortes de mimiques avec ma bouche, c'est ma façon à moi de me concentrer. J'en ai presque oublié la présence d'Axelle, qui me donne une tape sur l'épaule. Je sursaute, extrêmement gênée par mon oubli qui aurait pu m'être fatal. Je vois de nouveau cette pointe d'excitation dans ses yeux, elle espère que je lui dise que c'est de ce fameux Anonyme et si je lui dis la vérité, elle voudra lire le message. Hors de question, j'ai commencé ce mensonge, je m'y tiens jusqu'au bout.
« Calme-toi miss, c'est seulement Ben et il veut que je le rejoigne...
— Et tu vas y aller ? Mais, vous vous êtes donnés rendez-vous où ?
— C'est un secret. »
Je n'ai pas fini ma phrase que je suis déjà en route vers le hall, me retournant juste pour lui sourire en lui tirant la langue. Quand j'y repense, le lieu de rendez-vous est en effet un secret pour elle. Ben est l'excuse parfaite, j'espère qu'il me pardonnera ce petit mensonge... s'il le découvre un jour.
Mon esprit se vocalise seulement sur mon secret et aussi sur celui de Maya. Que faire une fois devant la porte, juste toquer comme Anonyme me l'a demandé ou bien rentrer et devenir l'ennemi du couple ? C'est dégoûtant, les imaginant s'embrassant, se touchant... rien que s'ils se regardent j'aurais des nausées. J'ai la critique facile et même si Maya était une fille que j'appréciais bien, depuis que je sais qu'elle a des rapports avec le stagiaire, elle me répugne. Comment elle peut faire des choses pareilles ? Avec un futur prof putain !
C'est vrai que Mr Leroy est mignon et c'est vrai qu'il est jeune, c'est un assistant apparemment très doué en sport et assez mauvais en ce qui concerne l'école. Il a quitté l'école depuis peu de temps, il doit avoir tout juste dix-sept ans. On en rigolait beaucoup avec Axelle, des fois Maya se joignait même à nous. Peut-être préparait-elle sa couverture ? Mais je pense qu'il y a des limites tout de même, surtout que Mr Leroy est bien dans la merde si quelqu'un le découvre. Il n'est pas encore professeur mais ça ne change pas vraiment la donne. Se rend-elle compte de l'importance ses actes ? Je secoue négativement la tête. Je la juge peut-être, mais ce n'est pas à moi de lui faire la morale. Nous ne sommes pas assez proches, juste des copines de classe.
Après avoir posé un pied dans ce vieux hall, je remarque avec plaisir qu'il y a encore du monde. Pour moi, c'est positif car je n'ai pas vraiment à me cacher des pions, je dois juste rester naturelle et calme, malgré mon énervement naissant.
Je me dirige vers cette fameuse porte que je trouve immédiatement, peut-être parce que je me dessine un plan dans ma tête depuis que j'ai levé mes fesses de ce banc terne et froid ? Je regarde l'heure sur mon portable, 15h06, il me reste quatre minutes. Pourtant, je ne peux plus bouger, je suis paralysée. Je reste devant cette porte d'un marron terne, qui me paraît même sinistre maintenant, essayant d'empêcher mon esprit d'imaginer ce qu'ils font derrière. Quand soudain, je reçois un nouvel SMS. Je ne doute plus du destinataire. La totalité de mes membres se tendent, pourtant, ma main tremblante sort mon portable.
SMS d'un Numéro Bloqué à Anaïs.
15h07 ✉ Toque seulement et dit-lui que tu sais ce qu'elle fait et avec qui. Rajoute ce que tu veux après, fais-toi plaisir, je sais que tu le veux.
Bonne chance !
- Anonyme.
Je n'aime pas quand il me dit quoi faire ou quoi dire, mais comme il a commencé à le faire, pourquoi ne pas finir ? Qu'est-ce que je suis censée ajouter après, hein ? Je n'ai aucune envie d'en parler avec elle, aucune envie de débattre sur le sujet. Je n'ai aucune envie de dire ce que je pense aussi. Pas maintenant, pas devant tout le monde. Mais je n'ai pas le choix, je préfère l'humilier, la faire flipper, plutôt que de devoir tout avouer à ma meilleure amie.
Un frisson me parcourt lorsque je réalise à quel point elle va me détester si un jour elle l'apprend... Mais ça me motive à toquer, ce que je fais d'une main faussement assurée. Je me rapproche un peu plus de la porte pour qu'elle et... et mon "prof" puissent entendre mes paroles.
« Je... Maya, je sais ce que tu fais, et avec qui. T'es vraiment répugnante, et insouciante aussi ! Comment tu peux être aussi stupide ? J'en reviens pas, et pourtant, je sais que c'est toi, toi qui fais cette belle... cette belle connerie ! »
Mon pied droit frappe la porte avec ardeur et marche en direction de la sortie, vérifiant quand même que personne ne me lance de regard suspect. Plus je m'approche, plus mes pas s'accélèrent. Je me rends compte que j'ai inconsciemment enfoncé mes longs ongles dans ma peau. Je n'ai pas réussi à me contrôler, je lui en veux, à elle. Je lui en veux d'avoir un secret aussi dégueulasse que celui-là, je lui en veux d'être tellement pas discrète qu'Anonyme l'ait coincée et qu'il me fasse chanter, une fois de plus, à cause d'elle. Quant à cette ordure qui s'amuse de moi... il met mon amitié avec Axelle en péril un peu plus à chaque fois que je reçois un SMS et tout ça à cause d'elle ! Je me mets à trottiner sans m'en rendre compte lorsqu'une voix me stop presque immédiatement, posant sa main glacée sur ma hanche.
« Ne cours pas chérie, tu risquerais de tomber et de te faire mal... »
