Chapitre 4 : Travail en équipe
Voir l'ex inspecteur Ginoza dans un parc avec des béquilles avait quelque chose d'irréel, se disait Mika. L'air de ne pas y toucher, elle l'observait dans son environnement et le voir dans un contexte détendue, dans un parc avec du monde autour, lui semblait... Incohérent. Il semblait presque normal et ne rien ne laissait deviner quel caractère épouvantable qu'il avait. Il était grand avec une stature tout de même assez imposante pour quelqu'un d'aussi filiforme. Mika trouvait qu'il avait un beau visage, un visage fermé et marqué par ce que la vie lui avait fait subir, mais il restait beau. Du peu qu'elle avait vu, il avait souvent l'air blasé mais ses yeux, eux, étincelaient d'intelligence et elle ne doutait pas qu'à certains moments, ils devaient aussi pouvoir pétiller de malice.
La jeune femme retint un rire lorsqu'elle regarda les béquilles : Celles-ci étaient assez grande pour le supporter mais comme il était grand, elle lui faisait plutôt penser à des échasses. Elle ne le connaissait pas assez pour se moquer de lui ouvertement, mais cela ne l'empêcha pas de prendre discrètement une photo, pour quand ce serait le cas. Sans surprise, l'exécuteur se tourna vers elle pile au moment où elle prenait la photo et pour cacher son embarras, la jeune femme afficha un visage neutre en feignant de regarder quelque chose qui se trouvait au delà de lui.
« Qu'est-ce que vous faites ? Lui demanda le jeune homme, suspicieux.
— Je prends des photos pour me souvenir de l'atmosphère des lieux » lui mentit-elle avec aplomb.
Le jeune homme haussa les épaules avant de continuer son chemin vers un petit bâtiment situé en bordure du chemin où passaient des sportifs de tous poils : Vélos, roller et joggeurs. Mika les regardait passer avec envie avant de se focaliser sur les lieux...qu'elle oublia encore une fois car ses yeux venaient de tomber sur Ginoza qui observait les rives du lac artificiel d'un air pensif. Elle repris une photo.
« Ça vous plaît de jouer les paparazzis ? lui dit-il sans bouger, tandis que la jeune femme prenait une autre photo.
— Du tout, le détrompa-t-elle. Je trouve que la lumière est belle et vous faites un bon sujet, lui expliqua-t-elle en rangeant son téléphone dans sa poche.
— Fan de photo ?
— A mes heures. J'aime prendre en photo tout et n'importe quoi, du moment que l'image me semble assez intéressante, lâchât-elle en observant un homme qui promenait son chien.
— Ravi d'apprendre que je fais partie d'un tout et n'importe quoi intéressant, ironisa le jeune homme alors que sa collègue dissimulait un sourire.
— N'est-ce pas ? Donc, reprit-elle. D'après le rapport des drones, les corps des deux premiers animaux ont été retrouvés dans ce parc un peu haut, tandis que les autres ont été déposés dans les trois autres qui ne se trouvent pas loin. Les autres parcs sont semblables à celui-ci, que ce soit en composition ou en superficie.
— Composition ? releva l'exécuteur.
— Oui, des pistes cyclables, des infrastructures pour que les sportifs puissent venir s'entraîner, ainsi qu'un lac artificiel avec une allée damnée pour les joggeurs, quoi ? Demanda Mika qui venait de voir le sourire entendu qu'arborait son collègue.
— Vous parlez comme une professionnelle, Shimotsuki-san.
— Je ne vais pas répondre à cela, se vexa Mika, les lèvres pincées. Bon alors, Monsieur l'Exécuteur, que vous dit ce parc ? lui demanda-t-elle.
La jeune fille avait déjà une idée sur les lieux qu'ils étaient en train de visiter, mais elle tenait à connaître l'opinion de son partenaire sur la question avant de lui donner la sienne.
— Ce sont des lieux ouverts, facilement accessibles au public. Les lieux ne sont pas surveillés comme le reste de la ville, releva encore le chien de chasse en montrant d'un signe du menton, le drone solitaire qui passait non loin d'eux. Ils sont par contre relativement fréquentés, ce qui me fait dire que le tueur de chiots doit se sentir plutôt à l'aise et en sécurité dans cet environnement. Donc il doit habiter dans les parages ou ce parc fait partie d'un itinéraire qu'il emprunte souvent, au moins une fois par jour, je dirais.
— Je suis d'accord. Vous n'avez pas remarqué autre chose ? interrogea Sheperd two. Ginoza regarda les personnes qui évoluaient autour d'eux.
— Je vois qu'il y a aussi beaucoup de jeune, dans ce parc. Cela doit vouloir dire que la personne que nous recherchons doit être à l'aise avec eux, proposa le brun.
— Vous ne pensez pas qu'un adolescent puisse être à l'origine de ses actions, n'est-ce pas, Ginoza-san.
— Non, je... Je ne pense pas. Effectivement, ça serait possible, mais j'en doute.
— Et pourquoi pas ? insista l'inspecteur. D'après des études effectuées avant l'avènement de la Sybille, les tortures d'animaux seraient révélatrices de comportement psychopathique qui mènent souvent l'individu parvenu à l'âge adulte à devenir un potentiel tueur en série. La pitié et le sens de bien et de mal ancrés en chacun de nous leur étant inconnue. Or, les tueurs en série doivent, comme tout le monde, passer par l'adolescence et si celui-ci en est un, il est seulement particulièrement précoce, affirma Mika en suivant pensivement des yeux un vélo passer.
— Ainsi vous avez étudié la psychologie ? Je pensais que cette matière avait été rayée du planning d'enseignement par la Sybille, releva Gino.
— Elle l'a été. Je viens d'une petite ville qui avait une bibliothèque assez bien pourvue, en ce qui concerne les livres de l'époque dernière. Le fait d'avoir grandi dans un endroit où j'étais la seule enfant a fait que je lisais beaucoup, ce qui est toujours le cas d'ailleurs.
— Le fait est que vous semblez surtout bien plus âgée que vous ne l'êtes en réalité, lorsque vous parlez de cette manière, argumenta Gino. Pour ce qui est de votre avis, il se tient, malheureusement, soupira-t-il. Il me semble que c'est une hypothèse valable mais quelque peu tirée par les cheveux, dit-il d'un air pincé.
— Et heureusement que je suis inspecteur, car je suis sure que si nos positions avaient été inversées, vous n'auriez même pas tenu compte de mon avis, lui dit-elle en souriant d'un air entendu.
— Effectivement. J'aurais surement agi de la sorte. Avant. » admit Ginoza en regardant ailleurs tout en la suivant pour aller poser quelques questions à la personne chargée de l'entretien du parc.
Après une brève discussion avec le gardien du parc, Ginoza et Mika avaient regagnés la voiture pour retrouver Yayoi et Tsunemori et le trajet se déroula dans un silence relativement plaisant.
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Sheperd one attendit patiemment que hound three sorte du fourgon. Akane n'avais jamais été fan de ces fourgons qui servaient à véhiculer les exécuteurs. Elle trouvait qu'ils renforçait la disparité existante entre les inspecteurs et les exécuteurs, ce qu'elle trouvait déplorable. C'était des humains, comme elle, et peut-être bien qu'un jour, une affaire la ferait basculer elle aussi, du mauvais côté du dominator. C'était une menace inhérente à la qualité d'inspecteur et Tsunemori l'avait intégrée plus brutalement que ne l'aurait voulu son ancien partenaire. L'inspectrice la plus ancienne de l'unité une soupira lourdement. Elle espérait vraiment que Shimotsuki-san et Ginoza-san pourraient s'entendre, même si leur collaboration n'avait pas commencée sous les meilleurs auspices.
Mais la brune ne se faisait pas autant de soucis qu'elle ne l'aurait du en saisissant d'une main ferme son arme de service dans la voix désincarnée lui emplis bientôt la tête d'informations diverses et variées qu'Akane n'écouta que d'une oreille. De toute façon, elle et Ginoza-san s'étaient quelques fois confrontés durant son apprentissage, mais maintenant, ils pouvaient travailler ensemble sans problème. Tsunemori Akane lissa d'une main pensive, la jupe de son tailleur noir. En fait, le partenaire de Ginoza-san devrait être quelqu'un qui aurait un caractère assez fort pour pouvoir résister aux tendances dictatoriales de l'autre. Mise à part ce travers, le nouvel exécuteur était professionnel, qualifié et plus humble qu'autrefois. Mika-san devrait seulement le cerner pour pouvoir travailler avec lui, et peut-être que la tension qu'Akane ressentait entre ces deux-là n'était-elle pas seulement dues aux circonstances de l'embauche de Shimotsuki... Affaire à suivre.
Akane ne s'en faisait pas trop pour la nouvelle, celle-ci avait l'air d'avoir la tête sur les épaules et une personnalité qui sortait de l'ordinaire. Peut-être assez intéressante pour intriguer ce cher placide qu'était l'exécuteur Ginoza... Kunizuka-san, voyant sa supérieur pensive ne fit aucun commentaire et s'arma elle aussi en attendant que sa chef ait fini de réfléchir. Bien que le petit sourire qui avait effleuré les lèvres de l'inspecteur lui avait dit tout ce qu'elle avait besoin de savoir. Tsunemori Akane avait dû passer beaucoup trop de temps avec Shion qui avait du lui faire un lavage de cerveau façon romans à l'eau de rose. Pauvre Ginoza. S'il n'avait pas été aussi détestable avec la nouvelle depuis l'arrivée de celle-ci, Yayoi aurait presque pu compatir avec lui et lui offrir son aide. Malheureusement pour lui, la musicienne avait décidé de le laisser se débrouiller seul et de profiter, elle aussi du spectacle : Il n'y avait pas de raison !
« Ok, dit Akane. Parles-moi, ordonna-t-elle à Yayoi qui finissait de consulter les données que les drones avaient récoltés sur les lieux avant d'enlever le corps.
— Le corps a été retrouvé par les drones chargés du nettoyage des bennes à ordures, hier soir dans les alentours de vingt-deux heures. Ils ont tous enregistrés sur la plate-forme d'échange et ça a été copié là-dessus, expliqua l'exécutrice en montrant à sa chef la disquette que venait de lui donner le drone qui projetait l'hologramme des ruban de scène de crime. Tu veux que je la fasse lire ?
Akane hocha la tête en se préparant à voir le cadavre, même si elle pensait ne jamais pouvoir s'y habituer. Yayoi, elle, enfonça la disquette dans une fente prévue à cet effet dans le porteur de dominator. Quelques secondes plus tard, des faisceaux de lumière verte en jaillirent pour reproduire en trois dimensions, la scène de crime qui s'était tenue là.
La scène était désolante, comme on pouvait s'y attendre et fit grimacer l'inspectrice. La benne a ordure était remplies de restes alimentaires, détritus et morceaux d'emballages en tous genres. Une benne à ordure typique de celle d'un restaurant qui ne faisait pas de tri sélectif. Dans leurs malheurs, Yayoi et Akane avaient eus de la chance, que le corps soit frais, car il n'émanait de la benne que les odeurs de saleté habituelle, sans celle de putréfaction qui aurait dû les accompagner si le corps avait passé plus d'un jour dans cette poubelle à ciel ouvert et en plein soleil.
La pauvre femme avait visiblement été battue, étant donné son visage tuméfié et boursouflé, les bleus ressortant beaucoup plus sur sa peau froide qu'ils ne l'auraient fait sur un vivant. Akane avait de la peine pour elle et nota mentalement de demander au médecin légiste de prendre soin du corps, afin que la jeune femme soit rendue à sa famille dans le meilleur état possible. Elle avait été jetée dans cette benne comme une ordure ordinaire, ses membres distordus dans la mort formant un spectacle grotesque qu'Akane était sure de revoir en rêve. Il fallait qu'ils arrêtent celui ou celle qui en était responsable, car si celui-ci recommençait comme elle le pressentait, les prochains corps seraient beaucoup plus vilains à voir.
Akane senti que Mika-san et Ginoza-san arrivaient, grâce au changement de posture de Yayoi. Celle-ci s'était tendue avant de se relaxer un petit peu. Akane comprenait ses sentiments. Ginoza-san n'avait jamais été tendre avec eux et la grande brune devait encore lui tenir rancune pour son attitude, même si elle était désolée pour lui. Quant à Akane, elle appréciait Yayoi. Celle-ci était avare de paroles mais elle avait une bonne nature qu'elle dissimulait soigneusement derrière un visage impavide. Être une femme exécuteur ne devait pas être chose facile et le respect de la jeune brune envers son aînée n'en était que plus grand. Elle était contente de la compter dans ses effectifs et peut-être un jour, comme amie. L'inspecteur se tourna vivement vers les deux arrivants.
« Les drones ont nettoyés la scène, mais ils ont tout enregistrés sur disquette et sur le serveur du bureau. Voulez-vous vous jeter un coup d'œil ici, où nous pouvons aller rejoindre Karanomori-san ? Leur demanda-t-elle. Ginoza secoua la tête négativement, tandis que Mika-san posait sans s'en rendre compte, la main sur son ventre.
— Désolée, s'excusa celle-ci. C'est à dire que je viens de manger et que l'odeur...
— Je comprends, lui répondit Akane. Nous pouvons tout aussi bien faire cela du bureau. Nous y serons plus à l'aise et vous évitera de disons...baptiser les chaussures de Ginoza-san. Termina la brune à qui la teinte verdâtre de sa jeune collègue n'avait pas échappée.
Ginoza et Shimotsuki-san, trop contents d'échapper à l'odeur pestilentielle qui régnait, s'étaient déjà dirigés vers leur véhicule. L'inspecteur Tsunemori se dirigea vers le fourgon et Yayoi vers l'arrière de celui-ci lorsqu'Akane l'appela devant. Devant l'air interrogatif de la jeune femme, Tsunemori soupira lourdement et lui expliqua son attitude.
— J'en ai marre de devoir vous enfermer comme des criminels à chaque fois.
— C'est pourtant ce que nous somme, répondit placidement la brune.
— Ce n'est pas vrai. En aucun cas vous n'avez tués autrui dans vos intérêts personnels ni aucuns problème psychiques. Vous êtes seulement des personnes qui sont passionnées par ce qu'elles font. C'est tout. Maintenant veux-tu monter dans ce fourgon, que nous puissions y aller ? S'agaça l'inspectrice. Yayoi pinça les lèvres pour ne pas montrer à Akane qu'elle se moquait de sa candeur.
— Oui, chef ! »
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Comme le matin même, la pièce était obscure et sentait la cigarette. Les énormes écrans de Karanomori-san suffisaient presque à éclairer la partie du fond, mais l'analyste avait rajouté trois lampes murales qui donnaient à l'ensemble une impression de douceur grâce à la lumière tamisée qu'elles projetaient. La blonde plantureuse les attendait la clope au bec, installée dans son fauteuil ergonomique qui rendait Mika presque jalouse. La compagne de Kunizuka-san ne parut pas se rendre compte de leur arrivée, le silence de la pièce seulement troublé par le tapotement des touches des divers claviers qui jonchaient le large bureau.
Ce fut Tsunemori-san qui se racla la gorge pour signaler leur présence, mais la blonde garda le regard rivé sur un de ses écrans.
« Prenez place, mettez-vous à l'aise. Je termine quelque chose et je serais toute à vous, les invita-t-elle, en faisant tomber la cendre de sa cigarette dans un cendrier que Mika n'avait pas remarqué de prime abords. La jeune brune prit place aux côtés de sheperd one, tandis que Kunizuka-san prenait le canapé. Ginoza-san, quant à lui préféra rester debout derrière les deux inspectrices.
Des points bleus reliés par des lignes de la même couleur apparaissaient et disparaissaient et lorsqu'ils restaient visibles, il traçaient un entrelacs de ligne complexes. Karanomori-san tapota encore sur plusieurs touches et l'espèce de carte que formaient les différents points, disparût pour être remplacées par les photos crues de la scène de crime.
Mika, qui ne s'y attendait pas, émis un petit hoquet qu'elle ne tenta pas de dissimuler derrière une toux, comme elle y avait pensé au début. Délicates, ses voisines ne firent aucuns commentaires, tandis que l'exécuteur qui se tenait dans son dos se contenta d'un reniflement narquois.
« Désolée, Mika-chan, s'excusa l'analyste en tournant son siège pour se trouver face à eux. J'ai récupéré les données enregistrées par les drones de services concernant l'affaire sur laquelle nous travaillons, exposa-t-elle encore. Je me suis permis de nous mettre en relation avec Willhelmina-chan, pour qu'elle nous parle de la victime elle-même. J'ai pensé que cela serait formateur pour notre jeune recrue, termina la blonde avec un signe de tête vertueux en faveur de Mika qui déglutit péniblement.
Rapidement, la plantureuse jeune femme tapota à nouveau sur ses claviers et l'image d'une pièce immaculée apparut. La pièce dénotait une apparence froide et la table qui tenait leu de mobilier accentuait cette impression : c'était une table d'autopsie sur laquelle reposait un corps.
— Willhelmina...-san ? répéta ladite nouvelle recrue.
— C'est moi, répondit une jeune femme noire au visage souriant qui détonnait dans l'ambiance aseptisée de la salle. Bonjour, je m'appelle Willhelmina Sandoval et je suis le médecin légiste de garde, se présenta-t-elle en s 'éloignant de la webcam afin que les spectateurs puissent la voir en entier.
— En-Enchantée, bégaya Mika, tandis que son interlocutrice étudiait ses collègues.
— Moi de même, Shimotsuki-san, mais appelez-moi Will. Yayoi, Akane, je suis heureuse de voir que vous avez l'air de vous porter à merveille ! salua la médecin légiste alors que les deux autres femmes la saluaient à leur tour.
— Pourrions-nous en venir aux faits? S'impatienta Ginoza-san.
— Oh, raillât la jeune femme en secouant sa queue de cheval. Ginoza-san, vous, par contre, auriez besoin de vous décoincer un peu, le taquina-t-elle. Je connais un excellent spécialiste dont je vous enverrais les coordonnées plus tard, lui promit-elle, tandis que Mika se demandait si, avoir la langue acérée, faisait partie des critères de sélection pour les agents féminins du Bureau. Ceci dit, vous avez raison, nous ne sommes pas là pour badiner, concéda le médecin en reprenant son sérieux.
— Elle prit la webcam de son ordinateur et la plaçât de manière à ce que tous puissent voir le corps de la jeune femme allongée sur la table. Le corps avait été nettoyé et visiblement, traité avec respect, ce qui rasséréna Mika et lui permit de se concentrer assez pour examiner la dépouille de manière clinique et objective.
— La victime s'appelait Miyako Saiya et comme vous pouvez le voir, sa mâchoire et ses arcades sourcilières ont subis de multiples fractures, exposa Willhelmina-san, en traçant du doigt les marques bleutés sur le visage de la morte. D'après les marques que j'ai pu voir, je suis presque sure que votre suspect les ait faites à mains nues, ce qui a du lui laisser aussi des marques, s'il ne s'est pas cassé une main, leur exposa le médecin.
— Ce qui expliquerait les deux sortes de marques laissées sur les deux faces du visage, compléta Ginoza qui s'était approché de l'écran le plus proche de lui. Par contre, Will-san, je ne vois pas de blessures défensives. Est-ce que vous en avez remarqué sur d'autres parties du corps ?
— Non, mais je peux peut-être l'expliquer, opina la noire. J'ai reçu les résultats des analyses toxicologiques et elle avait consommé pas mal d'alcool avant de se faire agresser. Elle n'a pas dû comprendre ce qui lui arrivait, expliqua la noire en secouant la tête, désolée pour la victime.
— En même temps, dans notre époque, personne n'est sensé agir de la sorte. Les individus ne se méfient pas comme ils devraient le faire, pour pouvoir se protéger de ceux qui leur voudraient du mal, ajouta Tsunemori-san tandis que Will-san hochait la tête avant de sourire à Akane.
— Et moi, je me demande encore comment tu fais pour garder un psycho-pass clair avec des opinions pareilles, lui dit-elle sur un ton taquin, ce qui laissait penser que ce devait être une plaisanterie habituelle entre elles.
— Je ne m'occupe pas de corps morts à longueur de journée, moi rétorqua Akane qui sourit néanmoins. Cela dit, pour l'avoir frappé ainsi, il devait être en colère, vraiment en colère, donc les scanners de rue auraient dus le déceler, or ça n'a pas été le cas, ce qui ne laisse qu'une seule option. Du moins, une seule option raisonnable, compléta Sheperd One après une pause.
— On peut tromper les scanners, expliqua Shion à Mika qui fronçait les sourcils d'incompréhension. Pour cela, il suffit d'être sous l'emprise d'une drogue quelconque qui a un effet relaxant sur le sujet. L'alcool pourrait être utilisé mais pas sans avoir testé avant. Je pencherais plutôt sur un relaxant musculaire, ou un psychotrope.
— Je suis d'accord, dit Mika en hochant la tête. Un produit relaxant aurait été plus sûr, pour le suspect, car l'alcool a aussi tendance à augmenter l'agressivité de certaines personnes. Mais il est étonnant qu'il ait pu laisser transparaître autant de rage sans avoir été arrêté, au moins, par des drones pour se voir conseiller une thérapie à cause d'un psycho-pass assez sombre, non ? Même sous relaxant, j'ai du mal à croire que personne ne l'ait repéré, termina Mika en interrogeant sa sempaï du regard.
— En effet, il va falloir se pencher aussi là-dessus, répondit Akane d'un air sombre. Quoi d'autre ? Demanda Akane à l'intention de Will.
— S'il l'a frappé violemment, ce n'est pas ça qui la tuée, les informa Will. Le suspect l'a étranglée et elle a mis du temps à mourir car il a eu des difficultés à utiliser ses deux mains, termina sombrement Will-san avant de recouvrir le corps de la morte avec le draps blanc qui en cachait le reste.
— Pourtant les marques autour du cou ne sont pas bien grandes, intervint Yayoi qui jusque là, s'était tue.
— C'est ce que je me disais aussi, acquiesça Will-san.
— Donc il a de petites mains, était en colère, et tue des chiots, compléta Ginoza-san, d'une voix sérieuse qui donna l'envie à Mika de se retourner pour voir si son visage était en accord avec ses paroles.
— Je dirais plutôt qu'il est jeune, que ce soit physiquement, mentalement ou les deux. Qu'il devait être drogué et sûrement en colère et sujet à une thérapie mentale préventive, le reprit Mika, agacée.
— Et c'est un sadique, termina Yayoi pour compléter la description.
— Est-ce que vous avez encore besoin de moi ? Leur demanda Willhelmina.
— Non, merci Will, dit Akane.
— OK. Appelez-moi si vous faites une soirée fille ! Rajouta Willhelmina avant de couper la communication sans attendre de réponse.
— D'accord, donc elle est morte étranglée, résuma Tsunemori-san en se levant pour se trouver debout devant son équipe. Qu'est-ce qu'on sait d'autre sur la victime ?
— Apparemment, d'après les registres de ses communications, sa famille était loin d'elle, ce qui explique aussi que Will aura du temps pour soigner le corps. Personne n'a remarqué sa disparition et seule sa voisine s'est plaint parce que le chien n'arrêtait pas d'aboyer dans son appartement.
— Hum, dit tout haut Mika. Elle était seule et travaillait seule, ce qui en faisait une cible de choix pour le tueur.
— Nous les appelons suspects, la corrigea Ginoza, machinalement, alors que Tsunemori-san se tourna vers elle afin d'arrondir les angles avec Mika qu'elle sentait sur la brêche.
— Oui. En les appelant ainsi, même entre nous, on s'habitue à utiliser ce terme, ce qui évite de faire des lapsus en public ou devant la famille des victimes qui ne sont pas encore au courant que leur proche a été assassiné, lui expliqua-t-elle. Cela dit, je suis d'accord avec toi, la victime devait représenter une cible facile.
— C'est noté, promit Mika.
— J'ai positionné les mutilations d'animaux et le meurtre de Miyako Saiya sur une carte, leurs dit Shion en affichant une carte géographique de la ville. J'ai pensé que ça vous aiderait à y voir plus clair, expliqua la blonde qui se renfonça dans son fauteuil en soufflant un nuage de fumée.
— C'était donc ça que tu faisais quand on est arrivés ? Demanda Yayoi avec un demi sourire.
— Oui, lui confirma Shion avec un clin d'œil. Donc, les points bleus sont les mutilations et là, en rouge, c'est la scène de crime, indiqua l'analyste. Dites, vous voyez ce que je vois ? Leurs demanda-t-elle avec un sourcil relevé.
— Oui, répondit Ginoza en fronçant les sourcils. Je l'avais remarqué, aussi. Les mutilations d'animaux se sont produites dans une zone bien ciblée, tandis que le meurtre de Saiya-san est à l'opposé de la ville, c'est à n'y rien comprendre ! S'agaçait le brun.
— Le bus, chuchota Mika effarée de comprendre pourquoi le suspect avait changé de zone géographique.
— Pardon ? Releva Ginoza-san, les sourcils toujours froncés.
— Les lignes de bus, expliqua Mika avant de tapoter son communicateur pour leur envoyer le document qu'elle avait téléchargé ce matin même pour étudier les lignes de transport en commun pour joindre son lieu de travail et son appartement. Vous voyez, là ? La ligne turquoise croise exactement...
— Exactement la zone où les animaux ont été retrouvés et l'endroit où la femme a été retrouvée, compléta Yayoi, la mine sombre.
— Donc il torture des animaux près de chez lui et traverse la ville pour aller tuer son premier humain, énonça Akane d'une voix rauque.
— Un sadique chanceux, compléta Mika qui fit s'étonner les autres une nouvelle fois.
— Pourquoi chanceux ? Lui demanda Shion qui avait peur d'avoir mal compris.
— J'ai dit chanceux, s'expliqua Mika rougissante, parce que je passe devant ce quartier pour venir et rentrer et il me semble que c'est un quartier plutôt...
— Mal-famé ? Proposa Shion.
— Chaud ? Demanda Ginoza-san
— Je voulais dire «animé», répliqua Mika les sourcils à nouveau froncés. Quelques uns de mes voisins y travaillent et ne correspondent pas à l'idée que vous vous en faites, termina la jeune femme en pinçant les lèvres.
— Depuis le début de l'enquête, Mika, elle, se posait une question qui la turlupinait et elle désirait qu'on éclaire sa lanterne. Ainsi, la jeune femme décida qu'elle ne risquait rien en demandant aux personnes présentes, de lui donner une réponse.
— Dites, je me demandais... dit-elle d'une voix hésitante aux autres qui s'étaient levés pour prendre congés avant qu'elle ne parle.
— Ils s'arrêtèrent et attendirent.
— Qu'est-ce qu'une...Professionnelle du plaisir ? Demanda-t-elle. Tsunemori étouffa un rire dans sa main pendant que Yayoi et Shion la toisaient d'un air goguenard qui ne disait rien qui vaille à l'inspectrice en second. Ginoza, lui, se passât brièvement le doigt sur l'arrête du nez, dans un geste machinal, en lâchant un soupir. C'est d'ailleurs pourquoi Mika fut étonnée lorsque ce fut lui répondit pendant que les femmes, elles, s'évitaient du regard.
— Une professionnelle du plaisir est une personne qui fait pour les autres, moyennant finance, ce qu'un hologramme sensuel ne peut pas faire.
— Un hologramme sens...OH ! réalisa la jeune qui devint rouge pivoine lorsqu'elle comprit l'allusion.
— Elle est mignonne, s'extasia Shion qui allait manifestement en dire plus mais elle fut interrompue par quelqu'un qui venait de pénétrer dans son bureau sans frapper.
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Kasei Joshu les observa un a un. Il travaillaient manifestement sur l'affaire qu'elle leur avait confiée ce matin même, et semblaient en pleine discussion. Hélas, le travail n'attendait pas et elle avait une mauvaise nouvelle.
— Kasei-dono ? Demanda Tsunemori qui s'était tendue à l'entrée de sa supérieure dans le bureau enfumé.
— Bonjour. Je tenais à vous voir pour diverses raisons, la première étant de venir me présenter à l'inspecteur Shimotsuki et de lui souhaiter la bienvenue. Je m'appelle Kasei Joshu et suis votre supérieure hiérarchique directe, même si l'inspecteur Tsunemori est deux grades au-dessus de vous, expliqua la vielle femme, pendant que Mika s'inclinait profondément devant la femme à lunette.
— Enchantée de vous connaître ! Récita Mika
— Vous avez parlé de diverses raisons, Kasei-san ? S'impatienta Ginoza-san sous le regard effrayé de Mika qui venait de se redresser.
— Effectivement, répondit Kasei. La deuxième raison pour laquelle je suis venue voir voir, est que je souhaiterais recevoir vos rapports à tous sur l'affaire dont vous vous êtes occupé hier soir. Le mère de l'enfant que vous avez ramenée a été placée en centre d'isolement pour l'instant, mais le beau-père de l'enfant qui devait suivre une thérapie mentale est introuvable.
— Comment ? S'exclama Mika qui se mordit la joue lorsque sa chef la dévisagea d'un regard froid.
— Oui. Entre le moment où vous l'avez arrêté et son dépôt à l'hôpital, il s'est perdu et est depuis, introuvable. Les informa-t-elle en étudiant attentivement le visage de chacun des membre de l'unité une, membres qui s'empressèrent de hocher la tête et de promettre à la directrice qu'elle aurait ses rapports sous peu.
La dame grise retint un soupir inutile et se décida à leur donner la dernière information qu'elle avait eue concernant leur enquête, afin de pouvoir retourner à ses propres dossiers.
— Des promeneurs viennent de retrouver un corps dans une benne à ordure.
— Encore un ? S'exclama Mika.
— Oui. La jeune femme a été battue et étranglée, mais le corps présente de nouvelles marques.
— De quel genre ? Interrogea Ginoza, mal à l'aise.
— Je préfère vous laisser en juger par vous-même. »
La supérieure de Tsunemori Akane et Shimotsuki Mika n'en dit pas plus et sortit du bureau sans plus paroles.
Le claquement de ses talon haut résonnèrent longtemps dans les couloirs déserts.
