Disclaimer : L'univers de Kuroko no Basket que vous reconnaitrez aisément appartient à Tadatoshi Fujimaki. L'auteur ne retire aucun profit de son utilisation si ce n'est le plaisir d'écrire et d'être lue.
Note : l'histoire se déroule dix ans après la fin de leurs études au lycée. Les plus jeunes des personnages ont donc maintenant vingt-huit ans et sont entrés dans la vie active. La vie sépare bien souvent les amis, mais parfois leurs chemins se croisent à nouveau.
Chapitre 04 – Jalousie
La boite commençait à se remplir et Aomine avait déjà repéré quelques filles tout à fait à son goût. Kagami ne quittait pas Kuroko des yeux surtout depuis qu'un gars s'était approché et dansait face à lui.
- Regarde, fit-il en tapant dans le bras de son compagnon, Kuroko a trouvé ce qu'il cherche on dirait.
Aomine regarda dans la direction de leur ami et ses yeux se durcirent. Cette vision, le contraria sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi.
- Tant mieux pour lui, puisque c'est son truc, grogna-t-il.
- Tu l'encaisses pas, hein ?
- Non, c'est juste que…
- Que quoi ?
- J'ai encore en mémoire Satsuki pendue à son cou… alors le voir là avec un mec qui lui tourne autour, c'est… c'est étrange…
- Bon, je vais danser moi aussi…
Aomine suivit Kagami des yeux. Il le vit s'approcher de Kuroko puis il s'éloigna et se mit à danser. Il regarda autour de lui et croisa les yeux d'une fille à qui il sourit. Il n'en fallut pas plus à la demoiselle pour venir s'asseoir à ses côtés et engager la conversation.
Sur le dancefloor, Kagami se prit au jeu et se laissa porter par l'ambiance. Pour l'instant, il ne pensait qu'à se défouler. De temps en temps, un homme ou une femme dansait avec lui, mais devant son manque d'intérêt, ils renonçaient et allaient voir ailleurs. Lorsqu'il ouvrit enfin les yeux, il eut brusquement très chaud. Kuroko dansait avec un gars plutôt mignon. Il était derrière le médecin et celui-ci avait le bras relevé, sa main accrochée à la nuque de son partenaire. Et leur manière danser était d'une telle sensualité qu'elle captivait les gens qui les entouraient. Kagami se tourna et chercha Aomine des yeux. Il le vit embrasser une fille à pleine bouche. Il était jaloux. Lui était encore seul.
Mais qu'à cela ne tienne. Il se remit à danser de plus belle et bientôt la transpiration colla son t-shirt à sa peau, ne laissant rien à l'imagination quant à son physique. Un homme très séduisant d'à peu près son âge, se plaça devant lui et l'observa. Kagami soutint son regard et esquissa un léger sourire. L'inconnu se rapprocha et enlaça sa taille. Ils dansèrent ainsi un bon moment et c'est alors que le pompier vit Aomine qui ne le quittait pas des yeux. Il en fut troublé parce que ce regard lui rappelait celui qu'il avait lorsqu'il avait joué contre lui. La sauvagerie qu'il y lisait n'augurait rien de bon. C'est alors qu'il remarqua que Kuroko était juste derrière lui. Il embrassait son partenaire qui ne se gênait pas pour lui peloter les fesses en le serrant contre lui. A son tour, Kagami ressentit de la contrariété. Ou bien était-ce de la jalousie ? Il décida de ne pas se mêler des affaires de son ami et entraina sa conquête dans un coin plus tranquille.
Kuroko fit de même quelques instants après et Aomine les perdit de vu. Il se leva, s'excusant auprès de la jeune femme qui était toujours avec lui, et se dirigea vers le fond de la discothèque, où se trouvaient les toilettes. Il s'engagea dans un long couloir creusé d'alcôves et faiblement éclairé. Il découvrit des couples de tous types en train de s'embrasser et de se caresser. Sur le moment, il crut être arrivé dans une autre dimension. Et alors qu'il pensait avoir encaissé la surprise, il aperçut Kuroko et son partenaire accroupi devant lui. Il n'y avait aucun doute sur leur activité. Mais au-delà de ça, c'est l'expression d'extase de son ami qui tordit le ventre. Les yeux clos, la bouche entrouverte et la tête rejetée en arrière contre le mur, il était l'image même de la luxure. Et de la tentation. L'aiguillon cruel de la jalousie lui piqua le cœur et pendant un seconde - plusieurs même - il voulut être à la place de cet inconnu. Soudain, quelques mètres plus loin, il vit Kagami qui avait plaqué son partenaire contre le mur et se tenait dans son dos en ondulant de manière parfaitement indécente. Ses mains parcouraient ses hanches et son ventre et le faisaient gémir. Kagami dévorait son cou et sa nuque de baisers. L'homme tourna la tête et ils s'embrassèrent avec voracité.
Kagami ouvrit les yeux à ce moment et croisa le regard d'Aomine avant de dériver sur Kuroko. Il savait qu'il était juste à côté et le voir ainsi embrasait ses sens. Lui aussi aurait voulu être à la place de cet inconnu. Aomine était comme hypnotisé. Pour ce qu'il avait en savait, les homosexuels masculins étaient plutôt volages, ne recherchant que le plaisir. Mais ce qu'il voyait en ce moment était à des lieues des images données par ceux qui considéraient ça comme une perversion. Il émanait de ces couples une sensualité dont il n'aurait pas cru un homme capable. C'était en principe un terme que l'on réservait aux femmes. Il y avait aussi du respect et un profond désir de donner du plaisir à l'autre tout autant que d'en prendre. Il n'y avait pas d'égoïsme dans les gestes et les baisers. C'était un échange équilibré et subtil. C'était beau. Et affreusement excitant. Il regarda autour de lui, vers d'autres couples ou trios et il eut la même impression. Ses préjugés tombèrent les uns après les autres. C'est un peu sonné, qu'il repartit dans la grande salle.
La musique l'assaillit et il alla s'asseoir à leur table. Aussitôt, la jeune femme qui lui avait parlé plus tôt revint le trouver. Elle chevaucha ses genoux sans aucune gêne et l'embrassa voracement. Elle lui murmura quelque chose à l'oreille et ils sortirent de la boite en se tenant la main. Dans le parking en sous-sol, elle ouvrit sa voiture et ils s'installèrent dedans…
Kagami sentit dans sa main un liquide poisseux. Il tenait son partenaire pour qu'il ne s'effondre pas sur le sol tout en continuant à déposer des baisers sur sa nuque. Celui-ci se retourna et plongea son regard noisette dans celui du pompier en souriant.
- T'es pas égoïste toi, murmura-t-il en l'embrassant légèrement.
- Jamais dans ces cas-là, répondit-il. C'est quoi ton nom ?
- Atsuo, et toi ?
- Taiga.
- On pourrait… on pourrait se revoir…
- Je… je suis désolé…, répondit le pompier en baissant la tête. Ne m'en veux pas, je suis frustré et j'avais besoin de…
- Je comprends, le coupa Atsuo en souriant. T'es amoureux et tu sais pas comment faire.
- C'est un peu ça.
- Y a pas de problème, je comprends très bien… Mais tu vas pas rester comme ça… fit le jeune homme en baissant les yeux sur le bas-ventre de Kagami.
- Ça va aller, ne t'inquiète pas. C'est gentil d'y penser…
- T'es sûr ?
- Oui, oui, pas de souci.
- Ok… Peut-être à un de ces jours alors…
- Peut-être…
Alors qu'Atsuo s'éloignait dans le couloir, Kagami aperçut Kuroko accroupit devant son partenaire qui se tendit juste à ce moment-là. Son sang ne fit qu'on tour. Alors que les deux hommes repartaient à leur tour vers la discothèque, il attrapa le poignet du médecin et l'enlaça.
- Tu t'en tireras pas comme ça…
- Kagami…
Et sans lui laisser le temps d'en dire plus, il le plaqua contre le mur et l'embrassa avec fièvre. Il sentit les mains de Kuroko se cramponner à ses épaules et sa bouche répondre avec le même désir violent au baiser. Le médecin gémit en sentant la langue de Kagami venir caresser la sienne avec douceur. Il découvrait enfin le gout de sa lumière et à cet instant il était si éblouissant qu'il avait l'impression de bruler de l'intérieur. Depuis le temps qu'il en rêvait, il n'allait pas bouder son plaisir. Il avait renoncé à ce rêve quand Kagami était parti en Amérique, mais là c'était comme si un miracle se produisait. Contre son ventre, le désir de Taiga ne cessait d'attiser le sien. Ils s'écartèrent l'un de l'autre et se regardèrent, se gavant de cette image de luxure que l'autre leur renvoyait.
- Je…
- Chut… le coupa Kuroko en mettant un doigt sur ses lèvres. Maintenant, nous savons et nous avons tout notre temps, mais je dois retourner auprès d'Aomine. Il est sous ma responsabilité.
- Je sais… Il nous a vus.
- Quoi ?
- Il nous a suivis et il nous a vus, mais mieux vaut ne rien lui dire. Laissons-le aborder le sujet lui-même. Il le fera quand il sera prêt, ce sera plus facile pour lui.
- Tu as sans doute raison… A condition qu'il le fasse…
- Il le fera, crois-moi…
Ils regagnèrent leur table mais ne trouvèrent pas Aomine. Ils s'assirent et commandèrent deux bières. Kuroko sortit son téléphone et envoya un sms.
- J'espère qu'il n'est pas rentré tout seul.
- Faut dire qu'on l'a un peu abandonné, avoua Kagami.
- C'est lui qui a lancé cette idée d'aller en boite, rétorqua le médecin. Et après notre discussion, il savait à quoi s'attendre.
- C'est pas faux…
- Tiens, regarde, sourit Kuroko en montrant la réponse sur son portable.
De Aomine :
Je suis dans le parking, je remonte.
Kagami sourit à son tour et se pencha pour embrasser Kuroko, profitant de l'absence du leur ami. Ami qu'ils virent arriver quelques minutes plus tard avec un sourire satisfait.
- Tu t'es bien amusé ? lança Kagami.
- Mouais ! Ça fait du bien par où ça passe ! Et vous ?
- On n'a pas à se plaindre, répondit Kuroko.
Soudain un hurlement retentit en provenance du bar. Les trois hommes se levèrent d'instinct.
- Quelqu'un au sol ! cria Aomine en se précipitant sur les lieux en sautant par-dessus les tables.
Ils se jetèrent par terre auprès de la jeune fille qui venait de s'évanouir. Le service de sécurité les entoura et tenta de les éloigner.
- Je suis médecin ! cria Kuroko.
- Et nous pompiers ! rajouta Kagami.
- Appelez les secours ! hurla Aomine. Qu'est-ce qu'elle a ? demanda-t-il.
- Elle fait une hémorragie, dit le médecin concentré sur les gestes de bases. Amenez-moi des serviettes. Est-ce que quelqu'un la connait ? demanda-t-il à la ronde.
- On… on est venu ensemble, répondit une autre jeune femme.
- Très bien. C'est ton amie ?
- Oui.
- Est-ce que ces temps-ci elle te paraissait soucieuse ou un peu déprimée ?
- Eh bien… Je ne sais pas… peut-être… Elle était souvent perdue dans ces pensées.
- Elle ne t'a rien dit d'autre ? Quelque chose qui t'aurait fait soupçonner qu'elle était peut-être enceinte ?
- Enceinte ? Non… rien.
- Voilà les serviettes, dit un videur en les lui tendant.
- Kagami, aide-moi à mettre les serviettes entre ses jambes et mettons-la sur le côté. Aomine ?
- Les secours arrivent dans cinq minutes. C'est la onze.
- Elle doit faire une fausse-couche. Si c'est pas ça, c'est une hémorragie interne et le temps nous est compté. Et faites-moi dégager tout ce monde ! On étouffe ! Ce n'est pas un spectacle ! Que tout le monde lui tourne le dos !
Kagami et Aomine se regardèrent, interloqués par l'autorité dont faisait preuve Kuroko. Ils ne connaissaient pas cet homme, ce médecin.
- Elle reprend connaissance, dit Kagami qui avait les mains sous la tête de la jeune femme.
- Comment s'appelle-t-elle ? demanda Kuroko à son amie.
- Kimiko.
- Kimiko, tu m'entends ? Kimiko.
- Qu'est-ce que…
- Je suis médecin, reste tranquille. Tu viens de perdre connaissance et tu fais une hémorragie. L'ambulance arrive. Est-ce que tu es enceinte ?
Elle regarda le médecin et fondit en larmes.
- Kimiko, fit son amie en s'agenouillant près d'elle, pourquoi tu ne m'as rien dit ?
- Je ne sais pas, répondit-elle entre deux sanglots.
- Kimiko, tu fais une fausse couche. Ton pouls est faible et tu dois avoir mal au cœur.
Elle hocha la tête et se tourna pour vomir. Kagami lui tint la tête et lui essuya la bouche avec une serviette tandis qu'Aomine en plaçait d'autres entre ses jambes et reprenait son pouls.
- Ça va aller, ne t'inquiète pas… ça va aller…, lui dit-il très doucement en caressant ses cheveux.
- Les pompiers sont là, les avertit un autre videur.
- Laissez passer… Ecartez-vous monsieur s'il vous plait.
- Je suis médecin. Donnez-moi un stéthoscope et prenez sa tension. Hémorragie probablement due à une fausse couche spontanée. Elle a perdu connaissance pendant presque dix minutes. Elle vient de vomir. Il faut du glucose en perf avec un antalgique. J'ai rarement une perte de sang aussi importante. J'espère qu'elle n'est pas hémophile.
- Tension huit-six, dit un des pompiers après un moment
- Son pouls est faible, dit Kuroko. Il faut l'emmener d'urgence. Brancard ! Où allez-vous l'emmener ?
- L'hôpital Bokuto.
- D'accord. Son amie vous accompagne.
- Mais… nos affaires au vestiaire ?
- C'est à ça qu'elle pense pendant que sa copine se vide de son sang ? songea Aomine, furax.
- Donnez-moi vos tickets, nous vous les garderons, fit l'un des videurs. Voilà une carte de l'établissement pour nous appeler quand vous pourrez venir les chercher.
- Merci beaucoup.
- Allez les gars, on y va.
Kuroko, Kagami et Aomine suivirent des yeux le brancard sortir et poussèrent un profond soupir de soulagement. Ils se regardèrent, abasourdis. Soudain quelqu'un commença à applaudir, suivit de toute la foule qui se trouvait encore là. Ils tournèrent sur eux-mêmes et comprirent que ces applaudissements étaient pour eux. Kagami croisa le regard d'Atsuo et lui sourit. Puis ils s'observèrent pour constater que leurs vêtements étaient tachés de sang. Un homme se dirigea vers eux et leur demanda de l'accompagner dans son bureau.
- Asseyez-vous, je vous en prie.
- On va peut-être pas, refusa poliment Kagami.
- Le sang c'est difficile à nettoyer, expliqua Aomine.
- Oh, je vois. Merci de vous soucier de mon mobilier, sourit l'homme. Je suis le patron de cet établissement et je voulais vous remercier en personne. Si vous n'aviez pas été là, il est probable que nous aurions perdu du temps, même en appelant rapidement les secours et que cette jeune femme aurait pu mourir.
- Ne croyez pas qu'elle soit tiré d'affaire, intervint Kuroko. Nous n'avons pas pu faire grand-chose sans matériel. Le corps de la femme est une machine complexe et merveilleuse. Mais lorsqu'elle se dérègle, les conséquences peuvent être graves.
- Vous êtes le médecin et je vous crois sur parole. Je ne peux pas faire grand-chose pour elle si ce n'est prendre de ses nouvelles et…
- On ne vous les donnera pas, le coupa Kuroko. C'est confidentiel et vous n'êtes pas de la famille.
- C'est vrai. Comment puis-je faire pour savoir comment elle va ?
- Je vous en donnerai, soyez tranquille.
- J'aimerais lui envoyer des fleurs et lui faire savoir que tant que je serai le patron, elle pourra venir ici, si elle le souhaite, gratuitement. Vous également messieurs. Vous ne paierez plus l'entrée ni vos consommations. Je ne sais pas quoi faire d'autre pour vous exprimer ma gratitude.
- C'est déjà beaucoup, intervint Aomine, mais nous n'avons fait que notre travail.
- Votre travail ? Ne me dites pas que vous êtes en service dans ma discothèque, sourit le patron.
- Non, mais nous exerçons des métiers qui nous interdisent de rester sans rien faire quand la sécurité des personnes est en jeu, répliqua Kagami. Même si nous ne sommes pas en service.
- Je comprends. C'est bon de voir que des gens comme vous existent. S'il vous plait, docteur, dès que vous aurez des nouvelles de cette jeune femme, appelez-moi. Voici ma carte.
- Je n'y manquerai pas.
- Je vous aurais bien offert un verre mais je suppose que vous devez avoir hâte de vous débarrasser de vos vêtements.
- Ça j'vous l'fait pas dire, grommela Aomine.
- Je ne vous retiendrai pas plus longtemps, alors. N'oubliez pas, vous êtes mes invités tant je serai le patron ainsi que cette… comment s'appelle-t-elle ?
- Kimiko.
- Ainsi que Kimiko et son amie. Je vous raccompagne.
Ils retraversèrent la discothèque, récoltant sur leur passage des tapes sur l'épaule et des remerciements. Le patron discuta avec son service de sécurité et les videurs leur serrèrent la main. Ils se retrouvèrent dans le parking, devant la voiture de Kuroko, complètement ahuris.
- Je suis dans le cirage, déclara Kagami en s'appuyant contre la carrosserie.
- A qui tu l'dis, fit Aomine en s'étirant pour faire craquer ses vertèbres. Ça va, Tetsu ?
- Ça va… Je suis comme vous…
- Tu me ramènes chez moi ? On va attirer tous les chiens et les chats du quartier avec cette odeur.
- J'crois qu'on peut jeter ces fringues, fit Aomine en fronçant le nez. On pourra pas les ravoir au lavage.
- Mouais… Fait chier ! J'adore ce jean ! râla Kagami.
Le retour fut silencieux. Chacun était plongé dans ses pensées. Mais revoyaient-ils leur intervention auprès de cette jeune femme, ou bien songeaient-ils à ce qu'ils avaient vécu sur un plan plus personnel dans la discothèque ? Les deux peut-être. Une chose était certaine. Leurs relations allaient inévitablement évoluer. Dans quel sens ? Kagami était contrarié de devoir laisser Kuroko. Si Aomine n'avait pas été chez lui, il serait monté pour finir la nuit avec lui. Il en crevait d'envie et il savait pertinemment que son ancienne ombre le voulait aussi. Sa réaction quand il l'avait embrassé et les paroles qu'il avait prononcées en était la preuve indubitable. Mais il y avait Aomine. Il n'était pas vraiment un obstacle à leur relation. Kagami se surprit à penser qu'il pourrait même en faire partie. Non. Il devait en faire partie. Certes, le médecin le rendait fou. Encore plus que lorsqu'ils étaient au lycée. Mais l'ancien as de Touou ne le laissait pas du tout indifférent. Il le désirait aussi. Il aimait l'homme qu'il était devenu. Ce qu'il avait vu dans son regard lorsqu'il les avait surpris dans le couloir de la boite n'était pas du dégout. De l'étonnement, oui, mais il avait eu l'impression qu'Aomine avait désiré être à leur place. Avec eux.
- Voilà, on est arrivé, fit la voix de Kuroko, sortant tout le monde de ses pensées.
- Merci. Je passe vous voir demain ?
- Bien sûr, confirma le médecin. On pourra manger ensemble.
- Et brule tes fringues, sourit Aomine.
- Vous aussi. Dormez bien. A demain.
- A demain, répondirent en chœur les deux passagers de la voiture.
Kagami claqua la portière et leur fit un geste de la main. Quelle soirée !
Arrivés chez Kuroko, les deux hommes se dévêtirent et laissèrent leurs affaires salies sur le balcon. Aomine fila sous la douche puis ce fut au tour du médecin.
- Demain on ira à la caserne, déclara le pompier. On a un incinérateur là-bas.
- Bonne idée. Mais les fumées ne sont pas polluantes ?
- Les filtres sont très efficaces, ne t'inquiète pas.
- Bon je vais me coucher. Bonne nuit.
- Bonne nuit Tetsu.
Le sommeil le fuyait. Il n'arrêtait pas de voir et revoir les images de Kuroko dans ce couloir. Pourquoi donc réagissait-il ainsi ? Jaloux. Il était jaloux qu'un inconnu ait pu poser ses mains sur son Tetsu. Il avait toujours considéré qu'il était à lui plus qu'à d'autres. Son coéquipier à Teiko, son ombre, son ami, son adversaire à Seirin. Et l'avoir vu s'abandonner ainsi au plaisir que lui procurait un autre le rendait fou.
Et Kagami ! Bon sang ! L'autre avait l'air de vraiment aimer ses caresses et ses baisers. Que ressentirait-il dans ses bras ? Du dégout ou bien aurait-il perdu la tête comme ça avait semblé être le cas de son partenaire ? Et ce regard qu'il lui avait lancé. Un regard qui paraissait lui dire de le rejoindre. Soudain des images où il les voyait tous les deux s'enlacer se mirent à flotter dans son esprit. C'était si réel qui lui semblait entendre leur gémissement de plaisir. Une plainte lui échappa et il enfouit son visage dans l'oreiller. Mais que lui arrivait-il ?
- Aomine ? Ça ne va pas ? fit la voix du médecin en provenance de la porte.
- Hein ? sursauta le pompier.
- Je t'ai entendu gémir. Tu as refait un cauchemar ?
- Non… je… j'arrive pas à m'endormir et ça m'énerve parce que je suis fatigué.
- Moi non plus je n'y arrive pas. Je suppose que la tension de ce soir en est la cause. Tu veux boire un truc chaud ? Je vais me faire une infusion.
- Non… non je veux rien, merci…
Kuroko ne quittait pas son invité des yeux. Un rapide coup d'œil sur tout son corps lui fit comprendre la raison de sa plainte. Un simple drap ne cachait pas grand-chose. Il s'assit au bord du lit, posa sa main sur la joue d'Aomine dont il caressa la pommette du pouce.
- Tetsu… fais pas ça…
- Tu en as envie… et moi aussi…
Il se pencha et posa ses lèvres sur celles de son ancienne lumière. D'abord surpris, Aomine ne réagit pas mais bien vite, il joua lui aussi avec la bouche qui faisait frémir tout son corps. Brusquement il se raidit et s'écarta de son ami.
- Je peux pas… souffla-t-il.
- Pourquoi ? Tu as pu avec cette fille…
- C'est pas pareil… T'es un mec et…
- Et ?
- J'ai trop de respect pour toi. Je peux pas faire ça…
- Daiki, regarde-moi.
Pour la première fois, Kuroko l'appelait par son prénom. Qu'est-ce que ça signifiait ?
- Que crains-tu ? reprit-il. De m'avilir ? De me souiller ? Tu crois que je suis resté pur et innocent pendant toutes ces années ? Ou bien peut-être regrettes-tu de ne pas être le premier ?
- Quoi ? Non, j'ai jamais pensé ça… J'ai jamais voulu…
- Jusqu'à présent. Mais maintenant tu en as envie. Tu le veux. Tu me veux. Et je te veux. Tout comme je veux Kagami.
- Kagami ?
- Je ne peux pas vous séparer l'un de l'autre. C'est impossible. Vous formez les deux moitiés de mon cœur. Et depuis longtemps. Tu comprends ?
- Attends là… Ça fait trop d'un coup…
- Bien sûr… Mais après ce que tu as vu ce soir, je sais que ta vision des choses a évolué et que tu as l'esprit plus ouvert.
- Ah ouais ? Qu'est-ce que t'en sais ?
- Tu crois être le seul à nous avoir observés ? J'ai bien vu la contrariété sur ton visage quand ce gars s'est approché de moi et ensuite quand un autre a enlacé Kagami. Tu ne fais pas attention à ta façon de le regarder. Tu n'en as même pas conscience mais tu le bouffes des yeux.
- N'importe quoi…
- D'accord…, soupira Kuroko avec un petit sourire. Je n'arriverai pas à te convaincre ce soir. Essaie de dormir. On dit que la nuit porte conseil.
Il sortit de la chambre et laissa Aomine avec son esprit en ébullition. Kuroko était satisfait de la réaction de son ami lorsqu'il l'avait embrassé. Il avait répondu à son baiser avant de se rétracter. Mais c'était de surprise à cause des sensations que ça lui procurait. Pas de dégout. Il finit par s'endormir, un sourire aux lèvres.
Kagami se réveilla la tête lourde et avala une aspirine avec son petit déjeuner. Enfin petit déjeuner, il fallait le dire vite. Il était treize heures trente passé. Il prit une douche espérant que ça lui éclaircirait les idées et s'habilla pour se rendre chez Kuroko. Il voulait profiter de cette journée avant de reprendre le travail et la passer avec ses deux amis. Il considérait désormais Aomine comme un ami. Non. Il devait être honnête avec lui-même. Il n'était plus un gamin alors il fallait qu'il arrête de réagir comme tel et qu'il regarde les choses en face. Aomine avait été son rival de toujours. Il avait éprouvé de la colère face à lui, de la jalousie aussi devant ses capacités athlétiques naturelles, même s'il n'avait pas à rougir des siennes. Mais avec le temps, il avait toujours eu envie de l'affronter. Encore et encore. Il y pensait jour et nuit. Ce type l'obsédait à un point inimaginable parce qu'ils avaient le même style de jeu. Agressif et instinctif. Mais tous ces sentiments issus du sport lui en avaient caché d'autres. Il les avait compris une fois aux Etats-Unis parce que ne plus le voir lui avait énormément pesé. Et il avait bien fallu qu'il les accepte. Lutter contre eux l'aurait rendu fou. Il les avait occultés lorsqu'il avait rencontré Katleen. Mais alors cela voulait dire qu'il était amoureux depuis tout ce temps de ces deux hommes ?
Pour Kuroko, il le savait depuis le lycée mais il avait enfoui ses sentiments depuis son départ. Le revoir à l'hôpital les avait fait ressurgir plus fort et brulants que jamais. Mais pour Aomine, il avait mis plus de temps pour les comprendre depuis qu'il l'avait revu. Plus de temps, c'était vite dit. Quelques jours seulement. Ça faisait tout juste une semaine qu'il les avait retrouvés tous les deux. Fallait-il en conclure que ses sentiments étaient bien moins enfouis qu'il ne le supposait ? Et qu'ils n'attendaient qu'une étincelle pour bruler encore plus fort qu'avant ? Mais comment peut-on aimer deux personnes aussi profondément l'une que l'autre ? Aussi sincèrement ? N'y en avait-il pas une qu'il préférait à l'autre ? Non. Kuroko représentait la douceur et Aomine la sauvagerie. Le mélange qu'il avait toujours recherché chez ses conquêtes sans jamais trouver le bon équilibre entre les deux.
Etait-il trop exigeant qu'il lui ait fallu trouver son bonheur chez deux personnes distinctes ? Etait-il possible d'envisager une relation à trois ? De trouver la bonne alchimie ? Kuroko lui répondrait certainement qu'on ne pouvait pas le savoir avant d'avoir essayé. Et si ça ne fonctionnait pas ? La douleur de l'échec serait insupportable. Mais peut-être mettait-il la charrue avant les bœufs. L'inconnue de l'équation, c'était Aomine. Il avait bien vu dans la discothèque qu'il y avait autre chose que de la surprise dans ses yeux. Mais était-ce suffisant pour envisager qu'il accepte une relation triangulaire ? Il fallait le découvrir. Parce que maintenant qu'il les avait retrouvés tous les deux, il ne les laisserait plus lui échapper. Il avait besoin des deux pour son équilibre psychologique. Avec eux à ses côtés, il pourrait devenir le maitre du monde. Il sourit à cette idée un peu exagérée et composa le code de la porte de l'immeuble de Kuroko. Il prit l'ascenseur jusqu'au huitième et sonna à la porte.
- Salut Kagami, fit Aomine qui venait d'ouvrir. Entre, Kuroko est sous la douche.
- Vous avez bien dormi ?
- Ça peut aller… grogna le pompier.
Kagami ne s'y trompa pas. S'était-il passé quelque chose lorsqu'ils étaient rentrés après l'avoir raccompagné chez lui ? Ça ne le surprendrait pas.
- Gueule de bois ? tenta-t-il.
- Non, j'ai eu du mal à m'endormir malgré la fatigue.
- Moi aussi. C'est certainement à cause de cette fille. C'était plutôt tendu.
- Bonjour Kagami.
- Salut Kuroko.
- On a du temps avant de diner. Ça vous dit d'aller jouer au basket ? proposa Aomine avec, dans les yeux, une lueur prédatrice que les deux autres n'avait pas vue depuis des années.
Kuroko et Kagami se regardèrent et sourirent. Et comment que ça leur disait ! Aomine avait récupéré un ballon à la caserne lorsqu'il avait porté leurs vêtements à l'incinérateur et Kuroko en avait profité pour appeler l'hôpital Bokuto et prendre des nouvelles de la jeune femme, Kimiko. Il s'agissait effectivement d'une fausse-couche mais elle allait bien et son amie avait récupéré leurs affaires au Rainbow. Il appela ensuite le patron de la discothèque qui sembla soulagé et il en profita pour lui rappeler que désormais, ils étaient des VIP dans son établissement.
Arrivés sur le terrain de basket, ils s'échauffèrent un peu. Il ne fallait pas risquer une blessure bêtement. Kuroko était un peu anxieux. Il n'avait plus joué depuis si longtemps qu'il savait qu'il serait lamentable. Mais lorsqu'il vit Aomine louper un de ses tirs, il se dit qu'il n'était pas le seul à manquer d'entrainement. Par rapport aux souvenirs que chacun avait des deux autres, ils jouèrent comme des débutants. Ou presque. Kagami n'avait plus la même détente, Aomine la même agilité et Kuroko avait mal aux mains quand il attrapait le ballon. Au bout de vingt minutes laborieuses, ils s'arrêtèrent.
- On stoppe le massacre, s'écria Kagami.
- On est devenu mauvais, grogna Aomine.
- Et encore vous jouez dans vos casernes. Moi j'ai plus de jambes.
- Comme quoi même si on est doué, l'entrainement c'est la clé de l'excellence, fit Kagami en s'allongeant sur le sol, la tête sur la cuisse d'Aomine.
- Eh ! Me prends pas pour un coussin !
- Ça va, c'est pas lourd, rétorqua son compagnon en lui chatouillant les côtes.
Aomine bondit et tenta de se reculer. Mais Kuroko le coinça en passant dans son dos et fit courir ses doigts sur les flancs sensibles.
- Mais c'est qu'il est chatouilleux !
- Arrêtez ! C'est bon tu peux poser ta tête sur ma jambe.
- Au fait Kuroko, qu'est devenu Nigo, notre mascotte.
- Je l'ai laissé à mes parents quand je suis entré à la fac. Il est mort de vieillesse, il y a un peu plus d'un an.
- Je suis désolé, fit sincèrement Kagami.
Il n'avait jamais aimé les chiens et ne les aimait toujours pas mais Nigo faisait partie de l'équipe de Seirin. Il en était l'emblème.
- Il a eu une belle vie, reprit le médecin. Avec nous d'abord et puis mes parents ont un jardin. Il pouvait sortir et courir. Je te montrerai une photo prise il y a trois ou quatre ans. Il avait bien grandi.
- On reprend, ou vous êtes trop fatigués, bande de faiblards, grogna Aomine qui se sentait un peu exclu de la conversation.
- On reprend ! s'écria Kuroko en bondissant sur ses pieds.
Ils recommencèrent à jouer mais soudain Aomine mit un genou au sol. Il avait des vertiges et du mal à respirer.
- Eh ! Oh ! Qu'est-ce que tu nous fais, là ? s'écria Kagami en le soutenant pour l'aider à s'asseoir à l'ombre des arbres qui bordaient le terrain.
- Donne-moi mon sac, lui dit Kuroko en prenant le poignet du pompier entre ses doigts pour tâter son pouls.
- Tiens, tu veux quoi ?
- Mon stéthoscope.
- Voilà…
- Bon sang, soupira Aomine. J'vais finir par croire que tu vas même aux chiottes avec ton truc.
- Tais-toi, j'entends rien…
Kagami s'était placé dans son dos et l'avait attiré contre sa poitrine dans une position plus confortable. Pompier et médecin accomplissaient des gestes mécaniques dus à une longue habitude.
- Regarde mon doigt et suis-le du regard sans tourner la tête, poursuivit Kuroko en déplaçant son index dressé devant les yeux de son ami.
- Alors, docteur ? Verdict ?
- Ton pouls est rapide. Et les vertiges m'inquiètent. Je ne pense qu'il y ait d'urgence mais tu devrais faire quelques examens.
- Ça va aller, t'inquiète pas. C'est parce que je joue contre lui que je m'emballe, dit-il en regardant Kagami.
- Sois raisonnable, fit celui-ci. T'as fait quatre jours de coma, ne l'oublie pas. Et un arrêt cardiaque. Si les rôles étaient inversés, tu me dirais la même chose.
- Ah… Je sais, vous avez raison tous les deux. Mais là ça va, je me sens mieux.
Ils rentrèrent tranquillement. Kuroko prit sa douche en premier et commença à cuisiner tandis que Kagami prenait la sienne. Aomine rangea un peu sa chambre en attendant et alla se laver en dernier. Lorsqu'il sortit de la salle de bain, il tomba sur une scène pour le moins insolite. Assis un tabouret du comptoir, Kagami tenait Kuroko dans ses bras, entre ses jambes et les deux hommes s'embrassaient avec beaucoup de tendresse. Il resta un moment à les observer en silence. Il ne voulait pas les déranger. La scène était très belle et tout compte fait, ça ne le gênait pas du tout. Kuroko l'aperçut. Le couple se tourna vers lui et le regarda longuement.
- Désolé, je voulais pas vous déranger, s'excusa-t-il en disparaissant dans sa chambre.
- Eh merde ! gronda Kagami.
- Reste là, lui dit Kuroko en se dirigeant vers la pièce.
Il tapa à la porte mais personne ne répondit. Il poussa un soupir et l'ouvrit.
- Je peux ?
- T'es chez toi…
- Qu'est-ce qui ne va pas, Daiki ?
Encore son prénom. Tetsu avait certainement quelque chose d'important ou de grave à lui dire.
- Rien… Tout va bien… Je te l'ai dit, j'voulais pas vous déranger. Je suis content pour vous deux.
- Me prends pas pour un idiot. Tu es en colère et contrarié. Pourquoi ?
- Arrête de me psychanalyser, ok ! J'ai pas besoin de ça ! s'énerva Aomine.
- Alors de quoi as-tu besoin ? demanda Kagami dans l'encadrement de la porte.
- Je crois que je vais rentrer chez moi. Ça devrait aller, je reprends le boulot dans deux jours.
- Non, tu ne reprendras pas le travail. Pas après le malaise que tu as fait.
- Et pourquoi ?
- Parce que demain on va à l'hôpital pour te faire passer des examens. Et je vais recommander une prolongation de ton arrêt. Et tu ne vas nulle part.
- Et pourquoi ? demanda-t-il encore.
- S'il t'arrive quelque chose et que tu es seul, comment on fait ? fit Kuroko en haussant le ton.
- Laisse-nous veiller sur toi, insista Kagami. On a besoin de toi.
- Besoin de moi ? J'crois pas, non. J'veux pas tenir la chandelle.
- Dis pas n'importe quoi. Prends ça, dit Kuroko en lui tendant un comprimé et un verre d'eau qu'il avait été cherché à la cuisine.
- C'est quoi ?
- La même chose que l'autre fois.
- Tchh…
Un quart d'heure plus tard, Aomine dormait profondément.
- Tu lui as donné quoi pour qu'il tombe comme ça ? demanda Kagami une fois qu'ils retournèrent au salon.
- Un léger somnifère. Il doit se calmer et dormir. Demain, je l'emmène à l'hôpital…
A suivre…
J'espère que ça vous a plu.
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