Bonjour à tout le monde. Je rappelle que je ne suis que la traductrice de cette belle histoire, l'auteur est VCalien2015. Bonne lecture.
Retour à la maison – Partie I
Le but des Jardins des Réincarnés est de préparer ces derniers pour leur terrifiant retour au monde. Ce n'est pas très bien accompli.
Les Jardins commencent à paraître irréels lorsqu'on est habitué à son hröa. Les objets scintillent légèrement, comme les mirages du désert qui disparaissent sans bruit lorsque vous approchez. On devient agité, voire inquiet, en sentant cette vie qui se trouve au-delà du portail du Seigneur Námo. On peut être vivant derrière ces grilles, mais on ne peut pas vraiment vivre.
Lorsque ces symptômes apparaissent chez l'un de ses protégés, le seigneur Námo les libère. Je n'ai personnellement jamais développé cette agitation caractéristique. Peut-être aurait-ce été le cas, si je n'avais pas laissé la ruine comme héritage derrière moi, mais les choses étaient ainsi, et la honte sapait mon désir de rentrer. La honte était une proche compagne en ces jours. Il était étrange qu'elle m'ait toujours été inconnue jusque-là. Elle était devenue une part de moi, comme mon amour pour la création de beaux objets.
Pourtant, à la fin, les Jardins devinrent irréels même pour moi. Les chemins, les arbres, les blanches fontaines, tout commençait à onduler faiblement, comme s'ils allaient se dissoudre dans les ténèbres à n'importe quel moment. Le chemin que je pris pour sortir des Halls le fit en effet rapidement après que j'eus mis les pieds dessus. Pendant une terrifiante demi-seconde, je me crus de retour dans le Vide. Mais ensuite, ma conscience revint entièrement, et quand je me réveillai, tout avait changé.
Il y avait une lueur rouge derrière mes paupières fermées.
Il n'y avait plus de ténèbres.
Mes sens revinrent d'un coup, si affûtés qu'ils en étaient presque douloureux. Comme cela diminuait, un souvenir remonta vaguement à la surface d'une estrade entourée de torches qui ne cessaient jamais de brûler. Je n'étais pas certain que cela soit réel, mais dans un moment de faiblesse, je souhaitai rester ici, dans le calme.
Et ensuite je me souvins.
Ce n'était pas un rêve de brume qui voilait ma vision, mais plutôt la douleur des choses qui m'avaient emmené ici : le désespoir qui avait failli me mener à ma propre perte, les visions auxquelles j'avais été confronté dans le Vide, réelles et irréelles. L'absolu silence de la Nuit.
Mon esprit s'écarta de ses pensées avec un frisson. Non, la quiétude n'était pas ce que je voulais après tout. Je me tournai avec gratitude vers le brusque retour de mes sens.
Je pris conscience de cela lentement, délibérément, petit à petit. L'odeur d'un champ réchauffé par le soleil m'entourait. L'herbe piquait doucement le tissu de mes robes. La brise agitait mes cheveux. Les chants des insectes et des oiseaux se mélangeaient en une harmonie désordonnée. L'air était celui d'un agréable soir d'été.
Quand enfin je forçai mes lourdes paupières à s'ouvrir, ce fut pour contempler le plus beau coucher de soleil que j'ai jamais vu, même dans les Halls du lointain Ouest. Les cieux, par comparaison, étaient maussades, voilés par la présence de la mort, si proche, et les peines des fëar qui s'attardaient dans son ombre. Mais maintenant… Je n'avais jamais imaginé que de telles couleurs, riches et brûlantes, pouvaient exister. Je ne pouvais arrêter de me demander comment il était possible que ce soit le soir, alors que c'était l'après-midi lorsque j'avais quitté les Halls. L'artisan en moi était déjà vibrant de l'excitation longtemps oubliée de capturer ces teintes dans le cristal.
Et alors je poussai sur mes genoux et regardai, devant moi, la cité de ma naissance.
La blanche cité de Tirion avait peu changé depuis que je l'avais quittée, des âges auparavant. Les revêtements dorées de son grand portail brillaient dans le coucher de soleil, comme ils le faisaient du temps de Laurelin. Les fermes entouraient la banlieue de la ville, simples et s'étendant peu sur les terres, mais vers la place, et le palais royal, elles devenaient plus regroupées, plus riches. Les cristaux incrustés dans les tours du palais brillaient ici et là comme de petites étoiles tombées sur terre. Au-dessus de tous, Mindon Eldaliéva s'élevait parmi les nuages, gracieuse flèche de perle et de marbre blanc.
Non, rien de ce que j'avais expérimenté dans les Jardins, avec leurs couleurs délavées et leurs réalités vacillantes, ne m'avait préparé à cela – à la vie. Aussi vivantes que m'étaient apparues les terres du Seigneur Námo après si longtemps dans le vide, elles ne pouvaient pas arriver à la cheville de la splendeur du monde extérieur. Tout autour de moi, dans chaque arbre, chaque fleur et chaque petit oiseau qui volait dans le ciel, vibrait une intense vitalité. Chaque être en ce lieu, aussi petit et insignifiant soit-il, semblait chanter : « Sens mon esprit s'élever, je suis vivant ! Je vis ! »
Durant ma vie précédente, je n'avais jamais souhaité m'agenouiller devant quiconque, sauf mon père bien-aimé. Cependant, à ce moment-là, je baissai la tête en signe de révérence envers Celui qui m'avait montré de la compassion à mon heure la plus noire, Celui qui m'avait permis de me souvenir de ce qu'était être aimé. Mon cœur était rempli de gratitude, mais je ne pouvais parler. Je n'avais pas de mots pour Le remercier, malgré toute ma volonté de le faire. J'espérais qu'Il pouvait néanmoins sentir ma gratitude, pour une fois que j'étais reconnaissant pour quelque chose – ma renaissance. Et je le lui devais bien.
J'inspirai profondément l'air pur du soir, et quand j'expirai, mon souffle retomba sur ma poitrine. Ce fut seulement quand je levai une main tremblante sur ma joue humide que je réalisai que des larmes coulaient sur mon visage – des larmes de joie, au final.
Debout, tremblant, je regardai sur la colline de Túna la cité de ma naissance.
Tirion. J'avais fermé les yeux, calmé mon esprit, et mon cœur m'avait ramené dans Tirion.
Chez moi.
Násië, pensai-je, avant de partir pour la ville, malgré mes jambes qui tremblaient à la fois de terreur et d'allégresse.
Lorsque j'avais quitté Tirion, j'étais un roi fou et assoiffé de vengeance. Je la retrouvais comme un pèlerin ayant fait un très long voyage, brûlant d'une flamme beaucoup plus douce. J'avais beaucoup changé, et je le savais. J'arrivais moi-même à peine à me reconnaître comme étant le roi qui avait condamné son peuple à la damnation à cause d'un serment de vengeance, du sable taché de sang d'Alqualondë, des cendres des bateaux-cygnes brûlés à Losgar. Mais je savais aussi que beaucoup n'étaient pas au courant de ma transformation. Beaucoup me verraient toujours comme un nér si cruel et mauvais qu'il pourrait être appelé démon plutôt qu'elfe.
Inutile de préciser que, malgré la chaleur du soir, j'ai rabattu mon capuchon sur mon visage.
C'était la fête du solstice d'été cette nuit-là, je le sus plus tard. Le grand portail doré, élégamment décoré de vigne grimpante, était ouvert et non gardé. Cela me rendit méfiant. Je savais grâce à une amère expérience que de mauvaises choses arrivaient aux cités en fête, sans qu'elles le veuillent. La mort de mon père avait gravé ce fait dans les esprit de tout Valinor. Laisser le portail de Tirion sans protection, à la lumière des évènements passés, semblait n'être rien d'autre que de la folie. Même si le Seigneur Noir et ses légions étaient enfermés derrière les Portes de la Nuit pour le moment, le Seigneur Námo avait indiqué que cela pourrait bientôt changer.
Gêné, j'essayai de m'affranchir de ces sombres pensées. Ce soir, je devais me réjouir.
Tirion était devant moi, somptueusement parée pour le festival. Les lumières d'argent étaient accrochées aux arbres et entre les bâtiments certaines brillaient même sous les eaux des fontaines. Les petits cristaux posés dans les rues de pierre blanche capturaient la lumière et brillaient sous mes pieds. Il y avait de la musique et de la danse dans chaque coin, chaque cour, entourés de personnes qui riaient. Beaucoup de chansons étaient rapides et légères, jouées habilement par des violons et des tambours. Mais ici et là, j'entendis des morceaux de mélodies lentes et lugubres, prononcées par des voix aux durs accents. C'était étrange, même pour des Noldor, dont les voix sont moins mélodieuses que celles des Teleri ou des Vanyar. J'avais entendu ces rudes accents auparavant, il me semblait, quelque part au loin… Le linguiste en moi était curieux.
Je vis plusieurs visages familiers – amis proches durant ma jeunesse, seigneurs de la cour de mon père, vendeurs dont j'avais fréquenté les stands – mais je ne me rapprochai d'aucun. Cette nuit, je recherchai seulement les plus proches et les plus chers.
Je les trouvai, et plus tôt que je ne l'aurais pensé.
Mon père se tenait auprès d'un petit groupe de ses conseillers, royal dans ses robes d'un bleu foncé irisé d'argent. Ses cheveux noirs et raides étaient coiffés en arrière par un bandeau décoré de fines gemmes – un bandeau que j'avais fait pour lui, réalisai-je. Autrefois, j'avais souvent fait de telles choses pour mon père, dans un effort pour exprimer l'amour que je ne pouvais mettre en paroles. Maintenant que je l'approchai, mon cœur se gonflait d'amour, et une fois de plus les mots ne venaient pas.
Mais ce n'était pas seulement l'amour qui bloquait ma voix, car Atar était habillé presque de la même manière que le jour de sa mort. Son visage avait repris des couleurs, et il n'y avait pas de sombre blessure sur sa poitrine – je savais qu'il n'y en avait pas. Pourtant, je ne pouvais que penser à l'image qui envahissait mon esprit – Atar mort à mes pieds sur la place de Formenos, blanc et immobile, le sang séchant sur ses robes.
Dans le Vide j'avais été tourmenté par ce genre de visions. Celle-ci, en dépit de la lumière et de la beauté tout autour de moi, en dépit de mon père se tenant devant moi revenu à la vie et en bonne santé, était tout aussi douloureuse. Elle était tout ce que je ne pouvais pleurer. Serrant les paupières pour contrer la souffrance, j'essayai de respirer malgré ma gorge nouée.
Je lui fis une révérence, mon capuchon tombant toujours sur mon visage.
- « Votre Majesté, réussis-je à dire.
- Bonsoir, Sire, dit aimablement Atar. Puis-je vous aider ? Est-ce votre première visite dans notre belle cité ?
- Eh bien, pas… pas exactement » dis-je vaguement, mon estomac noué par l'anxiété. Il n'y avait aucun moyen de retarder cela, réalisai-je. Effrayé comme je l'étais, une part de moi ne voulait pas le retarder. Le simple son produit par la voix d'Atar avait fait disparaître toute ma volonté de me promener tranquillement dans Tirion. Depuis des millénaires, je désirais sentir son étreinte, les battements réguliers de son cœur, et maintenant, il était si proche que je ne pouvais plus me cacher.
- « Je suis parti de Tirion il y a longtemps, et je la connais bien, car je suis né et j'ai grandi ici » commençai-je. Me jetant à l'eau avec prudence, j'ôtai ma capuche.
- « J'étais – et suis – votre fils. »
Par chance, Atar ne fit rien d'autre que de devenir très pâle et d'agripper le poignet du seigneur le plus proche de lui.
- « Curufinwë » souffla-t-il, le visage soigneusement neutre, la voix emplie d'émotions. Il fit un pas en avant, effleurant mes joues du bout des doigts, comme s'il craignait que je ne disparaisse s'il me touchait.
- « Yonya… Es-tu réel ? Es-tu en vie ?
- Oui, dis-je d'une voix tendue. Je suis parti de Mandos cet après-midi. »
Soudain, la culpabilité et l'opprobre rugirent en moi, et je ne pus regarder mon père dans les yeux.
- « Oh, Atar… Est-ce que vous voulez me renier ? »
Avant que je ne comprenne ce qui se passait, les bras d'Atar s'étaient refermés autour de moi, et mon visage était pressé contre sa poitrine. Je pouvais sentir le battement de son cœur, lent et fort. Je fermai les yeux, savourant ce pouls, si stable, si fiable. Ma gorge se noua douloureusement, mais avec cette émotion, je n'étais pas encore sûr.
Atar me prit alors par les épaules avec férocité et recula d'un pas, ses brillants yeux d'argent éclairés par ce qui se trouvait dans mon cœur. Il avait toujours été capable de me comprendre, parfois mieux que je ne me comprenais moi-même.
« Est-ce une façon de saluer son père, après des siècles de séparation ? demanda-t-il sévèrement. Oui – pour atténuer les choses, je suis extrêmement déçu de ta grave absence de jugement, et de caractère. Tes actions à Alqualondë et Helcaraxë étaient des atrocités dont tu dois avoir honte, en tant que roi comme en tant qu'enfant d'Eru. Je comprends que tu aies été dans une terrible situation après l'Obscurcissement, mais j'aurais pensé t'avoir mieux élevé que cela. Sache que tu n'obtiendras pas la couronne des Noldor avant d'avoir prouvé que tu étais un meilleur chef que cela, ou je continuerai à te la refuser. Mais te renier, yonya ? Jamais. Tu es parfois un imbécile téméraire, et ne doute pas que je t'apprendrai la discipline. Mais tu es aussi mon enfant, mes entrailles, et pour cela, je t'aimerai jusqu'à la fin des temps. C'est une promesse. Rien de ce que tu as fait, ou feras, ne pourra la briser. »
Je baissai la tête, honteux mais rassuré.
- « Mais je… j'ai apporté la ruine à notre famille, notre peuple –
- Oui, tu l'as fait. Tu as été puni, tu as été pardonné, tu as été ramené à la vie pour gagner ta rédemption, et c'est tout. Je ne te châtierai pas davantage. Je suis sûr que tu n'es pas venu ici pour écouter des réprimandes. Maintenant, viens et salue-moi correctement ! »
Abandonnant tout contrôle de moi-même, je jetai mes bras autour de son cou et pressai mon visage contre son épaule. Je n'avais pas eu de contact physique avec d'autres elfes quand j'étais à Mandos, et l'étreinte d'Atar était comme s'asseoir devant la cheminée après une longue journée passée dans le froid. J'étais enveloppé par la chaleur qui se répandait en moi et faisait picoter ma peau. Mes épaules tremblaient comme si j'allais pleurer mais les larmes ne venaient pas. Elles avaient toutes été séchées, il semblait, par cette joie si puissante qui faisait frémir mon âme. Je me rappelai comment je m'étais senti durant mon Jugement, avec l'Amour du Père de tous qui inondait mon fëa jusqu'à déborder, et réalisai qu'à ce moment je ressentais à peu près la même chose.
Alors, devant les seigneurs de sa cour, Atar me souleva et me fit tournoyer dans les airs, comme si j'étais un tout petit enfant. Le rire qui jaillit de mes lèvres était plus franc que celui d'avant mon exil à Formenos, et c'était merveilleux. J'espérais que le Père de tous l'entendait, pour partager mon immense joie avec lui, parce que je Lui devait tout.
Atar me remit sur mes pieds et embrassa mon front, et ses courtisans applaudirent.
Il m'attira près de lui une fois de plus, baissant la voix de manière à ce que moi seul puisse l'entendre :
- « Bienvenue à la maison, mon cher, mon précieux enfant. Je t'aime tellement.
- Moi aussi, Atar » murmurai-je.
Je me retournai alors pour saluer les seigneurs, et sentis un flot d'émotions brûlantes m'envahir quand je vis qui se tenait avec eux.
Nolofinwë observait la scène d'un visage impassible, beau et fier comme toujours dans ses riches robes rouges et dorées. Il portait mes couleurs, réalisai-je tardivement – et je portais son bleu et argent. Je ne savais pas comment réagir à cet étrange renversement des choses, mais j'étais sûr que cela devait avoir une signification. Je ne savais pas non plus comment réagir à sa présence. Il n'y avait plus de haine ; elle avait été détruite longtemps auparavant, quand j'avais réalisé combien notre rivalité était insignifiante comparée à la guerre dans laquelle j'avais jeté notre peuple. Mais il n'y avait pas non plus d'amour. Au contraire, il y eut la morsure de la honte quand je regardai dans les yeux de mon demi-frère. L'ombre de ma trahison dans le Chaos des Glaces survint et s'installa entre nous comme une moquerie, et je pouvais presque entendre le rire de Moringotto gronder dans le Vide.
Cela vous divisera toujours, et je viendrai toujours à bout de ceux qui sont divisés.
J'hésitai dangereusement pendant un moment, tenté de tourner les talons et de me perdre dans la foule, pour fuir la souffrance que j'avais apporté à mon demi-frère et à son armée. Pouvais-je y faire face ? Pouvais-je faire face à la haine que Nolofinwë me portait sans aucun doute, et légitiment ? Ce serait certainement plus simple de ne pas y faire face, mais alors, ce serait offrir une victoire au Seigneur Noir. Nolofinwë et moi avions causé de grands dommages à Moringotto et à ses forces, mais aucun d'entre nous n'avait pu le tuer. Si nous ne pouvions tous deux rester unis face à lui lorsque la Dernière Bataille commencerait, quel serait le destin du monde ?
Non, il fallait se réconcilier maintenant. Je n'avais pas à l'aimer, pas encore. Je devais lui faire confiance, et gagner sa confiance en retour. Ce serait très difficile. Tant de barrières nous séparaient, grandes et petites.
- « C'est une belle soirée, n'est-ce pas ? » finit par dire Nolofinwë. Le ton de sa voix était plutôt aimable, mais je sentis la gêne dissimulée, la tension qui crépitait dans l'air.
- « En effet » répondis-je.
Nous jouions au même jeu qu'autrefois, lui et moi, échangeant de communes politesses d'un ton sec tout en se sentant secrètement menacé par la présence de l'autre, nos mains se posant inconsciemment sur la poignée de nos épées. Je n'avais pas d'arme à ce moment-là, et lui non plus, mais je sentis malgré tout les doigts de ma main droite se contracter comme pour saisir la poignée d'une épée. La posture de Nolofinwë était aussi tendue que la mienne.
Atar devait avoir senti la tension entre nous.
- « Je suppose que vous deux devez avoir beaucoup de choses à… régler » dit-il. Sa voix était légère, mais dissimulait un ordre : Il n'y aura plus d'animosité entre mes fils.
- « Peut-être devriez-vous marcher, vous éloigner de la foule. »
Il ne nous laissait pas le choix, et nous le savions tous deux.
Je doutais cependant que nous laisser seuls, Nolofinwë et moi, puisse avoir un bon résultat, compte tenu de la tension et de la suspicion que l'on pouvait voir dans nos regards. Je ne savais pas non plus comment lui demander pardon de l'avoir abandonné avec les siens dans une terre gelée et inhabitée. Je le regrettais, vraiment, mais il semblait qu'il n'y avait aucun mot pour le formuler.
Peut-être n'en n'y avait-il pas. Peut-être que tout ce qui importait était que je lui demande pardon, et que je lui montre que je ne riais plus de son malheur, comme j'avais ri en regardant les bateaux brûler à Losgar.
Je me retournai vers Atar, désespéré, pour être libéré de cette tâche. Si Nolofinwë et moi avions tous deux du temps pour nous préparer, le résultat serait bien meilleur…
Atar n'a pas hésité. Maintenant, ont dit ses yeux d'argent.
- « Je parlerai avec vous plus tard. »
Je me suis tourné vers mon demi-frère, l'air entre nous crépitant presque tant la tension était forte.
- « Marchez avec moi, dans ce cas, Prince Nolofinwë. »
Au fait :
Atar : Père.
Colline de Túna : Colline sur laquelle a été construite la ville de Tirion.
Mindon Eldaliéva : Tour construite par Ingwë.
Násië : Amen.
Nér : Un adulte mâle de n'importe quelle espèce. Ici, un homme elfe adulte.
Yonya : Mon fils.
