Disclaimer : pas à moi.

Avertissement : Oui, c'est de nature BDSM, alors il est fort probable que ça choque la sensibilité de certains, svp, prenez conscience de la nature de cet avertissement avant de me maudire pour les 5 prochaines générations de ma famille. Cette fic n'a jamais vraiment été conçue pour avoir une suite. J'en suis tout de même au chapitre 4. Qui sait si je me rendrai au 5!!!

Bonne lecture!

My Master

Chapitre 4

Severus avait réfléchi, encore et encore. Retournant la question sous tous ses angles. Et à chaque fois la réponse était la même. La même réponse qui le tourmentait, qui le blessait.

Harry avait besoin de lui, Harry avait surtout besoin du Maître qu'il voyait en lui. Il était fortement conscient qu'Harry ne désirait aucun autre Maître et que c'est lui-même, Severus Snape, duquel il était épris. Toutefois ce besoin que ressentait Harry lui apparaissait comme de plus en plus malsain.

Nous avons besoin d'air, nous avons besoin d'eau, nous avons besoin d'un nombre plus ou moins éloquent de choses à l'intérieur d'une seule vie, il était clair que par contre que le BDSM ne devait pas faire partie de ces choses essentielles. Harry avait commencé à considérer son statu de soumis comme étant la seule définition de sa vie. Il n'était plus Harry, il était le soumis de Severus. Il se définissait par Severus. Heureux quand son Maître l'était, triste dans le cas contraire. Severus regrettait d'en venir à ce point, mais il s'était toujours promis que la journée où le BDSM serait pour Harry une fin et non un moyen, il interviendrait.

Était venu le temps d'intervenir. Il devait donner le temps à Harry de reprendre confiance en lui, de se définir par lui-même et peut-être d'un jour lui revenir. Ou bien Harry déciderait d'aller chercher ailleurs ce que Severus ne voulait pas lui donner.

Oui il voulait qu'Harry lui demande la permission pour sortir, mais il y avait certes une différence entre avoir l'autonomie de savoir ce que l'on voulait faire et l'absence totale d'envie mis à part celle de plaire à son Maître.

Oui il voulait qu'Harry mange à sa main, mais il voulait qu'Harry y voit toute l'attention qu'il lui donnait et non pas son incapacité en tant qu'humain de se nourrir.

Oui il voulait qu'Harry le respecte, mais il ne désirait certainement pas que le respect soit en réponse à la peur ou l'habitude, Severus désirait un respect gagné au prix d'efforts.

Oui il voulait l'obéissance, pas en résultat de la peur, mais bien par passion, par envie de donner.

Harry devait apprendre à vivre sa vie. Il ne sortait presque plus, n'allait pas travailler, s'enfermait dans un mutisme désolant dès que venait le temps d'exprimer ses désirs. Harry n'existait plus. Et le BDSM ne devait surtout pas mener là. Le BDSM, tel le voyait Severus était une façon de naître, de croître, une façon d'enjoliver un quotidien, de l'épicer. Certes pas de l'assombrir.

Harry allait devoir recommencer à voir ses amis, à sortir, à rire, à se sentir libre de faire des farces (d'en payer le prix peut-être, mais d'être spontané)…recommencer à vivre tout simplement.

Severus s'en assurerait.

§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o

Quand Severus revint à l'appartement ce soir-là, un repas l'attendait. Le repas préféré de Severus. Sa musique préférée jouait en arrière scène. Harry avait également revêtu les vêtements que son Maître préférait. Severus su dès lors qu'il ne pouvait reculer, qu'il devait agir.

Il s'installa à la table et fit signe à Harry de prendre place à ses pieds. Il avait décidé de le nourrir comme habituellement, pour que Harry comprenne éventuellement que la décision qu'il avait prise n'avait rien à voir avec une punition. Il voulait lui offrir un environnement sécurisant pour qu'il lui demeure, en souvenir, lorsqu'il réfléchirait.

Harry mangeait à même la main de Severus sans se poser de question, sans savoir s'il avait faim, s'il désirait manger cela ou si le rythme lui convenait.

- Harry, fut Severus après le souper, je dois te parler.

- Puis-je desservir la table, avant, Maître, s'enquit-il doucement?

- La vaisselle peut attendre, les elfes peuvent le faire. Nous devons discuter.

Severus lui tendit la main et l'entraîna au salon. Il s'installa sur le divan et incita Harry à s'asseoir à même le meuble à ses côtés.

Le jeune homme s'y sentait inconfortable. Il sentait qu'il n'était pas à sa place, qu'il outrepassait les limites, mais en même temps, toujours désireux de plaire, il savait qu'il devait y demeurer. Son cœur battait rapidement. Jamais son Maître ne lui avait demandé de s'asseoir ainsi pour discuter, jamais avait-il pris un ton si sérieux, un ton qui ne laissait aucune place au questionnement.

- Harry, ce dont je veux te parler est très sérieux et surtout très important. Je veux que tu conserves à l'esprit que je t'aime et que je désire demeurer présent pour toi…

- Maître..?

- Ne m'interromps pas, fit Severus un peu brusquement.

Il respira profondément avant de poursuivre. Perdre patience ne serait d'aucune aide. Il devait demeurer calmer et en contrôle pour permettre à Harry de comprendre ce qui suivrait.

- Notre relation a beaucoup changé au fil des mois. Initialement une relation BDSM occasionnelle nous sommes maintenant à une relation 24/7. Tu m'appartiens et j'avoue apprécier cela. Par contre j'ai pu remarquer au cours des dernières semaines à quel point tu perdais de ton indépendance, combien tu t'en remettais toujours à moi, combien ta propre définition de ta personne passait par moi. Je veux de toi comme soumis Harry, n'en doute jamais. Je ne veux pas par contre d'un esclave. Je veux que tu aies des opinions, je veux que tu t'exprimes, que tu demandes des choses, je veux que tu en refuses aussi. Je veux sentir que tu existes, au travers de tes ambitions, tes rêves et tes réalisations. Pour le moment je sens que notre relation est en train de te tuer.

Il laissa quelques secondes passer, espérant qu'Harry les prendrait pour bien assimiler ce qui venait d'être mentionné.

- Ainsi donc, je vais te remettre ta liberté entre les mains Harry. Je ne peux pas être celui qui assistera à ta destruction. Lorsque tu auras retrouvé qui tu es, lorsque tu sauras te définir autrement que par ta soumission, lorsque cette dite soumission deviendra un désir et non un besoin, reviens me voir, installe-toi comme il se doit au centre de cette pièce et explique-moi ce qui vient de changer. Je t'écouterai et je déciderai si je peux te reprendre. Ceci n'est pas ouvert à la discussion, ajouta-t-il alors qu'il voyait clairement qu'Harry voulait protester. Tu m'as donné le pouvoir car tu avais confiance en mon jugement. Je prends ce pouvoir aujourd'hui et je te demande d'avoir confiance. Ça ne peut certes pas continuer ainsi.

Harry sentait le monde autour de lui s'écrouler. Tout ceci ne pouvait être en train de se produire, ça ne pouvait être vrai. Son Maître! Son soleil, sa vie! Comment allait-il survivre à ne serait-ce qu'une journée sans Lui, comment allait-il survivre tout court à cette nouvelle?

- Que…comment dois-je faire? Je ne veux pas être loin de vous, fit-il, désespéré!

- Ce que tu désires est sans doute très réel Harry, mais tu ne peux l'avoir, tu t'enlises dans quelque chose de malsain!

- Mais j'ai besoin de Vous, hurla presque Harry! J'ai besoin de Vous, j'ai besoin de Vous sentir en contrôle, j'ai besoin d'être puni même, termina-t-il rouge de honte et de colère!

Severus prit la peine de respirer longuement avant de répondre.

- Ton chagrin est compréhensible, ta colère l'est moins et je ne l'accepterai pas. Je veux que tu ailles réfléchir Harry, je veux que tu penses à tout ce qui s'est déroulé et à combien ça ne peut plus durer ainsi.

Le chagrin d'Harry était incommensurable, Severus le savait. Il le prit dans ses bras, laissant son jeune soumis pleurer autant qu'il le désirait. Les jours, voire même les semaines à suivre seraient pénibles pour lui aussi. Vivre sans son Harry, vivre seul et ne retrouver qu'en retournant à ses appartements que le vide de la solitude ne l'intéressait guère, mais il ne devait pas penser à lui, il devait penser à ce qui était bon pour le jeune Gryffondor.

- Maître, tenta une dernière fois Harry…je vous en supplie.

- Je le sais, chéri, je comprends ta douleur. Maintenant tu vas tenter de comprendre la mienne de te voir te démolir. Je t'attendrai Harry, lorsque tu auras appris, je t'attendrai.

Et ce fut encore des larmes sans fin qui vinrent secouer le jeune homme. Des larmes qui semblaient lui être arrachées douloureusement.

§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o§o

Harry n'avait pas cru pouvoir survivre à une souffrance aussi terrible. Perdre son Maître, perdre son amour, perdre également sa sécurité, c'était tellement trop en une seule soirée. Pourtant matin après matin il se réveillait, croyant initialement au cauchemar, comprenant bien trop rapidement que le présent le rattrapait. Les jours avaient beau avoir passé, Harry ne comprenait pas davantage ce qu'il devait faire. Devenir indépendant..ça oui il l'avait saisi, mais comment fait-on cela? Existe-il un manuel indiquant les étapes pour y parvenir? Une sorte de série Devenir Indépendant…Pour Les Nuls. Il voulait retourner vers son Maître, prétendre avoir changé, tenter de feindre l'autonomie, suffisamment assez pour satisfaire l'homme, mais l'idée mourait d'elle-même. Il ne pouvait pas lui mentir, il ne le voulait pas.

Severus lui avait donné un travail à faire et il le ferait. Après quelques jours à être demeuré enfermé dans l'appartement de Neville, qui l'avait généreusement hébergé, Harry se décida à sortir. Le soleil lui brûla les yeux et il dû marcher en regardant vers le sol pour éviter d'être étourdi. Il sentit le vent jouer dans ses cheveux, il sentit l'air frais se loger jusqu'au plus creux de ses poumons, il regarda alors et il vit l'éclat de la nature. Depuis combien de temps s'était-il enfermé au château, depuis combien de temps s'était-il fermé à la beauté de ce qui l'entourait. Il n'était pas triste, il ne l'avait pas été, mais tranquillement, à force de renier son existence et qui il était, il avait cessé de voir le monde.

Neville était assis à l'extérieur, près d'un grand arbre et il lisait un impressionnant livre d'herbologie, Harry se surprit à sourire quelque peu, il y avait des choses qui ne changeaient jamais. Et ce sourire sur ses lèvres, son naturel, sa spontanéité…il avait tout renié cela depuis des semaines, des mois. Mais pourquoi? Il était tellement heureux avec Severus, il l'aimait tellement! Pourquoi s'était-il laissé aller dans un gouffre aussi creux. Il se dirigea vers Neville sans trop réfléchir et s'installa à ses côtés. Neville l'avait toujours supporté, Neville n'avait pas porté de jugement, il avait vraiment été d'une aide incroyable, d'une écoute exemplaire. Il l'avait recueilli sans poser de questions, sans imposer de limites, il lui avait ouvert sa porte en le serrant dans ses bras et en lui disant : «je suis là ». Et il avait dit vrai.

- Neville, entama Harry sans trop savoir par où commencer.

Neville reposa son livre sur le sol et se tourna vers son ami, en silence.

- Tu m'avais déjà fait mention, continua Harry en comprenant qu'il avait toute son attention, que tu considérais ma soumission comme quelque chose de sain. Pas vrai?

- Effectivement, répondit-il en se souvenant cette conversation passée.

- Et maintenant, dirais-tu qu'elle l'est moins?

- J'aurais tendance à dire cela, en effet, dit-il prudemment. Tu as changé depuis quelques temps, pas que ce soit mal…mais je ne te reconnais plus. Avant tu avais le goût de vivre, tu t'impliquais, tu allais voler...tu avais une vie. Et maintenant, il n'y a que ta soumission qui compte. Je ne dis pas que c'est inadéquat…simplement que le résultat est triste et tu ne rayonnes plus le bonheur.

Harry était songeur. Neville avait tout à fait raison. Mais comment retrouver le bonheur, comment redevenir heureux au terme de sa relation?

- Que dois-je faire, demanda-t-il finalement?

- Je n'ai pas la prétention de vraiment connaître tout cela, Harry. Mais si tu commençais par voir tes amis, si tu recommençais à voler, si tu sortais, si tu te trouvais une occupation, peut-être retrouverais-tu qui tu as toujours été. Je sais, car je te connais, que tu dois être en train de culpabiliser, de trouver que tu es misérable de n'avoir pas prévu cela. Mais Harry, tu es humain, l'erreur est donc normale. Tu avais une relation dans laquelle il était facile de tomber vers la dépendance, vers l'infantilisme. Je ne juge pas, encore une fois, je tente simplement de comprendre. Peut-être ces situations sont bien pour certaines personnes, mais Harry, si elles avaient été bien pour toi tu y aurais été heureux. Tu es une personne libre Harry, tu as besoin de sentir cette liberté, tu as besoin de t'amuser. Tu t'es retrouvé en conflit entre tes besoins et tes désirs et comme tu ne voulais pas perdre l'homme de ta vie, alors tu as fait taire ce dont tu avais désespérément besoin. Maintenant tu dois retrouver cela.

La tâche n'allait pas être aisée et Harry s'y appliqua avec l'énergie du désespoir. Il voulait retrouver sa fougue, il voulait retrouver son sourire, retrouver qui il était. Il se forçait à sortir, à renouer les liens qu'il avait négligé, à embarquer de nouveau sur son balai et à voler, des heures et heures, jusqu'à en avoir mal partout. Les sentiments qui s'en suivaient.

Voir ses amis? Harry en doutait. Il les avait tellement négligés, il le reconnaissait. Il n'avait pas voulu faire l'effort de conserver leur amitié car il se sentait incompris d'eux. Et puis soudainement il réalisa que son raisonnement avait été enfantin et déraisonné. Bien entendu qu'ils n'avaient pas compris! Il n'avait jamais pris la peine de leur expliquer, il avait toujours donné des réponses toutes faites, des explications boiteuses… « Severus l'a dit », « Severus le demande », « Severus n'a pas voulu »…Comment ses amis auraient-ils pu croire en son bonheur alors que ses explications le condamnaient à elles seules. Il comprit qu'il allait devoir travailler à ce niveau, reconquérir leur confiance, leur amitié. Il y mettrait tout l'effort du monde, même avec tout l'amour de Severus il avait réalisé que sans amis il était bien seul.

Travailler? Il avait commencé répugner sortir de l'appartement, se contentant d'être une bonne à tout faire. Il valait plus que cela! Il avait du talent, dans beaucoup de domaines. Il allait devoir retrouver sa confiance en lui et se dénicher un emploi qui aurait tôt fait de le faire vibrer, de le faire sentir vivant de nouveau.

Les semaines passèrent et Harry s'ennuyait toujours autant de Severus, mais il se rendait compte que vivre sans l'Homme était non seulement possible, mais beaucoup moins douloureux qu'auparavant. Il croyait y être parvenu, il croyait avoir appris et c'est pour cette raison qu'il se présenta, quatre semaines après en être parti, dans les appartements de Severus. Il s'agenouilla au centre de la pièce et attendit qu'il revienne. Il n'eut pas à patienter longuement car connaissant bien l'horaire du maître de potions il n'avait pris que quelques minutes d'avance.

Severus arriva enfin et fut légèrement surpris de voir Harry. Il ne s'était pas attendu à ce que son jeune protégé lui revienne. Honnêtement il avait cru qu'Harry prendrait la route facile : se détacher de son Maître, en trouver un autre qui serait prêt à le prendre comme il est sans qu'il n'ait le besoin de changer. Il sourit doucement en passant une main dans les cheveux du garçon et il s'installa dans son divan, attendant qu'Harry se sente suffisamment en confiance pour parler.

- J'ai compris certaines choses, entama-t-il, incertain de la marche à suivre. J'ai compris que je vous suis soumis parce que je l'ai décidé et quand dans cette optique je ne suis en rien inférieur. J'ai compris que je ne dois pas me tourner vers la facilité, il est facile de ne pas sortir, de me renfermer et cesser d'exister. Il est facile de ne jamais agir mal car en tout temps je n'agis plus. Je veux prendre la place qui me revient, me tromper peut-être, en payer le prix ensuite, mais je veux vivre.

Severus lui fit signe d'approcher et il déposa sa main sous son menton en l'incitant à dire la suite.

- J'ai compris beaucoup de choses, j'ai surtout compris que nous étions égaux, jusqu'à ce que nous commencions à jouer. Dans ma soumission je peux l'offrir en tout temps, mais je ne dois pas abandonner qui je suis. J'ai finalement compris que tu étais Severus, fit-il enfin en trébuchant un peu sur le prénom et le tutoiement. Ce sera Maître ou Monsieur en séance, ou quand l'on en décidera ainsi, mais en d'autre temps tu seras Severus, l'homme que j'aime.

Honnêtement Severus n'y avait pas cru, il n'avait jamais espéré qu'Harry puisse en venir à cela. Il s'était attendu que le jeune homme présente une plus grande autonomie, mais certainement pas qu'il en vienne à prendre activement part à sa vie. Il ne savait quoi dire, il ne savait quoi penser, c'était tellement beau, c'était parfait.

- Je vois que tu y as mis tout le sérieux du monde, Harry, je ne m'attendais pas à moins de toi. Je suis heureux que tu sois parvenu à comprendre ta propre valeur. Il est certain que le test ultime sera de voir, dans une réalité quotidienne ce que ces résolutions donneront. Je veux que tu sois conscient que je ne te prends pas à l'essai, tu n'as pas de tests à passer, simplement n'oublie jamais qui tu es. Je t'aime, sincèrement et ça n'a jamais changé. Et je dois m'assurer de ton bonheur, je suis confiant qu'il te sera maintenant accessible.

Quelque chose de nouveau prenait vie, quelque chose d'inattendu pour tous les deux, comme si les astres s'étaient entendus pour leur tracer un nouveau parcours, insigne d'une nouvelle chance.