CHAPITRE IV : Retour entre quatre murs
Tôshirô grogna mais ce grognement n'avait rien d'agréable.
Karin l'entendit se lever et faire les cents pas. Il ruminait dans son coin en ponctuant parfois ses phrases par des coups donnés contre les barreaux. La jeune fille sentit alors tout le désespoir de celui qu'elle aimait et cela lui déchira les entrailles.
_Ce n'est pas possible, dit-il dans une colère contenue. Je n'ai quand même pas pu faire tout ça…
Il cogna le mur ce qui la fit sursauter. Elle eût soudain l'image de la pierre qui s'effondrait et de son amant tendant les bras vers elle. Il lui aurait dit combien il était désolé d'avoir agis comme ça et combien il tenait à elle. Que tout ceci était une plaisanterie de mauvais gout, un point c'est tout ! Mais ce ne fut pas le cas.
_Tu mens… C'est complètement stupide ! Je ne suis pas faible à ce point…
_Je ne vois pas pourquoi tu me demandes de te raconter notre passé si c'est pour mettre en doute ma parole. Si tu préfères, je peux me taire. Ça n'a rien de plaisant de ressasser tout ce qu'il nous est arrivé vu la situation. C'est trop douloureux…
_Douloureux ? Reprit-il sur un ton sarcastique. Je crois que tu ne te rends pas bien compte dans quelle situation je me suis mis. Je n'en reviens pas…
Karin serra sa couverture contre elle, fermant les yeux pour ne plus voir cette maudite cellule. Elle aurait voulu que rien de tout cela ne se produise. A cause de sa négligence, l'homme qu'elle aimait allait mourir. Il allait mourir en pensant qu'elle était une ennemie.
_Kurosaki-san, reprit-il plus calmement. Nous sommes nous revu après… après ce jour ?
_Oui, trois fois.
_Et je savais déjà ce que tu étais à ce moment-là ?
_Et qu'est-ce que je suis au juste pour toi Tôshirô ? Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ce traitement de merde !
La voix de la jeune fille transportait une profonde rancœur. Elle fusilla le mur qui la séparait de lui avec violence.
_Qu'est-ce que je suis Tôshirô ? Je n'ai rien fait… je vous ai juste aidé… j'ai juste fait ce stupide tableau qui ne veux rien dire du tout…
Le silence retomba sur eux. Les sons qui parvinrent aux oreilles de Karin annonçaient qu'il venait de s'assoir sur son lit.
C'est lui qui brisa le premier cette ambiance de mort.
_Alors… ces trois dernière fois ?
_Je suis pas sûr que t'ai envie de savoir la suite.
_Si je te le demande…
_Tu m'emmerdes.
Elle soupira, épuisée. Ne pouvait-il pas attendre le lendemain matin ? Il n'y avait pas de fenêtre dans sa cage mais elle se sentait fatiguée, comme s'il se faisait tard.
_Tu es revenu me voir six mois plus tard, mais j'étais malade comme un chien. J'avais choppé un mauvais virus et je souffrais beaucoup. Je suis restée pendant deux mois à la clinique de papa et toi, tu as veillé à mon chevet toutes les nuits pendant une semaine. Tu venais me rejoindre dès que tous les membres de ma famille s'étaient couchés.
_Alors il ne s'est rien passé ?
_T'es sourd ou quoi ? T'es resté près de moi, c'est pas suffisant ? Tu veux quoi ? Savoir si on a baisé ?
Il se racla la gorge, comme gêné.
_Quelle importance… T'es juste resté là, avec moi. Tu me prodiguais des soins. Apparemment tu n'es pas assez fort pour me soigner totalement, mais ça m'avait fait beaucoup de bien. Et je me suis rétablie assez rapidement après ton départ.
_Et après ?
_Après j'ai eu dix-huit ans et j'ai quitté l'école de Kyoto. Je me suis achetée un petit hangar dans les environs de Karakura. Ichi-nii et mon père m'ont aidé à l'isoler et à l'aménager. J'adore cet endroit mais tu as dû t'en rendre compte puisque tu y es déjà venu deux fois.
_Une fois, dit-il. Je ne me rappelle que de la dernière fois.
_Ouais c'est vrai, reprit-elle. C'était quand déjà ? Ah oui…
Elle s'allongea sur son lit, le regard dans le vide, fixé sur le plafond.
_Yusu et moi avions fêté notre anniversaire et ma pendaison de crémaillère en mai. Je venais d'emménager depuis à peine deux semaines quand tu es réapparut. Tu étais soulagé car la dernière fois que tu m'avais vu, j'étais vraiment dans un sal état…et je ne suis pas très sûr que tu es envie d'entendre la suite…
