Rien ne collait au plan. Ils devaient le trouver pour lui administrer le traitement. Le vétérinaire avait dit qu'il pouvait y avoir des risques après l'ingestion du liquide. Il risquait d'être en état de choc. Peut être même qu'il pouvait arrêter de respirer. Ils étaient sensés mettre la main sur lui, le neutraliser et le forcer à prendre le remède.
Mais rien ne s'était passé comme prévu et Scott ne savait plus quoi faire.
Ils avaient traqué le signal de la voiture de Deaton jusqu'aux entrepôts et Scott s'était élancé à la recherche du shérif. Stiles n'avait pas voulu qu'ils perdent du temps et avait encourager son ami a commencer sans lui. Il était donc parti seul à travers les allées de conteneurs.
Mais le shérif était un homme intelligent. Scott avait suivi son odeur durant plusieurs minutes et était finalement tombé sur sa veste, abandonnée à côté d'une flaque de liquide qui semblait avoir appartenu à un moteur. C'était un homme très intelligent, il avait dû s'en badigeonner pour brouiller les pistes. Il y avait des flaques de liquide de moteur un peu partout aux alentours. Impossible pour Scott de suivre sa trace en se fiant à son odorat.
Il était donc retourné à la voiture pour informer Stiles de la situation. Son ami ne devait pas être loin, son état le ralentissait considérablement. Arrivé sur place, il avait trouvé les clefs par terre, le coffre ouvert contenant la chaise roulante de Stiles qui lui, par contre, avait disparu. Un frisson de panique remonta le long de la colonne vertébrale du jeune homme. Comme si la situation n'était pas déjà assez grave, il pouvait sentir l'odeur du sang.
Au moins, cette odeur était facile à pister et il s'engouffra à nouveau dans le dédale des allées de conteneurs. Alors qu'il se rapprochait de la source, il sentit son portable vibrer. Un texto. Deaton. « Le revolver des Argent a disparu ». Le frisson se transforma en spasme. Il se mit à courir. Mais avant qu'il n'ait pu retrouver ses esprits, il déboula sur un grand espace vide de la taille d'un terrain de Lacrosse. Au bout du terrain, un bâtiment qui ressemblait à une vieille usine. Au bout du terrain, contre l'un des murs de cette vieille usine, Stiles, affalé, semblant inconscient. A deux mètres de Stiles, son père, muni du revolver des Argent, le pointant maintenant sur Scott. Sans y réfléchir, ce dernier hurla le nom de son ami. Il était vivant, Scott pouvait entendre deux rythmes cardiaques distincts, mais il fallait surtout qu'il reste conscient. Après plusieurs tentatives, Stiles finit par redresser la tête et lui faire un petit signe de la main.
Le shérif avança d'un pas sans détourner son arme de Scott. Le temps semblait s'allonger, les secondes s'étiraient. Il y eu un grand bruit et la balle fila à quelques centimètres de la tête de Scott qui bondit de côté juste à temps. Il était trop loin pour être vraiment en danger, mais s'il avançait...
Il ne savait pas quoi faire. Rien n'avait collé à leur plan.
Scott ne voulait pas mourir. D'autant plus que sa mort entraînerait celle du shérif. Mais à tout moment, il pouvait péter un plomb et retourner son arme contre son fils. Stiles ne pouvait pas mourir. Scott ne le permettrait pas. Il était son meilleur ami, son frère. Il tenait à sa vie autant qu'à la sienne, voire plus. Stiles pourrait survivre. Si Scott se sacrifiait. On retrouverait le jeune homme. Deaton avait appelé Parish et Mélissa avant qu'ils ne quittent le cabinet. Ils ne tarderaient pas à arriver. Sa mère prendrait soin de lui. Elle s'occuperait de lui comme de son propre fils. C'était ce qu'elle avait toujours fait. Peut-être qu'ils partiraient. Rien ne les retiendraient plus dans cette ville. Scott songea à l'homme qu'était devenu son meilleur ami. L'arrivée du surnaturel dans leur vie avait tout chamboulé et c'était Stiles qui avait été le plus affecté.
A force, Scott avait oublié ce que cela faisait de se remettre de blessures quand on n'était pas un loup garou. Il avait oublié ce que c'était que de souffrir pendant plusieurs semaines parce qu'on s'était pris un coup. Il avait oublié ce que s'était que de tomber malade, que d'avoir la grippe. Mais Stiles, lui, vivait encore toutes ces choses, et pourtant, il se battait avec lui , il s'impliquait dans tous les combats, il était blessé, régulièrement, gravement. Mais il était toujours là. Il vivait au même rythme que Scott, sans se plaindre. Jamais.
Parfois Scott aurait voulu pouvoir préserver son ami de tout ça. Peut-être était-ce la meilleure solution.
Il prit une grande inspiration et fit un premier pas vers le chérif et son revolver.
Papa ?
La déflagration avait dû sortir Stiles de sa torpeur. Il avait redressé la tête et tentait de se relever.
Papa ? Réessaya le jeune homme au prix d'efforts importants.
Mais le shérif avait toujours les yeux et le revolver braqué sur Scott et ne semblait pas avoir entendu son fils.
Stiles parvint à se mettre debout et quitta l'appui du mur pour faire quelques pas dans la direction de son père. Quand il fut à sa portée, il avança une main vers son épaule. Mais avant qu'il n'ait pu le toucher, le shérif eut un mouvement de rejet avec le bras et projeta son fils contre le mur d'où il venait.
Toi... la voix du shérif était glacée. Tu ne vas donc jamais comprendre. Tu na vas donc jamais m'écouter. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour avoir un fils pareil ?
Scott pouvait parfaitement entendre la conversation entre les deux hommes. Il entendait aussi leurs rythmes cardiaques s'emballer. Mais il ne pouvait toujours rien faire. Son dilemme était toujours présent, mais peut être y aurait-il une autre issue. Il fit encore un pas en avant.
Je suis désolé. La voix de Stiles était caverneuse et faible et étouffé par le bruit de la pluie. Papa, je suis désolé de ne pas être le fils que tu voulais avoir. C'est de ma faute si tout est aussi compliqué dans nos vies. Je suis ami avec un loup garou. C'est moi qui ai entraîné Scott dans la forêt le soir où il s'est fait mordre. C'est de ma faute. Pas de la sienne. C'est moi que tu devrais tuer. Stiles était à nouveau sur ses pieds. C'est moi qui suis la cause de tout ça, de tous tes problèmes. Il prit une grande inspiration. C'est ma naissance qui a déclenché la maladie de maman. C'est moi qui l'ai fait mourir.
A ces mots, le shérif se retourna et braqua son revolver sur son fils.
Scott profita de se moment pour réduire la distance qui les séparaient.
Vas-y Papa, fais le, qu'on en finisse.
Les mains du shérif tremblaient et il fini par lâcher son arme. Après une seconde de flottement, il attrapa son fils par le coup et se mis à serrer.
Scott bondit alors sur lui , dégagea Stiles de ses mains et le plaqua au sol.
Stiles ? Appela Scott.
Hum... grogna le jeune homme qui était tombé face contre terre et qui tentait tant bien que mal de se redresser.
Le shérif hurlait et se débattait, mais Scott était bien plus fort que lui et n'avait aucun mal à le maintenir sous son emprise.
Tu peux le retourner ? Demanda le jeune homme.
Oui.
Il sortit une petite fiole de sa poche.
Le shérif se débattit encore quelques minutes après avoir ingérer le produit, puis il devint silencieux et arrêta totalement de bouger. Ses yeux étaient ouverts, mais son regard était perdu loin, très loin d'ici.
Quand il fut certain qu'il ne bougerait plus pour un moment, Scott fini par le lâcher et alla ramasser le revolver pour le mettre dans son pantalon.
Tu entends son cœur ? demanda Stiles qui tremblait comme une feuille.
J'entends vos deux cœurs.
A ce moment, le téléphone de Scott sonna. Il décrocha et mis l'interlocuteur sur haut parleur. C'était Parish. « On arrive, on est à 10 minutes des entrepôts. Où êtes-vous ? »
Mon GPS est branché, répondit Scott, on est au milieu des conteneurs, près des usines.
« Tout le monde va bien ?», demanda une voix féminine qu'il reconnu immédiatement.
Le père de Stiles est en état de choc, on lui a donné le remède.
« Comment va Stiles ?» Demanda Mélissa.
Je vais... mais sa voix se brisa et Stiles ne put finir sa phrase.
Ça va aller, répondit Scott, je raccroche, dépêchez-vous.
Le jeune homme avait entouré sa poitrine de ses deux bras et avait baissé la tête. Des larmes coulaient le long de ses joues et de son nez. Scott posa sa main sur l'épaule de son ami qui ne put réprimer un sanglot. Il pleurait comme un enfant qui n'a rien à cacher. Il pleurait parce que tout cela avait été bien trop dur, bien trop violent. Et il tremblait de tout son corps. Scott le prit dans ses bras et le serra très fort contre lui.
Tu m'as sauvé la vie, dit-il. Tu m'as sauvé la vie deux fois en deux semaines.
Stiles ne répondit pas. Il avait posé son menton sur l'épaule de Scott et essayait de contenir ses sanglots.
Merci, ajouta-t-il. Merci d'être toujours mon ami, malgré tout ça. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi.
Soudainement, un éclair illumina le ciel et la fine pluie qui leur tombait sur la tête se transforma en trombes d'eau. Scott se redressa, retira sa veste et tenta de la positionner au dessus de Stiles pour le protéger de la pluie. Mais ils étaient déjà trempés jusqu'aux os. Le tonnerre retentit et Stiles éclata de rire en regardant son ami s'agiter au dessus de lui. Scott abandonna sa tentative et se laissa tombé à côté de lui. Ils étaient trempés, Stiles allait commencer à faire de l'hypothermie dans quelques instants. Mais pour le moments, ils riaient tout les deux. Incapables de s'arrêter, devant la fatalité des événements météorologiques. Ils riaient, tous les deux, nerveusement, mais de bon cœur. Pour évacuer.
Ils ne virent pas tout de suite le shérif se redresser et ce n'est que lorsqu'il se rapprocha d'eux qu'ils se turent.
Scott, demanda l'homme au jeune loup garou qui s'était relevé en une seconde. Tu es vivant. Il passa ses mains sur son visage trempé par la pluie et prit les épaules du jeune homme. Je suis désolé.
Ce n'était pas de votre faute Monsieur Stilinski.
Je... il allait continuer sa phrase mais ses yeux se posèrent sur son fils.
Il se laissa tomber à genoux en face de Stiles et avança les deux mains vers lui. Il les posa sur son coup comme pour mesurer les blessures qu'il avait infligé à son fils. Les deux hommes restairent silencieux, les mots n'avaient aucune importance. Le shérif ne pouvait détourner les yeux de ceux de son fils et alors qu'il semblait encore essayer de déterminer à quel point il lui avait fait du mal, dans un geste commun ils s'étreignirent.
Scott entendit l'homme chuchoter. Il s'excusait, encore et encore. Il n'arrêtait pas de lui demander pardon.
Stiles avait fermé le yeux. Il frissonnait mais son cœur battait régulièrement. Scott pouvait l'entendre. Il entendait aussi Parish et sa mère courir dans les allées.
Il s'assit par terre, épuisé, lui aussi par tout ce qui venait de se passer. Stiles ouvrit les yeux et croisa ceux de son ami. Ils se sourirent, ils n'avaient pas besoin de parler. Ils étaient vivants, tous. Ils iraient bien. Jusqu'à la prochaine fois.
Fini, j'espère que ça vous a plu.
Merci encore pour vos commentaires. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.
Des bisous.
