Comme son père lui avait demandé, Aiko fit plusieurs détours. Elle passa par la mer. La grande étendue d'eau la fit frissonner. Elle souhaitait ne pas tomber. Elle s'inclina légèrement et bifurqua vers la rive. Elle fit plusieurs autres détours avant de se mettre à chercher la maison des Niwa. Soudain, deux bras la serrèrent contre un torse. Elle poussa un petit cri de surprise.
- Ne t'inquiète pas. C'est moi.
Un soupir de soulagement s'échappa de sa gorge. Il s'agissait de Dark. L'adrénaline cessa soudain de faire son effet. Une grande fatigue s'empara d'elle. Elle replia ses ailes dans son dos et se laissa porter par le voleur.
- Krad est partit?
- Il ne nous embêtera plus ce soir.
Nouveau soupir de soulagement. Le voleur se promena un peu dans les airs avant de piquer vers la maison des Niwa. Ils arrivèrent devant la porte, que Towa ouvrit rapidement. Ils se glissèrent à l'intérieur comme des ombres. Les ailes noires de Dark disparurent soudain, laissant place à With, le petit lapin blanc. La jeune ange chancela un peu sur ses jambes sous l'effet de la surprise. Son père lui tendit la main et l'aida à marcher. Elle lui murmura un petit "Merci.". Elle retira sa bague, savourant la satisfaction de redevenir normale. Enfin, aussi normale qu'elle pouvait l'être avec deux ailes dans le dos... Soudainement, Emiko leurs tombèrent dessus.
- Dark! Aiko! On se faisait un sang d'encre pour vous! Tout va bien? Vous avez fichu une bonne raclée à Krad? Vous avez le tableau au moins?!
L'Hasegawa, étourdit par toutes ces questions, resta muette. Elle se contenta de tendre le tableau, alors que Dark répondait tranquillement aux questions que lui posait la jeune mère. Celle-ci saisit l'œuvre comme s'il s'agissait de l'une des sept merveilles du monde. Puis, elle se tourna vers Aiko.
- Et TOI! Tu te rends compte de tous les risques que tu as pris?! Si Dark n'aurait pas été là, Krad aurait gagné, tu sais!
L'adolescente rentra la tête dans les épaules. Elle fixa ses pieds. Le voleur vint cependant à sa rescousse, quoique avec un petit sourire moqueur.
- Calme toi, Emiko. Elle l'a quand même bien amoché, blondie!
- Oui, mais...
- Elle ne peut pas prendre autant de risques que moi, et tu le sais.
La mère soupira, vaincue. Soudain, un éclair de peur traversa la yeux de la jeune fille.
- Un téléphone! Il me faut un téléphone! Ma mère doit énormément s'inquiéter!
Immédiatement, Kosuke lui tendit l'appareil. La jeune ange se dépêcha de composer son nouveau numéro, qu'elle avait prit soin d'apprendre par cœur. La sonnerie ne retentit qu'une seule fois. Sa "mère" répondit, une lueur d'inquiétude dans la voix.
- Oui bonjour?
- Maman? C'est moi.
- AIKO! Mais où es-tu passée bon sang!? Tu sais très bien que c'est dangereux de se promener seule dans une nouvelle ville en pleine nuit!
- Maman calmes-toi. Je vais bien. Je suis chez...
Elle jeta un coup d'œil autour d'elle, hésitante.
- Un ami.
- UN ami? Tu veux dire UNE amie, n'est-ce pas?
- Ne t'imagine pas des chose. On est juste... ami. Je viens de le connaître bon sang!
- Justement! Quand on vient de connaître quelqu'un, on ne va pas chez lui tout de suite!
- Bon sang maman... Je ne suis plus un bébé tu sais!
- Je sais. C'est bien ce qui m'inquiète.
L'Hasegawa soupira.
- Tu ne pourrais pas me faire confiance?
- Comment le pourrais-je? Ça fait des heures que tu as disparue!
La jeune ange soupira d'agacement.
- Passe moi la mère de ton ami, tu veux?
- O... Oui.
Timidement, elle tendit le téléphone vers Emiko, en murmurant un léger "Elle veut vous parler". La mère, un sourire aux lèvres, prit le combiné.
- Oui?
Elle rassura Sachiko pendant quelques minutes. Finalement, elle demanda, joyeuse:
- Et si vous veniez prendre le thé ce soir?
On entendit les protestations de la jeune femme au bout du fils.
- Écoutez, on a bien des choses à vous expliquer. Des choses qui ne se disent pas au téléphone.
L'Hasegawa cria au téléphone.
- Non non, ne vous inquiétez pas. Pas des choses de ce genre là. Non ils ne se sont pas retrouver seuls un instant. Hasegawa-san, calmez-vous. Venez prendre une tasse de thé. D'accord.
Emiko donna l'adresse et raccrocha. Dark n'avait pas réagit. Il semblait entre le bonheur et l'inquiétude. Aiko, quant à elle, était entre la colère et la tristesse. Un peu plus et elle hurlait sa façon de penser! Non, mais se montrer à sa mère dans son état? Ça ne va pas la tête?! Le rouge lui monta aux joues. Lorsqu'elle allait exploser, une main, celle de Dark, se posa sur son épaule.
- Calme toi Aiko. Sachiko à le droit de savoir.
- Mais dans son état, elle risque de faire une crise cardiaque!
- Elle est faite plus forte que ça. Et tu le sais autant que moi.
- Je crois même que vous le savez mieux que moi... Combien de temps l'avez-vous connue?
- ... Environ vingt-cinq ans.
Un silence surpris se fit dans la salle.
- ...Expliquez moi votre relation avec elle...
- On était très bons amis. C'est tout. C'est de ta vraie mère que je suis tombé amoureux.
Il eut un sourire moqueur.
- C'était bien la première fois en trois cents ans que je pouvais tenir une relation d'amitié avec une fille.
La dernière remarque avait réussit à arracher un demi dixième de sourire à l'adolescente. Avec un ton mélancolique, elle demanda:
- En attendant que ma "mère" arrive, vous ne pourriez pas m'expliquer?
- T'expliquer quoi?
- Tout! Je ne comprends plus rien! Et j'en ai marre! En une seule journée, j'ai appris que je n'étais pas humaine, que j'avais un psychopathe qui me courre après, que ma vraie mère est morte en accouchant et que mon père, si j'ai bien compris, à trois cents ans alors qu'il à l'air d'en avoir dix-sept! D'ailleurs, j'aimerais bien qu'on explique clairement le dernier point...
- On va tout t'expliquer quand Sachiko sera là, d'accord?
La jeune fille allait répliquer, mais elle se ravisa.
- D'accord...
Elle se laissa tomber sur une chaise et se prit la tête à deux mains. Une larme roula le long de sa joue. C'était trop pour elle. Trop de pression, trop de nouvelles, trop de bouleversement, trop de tout... La voix de Dark lui parvint, avec son éternel air moqueur.
- J'aime bien le nom que tu as donné à blondie... Psychopathe... Oui, ça lui va bien.
Cette fois, la jeune ange ne put réprimé un sourire. Il avait quand même le don de la faire sourire... Le silence se fit dans la maison, chacun se perdant dans ses propres pensées, alors qu'Emiko et Towa se hâtait de faire du thé. Des coups se firent entendre à la porte, faisant sursauter tout le monde. La mère Niwa alla ouvrir, un grand sourire sur les lèvres. Lorsqu'elle ouvrit, elle fit face à une jeune femme dans la quarantaine, mais qui semblait bien plus jeune. De courts cheveux blonds bien coiffés encadrait un visage fait sur la longueur perlé de deux yeux émeraudes. Un peu grasse, la femme avait quand même fière allure. Elle avait enfilée une longue jupe bleue et un chemisier blanc. Le tout lui donnait un air chic, gâchée par son regard inquiet et furieux.
- Bonjour Hasegawa-san. Je vous en pris, entrez.
- Bonjour, Niwa-san.
Avec un hâte à peine retenue, la femme aux cheveux blonds entra à l'intérieur. Elle se fit accueillir par Dark.
- En quinze ans, tu n'as pas beaucoup changée, Sachiko.
La dame se figea. Elle murmura un "Cette voix..." hésitant et un peu mélancolique. Finalement, elle se tourna, hésitante. Ça ne pouvait pas être lui, se disait-elle. Mais sa vue la détrompa. Il était bien là, en chair et en os, se tenant devant elle. La bouche de l'Hasegawa s'ouvrait et se fermait sans qu'un son n'en sorte, alors que son expression variait, passant de la joie à la colère. Finalement, elle s'approcha de celui qui avait été son meilleur ami, hésitante. Soudain, son regard se durcit. Et elle gifla le voleur de toute ses forces! On entendit le bruit de la claque dans toute la maison. Le choc avait même fait sursauter With, qui se tenait plus loin. Furieuse, Sachiko fixait Dark. Celui-ci se massait la joue, qui semblait très douloureuse. La femme finit par éclater, se vidant enfin le cœur. Elle était rouge de colère, mais plus elle parlait, plus sa voix tremblait de tristesse.
- Espèce de salaud! Comment as-tu pu me laisser seule sans même me dire au revoir en face?! En me laissant un enfant que je ne connaissais pas l'ascendance ni rien?! Comment as-tu pu partir en me laissant la charge d'un bébé innocent que tu avais probablement enlevé à ses parents?! Comment as-tu pu, Dark, me laisser seule de cette façon?! Tu savais pourtant que toi et Natsuko étaient mes seuls amis et qu'elle, elle était morte le matin même! Tu savais que vous étiez mes seuls contacts humains! Tu savais que je ne supporterais pas que tu partes dans ces conditions et pourtant tu l'as fait! Tu m'as laissée seule... Avec un enfant que sa mère devait pleurée la disparition!
Sa voix se brisa soudain et elle éclata en sanglots.
- Comment as-tu pu, Dark...?
À la consternation de tous, le voleur serra son amie dans ses bras, réconfortant.
- Calme-toi, Sachiko. Calme-toi. C'est justement pour tout expliquer qu'Emiko t'as invitée à prendre le thé.
Aiko restait bouche-bée devant la scène. Jamais sa mère ne lui avait parlée du voleur. Jamais elle ne lui avait parlée du poids qu'elle portait sur son cœur. Jamais elle ne lui avait parlée de son passé. Mais tranquillement, le puzzle se reconstituait dans la tête de l'adolescente. Mais il ne s'agissait pas du bon moment pour en parler. Ils parleraient de ça plus tard. Cependant, le voleur ne semblait pas de cet avis.
- Vu se qui c'est passé aujourd'hui, je crois qu'il est temps de parlez à Aiko et à toi de son ascendance.
Brusquement, Sachiko releva la tête. Dans ses yeux mouillés brillaient maintenant l'inquiétude.
- Que c'est-il passé? Elle n'a quand même pas fait l'Acte?!
Cette fois, se fut l'adolescente qui répondit, furieuse. Dark fixait son amie, incrédule et surpris.
- Maman! Je t'ai dit je ne sais combien de fois au téléphone de que je n'ai jamais fait quelque chose de ce genre! Et Niwa-san te l'a confirmée!
La dame se retourna vivement, dans l'intention évidente de gronder sa fille qui avait OSÉ lui parler sur son ton. L'index en l'air, elle s'apprêta à crier quelque chose. Mais le son s'étouffa dans sa gorge lorsqu'elle aperçut son "bébé". Ses yeux devinrent ronds comme des billes alors que sa bouche s'ouvrait et se fermait. Doucement, son doigt baissa. Elle se dirigea en courant vers la jeune fille.
- Aiko! Mais... Qu'est-ce que... Je... Tu as... DES AILES NOM DE DIEU?!
Elle avait criée les derniers mots, s'écroulant à genoux. Se rendant soudainement compte qu'elle n'était pas seule, elle s'excusa. Puis, elle se tourna vers Emiko, les yeux embués.
- C'est de ces choses là que vous parliez, Niwa-san?
La concernée hocha doucement la tête. Elle aida l'invitée à se relever et la guida jusqu'au salon. La femme tremblait, autant d'incompréhension, que de colère et de tristesse. Drôle de cocktail.
Son regard se promenait de sa fille à celui qui avait été pendant plus de vingt-cinq ans son ami. Elle n'écouta qu'à moitié les présentations. À la fin elle déclara:
- Je suis Sachiko Hasegawa. Ravie de faire votre connaissance.
Son ton vide démontrait que si elle était vraiment ravie de les rencontrer, elle était quand même perdue dans ses pensées. Ou souvenirs, qui sait. Elle leva soudain des yeux aux sourcils froncés vers le voleur.
- Explique-moi. Tout. À commencer par le fait que tu es redevenu l'adolescent que tu étais lorsque tu étais âgé de dix-hsept ans.
Emiko se mêla de la partie.
- Et tu nous dois des explications à nous aussi, Dark. Comment as-tu pu la fréquentée tout ce temps? Rien ne concorde... J'ai beau faire le calcul dans n'importe quel sens, ça me donne toujours la même réponse. C'était bien dans les 40 ans de ta disparition.
Le voleur soupira.
- D'accord. Je vais tout vous expliquer.
[Suite au prochain chapitre ^^ (Nan, sérieux? XD ) ]
