Un gros merci à France-ena (ma vraie cousine), à Youk aux yeux de lynx, à Laurence, à Herminionne et à MissPapagena. Merci de suivre cette histoire et de m'encourager à coup de commentaires. Miriamme.
Quatrième partie
-Où viviez-vous en Angleterre? Demande Charles aux deux femmes.
-Certainement pas dans un château! Réplique Jane sachant que sa sœur allait sûrement en rire.
-Nos parents s'occupaient d'une ferme aux abords de la grande cité. Nous élevions des poules et cultivions nos champs. La plupart de nos produits étaient vendus en ville. Je m'amusais souvent à imaginer les princesses en mangeant. Ajoute Élisabeth sans quitter Jane des yeux.
-Quand je pense que nous aurions pu connaître la princesse Jane, si notre maître l'avait réellement épousée. Ajoute Jane avec entrain.
-Par contre, il aurait eu beaucoup de compte à rendre! La révolution qui se passe chez-vous a eu des répercussions jusqu'ici. Tous les membres de la noblesse doivent se cacher. Alors, imaginez une princesse! Rétorque Charles tout à coup très sérieux.
-Où croyez-vous qu'il soit sage d'aller pour ces fugitifs?
-Le plus loin possible des grandes villes, Johanne!
- Charles? Ralf est-il de la noblesse? Lui demande Georgie tout à coup intéressée.
-Non! Je ne crois pas. C'est un commerçant tout ce qu'il y a de plus commun. Enfin, c'est ce que William m'a dit.
-Bon, si vous me le permettez, je vais aller me coucher les filles! Bonne nuit mademoiselle Georgie, monsieur Bingley. Dit Tom en prenant congé de tous.
-Bonne nuit Tom! Je vais monter moi aussi! Je vous ai bien assez dérangés! Ajoute Charles en se levant.
-Passez nous déranger quand vous voulez monsieur Bingley! Réplique Jane en lui faisant un grand sourire.
Une fois le jeune homme sorti, Georgie s'adresse aux deux femmes à voix basse : C'est bien la première fois que Charles vient dans la cuisine! Qu'est-ce qui ce passe?
-Il est attiré par le parfum des fleurs de Johanne!
-Oh, voilà qui est intéressant, vraiment!
Deux heures plus tard, Élisabeth et Jane ne dorment toujours pas. Jane à cause de Charles tandis que sa sœur elle, ne cesse de s'en faire pour leur avenir. Lorsque le soleil se lève enfin, elles se présentent à la cuisine plus tôt que d'habitude. Le second groupe d'invités n'étant attendu que pour le repas du soir, Élisabeth et Jane vaquent à leurs occupations quotidiennes trouvant du réconfort dans ces gestes déjà devenus répétitifs. Le brouhaha qui règne dans les corridors vers 16h30 vient confirmer que les invités tant attendus sont arrivés. Élisabeth avait aperçu William alors qu'il descendait l'escalier pour aller les accueillir. Elle était restée figée devant son élégance et sa prestance pendant qu'il attachait sa cravate. Rivant ses yeux dans ceux de son reflet, elle avait failli échapper la brassée de fleurs qu'elle était allée cueillir pour sa sœur. William avait été le premier à se ressaisir. Il avait penché la tête pour la saluer et avait poursuivi son chemin vers l'entrée où l'attendait les trois nouveaux arrivants. Plus colorée encore que les roses rouges qu'elle portait dans ses bras, Élisabeth s'était détournée rapidement, sans répondre au mouvement de tête du jeune homme et avait accéléré la cadence jusqu'à ce qu'elle se retrouve dans la cuisine.
-Mon Dieu! Qu'est-ce qui t'arrive? Lui demande Jane, lui prenant les fleurs de mains.
-Rien! J'ai couru pour éviter d'être bousculée par ceux qui se sont précipités dans l'entrée.
-Ils arrivent?
-Oui!
Écourtant les plus longues tiges des fleurs que sa sœur a ramenées, Jane entreprend de les placer dans un vase. De son côté, Élisabeth se dirige vers l'évier et se verse un grand verre d'eau pour se remettre de ses émotions.
-Ils sont là! Les filles! Ils sont là! S'écrie Georgie en entant dans la cuisine.
-Nous le savons déjà! Réplique Jane amusée par l'énervement de la jeune fille.
-Ralf est bien plus jeune que ce que j'imaginais! Il porte une longue moustache! Elle frise beaucoup et pointe vers le haut. Est-ce la mode en Angleterre?
-Ses cheveux sont de quelle couleur? Lui demande Élisabeth sans quitter Jane des yeux puisque leur cousin ne porte ni moustache ni même de barbe.
-Comme vous Érica, mais un peu plus foncés… Mais ils sont bouclés comme les vôtres.
-Et le couple qui l'accompagne? L'homme et la femme vous semblent comment?
-Ils ont l'air froid! À moins qu'ils ne soient que gênés! La femme semble de votre âge, mais son mari est beaucoup plus âgé, ses cheveux sont tout blancs.
-Mademoiselle Georgie, vous devriez y retourner! Votre frère aura besoin de votre aide! Tant qu'il ne sera pas marié, vous êtes la maîtresse de maison!
-Ouais, vous avez raison, Érica. Chaque fois qu'elle en a l'occasion, la jeune sœur de Charles, essaie de prendre ma place. J'adore Charles, mais ses sœurs sont vraiment désagréables! Mettant la main devant sa bouche, Georgie ajoute en rougissant : J'espère que ce que je viens de dire ne vous choque pas!
-Non! Ce qui nous dérangerait ce serait que vous ne vous sentiez pas libre de dire ce que vous pensez! Ajoute Jane usant de diplomatie.
-Je me sauve! Je reviendrai vous voir un peu plus tard!
Une fois la jeune femme sortie, Élisabeth, Tom et Jane terminent de préparer le repas. Tom est le premier à se rendre dans la salle à manger pour servir la soupe. Lorsqu'il revient, il répète sensiblement les mêmes commentaires à propos des nouveaux venus. Élisabeth est la prochaine à devoir se présenter dans la pièce en compagnie de Tom. Nerveuse, celle-ci prend un grand respire avant de pénétrer dans la pièce. Les premières personnes qui entrent dans son champ de vision sont celles qu'elle connaît déjà. Elle doit servir le groupe des Bingley avant d'avoir la chance de voir les nouveaux arrivants. Elle verse des légumes dans l'assiette de Charles lorsque le rire du dénommé Ralf se fait entendre. Elle connaît ce rire pour l'avoir entendu très souvent, pour l'avoir même déjà provoqué dans un passé pas si lointain. Jetant un œil discret en direction de l'homme qu'elle servira dans quelques secondes, elle comprend pourquoi la voix lui avait semblé familière. Il s'agit bien de son cousin. Celui-là même qui l'avait entraîné à se battre en prévision des troubles à venir.
Bien qu'elle soit très contente de le revoir, le problème est qu'il ne s'attend certainement pas à ce qu'elle soit là et encore moins à ce que ce soit elle qui fasse le service. C'était d'autant plus risqué qu'il réagisse fortement en l'apercevant faisant ainsi tomber sa couverture. Sans trop réfléchir, Élisabeth approche une louche pleine de légume de son assiette. Lorsque Ralf lève la tête pour la remercier, Élisabeth s'organise pour faire un faux mouvement faisant tomber une petite quantité de légumes par terre. Lorsque Ralf se penche pour l'aider à les ramasser, Élisabeth s'accroupit et lui glisse à l'oreille le plus rapidement possible.
-On ne se connaît pas! Elle enchaîne ensuite à voix haute : Pardonnez ma maladresse monsieur!
-Ce n'est pas grave! Lui répond Ralf en parfait contrôle de la situation.
Élisabeth lui remet une nouvelle louche de légumes en faisant attention de ne plus rien échapper. Elle continue de faire son service, sentant le regard de son cousin qui la suit tant et aussi longtemps qu'elle n'a pas quitté la pièce pour vaquer à ses autres occupations.
Dès qu'elle le peut, elle informe Jane de ce qu'elle vient de faire sans omettre de lui apprendre que l'homme est effectivement leur cousin Ralf. Jane se prépare donc à le voir en espérant qu'elle n'aura pas à répondre à ses questions. Tom et elle quittent la pièce quelques minutes plus tard pour desservir et apporter le dessert. Élisabeth arriverait un peu plus tard avec le café et le thé. La surprise de Ralf en découvrant également Jane, reste imperceptible pour l'ensemble de leur petit groupe.
-Ralf? Saviez-vous que les deux cuisinières que vous voyez ici sont des compatriotes à vous? Lui dit Charles entre deux bouchées de gâteau.
-Non! Je l'ignorais! Il s'adresse alors à Jane directement : Il y a longtemps que vous êtes ici?
-Nous sommes arrivées par bateau! Répond Élisabeth voyant que Jane était incapable de le faire. Un café monsieur?
-Oui, merci! Répond Ralf en lui tendant sa tasse.
-Ce qu'Érica oublie de vous dire, c'est qu'elle nous a sauvés la vie. Précise William.
-Les anglaises sont des femmes très courageuses! Relève Ralf fièrement.
-Les américaines aussi! Rétorque Caroline en redressant la tête.
Une fois ressorties de la salle à manger et revenues dans la cuisine, les deux femmes attendent avec anxiété le moment où elles recevront des nouvelles de leur cousin. Elles ont aussi très hâte de voir de quelle façon il va s'y prendre. Lorsque Georgie vient les voir pour leur annoncer que les invités ont quitté la salle à manger, Élisabeth n'hésite pas à la questionner directement.
-Comment avez-vous trouvé celui qui se nomme Ralf?
-Oh, il est très cultivé! Il m'intimide, il sait tellement de choses!
-Il est plutôt bel homme aussi! Fait remarquer Jane.
-Ouais! Vraiment beau! Louisa est sous le charme! Elle ne le quittait pas des yeux.
-Combien de temps restera-t-il ici? Demande Élisabeth tout en commençant à laver la vaisselle.
-William a parlé de deux jours, mais encore là, je ne suis certaine de rien!
Après avoir terminé la vaisselle et préparé les provisions pour les mets du lendemain, les deux filles s'assoient enfin pour savourer leur thé. Tom les quitte à ce moment là pour se coucher.
Une fois dans leurs chambres respectives, les deux princesses se font la promesse de se prévenir mutuellement si Ralf leur donnait des nouvelles ou s'il tentant d'entrer en communication avec l'une ou l'autre. Vers minuit, Élisabeth perçoit des mouvements dans le passage qui mène à sa chambre. Elle se redresse dans le noir passant en revue les gestes routiniers qu'elle fait avant de se coucher, rassurée lorsqu'elle se revoit en train de verrouiller la porte. Les pas semblent s'arrêter juste devant la porte de sa chambre. Un léger bruit de feuilles froissées se fait entendre, puis le bruit décroissant des pas de la personne qui s'éloigne.
Attendant de ne plus rien entendre, Élisabeth allume la chandelle qui se trouve sur sa table de chevet et s'avance doucement vers la porte. Une feuille pliée en deux est abandonnée sur le plancher. La jeune femme la ramasse pour en lire le message.
Chère amie,
Vous ne pouvez imaginer à quel point je suis heureux de constater que vous êtes en vie. Il est impératif que j'aie une conversation avec vous. Vers 11 heures demain, je m'arrangerai pour aller me promener derrière la maison, dans le jardin des roses. J'espère qu'il vous serait possible de venir m'y retrouver.
Au plaisir de vous revoir.
Un ami qui vous veut du bien.
Cachant le message à l'intérieur du roman qu'elle est en train de lire, Élisabeth se recouche sachant très bien qu'elle aura un mal fou à retrouver le sommeil.
La levée du corps est plus facile que d'habitude compte tenu de l'excitation qui l'habite à l'idée d'avoir des nouvelles fraîches de la situation en Angleterre. Dès qu'elle en a l'occasion, Élisabeth résume le contenu de la lettre de leur cousin à sa sœur afin de savoir ce qu'elle en pense. Celle-ci est très énervée aussi et promet de tout faire pour l'aider à rencontrer Ralf en cachette.
Vers 10h50, Élisabeth et Jane se préparent pour aller chercher des fleurs dans le jardin de roses. Jane a l'intention de monter la garde pendant que sa sœur et Ralf seront occupés à parler. Lorsqu'elle s'avance vers le centre du jardin, Élisabeth constate que Ralf est déjà là. Il est assis sur un bac et lit tranquillement un livre. Sans faire trop de bruit, Élisabeth s'approche de lui et feint d'examiner une fleur.
-Je reconnais-là ma prudente cousine! Lui chuchote Ralf d'un ton moqueur sans refermer son livre.
-Je reconnais bien là mon cousin téméraire! Rétorque Élisabeth sans se retourner.
-Content de savoir que vous êtes toutes les deux en vie! Réplique Ralf refermant son livre et le déposant sur ses genoux.
-C'est en partie grâce à votre entraînement cher ami! Le flatte Élisabeth en regardant autour d'elle avant de s'asseoir à ses côtés.
-Il est malheureux que je n'aie pas eu le temps d'entraîner tous les autres alors! Beaucoup trop sont morts faute d'avoir été capable de se défendre.
-Qu'est-ce que vous venez faire ici?
-J'attends que la situation évolue! J'ai des contacts qui me gardent informé de ce qui se passe chez nous. Les choses ne resteront pas toujours comme elles sont en ce moment. Beaucoup sont restés fidèles à la couronne et attendent que les choses bougent.
-Jane et moi sommes en sécurité ici! Nous avons eu de la chance de tomber sur monsieur Darcy et sur sa sœur!
-Effectivement! Il est très généreux, mais plusieurs personnes dans son entourage peuvent vous nuire! Vous devez être très prudentes!
-Ta moustache? Elle est vraie ou c'est un pastiche? Lui demande la jeune femme en se tournant vers lui pour l'examiner de plus près.
-Ça prend bien une femme pour penser qu'une telle œuvre d'art peut pousser en quelques mois!
-Elle ressemble à celle du Duc de Borden!
-Le Duc était parmi mes contacts justement, mais il y a longtemps que je n'ai pas eu de ses nouvelles?
-Et tu n'en auras pas! Il a été pendu par les pirates! Lui et sa femme ont été faits prisonniers peu de temps après nous.
En l'espace de quelques secondes seulement, Élisabeth revoit le corps meurtri de la duchesse alors que les pirates venaient de la jeter dans la cage où se trouvait sa sœur. Lorsque Jane l'avait recouverte d'une mince couverture, Élisabeth avait échangé un regard lourd de sens avec Jeffrey. Celui-ci avait immédiatement compris ce qu'elle attendait de lui et avait profité de ce que Jane regarde ailleurs pour couvrir le visage cadavérique de la pauvre femme. C'est à lui également un peu plus tard, que la jeune femme avait demandé de disposer du corps afin que ni Jane, ni Georgie ne puissent retomber sur elle. Ses yeux se gonflent de larmes, mais n'atteignent jamais ses joues puisqu'Élisabeth redresse la tête pour expliquer : Sa femme est morte aussi! Pas besoin de te dire qu'en voyant ce qu'ils lui ont fait, je t'ai été encore plus reconnaissante d'avoir pensé à des déguisements masculins pour Jane et moi.
-Je suis désolé! C'était une bien belle jeune femme.
-En passant, Ralf, il faut que je te dise que j'ai un peu triché sur notre apparence. Lorsque monsieur Darcy m'a demandé à quoi ressemblaient les princesses, je lui ai dit que….
-Monsieur Darcy? S'écrie la voix de Jane un peu plus loin, assez forte pour que les deux autres l'entendent et qu'Élisabeth aille se cacher. Qu'est-ce qui vous amène ici? Oh, oui, c'est vrai, j'oubliais! Je suis dans votre jardin préféré!
-Je cherche Ralf? L'auriez-vous vu?
-Je crois que je l'ai vu se rendre un peu plus loin vers la barrière du fond. Là où il y a un banc.
Heureusement que Jane avait haussé la voix, laissant ainsi le temps à Élisabeth de s'éloigner dans l'autre direction. Cachée derrière un bosquet, juste à côté de la clôture, elle entend le début de la discussion entre les deux hommes.
Dès que William arrive près de lui, Ralf soulève son chapeau, se lève et répond à son invitation à lui tenir compagnie en marchant lentement dans le sentier qui serpente le long du jardin. Ralf réalise juste à temps qu'ils se dirigent tout droit vers la cachette d'Élisabeth. Il contourne le bosquet derrière lequel elle est accroupie. Celle-ci retient son souffle en espérant que William ne baissera pas les yeux. Ce que la jeune femme ignorait, c'est que William savait déjà qu'elle s'était entretenue avec Ralf puisqu'il les avait aperçus de la fenêtre de son petit bureau situé à l'étage supérieur. Il était même parfaitement conscient de sa présence derrière le bosquet et faisait volontairement durer son échange avec l'homme.
-Dis-moi, mon ami? Tu as sûrement eu l'occasion de voir les princesses lorsque tu séjournais au château?
-Oui, assez souvent! Celle que tu aurais du épouser était vraiment belle!
-De quoi avait-elle l'air?
-Je ne l'ai toujours vu que de loin, mais je sais que ses traits étaient très fins!
Comme ils s'éloignent enfin Élisabeth remercie de ciel que Ralf soit aussi intelligent et qu'il ait su faire dévier la question aussi habilement. Lorsqu'ils sont loin tous les deux, Élisabeth se redresse et retourne vers sa sœur.
-Ouf! On a eu chaud! Alors, qu'est-ce que Ralf t'a appris de nouveau?
-Peu de choses en fait. Mais ce qui est certain, c'est qu'il est en contact avec des gens de chez nous et qu'il nous tiendra informées.
De retour dans la cuisine, les filles placent les fleurs et commencent à préparer le dîner. Encore une fois, elles assurent le service et s'amusent à observer leur cousin alors qu'il raconte plusieurs anecdotes à propos de la famille royale.
-Comment se fait-il que vous les ayez si bien connus? Lui demande William curieux.
-Mon père était l'un des nombreux conseillers du roi, je l'accompagnais souvent lorsqu'il lui rendait visite.
-Donc, vous avez vu le roi? Lui demande Charles à son tour.
-Oui, mais c'est mon père qui le fréquentait régulièrement! Pas moi.
Fière de la façon dont son cousin s'en sortait avec les questions de tous et chacun, Élisabeth revient vers la cuisine en sifflotant.
Le repas terminé dans la salle à manger, Élisabeth et Jane mangent à leur tour en compagnie de Tom. Georgie vient les retrouver au moment où elles arrivent au dessert. Elles blaguent tout en faisant la vaisselle et en préparant les provisions pour le lendemain. Lorsque vient le temps de monter se coucher, Élisabeth ressent le besoin de se délier les jambes. En se dirigeant vers le jardin des roses, une part d'elle-même souhaite que Ralf ait eu la même idée qu'elle et qu'ils se retrouvent tous deux dehors. La nostalgie de leurs activités nocturnes visant à faire d'elle une bonne escrimeuse la prend par surprise. En pensant à cette époque où son père et sa mère étaient encore en vie, Élisabeth sent les larmes monter et s'arrêter sur le bord de ses yeux.
-Des péchés à expier! La surprend la voix de William.
-Oh! Pardon monsieur Darcy! Je ne vous avais pas entendu arriver!
-Vous attendez quelqu'un? Lui demande William en la voyant regarder à droite et à gauche.
-Non! Pourquoi croyez-vous cela?
-Ralf ne vous a pas donné rendez-vous comme cet après-midi?
-Heu! C'est que…
-Avec votre sœur pour monter la garde au cas où vous vous feriez surprendre? Oseriez-vous me dire encore une fois que vous ne le connaissez pas?
-Je… Nous le connaissions en effet, mais nous ne le fréquentions pas beaucoup… là-bas! Répond la jeune femme en réfléchissant vite.
-Pourquoi avoir prétendu ne pas le connaître alors?
-Je ne voulais pas que… Nous ne sommes pas issus de la même classe sociale! Ralf est un gentilhomme alors que Johanne et moi ne sommes que des servantes… Je craignais que vous nous renvoyiez…
-Je ne ferais jamais une chose pareille! Pas pour cette raison en tout cas, mais si vous me mentez encore une fois, je n'hésiterai pas une seconde à vous mettre à la porte.
-Nous ne faisions que parler du passé en toute amitié…
-Il m'a semblé vous témoigner davantage que de l'amitié! Ajoute William après quelques secondes de silence.
-Et bien, même si c'était le cas, je ne vois pas en quoi ça vous regarde!
-Tout ce qui se passe sous mon toit me regarde!
Prenant un grand respire se concentrant uniquement sur la nécessité qu'il y a d'être reconnaissante envers cet homme qui contribue – sans le savoir – à les garder en vie, Élisabeth ajoute tout de même : Sauf votre respect, j'ai beau être à votre service, vous ne pouvez pas m'interdire de fréquenter qui que ce soit.
-Vous vous méprenez sur mes intentions! «Je ne suis pas jaloux! Je ne suis pas jaloux!» se répète-t-il mentalement avant de continuer : Ce qu'il y a, c'est que je ne sais pas grand-chose de ce Ralf! Si ça se trouve, il pourrait bien être un espion à la solde des révolutionnaires.
-Alors ça prouve que vous vous inquiétez pour rien! Les révolutionnaires n'ont que faire des simples cuisinières!
-Mais enfin, une domestique qui se respecte n'accepterait jamais de rencontrer un homme en tête à tête.
-Pas plus qu'un gentilhomme ne devrait perdre son temps à discuter avec une simple servante! Ajoute Élisabeth en faisant une brève révérence avant de prendre la direction de la maison.
Remontée au quart de tour à cause de cette altercation, Élisabeth retourne dans sa chambre au pas de course. Quelques minutes plus tard, un peu calmée, Élisabeth va retrouver Jane qui l'écoute attentivement rapporter cette intéressante conversation, mais la met surtout en garde contre ses réactions quelques peu impulsives.
Le lendemain, les deux femmes assistent de loin au départ de Ralf et du couple qui l'accompagne sans avoir eu une autre chance de s'entretenir avec lui. Lorsqu'elles retournent dans la cuisine pour ramasser les restes du déjeuner, Élisabeth trouve un autre billet que Ralf avait intentionnellement laissé sous son assiette. Emportant le tout dans la cuisine, elle met la lettre dans la poche de son tablier, range la cuisine et regagne sa chambre où elle s'empresse de commencer la lecture du message de son cousin.
Chère Amie,
Je suis en constante communication avec plusieurs individus qui guettent les révolutionnaires et attendent le moment propice pour agir. Les choses évoluent vite. Plusieurs nobles déjà cachés ici dès les débuts des événements sont prêts à l'action et n'attendent qu'un chef pour les guider. Je crois que je peux être cet homme, en tout cas, je m'y prépare. Restez où vous êtes. Ne vous faites pas connaître. S'il fallait que l'une de vous soit repérée, toutes nos activités et nos efforts pourraient être réduits à néant. Si j'ai besoin de ton aide chère cousine, je n'hésiterai pas à faire appel à toi. Je connais ton potentiel. Ton cousin et ami de toujours Ralf.
À suivre.
Miriamme
