Nouveau chapitre ! Je suis en pleine écriture du neuvième, mais des soucis dans ma vie personnelle font que je vais sûrement poster avec un peu plus de délais entre chaque chapitre, histoire de ne pas tomber à cours, puisque j'écrit plus lentement.

Allez, bisous !


CHAPITRE 4 : BLESS HER NAME

Le jet privé de la fondation Kido se posa sans bruit sur le sol Grec. A l'intérieur, Athéna jaugeait d'un air affectueux son Sanctuaire.

Son combat contre Hades avait fini de réveiller la déesse. A présent, il ne subsistait de Saori Kido que les cheveux violets et les yeux bleus de l'adolescente. Même son port était plis digne mais en même temps, plus détendu. Elle était la déesse, et pas une enfant qui tentait de jouer le rôle qu'on lui avait attribué.

La preuve, elle avait laissé tomber sa lourde robe blanche, bien peu pratique sous le soleil de plomb, pour quelque chose de plus léger et vaporeux, d'un bleu doux qui rappelait ses yeux. Des lunettes de soleil et un chapeau venaient compléter le tout, et elle était parée pour affronter l'été.

A ses côtés, Andromède avait lui aussi changé. Pas physiquement, bien qu'il ait pris quelques centimètres, mais il avait gagné en maturité et en réflexion. Être possédé par un dieu faisait ce genre de choses… Lorsqu'Athéna avait parlé de faire de lui le prochain Pope, il n'avait pas paniqué et fondu en larmes. Non, il était resté silencieux, plongé dans une intense réflexion, avant de demander « Pourquoi moi ? »

Ça, plus que tout autre chose, avait achevé de convaincre la déesse que Shun était le digne héritier de Shion. Alors elle lui avait expliqué, exposant les faits. Et, après une semaine de réflexion, le jeune homme avait accepté. Shion avait bien droit à une retraite, lui qui était Pope depuis deux cents ans et avait été tué pour ça.

« - Vous avez l'air contente de revenir.

- Je le suis, souri la déesse. Saori n'avait pas mon attachement au Sanctuaire. »

Elle était désolée de voir ce qu'il était devenu. Il avait perdu sa grâce d'antan, elle même ne pouvais que le reconnaître. Elle arrangerait ça.

La porte de l'avion s'ouvrit et les laissa descendre. Aux abords de l'avion, des chevaliers, des gardes et des servants étaient venus accueillir leur déesse. En première ligne, Saga, Shura et Aioros s'agenouillèrent lorsqu'elle arriva vers eux.

« - Relevez-vous, ordonna la déesse d'une voix douce.

- Nous sommes heureux de vous revoir, Déesse, répondit Saga en obéissant.

-Moi aussi, Saga. »

Elle salua de la main la foule rassemblée, et les Argents présents pressèrent leurs camarade de retourner à leurs occupations. Ils auraient d'autres occasion d'apercevoir Athéna, et ce Sanctuaire n'allait pas se faire tourner tout seul !

De son côté, Shun salua les chevaliers, heureux de revoir ceux qu'il considérait comme des héros. Il avait revêtu son armure pour la première fois depuis des jours. C'était comme retrouver une vieille amie.

« - Je suppose que Deathmask est dans le temple du Pope ?

- Hm, oui, à ce propos... »

Grimaçant, Saga relata la mésaventure culinaire du mini-Cancer. Athéna secoua la tête, à la fois amusée et attristée. Ils prirent la direction de la maison du Bélier en discutant des nouvelles du Sanctuaire.

Athéna adorait les ragots. Mais bon, il fallait rester digne et ne pas sourire comme une bienheureuse en apprenant que le chevalier de la Colombe avait enfin fait sa demande en mariage à une demoiselle de Rosario. Ça aurait un peu entaché son image.

Restés quelques marches en arrière, Shun discutait joyeusement avec Aiolos. Il était curieux à propos du Chevalier rajeunit… Et par extension, à propos de l'enfance des ors.

« - Nous n'avons pas réellement été élevés ensemble, lui appris le Sagittaire. Les premières années, il n'y avait que Saga, Kanon et moi. Ensuite, Aliolia est né, puis Saga a été désigné pour être le porteur de l'armure des Gémeaux et Kanon à disparut. Nous avions déjà commencé notre entraînement lorsque les autres sont arrivés. Mu d'abord, bébé. Puis Shaka, Milo, Shura. Un an après, Aphrodite, Camus, Aldébaran et Deathmask. Mais ils ne sont pas restés longtemps. Ils on été envoyés à différents endroit du monde pour parfaire leurs entraînements. Et ils ne sont revenus qu'adolescents.

- Je vois… Comme nous.

- Exactement. Et peut de temps après que nous soyons tous rassemblés, Shion est mort et… Tu connais la suite. »

Oui, il la connaissait. Saga qui succombait à son côté sombre, la mort d'Aiolos, l'exil d'Athéna… S'en était suivit un temps de trouble pendant quinze ans, peuplé de trois Guerres Saintes meurtrières. Et les Chevaliers avaient été ramenés à la vie… Pour la première fois depuis quinze ans, le Sanctuaire retrouvait un semblant de paix. Paix qui était à présent peut être menacée…

« - Comment est-il ? Demanda Shun d'une voix curieuse alors qu'ils passaient le temple des Gémeaux, où ils récupérèrent Kanon occupé à ranger des courses. »

- Deathmask ? Je ne sais pas. Je ne l'ai pas beaucoup vu depuis sa… transformation. Je sais qu'il n'est pas très grand, ne se coiffe pas et a un fort caractère. Mais ça ne change pas de l'adulte. »

Shun eu un rire amusé.


Le cosmos de la déesse réchauffait toutes les personnes présentes dans la pièce. Assis sur un lit blanc, Shun eu un soupire de contentement. Athéna se redressa du lit sur lequel elle était penchée. Presque aussitôt, le mini-Cancer qui était jusque là inconscient ouvrit les yeux, qu'il posa immédiatement sur la déesse.

Il n'avait même pas à se poser la question de son identité. Sa présence raisonnait tellement avec l'énergie qui coulait en lui.

« - Athéna…

- Tu te souviens ? »

Il bougea lentement la tête de droite à gauche.

« - Je… sais juste. »

Et c'était étrange, pour l'enfant. Pourquoi est ce qu'il se souviendrait d'elle alors que les autres ne laissaient que de vagues impressions dans sa mémoire ?

« - Ne t'inquiète pas. Mon souvenir doit être très puissant, c'est tout. »

Elle lui sourit. Le gamin y répondit un peu timidement. Les autres Ors présents observaient la scène avec un rien de surprise. Depuis son réveil, ils n'avaient pas vu l'enfant timide. Énervé, confus, content, mais timide ? Jamais Deathmask n'avait été timide. L'effet d'Athéna était vraiment incroyable…

« - Je vais t'examiner, expliqua la déesse à son mini-chevalier. Shion pense que ce qui t'a transformé à laissé une trace, mais il ne sait pas à quoi elle mène.

- Je vais devoir me déshabiller ? »

Il semblait un peu angoissé par cette éventualité et jeta un regard en coin à tous ceux rassemblés autours de son lit. Il n'avait aucune envie de montrer ses fesses à tout le monde, merci bien.

« - Non, pas besoin. Donne moi juste ta main. »

Elle tendit la sienne, blanche et douce. Sans la moindre once d'hésitation, l'enfant lui donna sa propre main. Le cosmos de la déesse se déploya dans la pièce et tout les Chevalier eurent un frisson. Tellement de pouvoir, une force certaine mais tranquille. Des millénaires d'expérience, une confiance à toute épreuve, en elle-même et en eux, Chevaliers…

C'était comme être enveloppé dans des bras maternels ou ceux d'une amie bienveillante. Ça leur faisait un bien fou. Dans son lit, Deathmask avait été surpris puis submergé par la sensation de bien-être qui l'avait envahi et sans s'en rendre compte, il s'était blotti sur les genoux de la déesse et avait fermé les yeux, profitant de la caresse comme l'aurait fait un chat.

Bien plus résistant que ses collègues, Shion les regarda d'un air amusé tenter de profiter de la sensation tout en discrétion. Ils n'étaient que des enfants…

Après quelques minutes, Athéna fit refluer son cosmos et ils reprirent tous pleinement conscience. Deathmask somnolait sur les genoux de la déesse, les yeux fermés et un pouce dans sa bouche, complètement groggy par le déluge de sensation.

« - Si c'est pas mignon, se moqua Kanon.

- Kanon !

- Quoi ? Il faudrait prendre une photo ! »

A peine le Gémeaux avait-il fini de prononcer sa phrase qu'un flash illuminait la pièce. Les Ors se tournèrent d'un bloc vers Shun, accroupis à côté du lit et qui rougit brutalement en voyant ses aînés tournés vers lui ?

« - Quoi ? Demanda-t-il avec un peu de gêne. Il est chou comme ça...

- Bon, les enfants, si vous avez fini vos bêtises, s'amusa Shion. »

Pendant qu'Andromède rangeait son portable, Athéna déposa doucement le mini-Cancer dans son lit et termina de l'endormir d'un coup de cosmos. Elle semblait plongée dans ses pensées, le visage impénétrable. Les ors se turent pour attendre le verdict, tendus.

Après plusieurs minutes de silence, Shion osa interrompre les pensées de leur déesse.

« - Déesse ?

- Je dois aller sur l'Olympe, décréta la jeune femme en se tournant vers eux. »

Aussitôt, l'ambiance se fit lourde dans la salle. Un autre dieu impliqué ? Alors, c'était réellement le début d'une nouvelle guerre ? Si peu de temps après la dernière…

« - Est-ce si grave ?

- Je ne peux me prononcer pour l'instant, répondit-elle en secouant la tête. Dans l'immédiat ça ne me paraît pas dangereux, mais ça pourrait l'être ou le devenir. J'ai besoin d'en parler à mon père.

- Alors… Qu'est ce qu'on fait ? »

Shun avait l'air angoissé. La dernière fois qu'un dieu était arrivé dans sa vie, il avait été possédé, puis presque tué, puis avait faillit perdre tout ses frères d'armes. Il y avait de quoi paniquer si Zeus était impliqué dans l'affaire… Mais pourquoi le dieu des dieux aurait-il transformé un Chevalier en enfant ? Ça n'avait aucun sens !

« - Attendez et observez. A la moindre évolution, adressez moi vos prières et je redescendrais aussitôt. »

La situation la préoccupait autant, sinon plus, que ses troupes. Pourquoi ce chevalier en particulier, pourquoi cette présence dans son cosmos… Elle devait tirer l'affaire au clair. Et si pour ça elle devait remonter à l'Olympe pour la première fois depuis deux mille ans, et bien, soit.

« - Quand partez-vous ?

-Nous devons d'abord discuter. Shun, si tu veux bien. »

Andromède hocha la tête et le Pope, la déesse et lui sortirent de la pièce. Ne restèrent que Kanon, Saga, Shura et Aiolos. Ils gardèrent le silence quelques instants. Les paroles de leur déesse tournaient et retournaient dans leur tête, et elles n'avaient rien de réjouissant.

« - Vous pensez qu'il va y avoir une nouvelle guerre ? »

Ils se tournèrent vers Shura, adossé au mur, les bras croisés. Il regardait l'enfant endormit sous les draps.

« - Difficile à dire… Athéna à l'air indécise.

- Quand un dieu est impliqué, ça ne va jamais bien, marmonna Kanon. »

Pour une fois, ils ne le reprirent pas. Ils étaient d'accord.


Après une longue discutions avec Shun et Shion, Athéna disparue dans un éclair de lumière. Elle les avait prévenus que le temps s'écoulait différemment sur l'Olympe, et qu'elle ne savait pas combien de temps elle serait absente -mais elle ferait au plus court, avait-elle assuré.

Ça n'avait rassuré personne, mais ils n'avaient pas fait de commentaires. Réveillé, Deathmask se tenait au centre des autres Or lorsque la déesse disparut. Curieux, il les regardait par dessous. Il ne les avait pas tous vus, après tout… Il reconnaissait Mu, Aldébaran et Milo. Les deux premiers étaient gentils, le troisième était blagueur et bavard. Il l'aimait bien. Il ressemblait à l'un de ses frères… De caractère en tout cas. Aprè,s il y avait Aioros et Aliolia. Ils étaient frères. Il avait une distance prudente avec eux. Le plus jeune avait l'air aussi impulsif que le plus vieux était posé, et s'ils n'avaient pas l'air méchants, Deathmask préférait se méfier.

Shaka, ensuite, qui laissait l'enfant complètement insensible. Un grand homme blond qui marchait les yeux fermés, ça n'était pas bien drôle. Les Jumeaux par contre, étaient très drôle à écouter, principalement parce qu'ils passaient leurs temps à se mettre sur le museau à grand coup de piques bien senties. Le Cancer élargissait son répertoire de vacheries déjà bien étendu.

Shura lui semblait droit et ennuyeux. Mais il avait ce petit accent du Sud dans la voix… ça lui rappelait son Italie natale. Lorsqu'il avait lâché un grommellement dans sa langue un peu plus tôt, le Capricorne lui avait jeté un regard amusé. A présent persuadé que le grand monsieur à cornes était un compatriote, le gosse avait décidé de le considérer comme tel.

Dohko et Shion, eux, étaient des vieux et il pouvait le dire. Il n'aimait pas trop Shion, et la Balance lui semblait un peu trop paternel avec lui. Ça ne lui plaisait pas trop. Déjà qu'il n'avait pas de père en venant ici, ça n'était pas maintenant que ça allait changer ! Et enfin, il y avait Aphrodite. Il l'avait trouvé très beau bien qu'un peu bizarre. Il sentait la rose. C'était agréable si on ne se tenait pas trop près, sinon, ça avait tendance à lui faire tourner la tête… On avait pas idée de mettre autant de parfum.

Quoi qu'il en soit, la déesse était partie depuis une heure à présent, les Ors s'en étaient retournés à leurs occupations, et Deathmask s'ennuyait ferme. Il avait vite échappé à la surveillance des gardes, et était à présent assis sur un gros rocher, à l'extérieur du palais du Pope. A sa droite, le chemin qui menait au grand escalier du Sanctuaire. Il pouvait voir les jardins de la Maison du Poisson. Des roses par centaines, de toutes les couleurs.

Tu t'ennuie ?

« - Oui. »

Tu pourrais aller visiter les jardins.

« -Pourquoi faire ? Je les vois bien d'ici. »

Il les avaient vite repérées, elles. Différentes des autres. D'un bleu gris, translucide, ses âmes là n'avaient rien à voir avec celles qu'il pouvait voir chez les chevaliers. Le vert profond de l'âme de Shura ou le jaune éclatant de celle d'Aliolia ne ressemblait en rien à ce bleu là. Pourtant, elles étaient les seules à se déplacer librement, et à parler, même si leur étrange voix désincarnée ne semblait résonner que pour lui. Celle-ci était la première à s'adresser réellement à lui, cela dit.

C'était une jeune femme, aux cours cheveux qui n'avaient plus d'autre couleurs que le bleu qui la composait entièrement. Elle semblait jeune et vieille à la fois. Un tâche sombre s'étalait sur sa poitrine couverte d'une robe longue.

Ne souhaites-tu pas sentir leur parfum ?

« - Bah… ça sent la rose. Comme Aphrodite. »

Tu es sûr ?

Il regarda ses yeux vide, surpris. Comment une fleur pourrait-elle sentir autre chose que sa propre odeur ? Ses jambes battirent dans le vide. Sa curiosité maladive d'enfant était piquée.

« - Qu'est ce que tu veux dire ? »

L'âme ne répondit pas -et pour cause, elle avait disparu. L'enfant fit la moue. Il n'aimait pas la capacité qu'avaient les âmes de le laisser seul comme ça…

Pas une seconde il ne se demanda pourquoi il savait d'instinct que ses étranges figures translucides étaient des âmes défuntes.


Aphrodite reposa une tasse de thé glacé qu'il tenait entre ses doigts de porcelaine. La boisson fraîche l'aidait à supporter la canicule grecque. Pour un habitant du nord comme lui, les étés méditerranéens étaient un enfer sur terre. Premièrement, parce qu'il supportait très mal la chaleur, et deuxièmement, parce que les traîtres rayons du soleil faisaient rougir sa peau pâle et ruinaient le teint de poupée qu'il prenait tant de temps à entretenir. Lui ne pouvait pas rêver d'avoir une peau hâlée comme celle d'Aliolia ou de Milo, à qui il suffisait d'une heure au soleil pour prendre trois teintes.

Non, lui était condamné à s'enduire de crème au moins trois fois par jour s'il ne voulait pas ressembler à une écrevisse fraîchement pêchée. Camus avait également ce problème. Après avoir passé des années en Sibérie à affronter la neige, le français avait quelques difficultés avec la chaleur… A la différence que lui, il avait son cosmos pour se rafraîchir et maintenir une température acceptable dans son temple. Aphrodite n'avait pas le même privilège.

Le Poisson soupira. Il était presque midi, c'est à dire l'heure la plus chaude de la journée. C'était d'autant plus problématique que ses jardins étaient exposés. Si, l'après-midi, les rosiers étaient protégés par l'ombre du palais du Pope, le midi, les fleurs subissaient les vicieuses attaques du soleil.

Les autres ne comprenaient pas à quel point Aphrodite tenait à ses roses. Pour eux, elles n'étaient que de simple fleurs, dont plusieurs pouvaient être mortelles entre les mains adroites du Suédois. Elles étaient bien plus que ça. Avant la guerre, leur entretien avait été un moyen de se détendre, d'oublier son statut de dernier chevalier. Après, elles étaient devenu ce qui le rattachait à la réalité. Son retour à la vie avait ramené avec lui la culpabilité qu'il avait emportée avec lui dans la tombe.

Il ne culpabilisait pas d'avoir suivi Saga. A l'époque, et encore aujourd'hui, il était persuadé que le Pope, qui qu'il soit, agissait pour le bien de tous et de la justice. Non, ses remords concernaient la deuxième guerre. Lorsqu'il avait revêtu son Surplis, quelque chose avait disparu en lui. Quoi, il ne savait pas, mais depuis son retour, il peinait à soutenir le regard de ses camarades.

Inviter Mu et Aldébaran avait été une épreuve. Mu en particulier. Il ne pouvait le regarder sans penser à cette nuit là, quand Deathmask et lui avaient tenté de passer la maison du Bélier. Les images étaient encore cuisantes dans son esprit, autant que leur défaite écrasante. Et si Athéna leur avait assuré que toutes leurs fautes étaient pardonnées, lui, Aphrodite, n'arrivait pas à se pardonner lui même.

Après une tasse de thé glacé et une discution où il avait appris, entre autres, que Mû aimait beaucoup la musique traditionnelle chinoise et qu'Aldébaran avait une sainte horreur des rongeurs, les trois chevaliers s'étaient séparés avec le coeur un peu plus léger. Les liens n'étaient que de touts petits fils, mais ils étaient bien là. Aphrodite n'avait pas réitéré son invitation pour un autre jour, mais savait qu'il pouvait le faire. Rien que ça lui allégeait un peu la conscience.

Le Poisson releva le nez de sa tasse. L'intérieur de ses appartements était comme lui : raffiné, rangé et réchauffés par une lumière discrète. Une porte donnait sur ses jardins, et sur ses rosiers. Ses chères fleurs, avec qui il partageait une relation si étroite.

Il fronça les sourcils. Les roses murmuraient à son oreille. Un intrus dans son jardin ? Qui serait assez fou pour se promener au milieu de ses armes mortelles ?

Le chevalier se leva et en quelques pas, il fut dans les jardins. Des dizaines d'espèces de roses poussaient ici. Bien sûr, il y avait celles qu'il utilisait comme arme, mais aussi d'autres parfaitement inoffensives, crées par ses soins. Leur parfum ou saveurs avaient différents effets, ou alors aucun, et elles étaient juste belles, de couleurs éclatantes qui formaient des buissons épais.

Il suivit le murmure des fleurs jusqu'à la partie du jardin où poussaient ses armes. Là, des roses rouges attendaient sagement de retirer leurs sens à ses victimes, des bosquets noirs frémissaient sous le vents et de délicates fleurs immaculées éclataient sous le soleil. L'endroit le plus dangereux du Sanctuaire, sûrement. Un mouvement de travers et l'imprudent serait dévoré par les roses piranhas, ou s'endormirait au milieux de ses roses démoniaques pour attendre une mort sans douleur.

Aphrodite se raidit soudain. Là, au milieu des allées, entre un buisson noir et un champ rouge, Deathmask était accroupis. Il n'avait pas l'air de se rendre compte que, s'il faisait ne serait-ce qu'un pas en arrière, il finirait dévoré par les fleurs voraces qui avaient déjà commencé à ramper vers l'enfant. Et il était si proche des fleurs rouges…

« - Deathmask ! »

Devant le ton urgent de l'adulte, l'enfant releva la tête avec un air étonné. Aphrodite se mordit la lèvre.

« - Ne bouge pas ! »

Il fit des pas vifs et les roses s'écartèrent sur son chemin. Le Mini-Cancer regarda le phénomène avec admiration. Le Suédois le saisit par les aisselles et le souleva du sol.

« - Hé, qu'est ce que tu fais?! Pose moi ! »

Sans écouter ses protestations, l'adulte le sortit du piège végétal. Lorsqu'ils durent assez loin, il le reposa et lui adressa un regard sévère.

« - Non mais qu'est ce qui t'a pris ?!

- Je voulais juste regarder les fleurs ! Protesta l'enfant qui avait l'air outré.

- Idiot ! Tu comptais mourir ?! Tu as oublié à quel point elles sont dangereuses ?! »

Le visage de l'enfant perdit son air colérique pour afficher une interrogation sincère. Le Poisson faillit se frapper le front. Évidement qu'il ne se souvenait pas… Il n'avait pas devant lui un chevalier d'Athéna mais un enfant fraîchement débarqué d'Italie, qui ne connaissait rien au Sanctuaire et à ses dangers.

La colère du suédois retomba et il s'assit dans l'herbe à côté du gamin.

« - Excuse-moi. J'avais oublié que tu ne pouvais pas savoir.

- Pourquoi elles sont dangereuses ?

- Ce sont mes armes, expliqua le Poisson. Certaines sont empoisonnées. D'autres déchiquettent tout ce qu'elles touchent. Tu comprends pourquoi il ne faut pas aller là bas ?

- Elles se sont écartées devant toi.

- Je suis leur maître. Tu es un étranger sur leur territoire. Elles n'auraient pas hésité à te tuer. »

Deathmask, à présent peu fier, s'assit lui aussi sur le sol et replia ses genoux contre sa poitrine. Il semblait progressivement se rendre compte de ce à quoi il avait échappé. C'était peu être à cause des roses qu'il se sentait brumeux et nauséeux…

« - Je voulais juste visiter…

- Tu peux. Mais ne viens pas seul. Sans moi, tu risquerais de te blesser. »

Les deux hommes n'avaient pas été particulièrement proches. Oh, ils avaient des points communs. Tout deux, ils aimaient le sang, les batailles. Tout deux, ils avaient leur propre conception de la justice. Tout deux, ils étaient morts et avaient trahis, encore… Avec un frémissement, Aphrodite réalisa qu'ils partageaient bien plus que de prime abord.

« - Elle avait dit que ça sentait autre chose que la rose, murmura l'enfant, les yeux perdus dans le vide.

- Elle ? De qui tu parles ? »

Le Cancer releva vers lui deux yeux d'un bleu glacé.

« - La dame en robe.

- Athéna ? Demanda le Poisson, perdu.

- Non. Une de celles en bleu. »

Celles en bleu… Ces paroles inquiétaient un peu le Poisson. Deathmask était fou, tout le monde le savait. L'enfant avait-il un esprit aussi malade que l'adulte ? Mal à l'aise, il regarda le Cancer fixer quelque chose que lui, il ne voyait pas.

« - Il y en a plein ici, fit le petit garçon. Plein de gens en bleu. Je crois qu'ils sont morts. »

Je crois qu'ils sont morts. Ces mots eurent un écho particulier aux oreilles du Poisson. Il avait déjà entendu ça… Plus jeune. Il venait à peine d'arriver au Sanctuaire, ne comprenait que peu le Grec. Il avait croisé un gamin aux cheveux indomptables, qui regardait le vide, le visage hanté. Il lui avait dit voir deux hommes en bleu. Je crois qu'ils sont morts.

« - Est ce que se sont des âmes, que tu vois ?

- Oui.

- Tout le temps ? »

L'enfant haussa les épaules. Elles venaient, et repartaient. Parfois, il ne voyait pas de bleu pendant des heures et l'instant d'après, elles fourmillaient partout, une foule de morts qui regardaient les vivants de leurs yeux vides et gris. Aphrodite était atterré. Dire que tous ils avaient crû que Deathmask était juste dérangé. Il l'était mais comment l'en blâmer, alors que depuis petit, il était hanté par les âmes qui ne trouvaient pas le chemin du Puits des Âmes ?

« - Je préfère les âmes des vivants, ajouta le garçonnet après quelques instants. Elles sont plus colorées. C'est joli.

- Tu vois les âmes des vivants ?

- Ben oui, je viens de te le dire. »

Alors ça… Il ne s'en serait jamais douté. Deathmask était si renfermé… Pouvait-il voir son âme, encse moment même ? Était-elle souillée de mélasse noire, comme il en avait l'impression depuis sa résurrection ? Il était anxieux, tout d'un coup. Mais il devait savoir.

« - A quoi ressemble mon âme ? »

Deathmask se tourna vers lui et ses yeux semblèrent fixer quelque chose en lui, au plus profond de son être. Absent, flous. Terriblement dérangeant. Il serra les dents.

« - Elle est belle.

- Pardon ?

- Elle est belle, répéta l'enfant devant l'air perdu du Poisson. Elle est bleue aussi, mais bleue comme le ciel. Elle brille. On dirait la lune.

- La lune… Tu ne vois rien d'autre ? Pas de… Pas de noir ? »

L'enfant pencha un peu la tête sur le côté. Le voile n'avait pas quitté ses yeux, mais il souriait.

« - Non. Juste la lune. »

Ces mots provoquèrent une émotion violente au Poisson. Il ferma les yeux sous le coup de toute cette déferlante de soulagement, d'incrédulité, de tristesse sans qu'il ne sache pourquoi. Son âme était intacte. Brillante. Sa trahison n'avait pas entaché le bleu. Il n'était pas maudit. Une larme solitaire roula sur la joue du Suédois. Il ne tenta pas de la dissimuler.

« - Merci, Deathmask.

- Je m'appelle pas comme ça.

- Hein ? »

L'adulte fixa l'enfant, comme s'il ne comprenait pas ce qu'il voulait dire.

« - Deathmask, reprit l'enfant. C'est pas mon nom.

- Pourquoi tu ne l'à pas dit ?

- Vous n'avez pas demandé. »

C'était vrai. Personne n'avait jamais posé la question au Cancer, précédé de sa réputation. « Deathmask ». Le visage de la mort. Évidemment que ça n'était pas son nom. Qui aurait pu porter un nom pareil ? Aphrodite se sentit honteux soudain. Alors il demanda ce que personne n'avait jamais demandé.

« - Comment tu t'appelles ? »

L'enfant lui offrit un sourire éblouissant.


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