Aujourd'hui :
J'ai le vent dans le dos et mon corps n'a ainsi qu'une envie, basculer dans le vide. Toujours assise au bord du précipice. Toujours dos à eux. Toujours les mains attachées dans le dos par un fichu rilsan qui me coupe la circulation. À quelle sauce va-t-on être mangés ? Je n'en sais rien, et c'est ça le pire. Chaque seconde, on s'imagine une foule de scenarii possibles sur ce qui va nous arriver. Chaque seconde me permet d'entrevoir une façon de mourir.
Je regarde la mer s'agiter.
Je sens l'air contre mes joues.
J'entends leurs voix...
« Vous avez soixante secondes pour vous libérer de vos liens. Et pour ceux qui n'auraient pas bien saisi, l'échec n'est pas toléré. »
Ça c'est dans mes cordes. Si ils veulent que je me m'échappe, c'est avec grand plaisir que j'accepte. Cela dit, vu la configuration des lieux, c'est soi par le grand plongeon, soit en courant comme une dératée dans n'importe quelle direction, avant qu'une balle en pleine tête ne m'arrête dans ma course.
Je suis entre leur mains.
Les miennes sont transies de froid.
« VOUS PERDEZ DÉJÀ DU TEMPS ! »
L'astuce, c'est que plus le collier de serrage est serré, plus il est facile de s'en extraire, paradoxalement. Fort heureusement, mes amis ont pris soins de me les serrer comme il se doit, c'est à dire douloureusement, mais passons. Par un mouvement de coulissement entre les poignets, je ramène l'attache au milieu, juste au dessus de la jointure de mes mains.
« QUARANTE CINQ SECONDES ! »
Mes bras se soulèvent dans mon dos, puis je viens frapper mes fesses d'un coup décisif, ce qui a pour effet de couper le lien en plastique qui me liait les poings. Merci les squats. Le répit est pourtant de courte durée. Quelqu'un m'attrape encore par le bras et me traîne en arrière.
En partant, une dernière fois je vois ceux qui sont restés au bords. De loin, j'ai distinctement vu qu'ils se sont fait pousser, les bras attachés,
dans le vide.
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Il y a cinq ans :
Dans la cité des sables, au murs crépis de blanc et aux rues étroites, se mélangent les couleurs des fils étendoirs de vêtements accrochés en hauteur entre deux murs. Partout à l'entrée des rues, des arches arabesques surplombent Hidemi et Mike qui se frayent un chemin parmis la foule vers le marché aux épices. Explosion de couleurs parmi les tuniques finement cousues s'agitant de partout sur la place publique. La foule se masse devant les fragiles stands et leurs vendeurs prônant la fraîcheur de leur produits dans une langue étrangère aux oreilles d'Hidemi. Le marché aux épices laisse s'échapper une odeur spéciale, enivrante, à l'image des lieux. Elle s'approche d'un présentoir à bijoux et observe la gemme verte d'un collier.
« On n'en fait plus des comme ça... » prononce-t-elle pour elle.
Mike s'étant approché d'elle dans son dos est bien content que le collier lui plaise.
« Tu le veux ? Tient, voilà, il est à toi »
Les yeux du vieux vendeur s'écarquillent voyant que sa précieuse marchandise se soit téléportée du tapi de son stand au cou de cette étrangère. La colère envahit son visage lorsqu'il voit qu'un home la tire par le bras pour l'entraîner en arrière dans la foule.
« Mais qu'est-ce qu'il crie ? demande-t-elle
- Je crois que ça dois être une flopée d'injures agrémentée d'un 'au voleur', ou plutôt 'à la voleuse'. Et je penses que tu ne passera pas inaperçue ici.
- C'est qui eux là bas ? Ont dirais pas des flics...
- Non, effectivement, il n'y en avait pas en Perse du douzième siècle...
- Quoi, c'est ça mon test ?
- Oui, je veux que tu apprennes à trouver une issue de secours, à réfléchir aux possibilités. Et pour te motiver, dis toi que si tu échoues, tu te fera découper, poignarder, démembrer, et cetera, et cetera. Bonne chance »
Mike disparaît dans la foule laissant seule Hidemi. La répression arrive rapidement vers elle. Sa seule issue sont les toits, les rues étant impraticables à cause du grand nombre de personnes la fréquentant. Tout le monde semble de plus la désigner et repérer sa position. Le démembrement, d'aussi loin qu'elle se souvienne, elle n'a jamais essayé. Est-ce que c'est pire que électrocution ? Elle ne préfère pas savoir, et se met à courir. Comme d'habitude dans ce type de situation, une décharge d'adrénaline se répand dans son sang, qui se met à bouillir. Elle à l'impression que ses jambes vont s'effondrer, mais en même temps paradoxalement qu'elles n'ont jamais eu autant de puissance. Même si ce n'est que de la simulation, cela parait tellement réel, que se soit, visuellement, olfactivement, ou douloureusement, même si il n'existe que dans sa tête, ce monde existe. La réalité, ce n'est que ce qu'on s'imagine, le reste n'est que poudre aux yeux. Elle sait qu'à cette instant son monde est celui dans lequel elle se trouve, et que si elle échoue, elle dégustera autant que dans la dimension d'où elle provient.
Pupille dilatée, elle recherche un passage vers les toits, et rapidement, elle remarque une façade qui lui semble facile à gravir lorsqu'une flèche effleure sa joue.
« Putain, il y a des archers. T'es vraiment un connard Huges ! » C'est en pensant à lui que lui revient ce qui lui a dit juste avant de partir. Il faut qu'elle trouve la meilleur issue. En courant, elle se rend compte qu'elle arrive au bord du plateau surélevé sur lequel repose le quartier qu'elle fuie. Sans se poser d'autres questions, elle saute sur les toits en contrebas et se réceptionne comme elle peut, comprenant que les films sont vraiment mensongers. Cela la met en position de faiblesse, et elle ne peut que s'en convaincre au fur et à mesure que la pluie de flèche ne s'abat sur elle. Elle en récupère une dans le bras, et une autre à la jambe, tandis qu'elle sautait pardessus le gouffre séparant deux constructions.
Elle est essoufflée et une cohorte d'assassins ne tarde pas à surgir derrière elle. Instinctivement, Hidemi se retourne et les voit se rapprocher d'elle. A bout, elle trébuche sur le rebord du toit en prenant son élan, l'entraînant dans une chute entre les deux habitations. Heureusement pour elle, les câbles servant à étendre le linge amortissent sa chute.
« Mais comment je peux m'en sortir ? Il n'y a pas d'issue. Nulle part. Je suis trop repérable, où que j'aille ils me retrouveront et je ne peux pas courir des kilomètres bordel. »
C'est alors, empêtrée dans le linge qu'elle a fait tomber, qu'elle comprend enfin là où voulait l'amener Mike. Elle arrache alors la flèche qui était restée plantée dans son bras pendant sa chute, non sans douleur, et retire les vêtements que lui avait fournit son testeur, bien peu conventionnels dans cet environnement, pour se parer des tuniques bien plus discrètes et contemporaines de cette époque. Elle voile sa tête de manière à ce que seuls ses yeux ne restent visibles au travers de ce fin tissus violet quasi transparent et enfile ensuite une tunique de la même couleur, puis ainsi accoutrée, elle se re-mélange dans le flux dense d'habitant au moment même où ses poursuivants débarquent dans la ruelle. Parmi la foule, elle se retourne et les voit inspecter la pille de vêtements qui jonchent le sol.
« Dieu merci, on dirait qu'elle a enfin comprit.
- Huges ? Lance-t-elle surprise par l'arrivée soudaine de Mike.
- J'espérais que tu réfléchirait avant de courir comme une dératée en croyant qu'une issue de secours est forcément quelque chose de matériel. Mais bon, au moins t'a compris avant de te faire décapiter. c'est déjà ça.
- Tais-toi, c'est bon ! J'ai compris ! lui lance t-elle pour s'affranchir de ses commentaires.
Je cherche toujours la solution à travers l'effort alors qu'il en existe d'autres bien plus simples.
- En gros c'est ça ouais. Aller, c'est bon, on a assez bossé pour ce soir. j'espère que tu as apprécié.
- Huges ?
- Oui, qu'est-ce qu'il y a ? T'as l'air gênée ?
- Tu faisais quoi pendant que je courais ? Tu m'a vue quand j'ai changée de tenue ? Hein ? »
ARRÊT
SIMULATION
DANS
3...2...1...
Désolé d'hiberner si longtemps, je me suis entièrement consacré jour et nuit ( #jemanquedesomeil) à mes études ( MPSI = nightmare ) . Je n'ais donc pas répondu à beaucoup de MP, mais je les ais tous lu. Je n'ais malheureusement pas eu le temps de tout reviewer, veuillez m'en excuser. Je vous ne promet pas que la situation changera, puisque je compte bien passer en seconde année, mais pour ce qui est des vacances, en tout cas cette année, il n'y a aucun problème, je répond présent.
Merci à ceux qui me sont fidèles malgré mon absence, c'est pour vous que je continue de poster quand j'ai le temps.
Pyroptose
