Disclaimer : Merci à ma bêta Kuro-hagi pour sa correction dragonesque !


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Le joyau d'Asshaï

Rhaegal

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Il fait froid dans ce caveau. Froid et noir. Les pierres épaisses étouffent les bruits extérieurs. Il ne voit rien, n'entend rien comme privé de ses sens.

Seules les plaintes de son petit frère, à côté indiquent qu'ils sont encore vivants. Vivants et enterrés. Enterrés et seuls. Coupés du monde.

Parfois, Rhaegal oublie qu'un collier de fer enserre son cou, quand il tire dessus le métal entaille sa peau dure. Au fil du temps les égratignures creusent un peu plus en lui. Ca fait mal mais pas autant que de rester confiner dans ce tombeau.

Pourquoi mère ne vient-elle pas les délivrer ? N'entend-t-elle pas leurs cris de désespoir le soir ? Ne ressent-elle pas leurs âmes en détresse ? Où est-elle ? A-t-elle quitté ces terres sablonneuses pour des contrées plus verdoyantes ?

Elle ne peut pas les abandonner, elle leur disait tout le temps qu'ils étaient ses enfants. Ses enfants chéris qu'elle mît au monde dans un brasier ardent.


Le temps passe et il fait toujours aussi sombre en dessous de la terre. Rhaegal s'est accoutumé aux ténèbres, distinguant mieux les quelques formes qui jonchent le sol de sa tombe. Quelque fois la lourde porte de pierre s'ouvre et laisse entrer un rai de lumière aveuglante. Ses yeux ne sont plus habitués au soleil. Il reste calme, scrutant avec minutie l'humain qui leur apporte leur nourriture. Oh, pas tous les jours. Seulement quelques fois. Quelques fois c'est bien. C'est mieux que rien. Son frère croit toujours que mère viendra les délivrer, il relève sa tête et émet un petit couinement, impatient. On dirait que sa mémoire lui fait défaut parce que jamais mère ne se déplace en personne. Alors le dragon doré meut ses couinements de petit animal en un grondement sourd, menaçant. Les bruits roulent dans sa gorge comme pour enjoindre l'indésirable de s'en aller vite.

Pour l'apaiser Rhaegal ronronne, lui signifiant sa présence. Il est là, avec lui, il ne partira pas. Ils sont ensemble dans l'adversité, dans l'inconnu des lunes qui défilent. Le monde tourne dehors sans eux.

Ils n'ont pas grandis, ont dépéris. Rester cloué au sol lorsqu'on est un dragon c'est comme être amputé de ses ailes. De vilaines douleurs vrillent leurs muscles. Les pattes tremblent quand ils se mettent debout, alors le dragon vert a tout simplement arrêté. Le sommeil le gagne la majeure partie du temps. Il peut rêver et il ne s'en prive pas. Dans ses rêves il se voit avec Viserion voler et jouer en formant des arcs de cercle dans le ciel pur des grandes plaines, là où aucun obstacle ne les entrave. Il se voit planer à la surface de l'eau, ses ailes touchant la mer, lui procurant une sensation de fraicheur. Il voit Drogon, immense et majestueux leur apprendre à chasser. Il sent le feu couver dans son ventre, jaillir de sa gueule, libérateur et dévastateur. Ca lui manque de cracher du feu, maintenant sa gorge l'irrite. Tout n'est que douleur ici. Si mère ne vient pas, la mort les emportera probablement…


Son petit frère ne gronde plus. Rhageal a peur, peur qu'il se laisse mourir. Peur de rester seul entre ces murs pour l'éternité. Alors il rassemble le peu de force qu'il lui reste et tourne sa tête pour mordiller son flanc. Comme pour lui dire « ne m'abandonne pas toi non plus, à deux on est plus fort que les autres ». Mais Viserion ne réagit pas, à peine souffle-t-il une fumée noirâtre de ses naseaux.

Dehors il ne sait pas si le jour remplace la nuit ou si leur grand frère vit encore. Drogon est le plus fort d'entre eux, il a pu sûrement s'échapper. Tant mieux. Mais si le dragon noir se trouvait avec eux, ils auraient pu s'enfuir avant de se faire enfermer.

Rhaegal pleure de ses geignements étouffés. Parce qu'un dragon ne verse pas de larmes, ses yeux demeurent secs dans l'obscurité.


Un soir, la grande porte en haut de l'escalier s'ouvre. Deux petites lumières éclairent l'entrée. Les sens en alerte, le museau reniflant cette nouvelle odeur, le dragon vert ne reconnaît pas l'humain qui avance. Dans la pénombre une forme se dévoile, un petit homme marche à tatillon, aussi grand qu'une chèvre. Il leur parle doucement comme mère le faisait fut une époque. Bizarrement ça le rassure. Le petit homme leur conte ses rêves d'enfant, les dragons, leurs vies en quelque sorte. S'il le voulait, Rhaegal pourrait le croquer en une fois, au lieu de ça, il attend bercé par ses paroles. Il parle de leur mère, leur apprend qu'il est l'un de ses amis. Alors elle n'est pas partie. L'humain s'approche bien trop près. Subitement le collet d'acier se détache et tombe au sol dans un bruit assourdissant. Il n'est plus pareil aux chiens attachés en laisse à longueur de temps. Viserion retrouve sa liberté aussi, aussitôt il se colle à son frère, le réconforte et s'enroule autour de son corps, ses ailes repliées sur eux deux. Il le calme, tout est terminé, leur captivité prend fin maintenant. Puis le petit homme s'en va, cette fois la porte ne se referme pas. Rhaegal promet à son cadet qu'ils retrouveront bientôt la lumière du soleil et les grandes étendues herbeuses. Ils seront tous réunis de nouveau.

FIN