Relecture Brynamon.

Merci à Mariearya, Caro19, MsrK, Supergirl971 et GunHarPoTwi pour leur review.

En réponse à la tienne Liise-sweety : Lol, oui voyager à dos de loup ça doit être cool !^^ Tout le monde se pose la même question : vont-ils tomber sur James et Laurent ? C'est tellement trop beau. Jacob a bien en tête une extermination massive mais on en est encore loin. En tout cas merci pour ta review.

En réponse à la tienne Marina : J'apprécie ton soutien et ta fidélité, j'espère être à la hauteur de tes compliments. Dis-moi ce que tu penses de cette suite.

Le temps n'est pas à la joie, encore quelqu'un qui part trop tôt dans mon entourage et la vie ne me parait que plus fragile.

Bon, comme je vous avais prévenus, cette fuite va engendrer beaucoup de choses : de belles et de moins belles et cela s'étendra sur le prochain chapitre.

Bonne lecture.


Chapitre 4 : Le plus important c'est quoi ?


POV SIR JAMES

La veille.

Avant de quitter mon domaine, je partis réveiller Angela pour lui donner mes instructions. Elle fit un bond. Cela m'amusa. Je pris un de mes plus beaux manteaux, un couvre-chef et des gants. Je me rendis ensuite dans les quartiers de Bella. Elle dormait difficilement. J'avais en tête le combat et son intervention et je me remplis de colère un peu plus. J'espérai qu'elle ait enfin compris la nature de ces créatures. Elle avait eu peur même si elle savait fort bien que je n'aurais jamais laissé une telle bête poser les pattes sur elle. L'idée que l'un d'eux puisse la toucher me révulsait, elle était à moi. Son odeur m'appela comme pour confirmer mes pensées. Je devais m'éloigner pour ne pas être tenté vu mon état d'esprit. J'avais déjà failli la tuer. Sur ce point j'avais été négligent. Lady Irina avait été fort aise d'intervenir. Je l'avais laissée faire sans m'opposer.

-Ma douce Bella, murmurai-je.

Je perçus la présence de Laurent derrière moi. Je lui fis face. Il m'observait avec étonnement. Irrité, je quittai les lieux :

-Allons-y.

Nous prîmes mes meilleurs chevaux et nous nous élançâmes hors de mes terres. Je n'avais aucune appréhension. Laurent par contre était préoccupé.

-Tu t'es mis dans un sale guêpier avec « elle », enfonçai-je le clou. Elle te mène à la baguette.

Il ne répondit pas. Valait mieux. Elle m'avait horripilé d'une manière telle que je ne la supportais plus. Trop curieuse, trop indocile et protégée par Laurent et son amour écœurant.

Nous traversions bois et villages bien tranquillement sans rien voir d'appétissant. Ils étaient encore tôt, certes, mais l'envie de faire mal était présente. Nous nous arrêtâmes finalement dans une auberge vers dix heures, payant largement le propriétaire pour nourrir et abreuver nos chevaux le temps que nous restaurions car je savais que j'allais y trouver mon repas étant donné l'odeur qui me parvenait.

OoooO

Laurent était resté à l'écart, avait fait fuir l'aubergiste. Qu'à cela ne tienne, j'étais rassasié. Je me posai à une table, réfléchissant à comment gérer cette petite crise qui régnait dans ma demeure. Je ne voulais pas perdre mon ami mais je ne pouvais laisser Lady Irina impunie. Laurent tergiversait à l'entrée, mal en point.

-Viens mon ami.

Il hésita, me rejoignit, évitant de regarder les corps au sol.

-Tu n'as même pas goûté, lui reprochai-je.

-Je n'ai pas soif.

-Menteur ! Tu as peur de ta femme c'est tout.

-Je n'ai peur de personne, s'indigna-t-il.

-Tu as peur des loups, affirmai-je.

Silence.

-Quand ils sont libres je ne suis pas rassuré mais sinon je ne les crains pas, répondit-il finalement.

Je l'étudiai.

-Dis-moi ce qui te tracasse ?

-Rien.

-Soit honnête, si tu ne peux pas l'être avec moi avec qui peux-tu l'être ?

-Il s'agit d'Irina.

-Et ?

-Elle aime ces loups plus que de raison. Elle pense qu'ils sont humains.

J'éclatai de rire.

-Humain ? Rien que ça ? Et nous ? Nous voit-elle aussi comme des humains ?

-Non. Evidemment.

-Elle est étrange ta femme, tu en conviendras.

-Elle a un grand cœur, c'est son défaut. Et je l'en aime que plus.

Le bien-être provoqué par l'apaisement de ma soif me rendit moins enclin à l'agacement devant cet étalage d'affection.

-Pourquoi t'être laissé prendre ? Je ne comprendrai jamais, soupirai-je.

-C'est arrivé par hasard, je ne m'y attendais pas et je n'y pensais même pas à vrai dire.

-Vous êtes si différents.

Il se crispa :

-Comment ça ?

-Tu es aussi sombre qu'elle est lumineuse.

-Dans quel sens ?

-Nous nous ressemblons toi et moi. Elle, elle semble tomber d'un autre monde. Comment un vampire peut être végétarien ?

-C'est un choix et je le respecte. Elle protège la vie quelle qu'elle soit.

-Et elle accepte ton mode de vie ?

-Oui, tant que je ne tue personne.

-Ah oui ? Elle est si crédule ?

-J'ai tenu parole.

-Tu oublies cette femme…

-Tu m'avais obligé à le faire !

Il s'était redressé, en colère. Il était rare de le voir ainsi. Il m'en avait voulu de cette incartade forcée.

-N'utilise plus jamais ton pouvoir sur moi ! M'avait-il crié, enragé ce jour là.

Ce que j'avais fait et il m'avait pardonné. Mais aujourd'hui l'envie de recommencer était présente, car c'était le seul moyen de l'éloigner de cette femme.

OoooO

Nous avions continué notre route à ma demande. Laurent n'avait pas cherché à me faire rentrer à la maison. Par contre, il me surveillait… et cela m'agaçait. Nous arrivâmes aux frontières de Seattle.

-Pourquoi venir ici ? S'interrogea mon ami.

-Tu le sais bien. Jeter un œil et chercher un parieur.

Il soupira.

-Tu gagnes systématiquement.

-Je sais mais ça me fait plus d'argent et je peux acquérir d'autres loups.

Je m'approchai du lieu de troc, un endroit discret malgré la densité des personnes présentes. J'étais en transe, zieutant parmi les mâles et les (rares) femelles présentes. Ils étaient destinés à servir mais j'en voulais un qui se distingue du lot. Un qui soit fort et résistant.

-Demain soir c'est la pleine lune, il y aura du beau monde qui frappera à ma porte. Je veux fournir un spectacle de choix.

-Tu as les deux loups modificateurs.

-Je ne peux plus les confronter.

-Pourquoi ?

-Réfléchis, il y en aura forcément un qui périra sous les assauts de l'autre et je préfère les garder bien en vie. Je dresserai Jacob et il deviendra mon atout comme Caleb.

-Si tu le dis.

-Tu ne crois pas en moi.

-Je crois que c'est une calamité. Je le veux hors de ma vie.

-Ce sera bientôt le cas.

-Oui nous partons ce soir, confirma-t-il, soulagé.

-Reste au moins jusqu'au combat de demain.

-Non.

-C'est bien dommage mon cher.

Ce fut là que je fus illuminé par l'objet de mes rêves. Je fonçai droit dessus mais une femme me devança.

-Combien pour celui-ci ? Cria-t-elle.

-Mille.

-Ouh…mille, c'est un peu élevé ! S'exclama-t-elle.

-D'accord pour mille, en profitai-je.

-Comment osez-vous intervenir dans ma transaction ! S'écria-t-elle en faisant volte-face.

Je détaillai ses yeux bleu-gris furibonds et ses cheveux roux aux reflets écarlates.

-Si vous n'avez pas les moyens moi je les ai.

-J'ai les moyens, siffla-t-elle en mentant divinement bien.

-Vous seriez bien mal avisée de dépenser tant d'argent pour en faire un simple serviteur.

-Je comptais en faire un de mes combattants.

-Ah oui ? M'étonnai-je. Vous organisez des combats ?

-Depuis peu mais j'essaie de me faire connaitre.

-Je suis expert en la matière.

-A d'autres.

-Permettez-moi de me présenter : Sir James Witherdale, dis-je en m'inclinant devant elle. Et si je puis me permettre, votre beauté est sans égale.

Elle eut un instant de stupeur. Laurent racla sa gorge. Je l'avais déjà oublié.

-Laissez-moi vous présenter mon ami Laurent…

-Alors c'est vous, me coupa-t-elle sans cérémonie.

Son admiration non feinte me fit plaisir. Le marchand se manifesta, ne sachant à qui vendre sa marchandise.

-Madame était là avant, il serait mal élevé de m'immiscer dans ses affaires.

Elle me sourit, je me figeai. Il lui fit signer l'acte de vente et elle lui régla la somme sans sourciller. Le jeune loup blanc était immense, affichait une musculature exceptionnelle. Emprisonné, il restait calme mais ses yeux marron démontraient une colère froide.

-Son nom ? Demanda-t-elle.

Le marchand haussa les épaules.

-Pas la moindre idée, vous avez qu'à l'appeler David.

-Va pour David.

-Je m'appelle Emmett, siffla l'intéressé d'une voix guttural qui nous pris tous au dépourvu.

Nous le toisâmes. Il resta de marbre.

-On va s'entendre, murmura-t-elle.

Elle était aussi enthousiaste que je pouvais l'être lors d'un achat. J'étais fascinée par elle. Laurent me secoua un peu l'épaule.

-Si je ne l'avais pas vu de mes yeux, je ne l'aurais pas cru.

-De quoi parles-tu ?

Il esquissa un sourire, le premier depuis notre départ.

-Puis-je vous proposer de venir voir mes acquisitions Sir James ? Demanda la jeune femme.

-Avec un grand plaisir Lady… ?

-Victoria.

-Prénom révélateur pour une femme intrigante.

-Un choix de mon père, Victor.

-Vous vivez avec lui ?

-Bien sûr que non, il est mort depuis bien longtemps. Je réside à une cinquantaine de kilomètres, j'ai quelques ares en ma possession.


POV BELLA

Un peu plus tard.

Je m'accrochais à Jacob avec difficulté depuis ce qui me parut une éternité, jetant un œil en arrière pour voir si nous étions suivis. Il allait vite. Il était aussi fort et agile qu'il le paraissait, ses pas résonnaient dans ma tête. Nous avions traversé forêts, champs, sentiers et encore de la forêt. Mon exaltation retombait, ma peur revenait. Je resserrai mon étreinte autour de lui, percevant ses muscles en mouvement, sa chaleur qui me réchauffait car j'étais transie. Je réalisai maintenant que j'étais partie avec un inconnu, un loup. Mais ma peur ne venait pas de là. Nullement. J'avais peur que mon Maitre nous retrouve et nous le fasse payer chèrement. Je le ralentissais et je craignais que nous soyons rattrapés par ma faute. Je me sentis mal. J'enfouis mon visage dans sa fourrure, il ralentit brusquement. Je compris pourquoi en me voyant me détacher de lui comme au ralenti. Je tombai au sol dans un bruit sourd. Je ne sentais plus mon bras. J'avais occulté la douleur mais elle m'avait rappelée à elle. Jacob accourut vers moi, exprimant une troublante inquiétude. Je lui montrai mon bras en piteuse état. Le sang recommençait à couler. Il geignit un peu, anxieux à l'évidence.

-Ce n'est pas grave, il faut que juste que je puisse laver mon bras.

Il m'aida à me redresser, enfonçant sa tête sous mon aisselle, je pris appuis sur lui et avançai à ses côtés doucement. Je m'excusai auprès de lui d'être un fardeau, serrant mon bras sur ma poitrine pour arrêter le sang et le cacher à ma vue. Je ne voulais pas être nauséeuse. Il était aux aguets, j'observai son profil, m'étonnai de cet air si humain et si doux. Voilà d'où provenait ma confiance : je le détectais sous cette enveloppe lycanthrope.

Je fus soulagée d'apercevoir une habitation. Il ralentit, me poussa vers l'avant. Je vis à mon tour le puits. Je hissai un peu d'eau et me rinçai avec soin. Les plaies étaient raisonnables mais il aurait fallu des bandages. Une fillette brune d'à peine cinq ou six ans apparut sur le seuil de la maison un peu défraichie. Je m'approchai, elle rentra très vite. J'entendis Jacob grogner.

-Je reviens, le rassurai-je.

Je frappai à la porte, une femme au visage d'ange à peine plus âgée que moi apparut. Elle portait un fichu sur la tête et une robe un peu terne mais cela n'altérait en rien sa beauté naturelle. Elle afficha une amabilité réconfortante.

-Je suis navrée de vous déranger mais je suis perdue, où nommes nous ?

Elle m'examina un moment avant de me répondre.

-Vous savez si nous sommes loin de Forks ?

-Non, Forks se situe à une soixantaine de kilomètres au sud, entendis-je derrière elle.

Un homme apparut à son tour. Blond, grand, mince et méfiant, il entoura la taille de sa femme et jeta un œil au loin.

-Vous êtes seule ?

-Non.

-Alice, retourne à l'intérieur.

-Vous ne craignez rien.

-C'est ce que vous dites.

Il réitéra son ordre et elle obtempéra, désappointée.

-Vous ne pouvez pas rester ici, murmura-t-il.

Décontenancé, je l'interrogeai.

-Je vous ai déjà vue et je sais où vous résidez et avec qui.

Je me momifiai tout en reculant. Passé la stupeur vis-à-vis de ma réaction, il avança vers moi :

-Attendez ! Je ne vais pas vous dénoncer mais je dois protéger ma famille. Je vais vous donner de quoi vous restaurer et nettoyer votre blessure.

Il avait l'œil.

-Pourquoi feriez-vous ça ?

-Je ne peux vous cacher mais je peux vous aider. Entrez cinq minutes.

Je fis quelques pas et restai dans l'entrée.

-Je vous remercie Monsieur.

-Je m'appelle Jasper.

-Et moi…

-Je ne préfère pas le savoir, me coupa-t-il.

J'opinai, comprenant sa prudence.

-Puis-je utiliser vos commodités ?

-Faîtes donc.

Je le suivis, ensuite il me nettoya avec quelques linges humides.

-Je vais les disperser vers le nord en allant travailler tout à l'heure. Cela vous laissera un peu de marge. Vous êtes à pieds ?

-Pas vraiment.

Il ne chercha pas à comprendre et il m'indiqua comment me rendre à Forks tout en bandant mon bras.

-Après avoir passé la rivière, à environ dix kilomètres à l'est, vous prendrez au sud la direction de Port Angeles.

Il me souhaita bonne chance et sa femme réapparut avec un sac plein de nourriture et une gourde d'eau.

-Je ne veux pas vous…

-Prenez, insista-t-elle, adorable.

Je mis le sac en bandoulière.

-Merci, Alice.

L'homme me tendit autre chose.

-C'est quoi ?

-Un pieu. Il vous sera utile. J'admire votre courage, bonne chance.

OoooO

Nous avions parcouru les dix kilomètres en peu de temps. La rivière en vue, Jacob s'arrêta. Devant son inertie, je compris qu'il souhaitait que je descende. Il y entra d'un seul bond, s'ébroua et reprit forme humaine. J'étais gênée de le savoir nu. Je m'éloignai, évitant de lui jeter un œil même si l'eau le camouflait en partie. Je m'assis sur l'herbe et patientai le temps qu'il se rafraichisse. Après quelques minutes, je ne pus m'empêcher de m'agacer et soupirai.

-J'ai bientôt fini, m'annonça-t-il.

Je me tournai vers lui, me figeai. Il s'était rapproché et m'observait avec gravité. Je m'emballai, me réchauffai de partout. Il était troublé aussi, il plongea, réapparut, s'ébroua. Et là bien sûr, je n'avais qu'une envie : le rejoindre sauf que…

-Pourquoi voulez-vous vous rendre à Forks ? Interrompit-il mes pensées.

-Nous pourrons nous y cacher. A moins que vous n'ayez d'autres projets ? M'inquiétai-je subitement.

-Mes projets sont identiques aux vôtres.

Je voulus le questionner mais il ne m'en laissa pas le temps.

-Vous y avez de la famille ?

-Ma mère.

-Il saura forcément que vous vous y rendez, ce n'est pas une bonne idée.

-Personne ne sait que ma mère est en vie, pas même celui qui prétend être mon père.

Il me détailla avec curiosité, intrigué. Je n'avais pas envie de m'étendre alors je fixai mon attention sur autre chose.

-Votre bras va mieux ?

J'opinai du chef, repensant aux évènements qui avaient conduit à tout cela. J'espérai qu'Angela et les autres n'allaient pas subir sa colère.

-Vous regrettez d'être partie ?

-Non, mais ceux que je laisse derrière moi…

-Je trouverai un moyen de les libérer, affirma-t-il. Je libèrerai tout le monde.

-Comment ?

-J'y réfléchis depuis des mois, depuis ma capture.

-Il y a combien de temps ?

-Six mois déjà. Six mois de trop mais…

Devant son silence prolongé, je lui prêtai de nouveau attention, accusant avec peine les révélations de son âme.

- …je ne suis plus en colère contre la vie car il vous a mis sur mon chemin.

-Vous croyez au destin, soufflai-je, ébranlée.

-Maintenant oui.

Et moi ? Est-ce que j'y croyais ? Assurément…

Il reprit sa forme initiale et sortit de l'eau. Je me levai à mon tour et le rejoignis.

OoooO

Nous nous étions arrêtés pour manger. Il avala le contenu des réserves. Je soupirai, mi-amusée. La nuit tombait quand nous arrivâmes à Forks. La maison de ma mère était à la lisière de la forêt. Je demandai à Jacob de m'attendre un instant dans celle-ci. En frappant à la porte de sa petite maison en bois blanc, je fus saisie d'un doute. Et si je la mettais en danger ? Non, aucun risque ! Personne ne savait. La porte s'ouvrit, elle eut un moment de stupeur avant de m'accueillir dans ses bras chaleureux.

-Bella, mon trésor.

Elle pleurait à n'en plus finir. Je ne lui avais pas donné de nouvelles depuis plus d'un an, depuis que Charlie m'avait vendu à ce monstre. Elle me posa mille questions, me faisant entrer. Je l'empêchai de refermer la porte :

-Je ne suis pas seule maman.

-Qui est avec toi ?

Ne sachant comment le présenter, je le présentai simplement :

-Jacob.

OoooO

J'avais récupéré des habits de feu le compagnon de ma mère entassé dans son grenier et ainsi Jacob avait pu se présenter devant elle. Je lui avais conté mes déboires et elle savait maintenant qu'il était celui qui m'avait sauvée de l'enfer. Et sa nature ne la gênait pas. Enfin, pas trop. Elle resta réservée malgré tout mais il ne s'en offusqua point. Elle nous fit partager son diner mais ayant mangé récemment je n'avais pas faim ce qui ne fut pas le cas de Jacob. Il ne pensait qu'à manger ! Ma mère le questionna sur sa famille mais il resta évasif. En parler lui faisait trop de peine, c'était inscrit sur son visage.

Une fois, repu, il cligna des yeux. Je remarquai enfin ce que j'avais ignoré : il était à bout de force.

-Les transformations sans lune sont éreintantes, m'expliqua-t-il. C'est un inconvénient.

-Vous méritez un peu de repos, venez.

Je le conduisis dans la seule autre chambre : la mienne. Il s'affala sur le lit sans prendre la peine de se dévêtir un peu et cligna des yeux de plus belle. Je fis demi-tour pour le laisser se reposer, il attrapa ma main dans un effleurement, me retenant près de lui. J'attendis, ne sachant ce que son regard me demandait.

-Le seul moyen de vous voir sourire c'est de supprimer toute cette peur en vous et pour cela je dois trouver un moyen de vaincre cette sangsue parce qu'il vous terrifie.

Malgré la fatigue, il était très attentif.

-Vous ne devez pas risquer votre vie. C'est mon combat. Cela me concerne.

-Cela nous concerne. C'est mon combat aussi. Tout ce qui vous touche me touche désormais.

Il accentua la pression de sa main.

-Il paiera. Ils paieront tous.

Je me détendis, il me comprenait et voulait vraiment me protéger. Je n'eus pas besoin de lui répondre, il savait. Il correspondait mentalement avec moi. Je m'adoucis, il me sourit.

-Reposez-vous, lui conseillai-je.

-Restez un peu. S'il vous plait.

Il me tira vers lui avec douceur. Je pris place, assise sur le bord du lit, il me lâcha et je l'encourageai à dormir, touchée par son besoin de m'avoir près de lui. Il se recroquevilla, approchant sa tête vers ma main posée à plat sur la couverture. A mon contact, il ferma les yeux et sombra instantanément. Je le contemplai à loisirs, laissant libre court à mes pensées. Je ne pouvais ignorer son affection pour moi. Il résonnait tel un écho en moi. Mais étais-je prête pour lui ? Mon cœur plein de haine souffrait. Lui, parvenait à réagir au-delà de cette haine et mettait sa vie en péril doublement. Cette constatation me rendit folle. Comment pourrais-je le protéger, lui qui m'avait sauvée de l'abîme ?

Je pensais au pieu. Je ne lui avais rien dit, l'avais planqué sous ma robe. Je ne voulais pas être un poids pour lui, je devais pouvoir me défendre et le défendre…

Je le recouvris et me dirigeai dans le salon, maman avait repris sa couture et chantonnait. Mais sous cette nonchalance, perçait de l'inquiétude. Elle avait vieilli de dix ans à la mort de son mari emporté par la maladie il y a deux ans. Depuis elle vivait seule et cela ne me rassurait pas même si je lui rendais visite régulièrement avant mon emprisonnement.

-Je sais me défendre, m'avait-elle assuré en me montrant son fusil.

Je m'assis à ses côtés, dans son fauteuil un peu vieillot, contemplai son visage plus hâlé que le mien et strié de taches de rousseur. Ses cheveux châtains relevés en un chignon négligé étaient sa seule fierté. Elle ne portait pas de bijou mise à part son alliance. Je me sentis bien un instant, me ressourçant et m'imprégnant de sa force intérieure. Ce moment fugace me remonta le moral.

-Merci de nous accueillir.

Elle s'emporta brusquement:

-Je ne comprends pas que ton père ait pu faire une chose pareille, je sais qu'il est un homme cupide et malhonnête mais tu es sa fille, nom de Dieu !

-Il ne m'a jamais pardonné d'avoir voulu partir avec toi.

Maman avait subi ses tromperies et sa tendance à l'alcool. Et puis, elle en avait eu marre et nous étions parties. J'avais dix ans. Il nous avait retrouvés et avait battu maman jusqu'à la mort, enfin c'est ce que nous croyions. En fait, elle était restée des mois dans un dispensaire et avait pris du temps avant de pouvoir remarcher.

C'est là-bas qu'elle a rencontré Philippe qui est devenu son conjoint par la suite. Un mariage a eu lieu dans l'intimité, n'étant pas légal. C'est lui qui a pris contact avec moi après des mois de surveillance. Il voulait que je vienne vivre avec eux mais j'ai refusé pour ne pas la mettre en danger. Mieux valait que Charlie continue de la croire morte. Je parvenais à la voir quand Charlie allait travailler, partant pour affaire des fois trois ou quatre jours, n'hésitant pas à me laisser seule. Il savait que je n'avais nulle part où aller.

-Bella, je sais à qui tu penses mais ne va pas faire de choses stupides.

Silence.

-Bella, promets-moi de ne pas te venger.

-Pourquoi devrais-je y renoncer ?

-Cela ne t'aidera pas.

-Qu'en sais-tu ?

-Je le sais.

Je la fixai, intriguée. Elle examinait mon bras, frissonna mais ne m'éclaira pas.

-Personne ne vous trouvera ici, continua-t-elle. Restez tant que vous le souhaitez.

-Je ne sais pas si Jacob compte rester ici longtemps.

-Pourquoi non ?

-Il aime sa liberté.

-Pourtant il est ici avec toi.

Oui, et il resterait près de moi, mon cœur me le disait mais je n'étais pas prête à lui en parler. Elle me dévisagea avec attention, esquissa un sourire.

-Je ne sais pas quels sont ses projets d'avenir, lui révélai-je.

Je ne voulais pas lui expliquer le désir de vengeance de Jacob identique au mien. Elle s'y opposerait, voudrait l'en dissuader aussi et l'éloigner de moi s'il persistait.

Et je ne voulais pas qu'on m'éloigne de lui. Ebranlée par cette découverte, je fus muette longuement. Elle caressa ma longue tresse.

-Bella, je ne veux pas te perdre de nouveau. Ne pas avoir de tes nouvelles a été un enfer à chaque fois. Nous avons été si longtemps séparées.

-Je sais maman…

OoooO

J'étais dans sa salle de bains, je défis cette robe sale et abimée dont le col montant avait caché le bandage dans mon cou. Je défis aussi celui-ci. La trace de ses dents étaient encore là, le souvenir d'avoir failli trépasser tans de fois me tomba dessus avec violence. Le spectacle de mon corps mutilé me dévasta. Mise à mal, je passai un peu d'eau sur mon visage (évitant de mouiller mon bandage) pour effacer le visage de mon père sur mes rétines. Ma haine pour lui était encore plus virulente car c'est lui qui m'avait plongée dans ce cauchemar.

Je passai un vêtement de nuit à col montant et allai me coucher auprès de ma mère. Je me posai un instant devant la porte de ma chambre, désireuse de vérifier qu'il aille bien. Je remerciai le ciel de l'avoir mis sur mon chemin.

OoooO

J'avais dormi bien douillettement et sans peur. Je me réveillai seule et anxieuse. L'habitude…

Je m'extirpai des draps et rejoignis les voix que j'entendais. Je m'approchai de la cuisine et compris que ma mère lui racontait des choses me concernant, des anecdotes. J'apparus sur le seuil : ils déjeunaient. Il s'était changé, il était un peu différent vêtu avec soin comme un homme de la ville. Ses cheveux noirs brillaient, encore humides. Il se leva à mon entrée :

-Vous êtes enfin réveillée, dit-il simplement en me détaillant.

Je tressaillis, reculai devant son envie manifeste. Je connaissais cette forme d'envie. Il se reprit devant ma réaction. Je me détendis, le voyant reprendre cette expression protectrice.

-Va passer une tenue présentable, me reprocha ma mère.

Je m'éloignai sans demander mon reste.

-Il faut lui laisser du temps, entendis-je ma mère lui conseiller.

OoooO

Je pris un bain. En profitai pour faire le vide dans ma tête mais une chose revenait inlassablement. Je pris à peine soin de m'apprêter, enfilant une robe des plus confortables et des plus simples, remontant mes cheveux en chignon pour plus de confort et récupérai le poignard et le pieu que je ceinturai à ma taille habilement. J'enroulai un foulard autour de mon cou, je pris une de mes vieilles capes et enfilai de petites bottes. J'étais parée pour aller me venger.

-Tu vas comprendre Charlie…


POV SETH

La veille

J'étais à peine sorti du souterrain que la lumière me fit mal aux yeux. Sentir le sol sous mes pieds me donna des ailes. Je m'aventurai au hasard, lance à la main, vers la liberté. Il y avait un poste de garde mais il était vide, des bruits étranges me parvenaient du garde-manger non loin. Je ne voulus pas savoir ce qu'il y faisait à l'intérieur ni avec qui. Je continuai, le sang battant dans mes oreilles. Ma force diminuée par tous ces jours sans manger revenait sous la peur d'être pris. Je préférai mourir. Je me planquai derrière un arbre et attendis le passage de deux d'entre eux conversant de choses et d'autres. Je restai saisi une éternité, la peur au ventre. Je repris courage et m'élançai à nouveau, m'attendant à les voir surgir à tout moment. Mais il n'en fut rien. Je pris mon élan et sautai sans difficulté par delà la grille.

-Hey toi ! Entendis-je.

Je me retournai pas et me heurtai à l'un d'entre eux. Je le menaçai de ma lance, il resta silencieux, me jaugeant. Puis subitement il poussa un hurlement ressemblant à un cri d'alerte. Effaré, je compris qu'il voulait avertir les autres. Je le fis taire d'un coup net et précis en plein cœur. Je m'avançai et posai mon pied sur son visage aux yeux ouverts et surpris par la mort. Je lui tournai la tête de mon pied pour ne plus être témoin de ce qu'il exprimait et courus vers les bois non sans avoir arraché ma lance de sa poitrine.

Mon but était de me venger et je devais retourner à la source. Retourner à Forks, là où Leah et moi avions été attaqués et transformés par Sam, hors de contrôle cette nuit de pleine lune il y a quelques mois. Je devais le retrouver pour lui demander de m'aider à tuer celui qui avait ôté la vie à ma sœur, celle qu'il aimait par-dessus tout.


J'ai eu du mal pour ce chapitre. Pas simple de décrire cette relation entre Bella et Jake.