Comme vous allez vous en apercevoir, ce chapitre est sensiblement plus long que les précédents.
En espérant que la tournure des événements vous plaira.
Bonne lecture.
SIAG : En effet, j'ai peut-être un peu abusé mais il fallait bien justifier le M. Mais c'est justement parce que c'est audacieux que cela présente de l'intérêt ! (à mon sens)
Les semaines filaient mais ne se ressemblaient pas. Sur sa table, la Reine des morts avait vu défiler bien des corps.
Depuis qu'elle était à la tête du département de médecine médico-légale du Massachusetts, la jeune femme avait hérité de ce surnom qu'elle acceptait bien volontiers. La légiste n'avait jamais été très à l'aise avec les vivants et elle se sentait plus utile à offrir le peu de justice que les morts pouvaient encore espérer.
Alors qu'elle finissait de remplir un rapport, la légiste reconnu les pas caractéristiques de sa collègue, foulant le sol du labo. La grande brune appuya son épaule contre le chambranle de la porte, détaillant son amie.
Elle leva les yeux et esquissa un sourire en découvrant qu'elle avait vu juste. Jane quant à elle, ne souriait pas, elle semblait perdue dans ses pensées. La légiste s'approcha timidement et posa la main sur le bras de sa collègue.
- Quelque chose ne va pas Jane ? Demanda-t-elle même si elle ne s'attendait guère à une réponse. Devant le silence que s'obstinait à conserver son amie, Maura prit l'initiative de la serrer dans ses bras, lui caressant doucement les cheveux. Elle dégageait une odeur enivrante, pensa-t-elle, avant de se raviser mentalement. Ce n'était pas le moment de penser à ça.
Jane sembla esquisser un mouvement pour se dégager de l'étreinte du légiste mais Maura la retint avec fermeté. Elle voulait que son amie sache qu'elle était là, pour toujours, qu'elle ne la laisserait jamais tomber.
Un raclement de gorge discret les firent brusquement sursauter, se dégageant des bras l'une de l'autre comme si elles avaient bravé un interdit.
- Analyste Chang, que voulez-vous ? Demanda sèchement Jane. La jeune femme semblait maintenant d'une humeur massacrante. Maura ne put s'empêcher d'esquisser un sourire : son amie était en réalité affreusement gênée, par dessus tout, elle ne portait pas Susie dans son cœur et voir son intimité perturbée par la jeune femme devait l'agacer.
- Dr Isles, on vous demande au labo, cela me semblait assez urgent pour vous déranger... S'empressa-t-elle de répondre, ignorant complètement le lieutenant Rizzoli.
- Merci Susie, je ne sais pas ce que je ferai sans vous, répondit le Dr Isles, je suis à vous tout de suite, Ajouta-t-elle sans bouger d'un millimètre.
Susie hocha la tête, comprenant le message et s'éloigna tandis que Jane levait les yeux au ciel, maugréant qu'elle ne supportait décidément pas cette femme avant de tourner les talons à son tour.
- Jane Clémentine Rizzoli ! S'exclama Maura avec tant de fermeté que Susie, qui n'avait toujours pas atteint le bout du couloir, sursauta.
Surprise, Jane se retourna, sans se priver de lui décocher un regard noir pour avoir osé employer son deuxième prénom.
- Tu vas t'installer confortablement dans mon canapé en attendant que je revienne du labo.
Jane s'apprêtait à protester mais le regard que lui lançait Maura lui intimait silencieusement de ne pas contester son autorité.
Initialement, si Jane était descendue dans les quartiers de Maura, c'était pour se confier, et surtout trouver des réponses auprès de sa meilleure amie. La jeune femme s'interrogea mentalement : comment faisait-elle à l'époque, quand quelques années auparavant elle ne fréquentait pas encore Maura ?
Pour rien au monde elle ne serait revenue à cette période, la présence de la jeune médecin légiste lui était désormais essentielle, même si elle peinait à l'admettre haut et fort.
Maura revint au bout d'une dizaine de minutes s'asseoir en face de la détective. Et c'est après avoir lissé un pli imaginaire particulièrement récalcitrant de sa jupe, que la légiste pris enfin la parole.
- Tu es bien descendue à la morgue pour une raison n'est-ce pas ? S'enquit la jeune femme, penchant légèrement la tête sur le côté.
Elle ne savait pas par où commencer, alors qu'elle avait tenté de faire le tri dans son esprit durant l'absence de son amie, tout lui revenait en pleine figure, c'était un joyeux désordre dans son esprit. Ce fut difficile, au début, mais au fur et à mesure, sa parole se déliait et elle parvint à faire part de ses craintes à son amie.
Tout partait de Casey et de ses allers-retours en Afghanistan. A chacun de ses départs, elle se sentait une fois de plus abandonnée, puis ce sentiment s'estompait. Elle parvenait alors à se reconstruire, pour néanmoins se retrouver dans la même situation quelques mois plus tard, à la prochaine permission du militaire.
- Tu comprends Maura, j'ai l'impression d'être devenue bipolaire, à la fois un bonheur certain m'emplit dès que j'aperçois sa silhouette ou qu'il me fait la surprise de m'attendre sur mon perron. Mais je ne me sens pas d'abandonner pour autant mes habitudes de célibataires. Tu te souviens qu'il s'était sentit obligé de faire mes courses et ma lessive la dernière fois ?
- Les troubles bipolaires mettent en exergue la présence de passage par des phases d'hypomanie, vulgairement j'emploierai le terme de dépression et d'euthy...
- Maura sérieusement ! S'offusqu'à Jane, arrête de tout prendre au pied de la lettre. Et je déteste quand tu me diagnostiques à mon insu !
- ...Tu es juste un peu perdue à mon avis, ajouta doucement la légiste. Mais excuse-moi, je ne t'interromprai plus.
Le léger malaise, si l'on pouvait appeler cela un malaise, ne dura pas longtemps, la jeune femme était lancée, plus rien ne l'arrêtait. Les mots affluaient sans entrave et Maura ne réussissait même plus à placer ses hochements de tête tellement le lieutenant s'épanchait.
- Alors que toi ce n'est pas pareil, ajouta la brune. Tu ne fais pas mes lessives certes. Et heureusement ! Mais en y repensant, je supporte assez bien tes incursions dans ma vie privée. Et même si tu es la personne la plus bizarre que je connaisse, sans toi mon quotidien perdrait toute sa normalité.
Maura s'était faite plus attentive depuis quelques minutes, non pas qu'elle n'écoutait qu'à moitié jusqu'à présent, cependant elle ne s'attendait pas à se voir incluse dans la réflexion que Jane entretenait, ni même trôner à une place centrale. Elle tenta tant bien que mal de ne pas trop afficher le sentiment d'autosatisfaction qui grandissait en elle.
Il était vrai que la légiste ne portait pas vraiment Casey dans son cœur. Cela faisait tellement longtemps qu'elle assistait à cette étrange pièce qui se jouait sous ses yeux. Jane avait finalement assez bien résumé la situation, elle l'aimait potentiellement, mais son mode de vie ne lui convenait pas, il l'aurait rendue folle et Maura ne pouvait qu'acquiescer mentalement.
En définitive, tout ce qu'elle disait, corroborait avec les conclusions auxquelles en était arrivée la jeune femme, qui au fond, passait plus de temps à s'inquiéter pour sa meilleure amie que pour elle-même.
La jeune femme était enfin en train de mettre le doigt sur le problème que son amie avait si souvent tenté de mettre en lumière. Il est vrai que Maura n'y était jamais allée avec suffisamment de force, la détective changeait toujours de sujet ou pire, ne saisissait pas un traître mot de ce que lui suggérait la blonde. Combien de perches lui ais-je tendu ces derniers mois ? Se questionna Maura en silence.
- Je suis contente que nous ayons enfin cette discussion Jane, fit Maura doucement.
A ces mots, Jane sembla surprise de la tournure que prenait les choses.
- Je ne pense pas que ta relation avec Casey ait de l'avenir, dit-elle alors. Elle leva les yeux vers son amie afin de jauger sa réaction. Bien sûr, je ne souhaite que ton bonheur Jane, avança-t-elle, mais plus je regarde votre relation évoluer et plus je pense que ce n'est pas dans ses bras que tu le trouveras.
Sur ces mots, la jeune femme se leva pour venir se placer aux côtés de Jane qui ne bougeait pas, comme interdite.
-Pourquoi ne me dis-tu ça que maintenant ?
- J'ai tenté de te le suggérer à de nombreuses reprises pourtant… Même si au début je n'avais rien contre lui.
- Même si au début tu n'avais rien contre lui ?
- Ce que je veux dire Jane c'est qu'il a des efforts à faire s'il veut te mériter. Et je suis désolée il est loin du compte.
- J'ai toujours cru que tu étais jalouse, rétorqua Jane. Je m'étais bien rendue compte que tu ne l'appréciais guère, mais de là à me suggérer que je vais droit dans le mur depuis bientôt trois ans...
Le Dr Isles sentit son estomac se nouer. La jeune femme n'avait pas tort dans un sens. Elle aurait sûrement agit de la même façon s'il avait été question d'un autre homme que Casey, cependant, en aucun cas elle ne lui aurait confié que cet homme ne pouvait la rendre heureuse si ses motivations avaient été purement personnelles. Elle n'aurait jamais osé se le permettre.
- Je ne vois pas ce que cela a à voir là-dedans, rétorqua Maura précipitamment, consciente que la situation lui échappait. Je ne suis pas jalouse de Casey ajouta-t-elle grimaçant de dégout. Elle se maudit intérieurement d'en avoir trop montré quand sa respiration s'accéléra, se saccadant.
- Ça va Maura ? Qu'est-ce qu'il se passe ? S'inquiéta immédiatement Jane
-Je… je… Fais… de-de… l'hyper…
- C'est bon j'ai compris, je vais te chercher un sac en papier dans lequel respirer. Dit-elle en posant une main rassurante sur son épaule, traversant d'un bon l'espace qui les séparait de la porte.
Jane revint quelques instants plus tard, suivie par Susie qui avait insisté pour l'accompagner. La respiration du légiste était toujours aussi rapide, aussi lui fallut-il bien cinq minutes pour que tout rentre dans l'ordre. Une fois Maura calmée, Jane fit prendre congé à Susie, qui sortit de la pièce à contrecœur.
- Tu sais bien pourtant que mentir ne te réussit pas, commença doucement Jane.
Maura lui décocha un regard lourd de reproches. Elle avait tellement honte, elle ne désirait qu'une chose, sortir de cette pièce le plus vite possible, ne plus réfléchir, ne plus croiser ce regard inquisiteur que lui lançait Jane. Comment allait-elle réagir dès à présent ? Elle avait tout foutu en l'air.
Il fallait qu'elle reprenne ses esprits, que son attitude revienne à la normale, elle ne pouvait définitivement plus se permettre d'agir de la sorte. Elle semait le doute dans ses propres pensées et dans celles de son amie. Le but était pourtant tout autre, elle devait se rendre utile, pas suffoquer en avouant par la même qu'elle était jalouse de la relation qu'entretenait Jane avec son militaire.
Elle était convaincue que Jane souffrirait à mettre sa carrière entre parenthèses pour Casey, mais ses arguments n'avaient plus aucune valeur si la jeune femme était désormais convaincue que c'était uniquement par jalousie qu'elle lui avait prodiguée de tels conseils.
La jeune femme se sentait véritablement de plus en plus pathétique, à aucun moment elle n'avait envisagé que la situation puisse tourner au vinaigre de la sorte. Sans un regard pour Jane, elle se leva, le pas d'abord chancelant puis plus assuré. Elle empoigna son sac à main et sortit sans demander son reste.
Ne s'attendant pas à une telle réaction de la part de sa meilleure amie, Jane ne bougea pas d'un pouce, puis sauta enfin sur ses jambes pour combler le retard qu'elle avait sur la jeune femme. La policière la rattrapa devant l'ascenseur mais Maura dégagea son bras, comme si ce simple contact physique la répugnait. Elle ne daigna même pas la regarder, aussi, s'engouffra-t-elle à l'intérieur sans que Jane n'ait le courage de la suivre.
