Quelques mots, avant de commencer... Tout d'abord, je voudrais m'excuser pour mon retard, moi qui avait dit que je posterais tous les samedis ("raté"). Entre les grèves et la fin de semestre qui approche, mes profs semblent avoir décider qu'un contrôle par cours était à peine suffisant. Je risque de ne pas ou peu poster de chapitre jusque mi-janvier, du coup, encore pardon.
(Sur ce, place au chapitre...)
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Chapitre 4 :
Règle n°3 : Connais ton ennemi. Connais le bien.
Ce mercredi soir, Drago se rendit en salle de Métamorphoses avec le reste des sixième et septième années. Il s'assit au fond, entouré par les autres Serpentard, et releva la tête quand McGonagall, debout face aux élèves, leva les mains pour réclamer le silence.
« Merci, » dit-elle, « et bienvenue à votre premier débat. Pour commencer, nous discuterons de problèmes d'actualité tels que le projet de loi sur le mariage des Sang-pur et des sorciers nés de parents Moldus ; puis nous avancerons progressivement vers la guerre entre Lord Voldemort, ses partisans et ceux qui s'opposent à lui. »
De nombreux élèves sursautèrent en entendant ce nom. Drago se contenta de hausser un sourcil ; de toute évidence, ils voulaient commencer en douceur.
« Voilà comment nous allons procéder, » reprit McGonagall d'une voix forte, ramenant l'attention des élèves sur elle. « Le sujet principal de ce débat étant : les Sang-pur sont-ils meilleurs que les autres sorciers ?, vous serez divisés en deux groupes : ceux qui pensent que la domination des Sang-pur est justifiée et ceux qui ne le pensent pas. Chaque mercredi, les groupes se réuniront dans les salles qui leur seront attribuées et se prépareront à un premier débat qui aura lieu le dernier mercredi avant les vacances de Noël, puis à un second au printemps. Nous n'aborderons pas la question des Mangemorts et de la guerre avant les vacances ; pour l'instant nous allons nous concentrer sur le projet de loi sur le mariage.
« Si vous êtes neutre ou indécis, vous aurez la possibilité de passer de salle en salle, mais ne pourrez pas participer aux débats majeurs à moins d'avoir fait votre choix d'ici là. Les listes seront affichées dans le hall d'entrée et vous pourrez changer de camp si vous le désirez. En vous inscrivant, n'oubliez pas de prendre le parchemin d'instructions s'appliquant à votre groupe. Ce sera tout pour aujourd'hui. »
Elle s'écarta et le Trio alla immédiatement s'inscrire dans le groupe Contre la Domination des Sang-pur. Les Serpentard se tournèrent vers Drago et il leur fit signe de passer devant. Il se renfonça dans son siège et observa, notant qui s'inscrivait où, qui avait le plus de mal à se décider et qui semblait parfaitement confiant. A sa grande surprise, Blaise Zabini inscrivit calmement son nom sur la liste Contre, choquant le Trio et leurs amis Gryffondor. Quand Nott, outré, s'écria « Traître ! » et lui jeta un sort, Zabini le lui renvoya et Nott eut une retenue.
Potter regardait toujours Blaise avec suspicion, tout comme le reste des Gryffondor. Drago savait bien d'où venait le problème ; rejoindre le groupe Contre pour l'espionner serait bien une tactique de Serpentard. Mais Drago savait aussi que Blaise n'était motivé que par ses propres convictions. Et si Blaise voulait survivre à sa sixième année, il aurait besoin d'obtenir les faveurs du Trio – et leur protection. Drago se leva et se dirigea vers Blaise, son visage tordu par une grimace enragée.
Les yeux de Blaise s'élargirent à l'approche de Drago. Leur amitié était encore fragile et hésitante et de toute évidence, Blaise s'attendait à ce que Drago lui jette un sort. Drago saisit Blaise par l'avant-bras et le plaqua violemment contre le mur, surveillant du coin de l'œil les professeurs qui semblaient prêts à les séparer d'un instant à l'autre.
« Fais semblant d'avoir peur, Zabini ! » ordonna-t-il, glissant un regard vers Potter qui les observait tous les deux.
« Je suis désolé, Drago, » dit rapidement Blaise. « Mais je ne changerai pas d'avis. Lord Voldemort a tort et je n'approuve ni ses idéaux, ni ses méthodes. Je crois que tous les hommes sont égaux, qu'ils soient Moldus, fils de Moldus ou Sang-pur, et si cela signifie que nous ne pouvons plus être amis, très bien, mais je ne changerai pas de camp. » Il débita son discours d'une traite, sans même reprendre sa respiration.
« Tu as appris ça par cœur, n'est-ce pas ? » demanda Drago, amusé.
« Oui, » reconnut Blaise, rougissant légèrement. « Mais je ne changerai pas d'avis malgré tout, » ajouta-t-il aussitôt.
« Je ne te le demande pas, » dit Drago. Il frappa soudain le mur de ses deux mains, à quelques centimètres du visage de Blaise. Ce dernier sursauta, le Trio reporta son attention sur lui et McGonagall fendit la masse des élèves dans leur direction.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda Blaise, et il y avait un soupçon de peur dans sa voix.
Drago se rapprocha de Blaise. « Je fais en sorte que ces foutus Gryffondor t'acceptent, » lui siffla-t-il à l'oreille. « Pour l'instant ils pensent que tu es un espion et s'ils pensent ça de toi, ils ne te protégeront pas lorsque le reste des Serpentard te poignardera dans le dos. »
Blaise déglutit. « Quoi ? » murmura-t-il, essayant de s'écarter. Drago l'en empêcha.
« Est-ce que tu pensais vraiment pouvoir te joindre à eux sans en subir les conséquences ? » souffla sèchement Drago, surveillant d'un œil l'avancée de McGonagall. « Pour l'instant tu es considéré comme un traître envers ta maison, tes ancêtres. Si Potter et ses larbins ne t'acceptent pas, tu ne finiras pas l'année parce que personne ne sera là pour te protéger. Alors fais semblant d'avoir peur et quand Potter te poseras la question, dis-lui que je t'ai menacé. Il doit comprendre que tu ne fais pas ça pour l'espionner ; il doit comprendre que tu ne fais que suivre ton foutu sens moral. Alors prends l'air terrifié. »
Blaise le fixa, essayant d'assimiler le fait que Drago Malefoy, héritier de la fortune Malefoy, réputé Mangemort, icône sexuelle et prince de glace des Serpentard, était en train d'assurer sa protection.
Drago frappa à nouveau le mur, cette fois avec son poing. Il se tourna vers Blaise, son visage déformé par la rage et Blaise sursauta de nouveau, la peur maintenant visible dans ses yeux.
« Va-t-en ! » lâcha Drago. Blaise fit volte-face, percutant presque McGonagall qui arrivait à leur hauteur.
« Y a-t-il un problème, Mr Malefoy ? » demanda-t-elle, bloquant le chemin de Drago pour permettre à Blaise de s'échapper.
En une seconde, Drago se composa un visage calme ; son rictus s'effaça, ses yeux se firent de glace, mais il ne répondit pas tout de suite. Il observa Blaise s'éloigner rapidement de lui, jetant par-dessus son épaule un regard plus confus qu'effrayé, mais le résultat était là : Potter vint aussitôt lui adresser la parole.
« Mr Malefoy ! » dit sèchement McGonagall. Il devait admettre qu'elle était intimidante, mais il continua à observer Potter jusqu'à ce que ce dernier ne sourie largement, tende la main et serre celle de Blaise, un geste d'amitié que Drago lui-même s'était vu dénié. Bien sûr, Drago était un sale gosse, alors c'était sans doute une bonne chose que Potter l'ait repoussé.
« Mr Malefoy, » dit McGonagall, l'exaspération rendant sa voix encore plus effrayante, « y a-t-il un… »
« Non, » dit-il doucement. « Il n'y a aucun problème. » Il la salua d'un signe de tête, retourna à sa place et observa Blaise être accueilli par des poignées de mains et des tapes dans le dos avec une pointe de jalousie et de solitude.
Il trouvait cela très ironique. Il pouvait rester seul chez lui (et sa maison avait la taille d'un château) pendant des semaines sans se sentir seul et pourtant, dans cette pièce pleine de monde, dont un bon quart qui l'adulait, il se sentait froid et vide – une sensation qu'il méprisait.
Il ne put s'empêcher de remarquer que maintenant que tous ces fichus bienfaiteurs étaient convaincus que Blaise n'était pas une menace, ils lui parlaient comme à un vieil ami, reflétant par leurs rires et bavardages une proximité que Drago n'aurait jamais. Même sans ses origines particulières et son statut social qui ne lui permettaient pas de garder des amis bien longtemps, il restait un génie, ce qui l'isolait autant que le reste. S'il avait voulu être honnête, il aurait admis être prêt à donner presque n'importe quoi pour avoir des amis comme le Trio, mais il était un Serpentard, et les Serpentard était rarement honnêtes, mêmes avec eux-mêmes.
Il se reprocha aussitôt cette brève introspection et durcit son regard, pour le cas où quelqu'un le regarderait. Il se renfonça dans son siège, observa les élèves quitter progressivement la pièce. Il se tourna alors vers la silhouette toute en courbes de leur professeur stagiaire, la première depuis qu'il était à Poudlard. Elle dépassait à peine la vingtaine, vêtue de robes simples, ses cheveux rabattus en arrière de manière très professionnelle. Elle se dirigea vers le tableau après que tout le monde soit parti, s'apprêtant à ramasser les listes.
« Je n'ai pas encore ajouté mon nom, » dit fraîchement Drago.
« Oh, » dit-elle, reculant d'un pas. « Je suis désolée. »
Il y eut un silence ; elle le brisa.
« As-tu besoin de plus de temps ? » demanda-t-elle. « Je peux revenir demain matin, si… »
« Non, » dit Drago. « Je pense que ça ira. »
Il se leva maintenant et fit mine d'étudier les listes – mais il étudiait en fait la stagiaire, Ms Claire Jameson. Elle avait un petit quelque chose qui le rendait nerveux, quelque chose qu'il n'aurait pas su expliquer, quelque chose qu'il ne parvenait pas à situer. Il devenait peut-être paranoïaque, mais à bien la regarder… avec d'autres robes, un maquillage plus sombre et quelques bijoux, elle serait tout simplement stupéfiante. Elle avait des traits parfaits, un visage pour lequel beaucoup de femmes tueraient et qu'une femme stupéfiante s'abaisse à être seulement jolie était impossible, à moins qu'elle n'ait une très bonne raison.
Il s'avança d'un pas délibérément mesuré vers l'avant de la classe, prit la plume déposée là, la trempa dans l'encre et, d'une écriture parfaite, inscrivit son nom.
« Neutre, » dit Claire Jameson. « Je suis surprise. »
Drago reconnut tout de suite cette voix ; c'était celle qu'employait sa mère pour lui parler. Narcissa avait quelque chose dans sa voix, une intonation qu'elle avait développée à force de s'adonner à l'art de la séduction, et même quand elle essayait de parler normalement, sa voix était toujours un peu suggestive, ce qui était très stressant, surtout si on prenait en compte le fait que c'était sa mère qui lui parlait comme ça.
Il l'avait presque manqué chez Claire, mais il était observateur, et connaissant bien l'intonation, il pouvait l'identifier pour ce qu'elle était. Le « ise » de surprise avait été prononcé avec langueur, provoquant cette impression séductrice. Elle essayait de se montrer indiscrète tout en paraissant naturelle.
Il pouvait additionner deux et deux, mais il savait aussi que dans certains cas les additions les plus simples ne suffisaient pas. Pour l'instant, il pouvait en conclure que Claire n'était pas aussi innocente qu'elle n'en avait l'air, et il pouvait supposer qu'elle avait l'habitude de séduire les hommes pour leur soutirer des informations. Sa voix avait les inflexions caractéristiques d'une tentatrice, et il ne s'agissait pas simplement d'entrer dans les bonnes grâces d'un homme. Elle avait été envoyée ici par le Ministère et le Ministère fourmillait de Mangemorts. Il pouvait donc logiquement suppose qu'elle avait été envoyée ici pour servir d'espionne.
Règle numéro quatre : « Connais ton ennemi, » dit-il, reposant la plume et lui adressant un clin d'œil. « Connais le bien. »
Si elle avait su de quoi il était capable, elle aurait su qu'il l'avertissait de se méfier de lui. Il s'éloigna, son nom inscrit en dernier sur la liste Neutre, et ne remarqua pas le professeur aux cheveux roux qui se tenait dans un coin de la salle. Il n'était pas censé le remarquer.
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Bill avait vu Drago entraîner Zabini à l'écart, frapper le mur de son poing et crier sur son camarade, mais il avait aussi vu autre chose. Drago s'était tourné vers le groupe de Gryffondor, lequel incluait Harry, Ron, Hermione et Blaise, et pendant un instant, quelque chose avait changé dans ses yeux gris. C'était léger, mais la tempête de ses yeux s'était adoucie, ou éclaircie, ou quelque chose, laissant entrevoir une pointe de mercure liquide, puis les nuages gris étaient revenus et s'étaient changés en glace.
Malefoy intriguait Bill ; il ne pouvait pas s'empêcher de se poser des questions sur lui. Il était une sorte de code à lui tout seul, complexe, élaboré, et Bill était un traducteur. Bien sûr, il aimait son frère et sa famille, mais ils étaient si simples, si directs. C'était une des raisons pour lesquelles sa relation avec sa petite amie Fleur était devenue si sérieuse. Elle ressemblait à n'importe qu'elle jeune fille Française et futile, mais il y avait en elle une force, une flamme très particulière. Elle avait, après tout, participé au Tournoi des Trois Sorciers, un fait que la plupart des gens semblaient oublier.
Il avait été légèrement déçu d'entendre Drago dire à Claire qu'il se joignait au groupe neutre pour 'connaître son ennemi'. Il avait espéré que Drago essayait vraiment de réfléchir par lui-même, mais là encore, Drago avait grandi dans une famille de Mangemorts, et il était peu probable qu'il change de camp.
Bill attendit que Drago soit parti pour quitter la salle de classe, et fut rattrapé par McGonagall dans le hall.
« Le directeur aimerait te voir, Bill, » dit-elle. « Il est dans son bureau. » Elle lui lança un regard significatif, un qui signifiait que l'affaire était sérieuse, et Bill sur aussitôt pourquoi il était convoqué.
« Merci, professeur, » dit-il, lui adressant un signe de tête avant de s'éloigner.
« C'est Minerva, » lui lança-t-elle.
Bill dissimula un sourire ; cela semblait si étrange de l'appeler ainsi. Il gagna le bureau de Dumbledore et donna le mot de passe à la gargouille. Ce mois-ci, c'était Praline Longue-Langue, inspiré par les jumeaux. Il monta l'escalier et toqua à la porte.
« Entrez ! » entendit-il, et il ouvrit la porte.
Le Directeur était assis derrière son bureau, caressant sa barbe d'un air pensif et Severus Rogue avait pris place dans un des fauteuils de chintz surchargés placés face au bureau, l'air mal à l'aise et rien moins qu'à sa place.
« Assieds-toi, Bill, » dit Dumbledore. « Un bonbon au citron ? »
« Non, merci, » dit Bill, s'asseyant à côté de l'espion de l'Ordre. « Je suppose que nous ne sommes pas ici pour discuter du nouveau programme ? »
Dumbledore eut un léger sourire. « Malheureusement non. Severus nous a apporté de graves nouvelles. » Il se tourna vers le Maître des Potions.
Rogue remua légèrement, son regard perçant se posant sur Bill. « Le Seigneur des Ténèbres sait qu'il y a un espion parmi ses partisans, et il a récemment porté son attention sur moi. »
Même si Bill ne pouvait pas prétendre apprécier beaucoup son ancien professeur de Potions, il avait beaucoup de respect pour lui. Lui ne serait sans doute pas répondu aux appels de Voldemort, sachant ce que ses partisans subissaient.
« Nous l'avions prévu, » dit calmement Bill. « C'est pour ça que je suis là. »
« Je pensais que nous aurions plus de temps, » dit Dumbledore, secouant la tête, ses yeux bleu pale perdant de leur éclat. « Bill, ce que tu t'apprêtes à faire… »
« Je me suis entraîné, » dit Bill. « Nous n'aurons peut-être plus jamais une telle occasion. »
C'était vrai. Plus tôt cet été, Voldemort avait développé une véritable paranoïa, s'était persuadé qu'il était entouré d'espions et avait commencé à éclaircir ses rangs, parfois en tuant d'abord, puis en posant des questions. Le Ministère ayant engagé lui-même le professeur de Défense contre les Forces du Mal et la stagiaire, un Mangemort aurait très bien pu s'introduire dans Poudlard et espionner non seulement Dumbledore et Harry, mais aussi Severus.
Dumbledore avait trouvé un moyen de transférer la moitié de la marque de Severus sur le bras de Bill. C'était invisible, mais Bill pouvait sentir la brûlure aiguë lorsque Voldemort l'appelait, et il s'était entraîné tout l'été à transplaner avec Severus, afin de pouvoir apparaître juste à côté de l'espion quand le Seigneur des Ténèbres le convoquait. Grâce à une cape d'invisibilité, et à quelques potions qui empêcheraient Nagini de le détecter, l'Ordre avait un nouvel espion, et personne ne verrait Severus contacter Dumbledore à des heures étranges, ni même entrant en contact avec McGonagall. Bill relayerait alors le message à un autre membre de l'Ordre travaillant dans l'école, et cet opérateur transmettrait l'information au reste de l'Ordre. C'était assez tordu, mais nécessaire.
« Il y a autre chose, » dit Severus. « Vous aviez raison, Monsieur le Directeur. Tom a bel et bien séparé son âme en sept parties. S'il veut retrouver toute sa force, il doit les rassembler. »
« Des Horcruxes ? » demanda Bill, un peu surpris, même si en y réfléchissant, c'était tout à fait logique.
« Et il y a pire, » dit Severus. « L'un d'eux est caché quelque part dans l'école. »
