Arc I - Chapitre IV : Est-ce vraiment une liberté de choisir ou obéir à un destin prémédité ? Les poids des décisions, nos chemins qui se croisent et se décroisent sans fin

Comment en étaient-ils arrivés là ? Il ne saurait trop le dire, alors que leurs lames hurlaient de douleur, le métal s'entrechoquant avec tant de colère que de douleur contre une lame parfois considérée comme soeur. Non, ce combat n'aurait pas dû être. Il n'aurait jamais du exister. Il... ne répondait à aucune logique, tant relationnelle, divine que même rationnelle. Comment en étaient-ils rendus à ce point ? Tout à l'heure, il s'enfuyait du désert Guérudo. Enfin, non des guérudos eux-mêmes, mais plutôt de quelque chose qui aurait pu fortement leur nuire à tous : de mystérieuses ombres meurtrières qui ternissaient le royaume de Hyrule. Ses terres... de nouveau menacées. Ses terres... les racines de ses jours, qui le rappelaient à elles même lorsqu'il était furieux contre son peuple, contre ses dirigeants, contre les mesures contre-productives au niveau de la diplomatie qui avaient été prises. Furieux de son impuissance en dépit de son rang militaire et hiérarchique, impuissant à prévenir la corruption de gagner les coeurs de trop de ses congénères, de n'avoir pu empêcher la haine d'empoisonner les esprits, les âmes, les gestes et les paroles. Pourtant, il avait tout fait pour faire honneur à son état non officiel d'ambassadeur hylien vis à vis du nouveau peuple du désert, comme il connaissait mieux que personne leur dirigeant, et tout en veillant à garder leur neutralité respective, le héros de l'ombre et le nouveau seigneur du désert avaient réussi à envisager des terrains d'entente et des mesures de coexistence pacifique entre leurs deux peuples, anciennement ennemis mortels... et hélas encore actuellement il semblerait, même en temps de paix presque avérée. Fichus politiciens qui réduisaient à néant des efforts herculéens de négociation tant diplomatique, que civile et surtout militaire...

Mais là n'était pas le point le plus important. Non, même cette crise internationale de son monde était bien moindre en importance et en stupidité que ce qu'il se passait en ce moment. Sous le ciel assombri, grondant, mordant d'une nuit ténébreuse qui drapait de son rire maléfique les terres illustres des déesses. Ce qu'il se passait était une entière aberration stupéfiante à ses yeux. Cela n'aurait même jamais du advenir. Tandis qu'il entendait confusément les sabots ferrés de son destrier marteler furieusement l'herbe rase des plaines, s'enfuyant au galop terrifié droit vers le lieu de leur origine. Son adversaire était nettement plus expérimenté que lui, en guerrier spécialisé contre un archer de spécialité. Et pourtant, même devant les pleurs muets, invisibles et silencieux de leurs épées respectives, il devait tenir bon. Tenir bon pour sa patrie. Tenir bon pour l'avenir incertain. Tenir bon pour son proche allié inattendu et leurs royaumes respectifs. Tenir bon pour Kyle. Tenir bon pour son Ami...

- Le vent de Farore ! Comment est ce... ?

Ses pires peurs avaient commencées à se dresser quand il avait, sous ses propres yeux, vu l'étrange ennemi masqué sous un manteau à capuche d'un brun sombre se dresser devant lui, barrer son chemin, utiliser une technique des déesses qu'un seul homme... qu'un seul hylien de sa connaissance aurait pu effectuer. Ce n'était pas normal. Cela n'aurait jamais du advenir. Et pourtant, ce vent agressif mais non mauvais, qui tournait autour de son opposant à l'entrée de ce dernier... comme une couverture aérienne, comme un bouclier jalousement protecteur... tout pointait logiquement vers cet hylien. Mais le comportement de l'individu, lui, divergeait complètement de celui auquel il aurait du s'attendre. Ce n'était pas sa manière de faire. Cette lutte n'aurait jamais du exister. Ce combat presque fratricide, l'Epée frappant avec force contre le Bouclier obligé de se défendre et de rendre les coups, l'Epée qui, sans raison apparente, essayait de détruire le Bouclier auquel elle était intimement liée, tant sur le point de vue militaire, civil que de la destinée. Une danse mortelle in-désirée et inattendue entre deux frères, sinon de sang, mais de fatalité, d'armes et de coeur aussi. Ses coups n'étaient pas aussi efficaces que d'ordinaire, ceux de son adversaire horriblement précis et agressifs. Parce que si lui semblait vouloir lui passer le fer à travers le corps, le héros de l'ombre ne pourrait se résoudre à risquer de blesser un être admiré, respecté, un mentor, un ami, un camarade d'armes... un frère... son incompréhension, sa douleur se ressentait à travers ses prières, au sein d'une voix qui n'était pas aussi assurée que d'ordinaire, qui était plus émotive que d'ordinaire :

- Cette arme... l'Épée de l'Élu des Déesses ! Mais comment as-tu pu poser tes viles mains sur cette lame sainte ?!

C'est alors qu'il avait réalisé, en voyant cet éclat si inhabituel qui dansait d'une flamme meurtrière sur la lame claire de cette arme sacrée. Cette lame remise à nue, pointée contre lui, déterminée à lui ôter la vie, de manière totalement incompréhensible. Comme les Déesses de la Sagesse et du Courage devaient pleurer en voyant leurs enfants, leurs hérauts, leurs guerriers respectifs retournés malgré eux, par un cruel jeu du sort, l'un contre l'autre. Si surpris, si pétrifié qu'il avait été, qu'il avait d'ailleurs failli se faire embrocher par un vif et vicieux estoc, se déportant à la dernière minute sur la gauche, reprenant malgré lui ses esprits, toujours sous le choc. Cette sainte lame... gravée avec le symbole de la Triforce, de couleur dorée, juste avant la garde, une épée à une main qui n'acceptait qu'un seul porteur, le héros qu'elle avait choisit il y a sept... ou quatorze ans selon le point de vue. Cette garde d'un bleu sombre, presque marin, à l'alliage résistant envers et contre tout, portée par des mains aussi expertes que les siennes sur le bois d'un arc. Des mains qui semblaient, contre toute attente, vouloir en finir avec sa vie. Pourquoi ? Cela n'aurait jamais du arriver ! Pas lui, pourquoi devaient-ils se battre ? Cette même furie métallique de lumière qui s'abattait avec rage contre sa propre lame plus fine et légère, sa rapière au sombre métal parcourue ordinairement de runes argentées contre des démons. Mais il ne luttait pas contre un démon. Au contraire. C'était précisément cela qui n'allait pas. Et ce rire... et ces paroles cruelles et inattendues... et ce regard incendiaire et dévastateur qui avait prit la place de l'azur paisible et amical qui y résidait d'ordinaire. Les cheveux blonds et bruns valsaient en une danse folle et mortelle, une danse des lames intrépide où la moindre erreur mènerait à sa perte celui qui l'engendrerait. Dans un cri du coeur sincère et perçant, le jeune général s'écria, tout en bloquant une des rares fois la lame puissante de son adversaire, maintenant quelques secondes le bras de fer :

- Il suffit ! Reprends-toi mon ami ! Il n'y a là aucune raison de se battre l'un contre l'autre... je t'en prie, avant qu'il ne soit trop tard ! Link !

La férocité de la lame qui pressait contre la sienne, droit vers son cou, et le venin inattendu des paroles de son opposant le firent frémir de l'intérieur, d'horreur tant que de colère contenue, d'incompréhension, comme il repoussait une énième fois ce bras de fer, incapable de le maintenir. Il ne pourrait se battre convenablement dans ces conditions. Pas contre cet adversaire qu'il n'aurait jamais, oh grand jamais, voulu avoir face à lui, mais plutôt à ses côtés. Il devait pourtant mettre fin aussi promptement que possible à ce duel sans raisons, en essayant de blesser aussi peu que possible l'être qu'il avait admiré par le passé, l'être qu'il respectait et avec lequel il oeuvrait conjointement pour la paix dans Hyrule depuis bientôt plus de quatorze années distordues dans le continuum espace-temps de leur monde. Il était trop déchiré pour se battre correctement, essayait de gagner du temps. Non, il ne pouvait croire, accepter de croire, que le Malin avait été assez pernicieux pour réussir à monter contre eux le Gardien du Temps et le Héros du Temps, eux qui devaient agir de concert, comme deux faces d'une même pièce, d'un même devoir. La lumière ne pouvait être sans l'ombre, et l'ombre sans la lumière, et ne pouvaient se confronter ni ne le désiraient réellement, dans le risque de créer un néant maléfique, corrompu et... destructeur. Il n'arrivait pas à croire qu'après tout ce temps... après tout ce temps écoulé depuis qu'ils s'étaient retrouvés...


[Flashback enfance - An 7 du Règne de Ganondorf]


Après tout ce temps écoulé. Toute l'eau qui avait passé sous les ponts. Longtemps avant la distorsion temporelle engendrée par nécessité par la Princesse Zelda au terme des Années Noires, sept années au devant du terrible et meurtrier épilogue de cette sinistre époque. Quand il n'était encore qu'un simple, qu'un humble civil et travailleur réfugié au village de Cocorico, terriblement impatient et désespéré de la situation, encore emplit de la fougue propre à la jeunesse. Un civil qui désirait plus que tout participer à l'effort de guerre, sans qu'on ne le lui en donne hélas la permission. Et comme tout jeune qui avait l'impression qu'on le bridait plus que de raison dans ses aspirations et ses idéaux... il s'ennuyait ferme, et perdait toute envie et toute motivation dans les tâches - parfois ingrates à ses yeux - qu'on lui donnait à faire. Chaque jour ressemblait au précédent, dans une lente, cruelle et languissante monotonie. Dès que les premiers rayons de soleil perçaient le voile de la nuit, ils étaient réveillés et se levaient pour une nouvelle journée de travail répétitif et plus qu'ennuyeux, très physique voire mécanique : supportant les remarques sur son physique frêle et son manque pathologique de force et d'endurance physiques de ses "collègues" de travail, il irait porter des caisses de bois ici et là, des pierres pesant pas loin de trois tonnes à ses yeux vers les bâtiments en construction ou reconstruction selon les cas. Ils continueraient cette tâche, presque sans interruption, jusqu'à la tombée du soir, dînant en communauté avant que chacun ne rentre chez soi se coucher pour une autre journée éprouvante... et toujours similaire à la précédente; Et pendant qu'il perdait son temps ici, l'ombre maléfique et sournoise de Ganondorf s'étendait toujours un peu plus, grappillant pour sa noirceur tyrannique chaque jour un peu plus de terres spoliées, de terres violées, de terres malmenées...

"Tu veux vraiment t'engager dans l'armée ? Bah, sois réaliste garçon ! Un hylien aussi faiblard que toi ? Voyons, sois raisonnable !"

Ce genre de réflexions désobligeantes avait le mérite de le faire immédiatement grincer des dents et l'envie de devenir violent et incivil dans la seconde qui suivait la provocation. Mince quoi, il n'était pas fils de paysan, mais fils de chevalier quand même ! Certes, il avait les plus grandes difficultés à porter de lourdes charges, pire encore sur la durée, se blessait aisément au cours des combats et ne faisait pas grand mal à mains nues, comparées aux géants baraqués avec lesquels il travaillait. Certes, il n'était peut-être pas le seul malingre du groupe de travailleurs, mais les mauvaises langues s'acharnaient souvent sur lui. D'un, de sa nature d'étranger de la ville. De deux, parce qu'il n'avait alors pas le bon sens de les ignorer et la mauvaise idée d'être affreusement réactif et de là ridicule si insulté. Il essaya d'ignorer, sans grande conviction, le rieur, avant que le collègue de ce dernier ne le bouscule d'un jeu au goût douteux à l'épaule, réussissant à le faire trébucher et tomber avec sa lourde charge, sous les rires des amis du petit malin sans grand esprit. Un autre renchérissait, le brutal, passant devant lui en riant ouvertement de sa personne de sa grosse voix dépassant les gémissements de colère de l'ancien enfant du bourg :

"Regarde, un rien suffit pour qu'il perde son pied ! Avant d'aspirer à rejoindre l'armée, apprends donc à savoir soulever une épée qui se respecte ou une masse ! Après tout, à quoi bon former un malingre qui va se faire massacrer à la première bataille ? Contente toi de ce que tu as, bon à rien. Des faibles comme toi ne sont pas fait pour l'armée, soit déjà heureux que tu serves à quelque chose..."

Frustré et indigné au possible, le jeune homme de dix huit ans leur cracha des insultes hyliennes apprises dans le passé dans les rues du bourg et les soldats, ne faisant que rire plus grassement encore ses tourmenteurs. Jurant encore en essayant de se dégager du poids le clouant au sol - enfin, les planches restant de la caisse fragile qui sous le choc de la chute s'était rompue et avait déversé sur lui foule de poussière terreuse aussi claire et fine que la farine servant à la constitution d'un mortier local, achevant de le ridiculiser une fois de plus. Bien entendu, en l'absence de Kyle ET de Anar, les grosses brutes du village se faisaient une joie de s'en prendre à lui, soulignant avec crudité que même Igor, le fébrile gardien du cimetière, aurait plus de chance de survie à une escarmouche terrestre que lui. Il se redressa lentement en position assise, repoussant avec mécontentement quelques planches, sortant en même temps son arme d'enfance : un lance-pierre fait main, quand Kyle lui avait préféré dans leur jeunesse une très petite épée de bois, voire presque une dague ou un couteau à quelques centimètres près. Oh, il avait bien une épée de fer rouillé chez lui, mais la nourrice y veillait avec acharnement et ne lui avait autorisé que le lance-pierre comme arme pour se défendre, étant un civil inexpérimenté à leurs yeux. Puis de toute manière, c'était plus facile à transporter, donc ici se termine le débat. Se redressant lentement tout en leur laissant un peu de terrain, comme ils étaient en bout de file, il prit note d'un petit élément pouvant lui servir à se venger de l'humiliation subie. Car, même s'il n'avait pas forcément des muscles, au moins avait-il un cerveau très actif, efficace et on-ne-peut plus motivé dans ce genre de situations. Souriant d'un air mauvais, le jeune en passe de devenir adulte visa avec un soin extrême, dextérité mais rapidité, avant de lancer son projectile favori - une toute petite noix des fleurs carnivores qui attaquaient parfois le soir à la lisière du village, avec une réserve obtenue avec patience en rendant des petits services ici et là dans le village. Souriant donc, et assuré dans cette discipline, à peine avait-il lancé le projectile qu'il rangea son "engin de malheur" comme si de rien n'était, masquant aussi sa réserve. Et se délecta-t-il tout en essayant de garder une expression neutre et faussement surprise devant la petite cohue qu'il venait, en toute conscience, de déclencher :

"Ah ! Mais qu'est ce que... fichez moi la paix, sales bestioles à plumes ! Qu'est ce qu'il leur prend tout d'un coup ! Johane ! Quelqu'un !"

Sous son regard brun satisfait, fier de lui et ses lèvres plissées en un sourire tant facétieux que sur le bord du rire, il s'épousseta comme si de rien n'était, avec une nonchalance délibérément exagérée. Tandis que sous ses yeux, se déroulait une scène assez étrange et originale : une ruée de poulettes bien grassouillettes et vraiment pas d'humeur à caqueter fleurette avait fait tomber non la tête la première l'insolent, comme prises d'une furie sans raison qui soit. Pendant que quelqu'un allait chercher en vitesse la gardienne du poulailler allergique aux volatiles, et que la malheureuse victime se plaignait à grands cris des attaques de becs, de griffes et de plumes en essayant de protéger sa cargaison. Les travailleurs les plus proches s'étaient arrêtés, avaient déposés leur cargaison et soit se gaussaient à haute voix, ricanaient ou venaient en aide au malheureux en essayant de ne pas se blesser avec les volailles en furie. C'était amusant ce qu'un bon tir, une petite noix innocente, des oreilles attentives, une bonne mémoire et un esprit malicieux si provoqué étaient capables de causer comme désordre dans la routine habituelle. S'il savait que les poulettes toléraient de se faire projeter, prendre un court laps de temps ou porter même un enfant en planant dans les airs - elles sont fortes les poules du coin ! - elles ne supportaient en revanche pas qu'on les agresse d'une manière où d'une autre. Et provoquer une poule n'est jamais une bonne idée, puisque leur gardienne humaine étant allergique en leur présence, l'enclos les gardant rudimentaire, elles s'échappaient continuellement. Et si l'une voyait la copine agressée, elle prévenait toute la petite population volatile domestique et tout ce joyeux petit monde, mené par le coq chef du troupeau, se ruait en colère noire contre l'agresseur. Oh, pas qu'elles faisaient vraiment mal, mais elles pouvaient se montrer ennuyeuses, causer des griffures, quelques plaies mineures et étaient lentes surtout à calmer. Une fois les furies à plume sous contrôle, comme le remue-ménage se résorbait difficilement, la victime se tourna par un mystérieux instinct vers lui encore empoussiéré, qui faisait la tête la plus innocente qu'il était capable de produire. Jusqu'à bien sûr ce que ce dernier le prit d'un geste vif et puissant par le col, grondant entre des dents serrées devant son regard brun provocateur et satisfait :

- Et tu trouves ça drôle, espèce d'avorton ? Arrête de faire ton innocent, je vais te donner une bonne leçon moi...

Habitué à ce genre de situation et mentalement prêt à endurer le retour de services, il ne put retenir un léger sourire arrogant de glisser sur ses lèvres minces, comme le jeune hylien si fébrile commentait sur un ton faussement badin et défiant :

- Tu sais, c'est bien joli d'avoir des muscles et tout, cela aide à impressionner les filles j'admets et à impressionner les collègues et tout. Cependant, il y a quelque chose que je sûr d'avoir et que toi tu n'as pas : un cerveau capable de retenir, et de surtout réfléchir avant d'agir.

- Espèce de peste mojo insolente ! Je vais te faire ravaler ton arrogance, tu vas voir ! Trop c'est trop !

Imperturbable et encore revanchard sur les moqueries précédentes, profitant de sa chance temporaire et de l'absence de son mentor sheikah pour redoubler d'audace juvénile, il lui cracha au visage d'une voix dont le calme et l'assurance étaient précisément provocatrices et satisfaites, sur le ton du maître d'école reprenant un mauvais élève un peu bêta :

- Attends, attends ! Même une peste mojo est capable d'ennuyer, voire de mettre à terre un goron ou un géant ! Il ne faut jamais sous-estimer plus petit que soi, des fois on peut avoir de très mauvaises surprises avec cette hautaine attitude. Trop tu dis ? Voyons ! Qu'est ce qu'il ne faut pas entendre ! De la bouche de celui qui...

La voix beuglante et sèche du contremaître vint arrêter de justesse le point qui volait en direction de sa figure de faux ange innocent, les engueulant tous deux fort copieusement. Après avoir jeté un regard noir à Alan, il observa ce dernier de la tête aux pieds, avant d'ordonner aux autres de reprendre les travaux et lui ôtant le mince revenu de joyaux qu'était son salaire journalier. Haussant des épaules imperceptiblement et par défiance, l'hylien ne flancha même pas quand le responsable - et gigantesque ! - des bosseurs fronça des sourcils et lui ordonna de venir le voir à la brève pause du déjeuner du milieu de journée, le menaçant d'en parler à son tuteur. Peu impressionné car blasé, le jeune hylien s'en alla sans arrière pensée, et sans le moindre remord s'installa sous l'ombrage de l'arbre proche de l'entrée du village, inspirant d'aise avec la brise fraîche qui vint caresser ses cheveux. Très loin de se douter de la tournure radicale qu'allait prendre la journée par la rencontre/retrouvailles d'un ancien ami pensé disparu dans les heures qui allaient suivre... ainsi, sous le confort de l'arbre, la tête et le dos reposant contre le matelas rigide et sylvestre derrière lui, il ferma les yeux en soupirant tant d'aise que d'ennui, écoutant le bruit...


[Fin du Flashback]


... le bruit des fers qui s'entrechoquent, le souffle irrégulier de leurs respirations, le glissement subtil de leurs bottes brunes et noires, écrasant impitoyable l'herbe sous leurs pieds, se dérobant parfois sur les côtés, parfois vers l'arrière ou verticalement. Presque dans un choeur parfait, comme Link concentrait la magie des déesses qui lui avait été remise par les Grandes Fées messagères de ces dernières, Alan rassemblait lui-même ses forces, fort des connaissances infinies présentes dans sa mémoire ainsi qu'un sens de la stratégie, de l'observation et de l'anticipation, se confrontant avec l'étrange et inhabituelle rage du héros du Temps, de la détermination corrompue et des prodigieuses compétences aux armes de ce dernier. Et c'est au même instant qu'ils s'écrièrent, l'un appelant aux flammes redoutables nées de la puissante déesse rouge de la Force, l'autre convoquant pour se défendre le bouclier salvateur et presque infranchissable de la protectrice déesse bleue de la Sagesse, les deux attaques se confrontant et s'annulant avec rage sur le terrain de bataille qui était le leur, comme les ombres ennemies restaient étrangement à distance du duel inhumain, anormal et redoutable qui prenait place sous leurs yeux. Ainsi, juste aux pieds du même château qu'ils s'étaient juré de défendre conjointement, aux pieds du symbole même des valeurs qu'ils s'étaient promis de protéger jusqu'à leur corps défendant, qui venait de choir dans la folie et la corruption du vice et d'un mal, d'une gangrène démoniaque qui les avait tous deux pris de court, où qu'ils fussent respectivement. Ce n'était pas des retrouvailles musclées après deux années complètes de séparation qu'Alan aurait voulu donner à l'un de ses plus proches amis et alliés. Non, ce n'était certainement pas cela, au contraire !

- Je t'en prie vieil ami, il n'est pas l'heure de nous battre, il ne le sera jamais, tu le sais aussi bien que moi ! Aurais-tu perdu la raison ? Que t'es-t-il arrivé ?

Les choses commençaient à se précipiter pour le jeune général. N'étant pas en position de guerre à son départ précédent de la citadelle vers le royaume du désert, il n'avait pas mit son armure protectrice, et ne portait ainsi comme protection matérielle que le même modèle de tunique, seulement noire au lieu de verte, de héros que tous deux portaient, qui commençait à se déchirer des attaques puissantes, rapides et terribles de son opposant. Au niveau magique, ils étaient presque au même niveau, peut-être le héros de l'ombre légèrement plus efficace. Question endurance physique, en dépit de son entraînement militaire rigoureux, Link avait nettement la main en plus d'avoir un bouclier pour parer ses coups, de pair avec une épée sacrée à une main comme lui n'avait "que" une épée mortelle, enchantée mais simple. La création divine supplantait toujours et de loin la création humaine - enfin hylienne - aussi raffinée et soignée soit-elle. Pour l'endurance magique, Alan avait, en revanche, largement la main sur son coéquipier - tourné ennemi, comme pour compenser le manque de physique. A distance, il battait aussi bien Link que ce dernier le vainquait en combat rapproché, pire encore à mains nues, sans même l'aide des gants de force des Gorons. A l'épée, le héros du Temps, comme cela se voyait ici, avait une légère avance sur lui, avance qu'il récupérait indiscutablement à l'arc, comme en général le héros du temps avait largement la maîtrise sur les armes lourdes comme légères de combat rapproché et lui avait la main sur le contrôle des armes à distance. Tout comme Link était, certes polyvalent comme lui, plus favorisé à l'attaque que lui l'était en ce qui concernait la défense. En cela, ils étaient exactement au même niveau de puissance, il devait en être ainsi, et c'est pourquoi le duel farouche s'éternisait. Alan percevait vaguement leurs alliés difficilement convaincus de venir à leur aide suite à sa sincère et habile plaidoirie devant l'urgence de la situation, idée qui le réconforta comme les habitants et guerriers du désert mettaient à profit leur puissance considérable, leur maîtrise des armes et de la force brute, leur détermination brûlante pour tenter une percée et les rejoindre. La cavalerie lourde, ainsi que l'un de ses plus récents mais aussi plus proches amis, alliés arrivaient, enfin !

C'est alors qu'il décida de changer de stratégie, sachant qu'à ce rythme, à moins de risquer de blesser irrémédiablement Link et de menacer ainsi leur vieille amitié, il risquerait de perdre, de se perdre, de perdre son royaume et pire encore de perdre son ami sous l'influence d'un mauvais sort adversaire. Reculant d'un bond souple vers l'arrière, assumant une étrange action en troquant son épée pour une arme à distance, son Arc des Anges. Décision étrange et en apparence absurde dans un duel de combat rapproché. Mais il avait un plan derrière la tête, ce que le pauvre Link contrôlé on-ne-sait comment et par quelle force diabolique n'avait pas en sa posture temporaire de marionnette sans contrôle de son corps et probablement endormi d'esprit. Remarque, sans doute n'aurait-il pas été mieux lui même si les positions étaient inversées, et en toute modestie il estimait, stratégiquement, que Link aurait eu nettement moins de mal que lui à le mettre hors d'état de nuire et le ramener à ses esprits. Mais il ne comptait pas pour autant abandonner la défense de sa patrie, et encore moins abandonner celui envers qui il ressentait avoir une dette éternelle à son pauvre sort. Armant à la vitesse de l'éclair une flèche infusée de magie glaciale sous le regard médusé du pantin-malgré-lui, il la décocha en faisant mine de rater son tir et son adversaire, dans un mystérieux but stratégique, endurant aussi les railleries de son collègue manipulé contre son grès, dont l'apparence démoniaque le faisait frémir d'horreur en comparaison au héros et à la personne qu'il avait été mené à admirer, respecter et apprécier, l'expression sans mots de ce dernier lui indiquant clairement qu'il pensait que le gardien du temps avait totalement perdu l'esprit ou le prendrait pour un idiot, avant de le railler et de chercher à le provoquer. Link... parler autant ? C'était complètement contre-nature, et cela confortait la petite idée de ce qu'il s'était passé du jeune général. Il avait un plan, pourvu que cela fonctionne comme il l'entendait... car il refusait tout bonnement d'abandonner celui qui, d'ores et déjà lui avait sauvé maintes fois la vie, mais aussi avait contribué dès l'origine à façonner l'archer, le général héroïque, ou tout bonnement les meilleurs aspects de l'hylien qu'il était devenu. C'était grâce à lui qu'il en était là, qu'il avait pu commencer à changer en bon, et ce n'était pas maintenant qu'il allait le laisser tomber, pas après tout ce qui était advenu ! Même, alors qu'il ne se souvenait plus bien de lui, ce fameux et fatidique jour...


[Flashback]


... ce fameux et fatidique jour où actuellement il avait réussi à se venger décemment d'une incorrection dont il avait été victime. Cette merveilleuse journée où, même sans obtenir son gagne-pain d'un jour, il avait été suspendu de travail et pouvait se reposer sans avoir à subir autre commentaire déplaisant que les regards mécontents ou désapprobateurs des adultes et des vieux autour de lui, qu'il ignorait superbement à leur passage, ses yeux clos restant toujours posés et sans le moindre trouble pour changer son attitude, parfaitement et consciemment insouciant de la punition sévère qui risquait de lui tomber sur le coin du nez. Quoi, il allait encore se faire tirer les oreilles pour une énième fois ? Et alors ? C'était de leur faute, à ne jamais lui laisser décider de sa vie, à ne jamais lui laisser réellement le choix de ce qu'il voulait réellement faire ! Il n'aimait pas cette cage dorée, encore moins depuis les départs successifs de ses amis : d'abord Kyle pour le service militaire comme fantassin dans la Résistance - Déesses ce qu'il l'enviait ! - puis Shana comme réfugiée politique hylienne dans la lointaine Termina, ensuite Thibald aussi en cadet dans la Résistance en archerie, et l'éloignement progressif des quelques restants devant son caractère rebelle, déterminé, aveuglé par ses idéaux et adorant défier l'autorité autant que possible pour faire évacuer de lui sa frustration de longue haleine et de longues années. Sans que le sauveur miraculeux de l'ordre menacé dans le village - le puissant et respecté Sheikah Anar qui avait amené en leur sein le terrible et unique survivant du bourg - ne puisse sinon arrêter, au moins punir et réprimander le grand adolescent, avec le miracle inexpliqué et toujours d'actualité que ce dernier ne se braque pas et accepte d'écouter ses arguments, et le plus souvent de s'y résigner sans même questionner son tuteur, mentor et deuxième père. Mais cette attitude défiante, rebelle et insoumise, comme certains adultes éclairés, sages ou expérimentés le savaient avec regret, cachait surtout une grande solitude, un profond chagrin, un traumatisme, qui refusaient de le laisser en paix, même après sept années d'écoulées, de l'attention, de l'affection, de la sécurité, rien n'y faisait...

Des murmures hystériques, tant féminins que les voix de jeunes garçons et de moins jeunes, tout autour de lui brisèrent la paix réconfortante de son petit somme inespéré. Fronçant des sourcils inconsciemment, ses traits faciaux se tendant légèrement de contrariété, ses oreilles par nature et instinct aussi de survie en ces années difficiles attrapèrent des exclamations tantôt admiratives, tantôt excitées, qui se voulaient sans doute murmure mais échouaient lamentablement en ce domaine :

- Ce serait donc lui...

- C'est le héros promis des légendes !

- Il est enfin arrivé ! L'élu des déesses !

Qu'est-ce qui se racontait - et se passait - donc de si intéressant et de si inhabituel au village d'ordinaire si calme ? Curieux de nature en dépit de son caractère parfois ombrageux et imprévisible de sa jeunesse, le jeune homme ouvrit lentement et discrètement ses paupières, laissant découvrir sous l'ombre du feuillage généreux de l'antique gardien sylvestre inanimé du centre de la place deux attentives et intenses prunelles d'un brun presque noisette, comme sa tête se tournait légèrement en direction de la supposée source de l'animation du jour du village. Des rebelles qui seraient venu porter des nouvelles, rassurantes ou sinistres au peuple insoumis ? Non, ils parlaient de héros des légendes. Héros des légendes... et dire qu'il avait cru que ce n'était un racontar populaire de plus. Ce serait donc avéré ? Merveilleux, sincèrement ! Voilà de quoi bouger ces esprits couards, ramollis et paresseux des chefs de ce village-refuge pour prendre un peu part à l'action. Curieux certes, mais pas moins méfiant et prudent pour autant, le jeune homme observa avec distance et en silence le nouveau-venu détonnant tant des habitués du refuge le plus sûr des insoumis au tyran Ganondorf. Le nouveau-venu n'était évidemment pas du coin, c'était très facile à deviner. En vérité, il ne semblait pas appartenir à la ville non plus, étrange... d'où venait-il en ce cas ? Perplexe, le survivant du bourg intensifia son regard et l'observa avec une attention renouvelée de la tête au pied, essayant de le juger mentalement ainsi.

L'inconnu était assez grand, il l'estimait à distance d'à peu près sa taille ou un tout petit peu plus. Mais l'effet était aussi sans doute du à sa silhouette certes élancée mais finement musclée typique d'un jeune guerrier pourtant connaisseur des batailles. Il avait le faciès, l'apparence, la morphologie le typant sans la moindre hésitation hylien, mais avec ce petit quelque chose d'exotique, dans le sens de pas comme les autres, presque... d'ingénuité de quelqu'un ne vivant ni dans la ville, ni dans la campagne, mais dans des ailleurs plus distants encore. Genre, le lac Zora, le désert Guérudo, la Montagne Goron ou encore l'ancestrale, dense et dangereuse forêt Kokiri. Mais hylien quand même. Le plus étrange était sans doute son aspect vestimentaire qui lui rappelait curieusement la description souvent donnée des enfants des bois, sous l'éternelle jouvence et la protection d'un gardien sylvestre pensant et sage, le mythique arbre Mojo, et ses protégés les Kokiris. Autant sa taille et son âge proches des siens démentait totalement l'hypothèse par avance, ses habits d'un vert émeraude, son atypique et étrange bonnet presque semblable à celui des lutins/fées des bois, et son malaise léger vis à vis de ceux de son village auraient pu largement le tromper. Ses cheveux - du moins les mèches dépassant de l'étrange bonnet long si vert - étaient presque aussi blonds que les gerbes des blés sous le soleil de l'été hylien, sa peau claire mais un peu hâlée sans doute par les voyages, et tout dans son attitude transpirait l'aventurier - voyageur déterminé, explorateur de lieux qu'il ne connaissait - ou ne reconnaissait - pas bien encore, mais discret, humble, courageux et curieux.

Soit il était muet, soit il ne parlait pas beaucoup, parce que pour l'instant le jeune homme ne l'avait pas entendu prononcer le moindre mot, ce qui était un peu frustrant en soit. S'il avait pu seulement entendre son accent, il aurait pu postuler sur son lieu de provenance ! Même s'il avait du mal à croire qu'il aurait pu vivre dans... ou au moins à la lisière des bois Kokiris - on disait que les bois là bas étaient enchantés, pire encore ceux que l'on appelait les "Bois Perdus", et qu'ils faisaient perdre la raison aux malheureux hyliens s'y aventurant, grouillaient de créatures toutes plus dangereuses les unes que les autres, et même, selon certains, "transformaient" les pauvres fous voyageurs en créatures à la longue. Bon, il ne savait pas ce qui était vrai ou seulement du pipeau, mais ne pouvant s'en assurer... - s'il eut été des environs du Mont Goron ou du royaume mythique des Zoras, ou encore du Désert, il aurait récupéré une petite trace d'accentuation inévitable. Comme les originaires de Cocorico riaient parfois - gentiment ou pas selon les cas - de son accent "de la ville" contre leur parler rural. Et pour avoir dans son enfance, une seule et unique fois, entendu et vu un Goron parler - mémorable expérience de vie en passant ! - il avait noté qu'il roulaient, de manière très amusante, un petit trop la consonne dure et gutturale qu'était le [r]. Mais là, aucun indice hélas... pfft, même pas drôle en plus ! C'est pas du jeu ! ... et oui, même un grand dadais de dix huit ans pouvait encore garder son coeur d'enfant, certaines minutes... oui oui, même lui, admettrait-il avec gêne et amusement plus tard à ses rares proches.

Quoiqu'il en soit, le beau diable lui disait quelque chose. Étrange cependant qu'il ne parvienne pas à s'en souvenir avec précision... cela devait remonter à longtemps. Perplexe et songeur, il ne le quitta pas des yeux tant que l'étranger restait dans son champs de vision, semblant chercher quelque chose ou quelqu'un tandis qu'une sorte de petite boule bleu ciel avec des ailes de libellule lui tournait autour avec agitation. Contrariant néanmoins qu'il n'arrive pas à apposer un nom sur ce visage, ou au moins un souvenir, une date, une époque précise ! Son apparence, cette sorte d'étrange aura autour de l'étranger, la boule bleue hystérique voletant autour de lui... mais il rompit aussitôt son observation quand le regard de l'inconnu muet - enfin supposé - se tourna vers lui avec perplexité, ayant du sentir son regard perçant ou ayant été avertit par la chose bleue à la voix aiguë et diablement agaçante. Un très bref instant le regard bleuté, mêlant la candide curiosité de la jeunesse, à la fougue fière du guerrier et une étrange sagesse incompréhensible, se fixa dans le sien, juste avant qu'Alan ne s'en détourne comme si de rien n'était, essayant de masquer sa perplexité grandissante. Déesses ! Même ce regard lui disait quelque chose... pourtant, il s'en serait souvenu si jamais il avait...

- Hey le morveux ! Oui, toi là, fainéant et fauteur de troubles ! Faut qu'on parle tous les deux !

Si le regard avait pu tuer, sans doute celui venant d'interrompre ses réflexions et le sien les auraient tués respectivement. Le contre-maître ? Que lui voulait-il en... ah oui, il avait presque oublié tant il avait été peinard quelques précieuses et délicieuses heures. Adressant une respectueuse et cordiale ombre de sourire à l'inconnu, il le délaissa pour se concentrer sur le gêneur et rabat-joie de service qui était, supposément, son cher patron si cordialement détesté. Ne prenant même pas la grâce ou la peine de se redresser pour celui auquel il accordait une importance aussi mineure que ne l'était son estime envers le personnage, il se contenta de redresser sa tête calmement, s'efforçant de rester aussi correct que ses nerfs ou sa dignité ne le lui permettraient devant ce moins que rien. Allez, il allait essayer de faire plaisir virtuellement à Anar et sa nourrice. Essayer du moins.

- Oui patron ? Tu voulais me parler à propos de tout à l'heure je présume. Je suis profondément désolé de l'embarras que j'ai causé. Cela dit, je refuse de leur adresser des excuses que je juge infondées. Ils l'ont mérité, ce n'est pas correct de se moquer ouvertement et d'humilier quelqu'un en public et à répétition.

Cela ne sembla pas calmer la situation. L'ancien contre-maître avait été sévère mais assez juste, mais depuis que son fils avait hérité du poste, ce dernier avait fait preuve d'une fainéantise et d'un favoritisme absolument indigestes envers ceux ayant des gros bras, une grande gueule et surtout un cerveau similaire au sien, es dire, de la taille d'une des noix lui servant de projectile pour son lance-pierres. En enlevant la coquille, c'est une évidence, du moins dans son esprit de jeune révolté, frustré de ne pouvoir rien faire et défiant de l'autorité qu'il jugeait outrageusement passive, paresseuse et trouillarde dans la lutte contre l'ennemi commun. L'adulte qu'il deviendra plus tard aurait certainement relativisé son jugement... de manière plus diplomatique et conciliante, affirmant que chacun avait sa place et son rôle à jouer dans la société, avec son lot de compétences et de capacités bien précis et judicieusement réparti. Sans pour autant remettre en question la validité du mauvais tour qui leur avait infligé, à cran sur le respect d'autrui... mais aussi un peu rancunier sur certains points. Passons. Le ton continua de monter d'un côté, et à rester aussi fermement qu'il n'était assis contre l'arbre sur ses positions de l'autre. Il refusait de se laisser faire quand il pensait avoir fait face, non à une insubordination patentée et en série de sa part, mais à un geste totalement justifié et de pure rétribution de ce qu'il avait enduré question humiliations en boucle et à trop forte dose contre lui. Finalement, n'arrivant pas à tomber en accord, excédé, le contre-maître lui imposa comme punition de travailler le double de temps le lendemain, avec des tâches nettement plus ennuyeuses que celles auxquelles il était déjà abonné, et qu'il devait se montrer heureux qu'il ne fut pas plus sévère et ne le renvoya pas du travail, juste avec un avertissement et un blâme qui seraient reportés à Anar dès le retour de ce dernier. Fort mécontent d'être le seul puni alors qu'il était loin d'être le seul - et le plus ! - responsable de la situation, le jeune hylien répliqua avec frustration entre ses dents, une lueur dure et indignée dans son regard d'érable :

- Faut surtout pas se gêner, cela rendrait service à tout le monde. J'ai jamais voulu de ce travail, j'ai jamais voulu rester sans fin dans ce village. Tu me ficherais la paix, je te ficherais la paix, je m'en irais faire ma vie sans l'avis de qui que ce soit, j'éviterais de perdre mon temps à être inutile et humilié, en plus ça libérerait une place... ah mais j'oubliais, c'est vrai, on manque tellement de main d'oeuvre dans ce travail hautement intéressant et hautement produc...

Il s'interrompit dans ses marmonnements en ouvrant de grands yeux étonnés et un peu horrifiés, mais il eut l'impression que tout autour de lui tout était en mouvement et lui affreusement immobile. Il eut à peine le temps de noter, de percevoir ce qui advenait que déjà tout advenait. Un, le contre-maître - enfin la brute paresseuse et tyrannique servant de contre-maître, fâchée de son insoumission et aussi, il en était certain, du fait il occupait présentement son endroit préféré de paresse où il se prélassait d'ordinaire en hurlant sur ses pauvres ouvriers - s'était figé et retourné avec une grimace absolument repoussante de furie noire. Deux, et dans les secondes qui suivirent, il avait commencé à retirer quelque chose de sa ceinture. Trois, il avait levé et reculé le bras, tenant selon la luminosité solaire un objet sans doute pointu et l'aveuglant un peu, l'air menaçant au possible. Quatre, ledit projectile inconnu, potentiellement dangereux, sous la pression et la puissance du geste d'un bras bien musclé et l'effet de catapultage, filait à vitesse inquiétante dans sa direction, tranchant les airs en sifflant. Cinq, sans doute à cause d'une mauvaise visée sous l'effet de la colère plus que d'une purement mauvaise intention, la trajectoire dudit projectile semblait filer, très dangereusement, droit un peu plus du niveau de la jonction entre le bras, l'épaule et la clavicule du côté gauche. Donc, en se déportant très rapidement sur la droite, il pourrait l'esquiver avec aisance. Oui, mais c'est sans prendre en considération son choc, son état de surprise qui entravait la réactivité de son corps, qui allait nettement moins vite que son cerveau n'analysait la situation, avec une peur inavouable qui le figeait complètement.

Il n'eut donc le temps que de se tendre et de s'attendre au pire quand un facteur inattendu entra dans la ligne de mire et désamorça avec une remarquable maîtrise la menace et le drame potentiels. A la vitesse d'un éclair, quelque chose s'était rué dans son champs de vision, et ses yeux choqués prirent à peine note de l'éclat clair-obscur et métallique d'une lame parant et détournant juste à temps le projectile sujet du danger. Surpris de cette irruption encore plus imprévue, quoique touché de l'intervention en sa faveur, il secoua légèrement sa tête pour se reprendre et allait dire quelque chose en direction de son "sauveur" quand il se rendit compte que ce dernier, s'il avait rengainé son épée dans le fourreau présent sous son bouclier dans son dos, ne semblait vraiment pas heureux en faisant face au contre-maître. Il eut beau ne pas parler, son expressivité faciale disait tout ce que son silence ne pouvait - ou ne voulait ? - exprimer. La chose volante à ses côtés, en revanche, fulminait ouvertement contre l'inconscient. Ah oui, cette boule bleue, oui, c"était une fée ! Il en avait entendu parler dans son enfance !

Quoiqu'il en soit, la situation allait tourner très vilainement si cela continuait dans ce sens, le contre-maître orgueilleux refusant de se laisser sermonner par un type pas plus vieux que celui dont il avait - sans doute involontairement, dans un mauvais geste à l'origine juste destiné à lui faire peur et le secouer, rationalisera le futur jeune général des années plus tard - menacé la vie. Flatté de l'attention de l'inconnu, il n'en était pas moins perplexe que ce dernier soit aussi outré et, dans son attitude en l'absence de mots, franchement de son côté. Les yeux bleus dardaient des éclairs de colère, quand Alan prit sur lui, désireux de ne pas attirer d'ennuis à celui qui venait de l'en tirer d'un particulièrement problématique. Il se redressa lentement, regardant un peu la lame alors innocente au sol qui avait manqué de peu de attenter à ses jours avec un peu de crainte irrationnelle, comme si elle allait se redresser toute seule comme par magie et l'attaquer en traître ! Se baffant mentalement de sa stupidité, il s'avança vers le duo d'un pas rapide, posant une main prudente et hésitante quelques secondes sur l'épaule de son sauveur, un mince sourire infiniment reconnaissant et gêné envers ce dernier :

- C'est bon, je vous remercie de votre intervention, mais tout va bien. Je ne suis pas blessé, grâce à vos réflexes impressionnants, j'ai juste été effrayé ! Aussi, j'pense pas qu'il ait pensé à mal... enfin... non non, c'était certes vraiment pas futé, je suis d'accord, mais... je n'aime pas prendre sa défense, mais je veux essayer de croire que c'était un geste malheureux. Je pense qu'il voulait juste me faire peur en me frôlant pas en risquant de me... enfin...

Les regards se tournèrent vers lui, et quand l'idiot de service lui servant de patron lui lança un pas très sympathique et menaçant" De quoi j'me mêle, espèce de bon à rien ?", associé à une avancée vers lui peu rassurante et un poing tendu, replié et prêt à frapper, que l'inconnu le prit franchement très mal, pour une raison dépassant son entendement, et s'interposa une fois de plus sans son opinion, le regard sévère et glacé, les doigts du gantelet brun entourant et bloquant avec une fermeté et aisance inattendue le geste bien hostile et violent à souhait. Semblant sentir qu'il ne serait pas bon de rester dans le voisinage, son "agresseur" prit l'exceptionnelle et rarissime décision de battre en retraite et de véhiculer de méchante paroles, pour défouler sa mauvaise humeur, sur un autre bouc émissaire. Se détendant tous deux singulièrement avec le départ du bourru, bien que les yeux azurés du supposé "Héros des légendes" le suivirent jusqu'à ce qu'il disparaisse de son champs de vision comme s'il craignait un coup fourré. Puis les prunelles azures revinrent vers lui, le dévisageant avec acuité et un trouble bien visible, comme s'il essayait de se rappeler quelque chose. D'ailleurs, la fée bleue semblait en faire de même, c'était bigrement dérangeant ! Gêné au possible, il s'apprêtait à formuler une excuse pour pardonner une attitude irrespectueuse qu'il aurait pu commettre par inadvertance mais fut coupé dans ses dires très rapidement :

- Heu... sire ? Que... quelque chose ne va pas, monsieur ?

Ce fut quand l'inconnu eut une réaction tout bonnement stupéfiante et inattendue. D'un seul coup ses traits se détendirent et s'illuminèrent, comme s'il avait apprit une bonne nouvelle ou quelque chose de ce genre, un sourire nettement plus franc et lumineux se dessinant sur ses lèvres, les yeux d'un bleu céleste d'une vivacité chaleureuse qui n'était pas autant présente quand il l'avait observé de son poste sous son arbre. D'un vif geste il secoua sa tête à l'horizontale, pour lui indiquer que ce n'était pas le cas, toujours cette joie totalement incompréhensible irradiant de son visage et de sa posture, du moins pour l'hylien aux cheveux bruns rendu franchement perplexe et mal à l'aise, perdu. S'il n'avait pas peur de risquer de se tromper en postulant trop vite, il aurait juré que dans l'attitude de l'inconnu - en apparence très sympathique et chaleureux - ce dernier se comportait comme s'il avait le bonheur de retrouver un vieil et proche ami dont il aurait longtemps perdu la trace. Lui-même se comportait pareil la dernière fois que Kyle était venu en permission en ville, ou voire même avec Anar quand ce dernier s'absentait trop longtemps. Bien que le blond semblait aussi curieux et étonné de l'entendre utiliser des formules de politesse à son égard. Regardant avec attention les gens du village avec attention vigilante, puis les portes menant vers le Mont du Péril avec une gravité, sérieux et détermination surprenantes, il la reporta ensuite vers lui, cette fois toujours réjouie, chaleureuse, et bienveillante en dépit de sa réserve bien visible. Et plus le temps passait, plus l'étrange personnage lui disait quelque chose. Étrange personnage tout de vert vêtu... où et quand s'était-il fait cette constatation étonnée, cette remarque ? De plus en plus mal à l'aise, et désireux de ne pas risquer de froisser quelqu'un de si inhabituellement gentil envers lui, il essaya de se rattraper en regardant avec une timidité gênée inattendue les prunelles d'azur pétillantes de bonne humeur, et tendant une main pour saluer correctement son sauveur, se présentant en se disant que c'était la moindre des choses :

- D'accord... tant mieux, je craignais que... enfin. Merci pour tout en tout cas. Je m'appelle...

Et là l'inconnu le surprit plus encore, toujours cet étrange sourire ravi aux lèvres, il aurait juré un tantinet amusé sur le moment, quand une voix nouvelle, calme et si basse, qu'elle aurait pu lui échapper s'il n'était pas concentré sur le moment. Indéniablement masculine, confiante et bienveillante, mais très discrète, un peu comme le souffle d'une bise légère printanière ou encore le murmure d'une brise, vraiment un tout petit peu, juste un chouilla plus haut qu'un chuchotement. Enfin, il était totalement estomaqué et pris de court quand ce dernier acheva pour lui son propos en prenant la parole pour la première fois, avec une confiance déstabilisante dans sa réponse, s'avançant légèrement vers lui :

- Alan.

Surpris, un sourcil vint se hausser légèrement sur son visage, sans perdre de vue son interlocuteur, à la fois prudent et méfiant, mais aussi agréablement surpris et doublement intrigué de la bonne manière. Prenant note de son trouble visible, le mystérieux guerrier semblait surpris de son attitude, peut-être un peu blessé aussi, mais l'impression passa si vite qu'il ne peut le confirmer. Néanmoins, il n'en prit visiblement pas ombrage longtemps - ou n'était pas décidé à abandonner de sitôt - car il serra avec fermeté et confiance d'une poigne vigoureuse et amicale qui lui était tendue. Il sembla attendre quelques secondes de plus, le fixant avec intensité et peut-être un léger reproche, sans pourtant perdre une once de son sourire. Et ce fut juste après que la fée ait fait le lien et commencé à murmurer que "Ce ne serait pas ce garçon, au bourg d'Hyrule, qui..." interrompue par l'inconnu devant la perplexité grandissante de son interlocuteur. Visiblement dans le but de l'aider, il lui suppléa un autre et seul mot, et quelques autres dans cette voix si proche du murmure et si rare à entendre, très probablement son prénom dans la logique des choses, avec néanmoins un regard intense et visiblement s'attendant cette fois à ce qu'il comprenne et se souvienne de quelque chose, employant un tutoiement assez surprenant :

- Link. Tu m'avais aidé. Le passage secret du château.

Et c'est alors qu'il se figea, comme la mémoire lui revenait enfin. Incrédule, il recula d'un pas et l'observa d'un oeil plus vigilant encore, plus acéré. Voir s'il était vraiment celui qu'il disait être, et celui auquel il pensait. Bon d'accord, Link en soit n'est pas un prénom courant, et une seule de ses connaissances - enfin là, très bon ami de jeu et complice d'une journée d'enfance - le portait. Superposant mentalement l'image souvenir de l'enfant qu'il avait connu et le jeune adulte se trouvant devant lui, il put faire les rapprochements, et reposer presque trait pour trait, bien que mûris, les traits de l'enfant de courte connaissance mais qui lui avait laissé une si bonne impression amicale et illuminé sa journée, à l'adulte se revendiquant comme étant ce dernier. Il ne fit pas encore le lien entre ce qu'il avait entendu auparavant - comme quoi il serait le héros des légendes - et le reconnut simplement comme un vieil ami qui serait réapparu à sa plus grande, mais non moins lumineuse, surprise. Oui ! Le garçon qui voulait demander audience à la famille royale et dont il avait prit la défense quand les gardes l'avaient repoussé avec cette brutalité nerveuse et sévère qui leur était commune en ces temps tendu, juste avant la chute de la Citadelle... non, ne pas y penser ! Le même garçon presque muet, timide mais déterminé et attentif qui, avec qui il avait joué comme avec un camarade de jeux de son âge plus qu'un étranger pendant une bonne part de la journée en attendant le soir, en toute insouciance et candeur enfantine, avant de lui montrer comment accéder au château sans se faire repérer par un passage secret ouvert une fois la nuit tombée, avant de le quitter trop tôt comme chacun d'entre eux avait sa route à reprendre et quelque chose à faire de leur côté : l'un, s'infiltrer en douce dans le château et demander audience à la famille royale, l'autre rentrer chez lui au plus tôt et donner le billet noir confié par les soldats à sa mère. Par les déesses ! Que les Trois Grandes soient louées, il était en vie, lui au moins ! Cette fois ne masquant nullement sa surprise et sa joie réciproque de le retrouver contre toute attente en un lieu totalement inattendu, il commença à reprendre avec un rare entrain, serrant cette fois franchement la main tendue, mais fut encore coupé malgré lui :

- Link ! Comment ai-je pu oublier... mais oui ! Comme je suis heureux de...

Un grondement sourd et inattendu venant tout droit du Mont du Péril presque limitrophe au village de Cocorico l'interrompit avant qu'il ne puisse continuer, et leurs regards se portèrent vers ladite Montagne, toujours entourée de ce nuage épais noire et inquiétant au possible. Certains gardes disaient même que, comme les éruptions étaient de plus en plus fréquentes sur un autre versant heureusement du volcan, il était dangereux d'arpenter le sentier car, d'un il était infesté de monstres, de deux les Gorons étaient devenus subitement plus distants et tendus, renvoyant en bas du sentier par une roulade vigoureuse tout voyageur essayant de monter jusque dans leurs terres, et de trois surtout des débris rocheux, d'une taille impressionnante et surtout enflammés, pouvaient vous écrabouiller et vous carboniser vivant presque toutes les deux-trois minutes. Le regard de Link se fit d'autant plus déterminé et sérieux en constatant ces phénomènes, tandis que la fée bleue lui rappela l'urgence qu'il avait de se rendre au Mont du Péril et présenter son laisser-passer royal. Une telle requête ne manqua pas de l'étonner, mais Link ne lui laissa pas le temps de poser la moindre question à ce sujet. Au contraire, il serra une dernière fois l'une de ses épaules en un geste de pure amitié, le visage déterminé mais empreint d'un étrange regret inexplicable à son égard, désolé. Il s'était reculé et s'apprêtait à s'en aller - Alan ayant eut la délicatesse de ne pas insister, le respectant et l'admirant assez pour lui faire confiance et respecter le très possible caractère privé d'une telle missive, voulant ne pas se mêler de ce qui ne le regardait pas, ennuyer l'un de ses seuls amis encore en vie, et pire encore de le retarder davantage. Avec un hochement de tête compréhensif et encourageant.

Mais Link s'arrêta un moment, se retourna vers lui qui s'en allait droit vers son belvédère préféré sur les toits rouges des maison, avec un air songeur et le rejoignit en deux enjambées avant de le retenir d'une poigne ferme à l'avant-bras. Surpris, Alan se retourna et allait formuler son étonnement et son incompréhension quand le guerrier tout de vert vêtu glissa quelque chose entre ses mains, un objet, avec un regard déterminé et confiant. Étonné et curieux de nature, Alan baissa le regard sur le nouveau poids niché entre ses mains jointes. Un instrument de musique, sans le moindre doute à vent, avec des trous placés différemment et de grandeur variées. La forme était un peu hybride entre la forme abstraite et distordue d'un rectangle, dont la raideur serait totalement gommée par l'ovale dominant. Un peu comme une grosse flûte à bec en bois, ou de la largeur d'une flûte de paon, du peu qu'il avait pu voir question musique lors des fêtes rurales. Sur le dessus, à droite, il y avait une sorte de manivelle ronde d'un beige délicat qui devait peut-être altérer quelque chose dans le son, un espace pour souffler et donner vie à l'instrument, et les espaces entre les trous étaient réglementaires pour pouvoir utiliser confortablement tous les doigts d'une main.

De même, l'objet à la forme unique avait une couleur oscillant entre le vert émeraude et le beige, et outre de dégager une étrange et indescriptible aura de magie bénéfique, semblait d'une rareté et d'une valeur sans égales, bien qu'il n'en comprit pas complètement l'usage ou l'importance précise. Cependant, il lui était clair que l'objet était précieux à son ami, il lui semblait l'avoir déjà vu avec l'instrument il y a sept ans, et qu'il devait lui faire sacrément confiance pour le lui confier sans hésitation. Pourquoi ? Il voulut lui poser la question, redressant la tête perplexe quelques minutes après, mais seuls le vide et le silence lui firent face. Aussi soudainement qu'il était apparu, son ami avait disparu, sans doute reparti continuer son chemin et poursuivre son étrange et mystérieuse mission. Inquiet une fraction de seconde, il poussa un léger soupir laissant rapidement place à un mince sourire honoré et confiant. Très vite, il grimpa à l'un de ses belvédères préférés sur les toits d'une maison, attendant le feu de camps et la réunion des doyens avec une troupe de soldats réfugiés, et son attention resta portée sur le Mont du Péril, serrant avec fermeté l'instrument mystérieux lui étant confié. Aussi mystérieux que ne l'était son propriétaire initial d'ailleurs, mais peu importe. Au vent frais de la nuit approchante il souffla, sans trop croire que ses mots parviendraient à son ami retrouvé qui venait, indirectement, de lui faire la promesse en lui confiant l'objet tant de leur amitié grandissante que celle de se revoir tôt ou tard un jour. Sa voix à lui était empreinte d'un respect et d'une détermination qu'on ne lui connaissait que peu en dehors de Kyle ou de Anar :

- Link... je n'oublierais jamais plus. Je te le promets. Je ne sais pas quand, ni pourquoi... mais j'ai le sentiment qu'un jour, nous nous reverrons... ami.


[Fin du Flashback]


Et c'est pourquoi il continuait de se battre encore, à l'heure actuelle. Non pas pour nuire à l'un des rares amis encore en vie qu'il lui reste, le seul qui puisse comprendre la douleur de sa situation et de son devoir, mais pour le délivrer et espérer ainsi rendre une infime part de la dette - une des nombreuses dettes de vie - qu'il ressentait lui devoir. Tout comme le garçonnet du bourg lui avait procuré amitié, soutien et aide dans le passé, il réitérerait son geste. Il ne sacrifierait jamais un camarade. Il était totalement irrationnel et déraisonnable que le Gardien du Temps et le Héros du Temps se battent non l'un avec l'autre, mais l'un contre l'autre. Une aberration, une erreur qui se devait d'être corrigée à temps, de délivrer l'Épée d'Hyrule du maléfice qui la faisait agir contre son grès, contre sa nature. C'est pourquoi il avait planifié une stratégie pour "piéger" le mauvais esprit manipulant si honteusement son ami, risqué sa propre vie dans une tentative audacieuse qui ne blesserait pas son ami, mais ferait souffrir sans le moindre doute l'usurpateur. Il l'avait fait tomber dans son piège, se laissant presque volontairement à la portée de sa lame, en apparence lui-même désarmé. Tout cela pour qu'il soit à sa portée, à la portée d'un sort de soin et de purification que lui avait accordé Nayru dans ses fonctions. La lame bénie juste à quelques pouces de son cou, se redressant sans doute pour lui donner le coup fatal, il le prit de court en attrapant de sa main droite démunie de son gantelet protecteur le poignet de la victime involontaire, en murmurant simplement avec une expression aussi déterminée à l'aider que désolée de la douleur passagère inévitable pour y parvenir, avant de concentrer le reste de sa magie pour un dernier sortilège :

- Pardonne-moi mon ami, mais je ne peux laisser cette charogne te torturer davantage. C'est à mon tour de te venir en aide. Holy Purification !

Juste après ce terrible combat qui les avait tous deux éreintés, mais l'urgence de la situation critique pressant, Alan offrit à son ami - collègue de destinée la possibilité de ne pas le joindre dans sa quête, de reprendre des forces et de décider de son avenir s'il avait des choses à terminer en priorité ici ou ailleurs, lui-même agissant après tout non sous l'autorité de la Reine, mais celle de son propre jugement et de l'influence continuelle des Trois Grandes. Néanmoins, il fut agréablement surpris quand une main sur son avant-bras le retint juste assez pour l'arrêter comme il allait convoquer son destrier, et croiser le regard emplit de courage et de détermination du Héros du Temps, lui indiquant clairement qu'il n'avait nullement l'intention de le laisser braver seul un danger clairement important ou de le laisser tomber quand il avait le plus besoin d'aide. Et ainsi, peu après ce bref échange muet mais suffisant pour qu'ils se comprennent mutuellement, les deux hérauts des déesses avaient enfourchés leurs montures respectives - la belle jument alezane brûlé aux crins clairs Epona pour Link, le noble et fier étalon de guerre d'un bai cerise Sysco pour le jeune général. Et c'est ensemble, après un cri de guerre et de défi aux créatures de la nuit et pions du mal que le Héros du Temps et le Gardien avaient chargé, en parfaite synchronisation, épée de lumière et arc béni dégainés, armés, sans la moindre hésitation et en toute confiance que l'autre assurerait les arrières du premier. Les deux Héros d'Hyrule, mais aussi deux amis de longue date, l'Épée et le Bouclier d'Hyrule et des déesses, se jetèrent ensemble dans les hostilités, déterminés à défendre un même et seul objectif : la terre qu'ils chérissaient, le retour de la paix et de la justice si précieuses, agir de concert pour garder l'autre en vie et ainsi se soutenir mutuellement dans le dur fardeau qui était le leur. Ensembles, les fragments du Courage et de l'Ombre résonnèrent avec puissance, promettant une funeste destinée aux forces qui chercheraient à mettre à mal Hyrule et les valeurs en lesquels ils croyaient, avaient tout donné pour préserver.


La vie est une longue route distordue,
Infinies sont ses grandes possibilités,
C'est au croisement de ces sentiers,
Que son pouvoir unique est révélé.

La vie est puissante : imprévisible,
Elle crée et unit, sépare et détruit,
Des inconnues sur ces chemins,
Se rencontrent selon leur destin.

Dans une heure sombre, triste et décisive,
Le héros de lumière et le guerrier de l'ombre,
Voient leurs routes se recroiser dans la pénombre,

Mais à peine réunis déjà séparés, le destin remit en route:
L'un repartit au loin, sur un sentier et un mont si périlleux,
L'autre attend ici, l'appel proche des Gardiennes des cieux.