Titre : Tabloïds
Auteur : Clôtho
Couple : 1x2
Disclaimer : Il semble que rien ne m'appartienne. Trop dommage.
Petite note : Avant de partir en vacances, je tenais à poster la suite et fin de cette petite histoire… En espérant que ça vous plaise^^ !
Remerciements aux reviewveurs anonymes de cette fic : Appy (pour tous tes encouragements, ton enthousiasme et tes interrogations, j'espère que tu as toutes tes réponses ! Un grand merci !) Caleann (pour les compliments et ton encouragement, j'espère que le rating pas vraiment justifié mais mis par mesure de sécurité ne te décevra pas trop^^0) Narcyss (pour ton encouragement et tes compliments, j'espère que cette fic t'apporte toujours autant de plaisir) Youckou (un grand merci pour ton petit mot) et enfin Popsi (les reviews comme les tiennes font partie des meilleures^^ du plaisir apporté au lecteur, une bonne journée et le sentiment qu'on partage un petit moment d'amusement avec quelqu'un^^)
A tous les autres, je vous ai répondu !
Merci !
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-Quelle heure est-il ? demanda Heero, regardant le plafond machinalement.
Allongé dans ses bras, Duo réprima un bâillement avant de jeter un coup d'œil à sa montre.
-17h27.
-Je dois y aller ! s'exclama le japonais, sortant de sa torpeur.
Il se leva rapidement, soutenant le corps de Duo avec précaution avant de le reposer sur le lit.
-Reste ici, protesta l'américain en le retenant par le bras.
-Je ne peux pas.
Heero embrassa Duo sur le front pour se faire pardonner et se rendit compte qu'il ne pouvait plus se reculer, deux bras le retenant avec fermeté.
-Encore une heure de plus, tu prendras la navette suivante…
-Le billet n'est pas échangeable, Duo.
-Reste ici pour la soirée… On regardera un programme débile à la télé et on s'endormira devant…
-Très tentant, vraiment, sourit le japonais, haussant un sourcil ironique.
-Reste ici pour la nuit…
-J'ai du travail.
-Rien qu'une petite journée dans ta semaine…
-Des réunions.
-Quelques heures volées dans ton programme…
-Et un stagiaire perdu à orienter dans l'ambassade. Il faut que j'y aille.
-Embrasse-moi.
Heero s'exécuta avec douceur et Duo relâcha l'emprise de ses bras, le laissant se relever complètement. Il s'assit sur le lit, regardant Heero évoluer dans la chambre, saisir sa mallette et sortir.
Avec une petite moue, Duo le suivit, l'accompagnant jusqu'à la porte d'entrée.
-Fais attention à toi, sourit-il en remettant en place une mèche de ses cheveux.
Heero lui fit un léger sourire avant de tourner les talons et de s'en aller, refermant la porte derrière lui.
Duo fixa la porte encore un moment, sentant une vague mélancolique l'envahir. Ces séparations étaient des petites piques désagréables trop régulières pour être ignorées.
Autant de séparations que de retrouvailles, songea-t-il.
Mais la durée n'était pas comparable. Se voir pour quelques heures, dans le meilleur des cas, une journée, et savoir que cet état risquait d'être permanent… Ce n'était pas l'idée du bonheur qu'il avait souhaité.
Même si ces instants volés donnaient furieusement envie de s'accrocher.
&
Duo Maxwell, nostalgique de Heero Yuy ?
En même temps, qui pourrait l'oublier ?
-Oui, carrément… Je veux te voir, gémit Duo en regardant la photo souriante du japonais, prise pendant son séjour en Corée. Pour une fois que les journalistes ont raison… Même si leurs infos sont bidons, comme d'habitude…
Duo récupéra l'article sur Internet et l'envoya par mail à Heero, dans un élan d'autodérision.
Il attendit quelques minutes une réponse éventuelle qui ne vint pas et décida d'aller se prendre un café, histoire de chasser ses pensées qui dérivaient vers d'autres cieux.
Quand il revint, il effectua une nouvelle vérification de ses mails avant de se plonger dans son travail constatant avec une grimace que Heero n'avait pas daigné répondre.
Alors quand le soir même, il vit Heero débarquer chez lui avec sa mallette habituelle et un gros sac noir, il le laissa entrer, trop surpris pour dire quoi que ce soit.
-Deux jours, annonça Heero en posant ses affaires dans le couloir.
-T'as pris des jours de congé ? interrogea Duo, incrédule.
A la grimace du brun, il esquissa un sourire.
-Si tu me prêtes ta connexion Internet, je prépare le dîner, proposa le japonais d'un ton professionnel.
-Tu peux rester ici autant que tu veux, affirma Duo en le traînant dans le salon par sa cravate.
-Tu prends des risques, je pourrais te prendre au mot, rétorqua Heero en effleurant ses lèvres des siennes dans un jeu lent et sensuel.
-Si seulement, murmura l'américain d'une voix rendue grave par ses caresses.
&
-Tu prends quoi le matin ? Café, thé, chocolat chaud, yaourt, fruit, croissant ? Je n'ai pas de tartelettes aux framboises, je te préviens, avertit Duo en finissant de nouer sa natte, entrant dans le salon.
Heero était déjà préparé, une chemise blanche rendue peu à peu transparente au contact de ses cheveux mouillés qu'il n'avait pas séché. Il était habillé exactement de la même manière que s'il allait devoir se rendre dans ses bureaux sur L1.
C'était presque comme s'il allait s'en aller dans une minute pour attraper sa navette, comme d'habitude.
La seule différence ce matin, c'était son ordinateur installé sur la table du salon et sur lequel il pianotait de temps à autre avant de se replonger dans la lecture d'un dossier conséquent.
-Un café, merci, répondit brièvement le japonais sans quitter ses papiers des yeux.
Duo attacha les boutons de ses manches et sortit deux tasses de son placard.
-Tu es levé depuis quand ? demanda-t-il en réprimant un bâillement.
-Six heures.
Duo sursauta, ne s'attendant pas à ce que la voix soit si proche de lui.
Se retournant, il vit Heero qui le dévisageait ouvertement, tranquillement.
-On déjeune ensemble ? proposa-t-il.
Duo sourit, hochant la tête.
-Tu t'es levé tôt, remarqua-t-il, s'asseyant sur un tabouret de la cuisine.
-J'ai du travail, expliqua Heero.
-Moi aussi mais je t'assure que je n'en fait pas autant.
-On est débordé en ce moment…
-Ceci explique cela… fit semblant de comprendre Duo. Tu es toujours débordé Heero.
-Tu finis à quelle heure ce soir ? interrogea le japonais, évitant délibérément le sujet d'un sourire.
-18 heures, et t'as intérêt à être toujours là quand je rentrerai.
-Je ne bougerai pas d'ici, promit le jeune homme.
-On se voit ce soir alors ? sourit Duo, l'air ravi.
Heero émit un léger rire, hochant la tête.
-Il semblerait.
Il se leva pour prendre le café et en versa une tasse pour Duo avant de se servir lui-même.
-N'essaie même pas de me dire que tu le trouves trop corsé, c'est comme ça que je l'aime, l'avertit l'américain en y trempant ses lèvres.
Heero esquissa un sourire, buvant une gorgée.
-Ca tombe bien, finit-il par dire en reposant la tasse devant lui.
-Quoi, tu aimes ?
Heero l'interrogea du regard, cherchant l'origine de sa surprise.
-Wufei râlait toujours quand je préparais le café. Il rajoutait une tonne de lait et de sucre pour faire passer le goût. Quatre n'aime pas non plus et Trowa a avalé mon café avec l'air de quelqu'un qui vient d'ingurgiter une mauvaise nouvelle. Sans parler de Réléna qui l'a recraché.
-Il semble que je sois plus tolérant.
-On est fait pour s'entendre ! se réjouit le jeune homme, étirant ses bras derrière sa tête.
-Tu en doutais ? sourit Heero.
-Je suis heureux que tu sois là, répondit simplement Duo, lui souriant en retour.
&
Et Duo eut encore beaucoup d'occasions de sourire, savourant le bruit qu'il faisait lorsqu'il était dans la pièce d'à côté, s'amusant de ses cheveux décoiffés au réveil et de sa propension à ignorer totalement le monde qui l'entourait lorsqu'il travaillait.
Duo aimait lorsque Heero levait le nez de son dictionnaire et qu'il lui souriait avant de pincer les lèvres et de replonger dans ce qu'il faisait, la bouche tordue dans des mots incompréhensibles, à peine esquissés dans son jargon politicien.
Duo aimait la façon dont Heero se mettait à l'écart, juste avant de dormir, repoussant son contact, parce que Duo avait compris que Heero ne le faisait que lorsqu'il se levait tôt le lendemain et qu'il avait peur de le réveiller en se levant.
Duo aimait le café encore plus corsé que le sien que préparait Heero et sa manière discrète de poser le sucre à côté de la table, l'air de rien, au cas où.
Duo aimait même la mine fatiguée de Heero, lorsque ses yeux le suivaient lentement à travers la pièce mais qu'il s'obstinait à vouloir finir son travail en cours.
Et lorsqu'il considérait sa journée comme terminée, Heero recherchait sa présence.
Il posait sa tête sur ses genoux quand il regardait les informations télévisées.
Il avait toujours ses doigts accrochés à ses vêtements, à portée de câlins.
Et Heero avait la mauvaise habitude de faire plein de grimaces quand Duo se lavait les dents, juste pour le plaisir de le voir recracher son dentifrice un peu trop tôt ou d'éclabousser la glace.
S'ensuivaient des courses-poursuites dans l'appartement, finissant en éclats de rire, affalés l'un sur l'autre dans le canapé ou sur le tapis, selon l'endroit où Duo finissait par rattraper l'espiègle japonais.
-Tu as une double-personnalité, conclut Duo, après avoir immobilisé le jeune homme.
-Seulement celle du public et celle du privé, sourit Heero. Il te reste du dentifrice…là, indiqua-t-il en passant son pouce aux commissures de ses lèvres.
-La faute à qui ? grogna l'américain avant de se relever et de se diriger vers la salle de bain pour se rincer la bouche.
-Wufei va emménager chez Réléna… annonça Heero en le rejoignant peu après.
-Hum. Oui, il m'en a parlé. Il faut que je trouve un nouveau colocataire d'ici septembre avant de me trouver en rade.
-Tu passes des auditions ?
-Tu veux dire, est-ce que je vais demander à mon futur colocataire s'il accepte que mon petit ami s'invite de temps à autre ici ?
-Par exemple, sourit Heero.
-Faudra bien qu'il accepte. C'est une condition sine qua none.
Duo se retourna, faisant face au japonais. Il posa ses mains sur sa taille, ne le quittant pas des yeux.
-Pourquoi tu me poses toutes ces questions ? T'es jaloux de la personne qui partagera mon quotidien ? le taquina-t-il.
-Pas du tout, répondit sincèrement le jeune homme. Je pensais que tu voudrais changer d'appartement. Profiter de la fin du bail et emménager seul…
- Ce sera trop petit ! Comment je ferai lorsque tu viendras, hein ? demanda Duo. Et puis, je me suis attaché à cet appartement… Mon grand lit, la grande cuisine, le salon et même la petite entrée un peu étroite…
Heero passa doucement sa main sur son visage, souriant.
-Et puis c'est moi qui ai fait le papier peint dans ma chambre. Et j'ai posé quelques carreaux dans la salle de bain. Et l'étagère fixée au mur là… continua d'énumérer Duo.
-Et si tu ne trouves pas de nouveau colocataire ?
-Je le louerai pour deux. Mais ça risque d'être un peu juste pour mon budget…Je te ferai peut-être payer un loyer pour les quelques jours que tu passes ici…
-Escroc. Je ne te fais pas payer quand tu t'invites chez moi.
-Je me débrouillerai autrement alors, fit mine de soupirer Duo avant de sourire et d'embrasser le jeune homme.
Heero lui rendit son baiser, se laissant entraîner jusqu'à la chambre puis coucher sur le lit avec une bonne volonté évidente.
&
Et puis vint le moment du départ, et Duo sentit cette sensation de déchirure, parce qu'il savait que Heero ne reviendrait plus aussi souvent.
Parce que Heero le lui avait dit.
Que ce n'était pas possible, qu'il avait vraiment du travail et qu'il fallait qu'il se concentre.
Ce n'était pas possible s'il prenait constamment les navettes intergalactiques.
C'était fatiguant.
Et Duo savait qu'il avait raison.
Depuis le début, il le savait.
Il l'avait bien vu quand il était allé sur L1.
Il y avait eu le décalage horaire.
Il y avait eu les pertes de temps dans les queues et les enregistrements.
Le transport.
La fatigue.
C'était difficile de se motiver pour travailler le soir lorsqu'il revenait de L1.
Et Heero avait fait l'aller-retour plus souvent que lui.
Mais Heero ne mentait pas avant, lorsqu'il disait qu'il n'avait pas le temps d'aller sur L1 pour rendre visite à ses amis.
Il ne les trompait pas lorsqu'il y venait pour un jour seulement et n'avait que le temps de les saluer autour d'un café avant de courir attraper la dernière navette.
Duo avait vu les cernes, les soupirs agacés.
Il avait vu la contrariété se peindre sur ses traits quand il venait le taquiner alors qu'il travaillait encore, assis autour de la table du salon.
Il y avait lu l'agacement, il avait vu son regard noir, un regard sérieux, plein de colère lorsqu'il avait persisté. Mais il n'ouvrait pas la bouche, il se contentait de pincer les lèvres, de laisser l'air sortir par ses narines, de prendre sur lui.
Mais pendant les repas, il était là, présent, concerné. Il était souriant, il était agréable, il le rendait amoureux.
Et la nuit, Heero se faisait doux, et ses mains venaient le chercher, il se blottissait contre lui avec un soupir d'aise, et il posait son oreille contre son dos, pour entendre son cœur battre, pour s'endormir avec cette horloge humaine, ce battement vivant qui résonnait en lui.
&
-Reste ici… demanda Duo, tenant serré entre ses doigts la mallette de Heero.
-J'ai du travail, répondit le jeune homme, d'un ton habitué, avec un regard qui interrogeait l'autre sur la raison d'aborder ce sujet qui fâchait, juste quand il s'en allait, juste quand il connaissait la réponse, parce que ça faisait tellement de fois que Duo lui avait fait cette requête.
On aborde toujours les sujets importants au dernier moment, à la dernière minute, alors qu'on a déjà un pied dehors.
-Alors, démissionne. Et viens vivre à Sank. Reste avec moi, Heero. Il y a de la place ici. Je n'aurais pas besoin d'un colocataire, je t'aurais toi.
-Je ne peux pas. J'ai des obligations. J'ai pris un engagement.
-Heero… murmura Duo d'un air triste. Tu peux recommencer une nouvelle vie ici. Tu ne dois rien à L1. On a assez souffert comme ça, tu ne crois pas ? Tout le monde est ici. Réléna, Quatre, Trowa, Wufei… Moi.
-Je vois que Réléna t'a tenu son discours habituel.
-Reste. Je ne veux pas d'une vie de courant d'air. Ici, tu pourras faire ce que tu veux, tu pourrais aussi devenir ambassadeur de Sank, si tu souhaites rester dans la politique.
-Tu vas me recommander, Duo ? Je sers mon pays, pas le plus offrant. Et si j'apprécie Sank, j'ai gardé des liens forts avec ma colonie d'origine. Et je m'en suis crée des nouveaux ces dernières années.
Heero poussa un soupir, passant sa main dans ses cheveux.
-J'ai déjà dit tout ça à Réléna.
-Tu ne veux pas y réfléchir ? insista encore l'américain.
-Pourquoi me demandes-tu quelque chose que tu ne pourrais pas faire, toi ? Je ne t'ai jamais demandé de tout quitter pour venir sur L1 parce que je connais l'importance de ton travail pour toi. Pourquoi me demandes-tu quelque chose que je ne me suis pas permis de demander ?
-Parce que je te veux auprès de moi ? C'est trop égoïste ? Il fallait que je demande, expliqua Duo en rendant la mallette.
Heero esquissa un sourire.
-Je suis flatté de ta proposition. Franchement, ça me rend un peu heureux. Mais je ne peux pas accepter.
-Notre situation te convient ?
-Non. Mais je sais que je l'aimerai.
-Parce qu'on n'a pas le choix, hein ?
-Exactement. Je ne te laisserai pas le choix, murmura Heero avant de l'embrasser doucement au creux du cou, avant de se retirer et de sortir de l'appartement.
On aborde toujours les sujets importants à la dernière minute, quand il est déjà trop tard.
&
Heero Yuy regretterait son ex, Duo Maxwell.
« Quand il parle de Duo, c'est toujours en termes élogieux. »
« A la façon dont il parle de lui, on se dit qu'il regrette d'avoir rompu.», déclare une source.
&
-Vous avez rompu ?
-Non. Je ne veux pas. Et il ne veut pas. C'est juste que la situation n'est pas facile.
-Sans blague ? Franchement, faut être dingue pour s'engager dans ce genre de relation.
Duo ne répondit rien, les yeux rêveurs, orientés vers le sourire.
Alors ils étaient dingues.
&
-Heero ? T'es pas chez toi ? demanda Duo en posant ses valises dans l'appartement, soutenant son téléphone portable d'une oreille.
-Euh… T'es chez moi, là ? Je suis chez un ami, on…
Il y eut un léger silence et Duo devina que Heero parlait avec une tierce personne, étouffant le combiné de sa main.
-Ecoute, je viens te chercher, d'accord ? finit-il par dire après un moment.
-Heero, si je dérange, tu peux…
-Qu'est-ce que tu racontes ? Tu es venu pour me déranger, le taquina le japonais. Je suis en route là, tu ne bouges pas, d'accord ?
Dix minutes plus tard, il l'embrassait sur le palier, l'étreignant contre lui.
-Deux semaines sans toi, c'était trop long, plaisanta Duo peu après. Tu comprends, j'ai un peu de temps dans mon planning, je me suis dit que je pouvais m'immiscer au moins pour une soirée… Où est-ce que tu m'emmènes ? demanda-t-il alors que Heero l'entraînait à sa suite dans l'ascenseur.
-Je te l'ai dit. J'étais chez un ami. Et il t'invite gentiment à dîner.
-Hein ?
-On avait prévu de se faire une soirée entre nous, Shen Ruo He fait une allocution ce soir en direct et on voulait la voir ensemble pour en parler… expliqua Heero en ouvrant la portière de sa voiture, invitant Duo à y monter. C'est un sénateur, ajouta-t-il brièvement, se doutant que Duo ne connaîtrait pas forcément toutes les figures politiques de L1.
-Je dérange vraiment alors, grimaça le jeune homme, en regardant l'horizon se découper rapidement devant lui.
-Mais non, je suis content que tu sois là, fit Heero, pressant son genou dans un geste rassurant, avant de passer sa cinquième.
-Mais je vais vous déranger…
-Je suis désolé de t'imposer ça, je sais que tu n'es pas féru de politique, mais c'est important que j'y sois. Et puis ça te donnera l'occasion de faire la connaissance de Ha Rim. Réléna m'a dit que tu posais quelques questions à son sujet… sourit le japonais, moqueur.
-On va chez lui là ? demanda aussitôt Duo.
Seul le rire de Heero lui répondit, et Duo se sentit tout d'un coup mieux, comme si on le libérait d'un poids.
Il lui avait manqué.
-Et si tu as peur de t'ennuyer, je te rassure, Octave et Will ne s'intéressent pas non plus à ce qui va se dire. Le projet n'aborde pas leur domaine de prédilection.
-Attends, mais vous êtes combien ? Je croyais que tu étais seul chez Jin Ha Rim…
-Non non, on est cinq, avec toi, ça fait six, répondit Heero.
-Tous en politique ?
-On a fait nos classes ensemble. Will est secrétaire d'état et accessoirement, un cas social avec sa femme. Octave et Auguste sont députés et Ha Rim est le ministre des finances… mais ça, tu le savais déjà, n'est-ce pas ? ajouta-t-il malicieusement.
-Très drôle.
-Vous vous entendrez bien, prédit le japonais.
Quelques minutes plus tard, Duo faisait leur connaissance, constatant avec surprise qu'ils étaient tous relativement jeunes, la moyenne d'âge tournant autour de 26 ans.
Après s'être fait confirmer que c'était plutôt exceptionnel et que la plupart des autres députés et des personnes qu'ils croisaient dans leur vie professionnelle avait au moins le double de leur âge, Duo se vit inviter à s'asseoir autour de la table où ils étaient tous assis.
-En fait, on s'est rapproché à cause de notre âge au début, expliqua Ha Rim en souriant. C'était trop pénible de se faire toujours traiter avec condescendance par les aînés.
-Tu m'étonnes ! sourit Auguste. Les petits jeunes influençables… Ca m'avait bien fait rire.
-Et donc tu es architecte, Duo? enchaîna Ha Rim.
-Oui, avec tout ce que ça inclue de crayons à papier aux mines cassées, d'affiches gribouillées et autres règles de toutes sortes…
-Son appartement en est envahi, expliqua Heero d'un air désolé, déclenchant un éclat de rire général.
Et Duo découvrit une nouvelle facette de celui qu'il aimait.
Une aisance qu'il n'avait pas quand il était à Sank, un humour partageur, une place où les autres ne semblaient pas craindre de le mettre en boîte, de le pousser gentiment ou de la décoiffer.
Il n'y avait pas de distance instaurée, pas de glace invisible à laquelle se heurter.
Et Duo qui s'attendait à ce que le sujet soit essentiellement politique ce soir-là fut forcé de constater que ce n'était pas le cas.
On parla d'assurances automobiles, de la voisine qui venait taxer le sucre tous les weekends chez Ha Rim, du contenu des assiettes qui approchait l'esthétique parfaite d'une flaque de boue quand vint le dessert au chocolat et un peu du passé de Heero qui intriguait ses amis.
-J'ai pas mal de dossiers à vous raconter là, sourit Duo. Si seulement Heero n'en avait pas autant sur moi… ajouta-t-il d'un ton désolé.
-On est déjà au courant pour tes habits hors norme de l'époque, il nous a montré une photo, affirma Octave.
-Pardon ?
-Ah oui, les poches géantes ! se rappela Will, éclatant de rire.
-Heero nous a aussi parlé de la fois où tu as réveillé tout le monde parce qu'il y avait une araignée sur ton mur… déclara Octave.
-Mais c'est f… commença Duo, indigné.
-Ah oui, il avait pas parlé d'insecte tellement insignifiant qu'il en avait ri toute la nuit ? le coupa aussitôt Auguste.
-Si, si ! approuva Ha Rim vigoureusement. Et juste après, il nous avait mimé la scène !
-Et je suppose qu'il n'a pas évoqué la fois où il était tellement drogué que… tenta d'insinuer Duo, dans un esprit revanchard.
-Tu pourrais au moins te rendre compte qu'ils sont en train de t'embrouiller, non ? intervint Heero, poussant un soupir désabusé.
-C'est quoi cette histoire de drogue ? sourit Octave, les yeux brillants.
Faisant le tour de la table des yeux, Duo remarqua l'amusement de tous, le regardant avec attention, dans l'espoir qu'il continue sa phrase.
-Je vois, constata Duo avec un sourire d'autodérision. Vous vouliez me faire parler. Heero ne vous a jamais raconté cette histoire d'araignée, et je me suis complètement fait avoir… Pardon Heero, je suis désolé, ajouta-t-il à l'adresse de ce dernier, joignant les mains dans un geste de supplique, riant à moitié. J'aurais dû savoir que tu ne mentirais pas. Je me disais bien que ça ne te ressemblait pas…
Les éclats de rire qui s'ensuivirent confirmèrent ce qu'il venait de constater et il jeta un coup d'œil à Octave qui en était l'instigateur.
-Et donc, cette histoire de drogue ? demanda à nouveau celui-ci, souriant de plus belle.
-Tu rêves, répliqua Heero d'un ton ironique.
-Oui enfin tu as quand même balancé le coup de la photo, se rappela Duo, faisant mine d'hésiter.
A ce moment, un nouvel éclat de rire vint l'interrompre, et Auguste lui expliqua entre deux fou-rires que c'était Réléna qui la leur avait donnée.
A ce moment Ha Rim les invita à s'asseoir dans le canapé, étant donné que le discours allait bientôt commencer.
-Où est le pouvoir ? demanda-t-il soudainement, cherchant autour de lui.
-Le pouvoir ? interrogea Duo, fronçant les sourcils.
Autour de lui, les jeunes gens jetaient des coups d'œil rapides autour d'eux, soulevant des coussins à l'occasion ou déplaçant un vase.
Finalement, Octave émit un soupir de satisfaction avant de s'installer dans le canapé, la télécommande à la main.
-Et voilà, sourit-il en zappant sur la bonne chaîne, Duo comprenant que ce qu'ils appelaient tous le pouvoir n'était autre que l'objet qu'il venait de reposer sur la table basse.
Comme un code connus d'eux seuls, mais dont ils n'avaient plus conscience qu'il en était un. Ces gars-là devaient se voir vraiment souvent…
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous confortablement installés, suivant l'allocution du sénateur Shen.
Quelques commentaires fusaient ça et là de temps à autre, venant surtout de la part d'Octave et de Will, faisant rire Duo.
Ha Rim avait laissé ses jambes sur celles de Heero, s'allongeant à moitié sur le canapé. La proximité avait l'air naturelle, habituelle. Quand Ha Rim prit le verre du japonais pour en boire une gorgée au passage avant de le rendre à son propriétaire, le geste passa de la même manière, glissant avec aisance dans leur attitude.
Duo leur jetait de temps à autre des coups d'œil, ne pouvant que constater leur proximité sans vraiment savoir quoi conclure.
L'allocution dura moins d'une demi-heure et fut suivi d'une longue discussion entre les jeunes gens auquel Duo ne prit pas part, se contentant d'observer le petit groupe s'animer et débattre entre eux.
Duo constata qu'ils n'avaient pas tous les mêmes convictions politiques, ce qui dynamisait leur discours et finissait en éclats de rire général, leur bonne entente primant sur leur esprit de contradiction.
-Franchement, je doute que l'opinion publique soit de son côté. Ca aurait quand même un goût amer, objecta Will.
-Là, il a raison, intervint Auguste.
-C'est si gentil à toi de me soutenir ! sourit le secrétaire général.
-Je ne dis ça que dans son intérêt, rétorqua Auguste, déclenchant un rire général.
Jin Ha Rim et Heero complétaient mutuellement leurs phrases, partageant visiblement le même point de vue, unis par une réelle complicité.
Les amis finirent par inventer des tactiques complètement tordues pour faire passer leurs projets de lois, s'appuyant soit sur le statut d'ambassadeur de l'un, soit sur le statut de ministre de l'autre.
-Et si le gouvernement ne suit pas ? demanda Octave avec un haussement de sourcil.
-Peut-être qu'ils nous jetteront leurs stylos, ironisa Ha Rim, faisant brièvement sourire Heero.
Peu après, le sujet fut abandonné et on revint à d'autres auxquels participa activement Duo, entraîné dans les conversations et les alimentant d'une pointe d'humour et de bonne humeur.
&
-Ils sont sympas… Je ne m'attendais pas à…
-Ce qu'ils le soient ? compléta Heero d'un air indifférent, posant ses clés de voiture sur la table.
-Peut-être. Tu n'en parles jamais. Je m'imaginais des collègues de travail plutôt ennuyeux.
-On n'est pas vraiment collègues, signala le japonais obligeamment.
-Vous vous entendez vraiment bien.
-C'est vrai. Bien qu'Octave ait tendance à trop calculer ce qu'il fait… répondit pensivement Heero.
-Et…
-Ah.
-Comment ah ?
-Je suppose que tu vas renouveler ton intérêt envers Ha Rim. Parce que tu veux savoir à quel point on est lié.
Duo resta silencieux un moment avant de sourire d'un air coupable.
-Tout juste. Vous avez vraiment l'air… intime.
-On ne l'est pas.
Duo ne répondit rien, se contentant d'observer les étagères autour de lui, le manque de bibelot, le manque de tableaux aux murs, juste des livres pour son travail…
-On ne l'a jamais été, précisa Heero.
Un silence ensuivit la remarque et Heero soupira, souriant à demi.
-Ha Rim m'a collé toute cette soirée juste pour ce résultat… Ca se paiera, affirma-t-il.
Devant le froncement de sourcils de l'américain, Heero sourit plus franchement, se rapprochant de lui.
-Il lit aussi la presse étrangère tu sais ? Et ça l'a bien fait rire… Je suppose qu'il voulait voir ta réaction. Mais je ne pensais pas que tu y croirais.
-Un peu. C'était peut-être un de tes ex donc… Tu es différent avec eux.
-Différent ?
-Plus… accessible.
-… Peut-être. Non, en fait, je suis exactement le même, réfléchit Heero. C'est juste eux qui osent plus.
Duo resta silencieux un moment, laissant l'idée faire son chemin dans sa tête.
Peut-être.
Peut-être que c'était vrai.
-Et peut-être que comme ils osent plus, je suis plus ouvert, poursuivit simplement le japonais.
Tu as juste l'habitude d'être comme ça avec eux. Comme tu as l'habitude d'être un autre avec nous. Peut-être que c'est une attitude difficile à changer quand tu es connu sous un certain angle… Peut-être que j'aurais dû plus oser moi aussi pour me rapprocher de toi…
Parce que c'est toi qui as franchi la distance entre nous.
Duo fronça les sourcils, se retournant vers Heero.
-Pourquoi l'appartement de Ha Rim est bien plus grand que le tien ?
-C'est un ministre. Il a un appartement de fonction.
-Pas toi ?
-On me l'a proposé, hésita le japonais un moment.
-Et tu as refusé. Tu n'as même pas décoré ton intérieur, constata Duo.
-Et c'est seulement maintenant que tu le remarques ? se moqua le jeune homme en se rapprochant de lui, lui faisant face.
-Je pensais à autre chose… avoua l'américain en fixant son regard sur les lèvres tentantes du brun.
-Ah oui ? sourit Heero en haussant un sourcil suggestif, laissant ses mains remonter lentement le t-shirt de son amant.
&
Duo Maxwell : Heero Yuy, de l'histoire ancienne.
-Tu vois, ils tournent finalement la page… remarqua Quatre.
-Faudrait surtout pas qu'ils apprennent où je vais demain soir… répliqua Duo, souriant.
-Ca recommencerait de plus belle. Ca titrerait « réconciliation inespérée » ou quelque chose dans le genre, ajouta Réléna.
-Je te soupçonne vraiment d'être une de leur journaliste.
-Si seulement j'en avais le temps… soupira la jeune femme.
&
-Tu ne peux vraiment pas faire un passage à Sank ? insista Duo.
-Je n'ai pas le temps. J'ai au moins une réunion par jour que je ne peux pas annuler.
-Alors le temps des deux jours avec emprunt wi-fi est révolu ? bouda le jeune homme en tirant sur sa chemise.
-Disons que c'était exceptionnel. J'ai des réunions prévues jusqu'au mois de mai, expliqua le japonais en se dégageant doucement.
-Ca fait deux mois !
-J'ai déjà réservé une journée pour l'anniversaire de Trowa, je ne peux pas faire plus.
-Aucune réunion que tu pourrais zapper ?
-Il y avait bien celle de ce soir, j'y ai envoyé mon stagiaire. Je fais mon maximum Duo.
-Je sais… C'est juste que les moments où on est ensemble sont de plus en plus rares…
-Ca les rend bien plus précieux, sourit Heero facticement.
-Fous-toi de moi…
-En ce moment, je ne peux pas me permettre le moindre faux-pas.
-Tu es surveillé par ta hiérarchie ?
-On peut dire ça comme ça, fit légèrement le japonais.
-Vrai ? demanda Duo, son ton se faisant plus sérieux.
-Rien de grave. Tu préfères avec ou sans gruyère ?
-Comme toi.
&
Une sonnerie retentit, brisant le calme silencieux de la pièce.
-Non ! soupira Duo en voyant Heero se lever pour saisir son portable.
Avant qu'il ait pu décrocher, le jeune homme l'avait rattrapé, lui arrachant le téléphone des mains.
-Non ? sourit Heero, patient.
La sonnerie retentissait toujours, stridente et déplaisante.
-S'il te plait, demanda Duo en lui faisant les yeux doux.
-Qui c'est ? interrogea finalement le brun.
-Contact 4, répondit l'américain, ne pouvant dissimuler son amusement devant l'appellation.
-Raccroche, répliqua aussitôt Heero.
Duo ne se le fit pas dire deux fois, souriant.
-C'était qui ?
-Will. Will et ses problèmes maritaux, exposa le japonais en se dirigeant vers la cuisine pour se servir un verre d'eau. Tu en veux ? proposa-t-il en agitant la bouteille devant lui.
-Non merci, refusa Duo en parcourant le répertoire du téléphone.
Une première fois.
Une seconde.
La troisième lui fit froncer les sourcils.
-Heero ? appela-t-il. Je suis pas dans ton répertoire ?
La porte du frigo se referma avec bruit tandis que le brun se retournait pour le dévisager.
-Je connais ton numéro par cœur, expliqua-t-il avec un sourire bref.
-Tu ne m'as pas mis dans le groupe « famille » ? Même Dorothy y est, remarqua Duo, vexé. Je suis… dans les contacts ? Les amis ?
-Tu n'es nulle part, affirma simplement Heero avant de boire une gorgée de son verre.
-Pourqu… commença Duo avant de s'interrompre et de rougir brusquement.
Les yeux du brun se détournèrent de ce spectacle, s'attardant sur les murs alentours.
-Tu ne l'as pas parce que je ne te l'ai pas donné, murmura Duo.
Un silence éloquent suivi cette déclaration.
-Je l'ai donné à tout le monde quand je l'ai changé… Lors d'une soirée à Sank… Et tu étais absent, poursuivit le jeune homme lentement. Pourquoi tu ne me l'as pas demandé ?
-T'étais pas obligé de vouloir me le donner. On ne se téléphonait jamais. Par principe.
-C'est stupide ! Je ne m'en étais même pas rendu com…
-C'est comme ça que je marche, le coupa le japonais en reposant machinalement le verre derrière lui.
Duo le regarda un moment, gardant le silence avant de se mordre la lèvre inférieure.
-C'est un principe… charmant, finit-il par déclarer en rompant la distance qui les séparait d'un pas. Heero, regarde-moi, intima-t-il doucement. Tu es vraiment, vraiment… charmant, acheva-t-il en posant ses lèvres sur les siennes.
Ses mains vinrent s'attacher dans son dos avant de descendre lentement au niveau des hanches et de soulever le japonais, le plaquant contre la porte du frigidaire. Le brun laissa ses jambes entourer son corps, passant ses bras autour de son cou.
-Et je suis désolé de t'avoir oublié… Tu m'en veux ? demanda-t-il en cherchant à percer le mystère des yeux à demi-clos.
-Hm.
Indécis sur la signification de la réponse, Duo essaya d'en deviner le sens à travers les yeux du japonais qui évita son regard, laissant sa tête reposer sur son épaule.
-Si je te donne mon numéro maintenant, tu accepteras de l'enregistrer ? proposa le jeune homme en déposant un baiser à la base de son cou.
Pour toute réponse, Heero resserra leur étreinte et Duo se permit un sourire.
-Et tu le classeras dans « famille » ? demanda-t-il.
-Réléna pensait que je t'avais supprimé de ce répertoire à cause des articles de journaux, répondit finalement le japonais d'un ton amusé.
-Vraiment ?
-Elle devait se dire que je pensais à l'inceste…
-On va éviter le classement familial alors ?
-Juste pour ne pas la traumatiser, ce serait bien.
-C'est pour ça que tu ne m'appelais jamais sur mon portable, hein ? C'était toujours le fixe ici ou alors celui du bureau… réfléchit Duo.
Il esquissa un sourire, attendri par le malentendu et sa maladresse.
-Je te promets de ne plus jamais t'oublier, murmura-t-il à son oreille.
-Tu ferais mieux…
La promesse fut scellée par un baiser, réveillant leur désir, nourrissant peu à peu leur passion.
Duo fit quelques pas en arrière, portant toujours Heero contre lui, le souffle rendu court par ses mouvements de bassin lents et plus qu'explicites.
Il finit par l'allonger sur la table, son amour grandissant à la vue du corps abandonné que la respiration soulevait à une vitesse saccadée, aux mains qui l'appelaient et aux yeux noirs dévoreurs.
&
-Encore tes migraines ? interrogea Duo en voyant le japonais avaler deux cachets machinalement.
-Je manque de sommeil.
-Tu ne devrais pas négliger ta santé Heero. Pas pour le travail.
-Ca m'aide à me sentir mieux, avoua le jeune homme dans un souffle.
Duo passa son bras par-dessus ses épaules, le rapprochant de lui.
-Fais attention à toi, s'il te plait, demanda-t-il sérieusement. Je ne voudrais pas te retrouver inanimé au sol un soir, en allant chez toi.
-Ca va aller. Ca passe déjà, murmura Heero en portant une main à son front.
-Ca me fait peur. Tu travailles trop.
-Je lui dois bien ça.
Il y eut un léger silence, Duo fronçant les sourcils.
-A qui ? finit-il par demander.
-A L1. Aux morts que j'ai laissés derrière moi.
-Tu as aussi sauvé des vies Heero.
-Une vie en vaut bien une autre, hein ? C'est pas aussi simple…
Duo passa lentement sa main dans ses cheveux, comme pour apaiser cette tête qui se torturait trop.
-Et comment tu nous considères, nous ? finit-il par demander.
-Vous ?
-Quatre, Trowa, Wufei, moi ? Aucun de nous ne travaille par pur altruisme. Pas comme toi. Et on a fait la même chose.
-Je ne compte pas comme ça.
-Comment alors ?
-Je compte avec ma conscience. La mienne. Ma voix dans ma tête. Je suis heureux que vous soyez en paix. Que tu le sois. Je voudrais pouvoir faire pareil. Je voudrais tellement, tellement souvent…
-Heero…
-Juste pour tout abandonner et venir te voir, juste comme ça… souffla le japonais.
Il y avait ces moments de confidence, ces chuchoteries tard le soir.
Ce qui le faisait se rapprocher de Heero et comprendre son cœur. Son mode de fonctionnement, son entêtement.
Même si Heero y avait pris goût, même s'il s'était fait des amis sur L1… l'origine de son engagement n'était jamais oubliée, jamais occultée.
Il y avait ces moments où Duo était certain que Heero n'abandonnerait jamais son travail.
&
Et puis il y avait ces soirées où Duo venait chez Heero alors qu'ils en avaient tous les deux.
Ca devenait de plus en plus fréquent.
Dos à dos dans le salon, l'un tapant sur les touches de son clavier tandis que l'autre dessinait des plans, sa planche à dessin posée sur ses genoux.
Quelques soupirs partagés, un verre d'eau chacun, et parfois des mains qui se frôlaient, comme ça pour rien.
Juste pour sentir ce dos s'appuyer contre soi. Juste une chaleur, une présence apaisante.
Juste pour quelques heures avant que Heero n'aille à une réunion ou ne rencontre un collègue.
Juste pour quelques heures avant d'aller se coucher, trop fatigués pour faire quoi que ce soit.
Mais juste le temps de serrer fort cette main dans la sienne et de sentir le sommeil l'emporter.
&
Duo Maxwell n'est pas sorti indemne de sa séparation.
-Tu crois qu'ils vont continuer à exploiter ce ressort encore combien de temps ? soupira Duo.
-Tant que ça se vendra. Tu es populaire, réjouis-toi ! sourit Réléna.
-Je ris si demain, c'est ton nom qui est titré…
-Ne parle pas de malheur… Pour l'instant, je respire la tranquillité.
-Moi aussi, revendiqua Duo. Et ce n'est pas les journaux qui me feront changer d'humeur.
-Non, juste Heero… ajouta la jeune femme malicieusement.
&
-Joyeux anniversaire !
-Merci, répondit simplement Trowa en laissant entrer Duo. Heero n'est pas avec toi ?
-Sa navette a été retardée, il sera là dans la soirée, expliqua le jeune homme en haussant les épaules.
C'était une habitude, il ne fallait pas compter sur la ponctualité lorsqu'on prenait une navette spatiale. Il y avait toujours des vérifications, des colis suspects, la sécurité d'un haut dignitaire à assurer avec plus d'attention, le retard d'un vol précédent venant gêner le suivant…
-Duo, t'es en retard ! lui reprocha Quatre à son arrivée.
-Je ne suis pas le pire ! sourit l'américain, satisfait.
Il dit bonjour à chaque invité, faisant rapidement le tour de la salle. La soirée était intimiste, seuls les anciens pilotes de gundam avaient été invités, ainsi que Catherine, Hilde et Réléna.
-Tu parles de Heero ? Un problème avec sa navette ? s'enquit cette dernière.
-C'est dingue comme tu connais G-air !
-J'ai l'habitude en fait, répondit la jeune femme d'un air blasé. Je suis contente qu'il vienne, ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Il va bien ?
-La dernière fois qu'on s'est vu, ça allait, confirma Duo d'un ton léger.
-C'est vrai que tu le vois souvent, toi, sourit Hilde en lui tendant une bouteille de bière.
-Pas assez à mon goût, soupira le jeune homme. Il vient ce soir mais ne reste que pour quelques heures, il rentre tôt demain matin. Ce soir, vous le verrez autant que moi…
-On sent poindre le regret, ironisa Quatre.
-Eh ! C'est rare qu'il vienne à Sank, tu sais ? La plupart du temps, c'est moi qui fais le déplacement ! Il a toujours des tonnes de réunion…
-Ah oui, je connais ça, compatit Réléna.
-Son boulot a l'air méchamment prenant, remarqua Catherine.
-M'en parle pas, j'ai passé des soirées entières à le regarder travailler parce qu'il avait « un dossier urgent à monter» et que j'venais de débarquer à l'improviste.
-Pas très conciliant, remarqua Wufei.
-Heero a toujours été comme ça, répondit Réléna en haussant les épaules. Le travail avant tout. Il sera là dans combien de temps ?
-Maximum une heure, répondit Duo en jetant un coup d'œil à sa montre machinalement.
-On l'attend pour le gâteau alors, soupira Hilde. J'aurais voulu en manger une part, j'ai faim…
-On harcèle Trowa pour qu'il nous l'amène plus tôt ? proposa Duo.
-Parle-nous plutôt de ton projet pour la mairie, intervint le concerné en rapportant de la cuisine de quoi sustenter ses invités. Tu en es où ?
-Le chantier a commencé, c'est rapide quand on a le budget, exposa l'américain. En fait, je suis plutôt satisfait, tout à l'air de fonctionner… Franchement, ça se passe bien, sourit-il.
-On pourra admirer le résultat à partir de quand ? demanda Wufei.
-Si tout continue comme ça et que les fournisseurs ne déconnent pas à la dernière minute, je dirai à l'horizon 204 AC.
-Il a tout du langage d'un bureaucrate, se moqua Quatre. Ca ne veut rien dire : « à l'horizon 204 AC ».
-Début de l'année prochaine, rectifia Duo avec une grimace à l'attention du blond. Je suis entouré de bureaucrates, évidemment que je commence à parler comme eux, en assurant mes arrières et en voilant mes mots…
-Je répèterai ça à Heero, déclara Trowa, l'air innocent.
-C'est lui qui t'a appris le terme ? « On se verra horizon mai » ? plaisanta Hilde.
-Franchement, le pire c'est que ce serait possible, rit Duo en secouant la tête. C'est bien son style. Mais ce n'est pas vrai. En fait, il est encore plus imprécis quand on parle de se voir… ajouta-t-il d'un air dramatique, déclenchant un rire général.
-Tiens, en parlant de lui, ça l'a fait venir plus vite, remarqua Hilde en voyant Heero par la fenêtre.
-Oh non achevez-moi, il est au téléphone, soupira Duo en jetant un coup d'œil.
-Et ?
-Ca veut dire travail, sourit Réléna en coin.
La sonnerie retentit peu après et Trowa accueillit le nouvel arrivant, lui serrant la main.
Les entendant discuter, Duo les rejoignit dans le couloir, constatant blasé que le japonais avait son téléphone à la main, couvrant le micro, faisant visiblement patienter son interlocuteur.
-Par contre, je suis désolé j'en ai pour une minute, ça te dérange si j'emprunte ton bureau ? demandait Heero.
-Non, tu connais le chemin, répondit laconiquement Trowa.
-Merci, je reviens vite, assura le brun avec un sourire rapide.
Il fit un vague geste de la main à Duo et aux invités en passant devant le salon, ayant déjà repris sa conversation au téléphone.
-Et du coup, pour le gâteau ? demanda Catherine avec un air gourmand.
-Je sens qu'on va patienter quelques minutes de plus, répliqua Réléna en haussant les épaules, se resservant de punch.
Duo s'éclipsa en douceur pour rejoindre Heero dans le bureau.
-Et le service est pas dispo, là ?... Non, c'est bon…Enfin comme d'hab quoi… Ecoute, tu n'as qu'à passer par son secrétaire général, il devrait… Le bureau 403, si t'as pas son numéro demande à Chloé, elle l'a… Oui. Ecoute, ça va pas être possible là, j'ai pas le temps, je ne suis même pas sur L1…
Heero était face à la fenêtre, lui tournant le dos.
Duo s'approcha de lui et l'embrassa dans le cou, le faisant se retourner vers lui. Le japonais lui fit un léger sourire avant de froncer les sourcils.
-Attends, attends là. Répète ? Qu'est-ce qui est différé ? Ah d'accord, oui, non non, j'étais au courant. Oui, d'accord, on fait comme ça. Ah. Bon, tu vois, en fait tu l'avais. Si ça ne marche pas, passe par son supérieur… Oui, je songerai à me faire payer la prochaine fois… Exactement, tu as tout deviné. Ce sera fait. Allez, à jeudi, conclut Heero avant de raccrocher. Auguste te dit bonjour, ajouta-t-il à l'adresse de Duo. On y va ?
-Tout le monde t'attend pour le gâteau, ne t'étonne pas si tu es suivi par quelques regards rancuniers…
-Tu l'es ? s'amusa Heero.
-Un peu. Rends-toi compte, c'est une Forêt Noire.
-Je suis impardonnable.
-Non, tu as fait vite.
-Parce que d'habitude, ce n'est pas le cas ?
Duo fit une légère grimace, regardant ostensiblement ailleurs, déclenchant un sourire chez le japonais.
L'embrassant sur la tempe, Heero passa sa main derrière son dos et le poussa en avant, le faisant entrer dans le salon où leurs amis les attendaient.
-Tiens, voilà le couple phare, lança Hilde en les voyant tous les deux.
-Heero, tu sais te faire désirer, franchement on n'attendait plus que toi pour le gâteau, sourit Catherine.
-Toute réclamation est à adresser directement à Airgun qui tentera de te satisfaire dans un délai de quatre à huit semaines, merci de ta compréhension, signala le japonais sur un ton monocorde, trahissant la force de l'habitude.
-Et tu risques d'être sur liste d'attente, ajouta Réléna. C'est l'expérience qui parle.
Quelques minutes plus tard, ils coupaient la Forêt Noire, distribuant ses parts.
-C'est pour ça que je trouve l'ouverture des cadeaux trop longue… On devrait d'abord couper le dessert, affirmait Hilde en agitant devant elle sa petite cuillère.
-Tu n'es pas curieuse de savoir ce qu'on offre à Trowa ? souriait Quatre en distribuant les parts de gâteau.
-La gourmandise l'emporte sur la curiosité chez moi.
-Cette fille cumule tous les défauts.
-Prends garde, Wufei, tu t'engages sur une pente glissante si on considère bien ta voisine…
-Je dois prendre ça pour moi ?
-Réléna, depuis que j'ai vu la couleur de ta limousine, je sais que tu es habitée par la paresse et l'avarice… répondit Hilde, déclenchant un rire général.
Duo donna un léger coup d'épaule à Heero, restant appuyé sur lui.
-Tu as mangé ce midi ? lui glissa-t-il à l'oreille.
Heero fit un geste négatif de la tête déclenchant un nouveau coup d'épaule.
-T'as intérêt à manger du dessert, même si ce n'est pas une tartelette, fit-il mine de menacer.
Un sourire fleurit sur ses lèvres tandis que le japonais obtempérait de bonne grâce.
-Qu'est-ce que tu as offert à Trowa au juste ? Des places pour quoi ? demanda-t-il à voix basse.
-Le grand philarmonique du Nouveau-Berlin.
-Musique classique ?
-Exact.
-Et les deux places, c'est parce que tu espères qu'il t'y invitera, étant donné que c'est sur L1 ? Ce que tu peux être calculateur, chuchota Duo en posant une de ses cerises dans l'assiette du jeune homme.
-Et plus encore que tu ne le crois. Je n'y serai pas à la date prévue.
-Encore du travail ? C'est pas du grand calcul, ça.
-Je lui ai réservé un des meilleurs hôtel de la ville et les billets d'avion. Je ne veux pas qu'il m'invite, je n'aime pas ce genre de représentations.
-Hé, tu ne tiens pas ton standing monsieur l'ambassadeur ! le taquina l'américain en déposant une partie de sa part de gâteau dans son assiette.
-Non, mais je connais une personne qui cultive soigneusement ces goûts…
-Calculateur… chuchota le jeune homme.
-Je suis sûr que Réléna sera ravie d'y aller, ajouta légèrement Heero, déclenchant un éclat de rire chez Duo.
-Tu es horrible, articula-t-il silencieusement, les épaules secouées par le rire.
-Dis donc vous deux, ça suffit ces messe basses ? fit d'un air sévère Hilde en les voyant, son attention ayant été attirée par l'éclat de rire.
-Tu comptes faire manger à Heero ta part de gâteau ou quoi ? rit Réléna en voyant l'assiette du japonais, remplie de cerises et de morceaux de chocolat.
-Ou alors, tu veux finir sur ses genoux ? Je pue, c'est ça ? demanda Quatre en constatant la distance entre lui et Duo, ce dernier ayant rapproché sa chaise de celle du japonais. Ca va Heero t'étouffe pas trop ?
Le brun ne répondit rien mais l'expression sur son visage en disait déjà trop, laissant éclater les rires dans la salle.
-Toi, siffla Duo en lui donnant un coup de coude dans les côtes.
-C'est vrai que t'as une certaine tendance à me coller, remarqua Heero avec un petit sourire, soutenant son regard noir et menaçant.
Ils se fixèrent un moment sous les yeux amusés de leurs amis avant que Duo ne s'avance brusquement, l'embrassant et se reculant tout aussitôt, un sourire satisfait aux lèvres.
-T'arrives à le supporter ? demanda Trowa d'un air amusé.
-Mais je dois prendre ça comment, moi ? protesta Duo.
-Ah, Heero refuse de répondre, c'est mauvais signe, le taquina Hilde après un silence.
Duo allait répliquer quand il sentit un léger poids sur son épaule.
Il sourit en constatant que Heero venait de poser sa tête contre lui, comme un soutien muet pour contredire ses paroles asticoteuses.
Une défense toute tendre pour ne pas qu'il prenne au sérieux ces petites piques.
-Je vois, soupira Réléna. Ils sont tous les deux irrécupérables. Aussi collants l'un que l'autre, conclut-elle, déclenchant un rire général.
&
-Décidément… sourit Heero en rentrant chez lui, constatant que Duo l'attendait dans son salon.
Heero referma lentement la porte derrière lui, prenant une lente inspiration, son sourire s'agrandissant.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Duo en remarquant son attitude inhabituelle.
Le japonais s'avança vers lui et s'assit d'un coup sur le canapé, lui prenant les mains.
-J'ai passé une excellente journée, finit-il par déclarer, semblant savourer chaque syllabe.
Il passa ses jambes autour de Duo dans un mouvement d'étirement qui rapprochèrent leurs corps.
-Et il semble qu'elle se finisse encore mieux, souffla-t-il, l'air satisfait, enserrant un peu plus ses mains dans les siennes.
-Alors, tu ne veux pas me dire ce qui se passe ? demanda Duo en posant son front contre celui du japonais.
Celui-ci se recula, s'allongeant et relâchant doucement son étreinte. Ses mains dans les siennes étaient posées sur son ventre, enfermées dans la chaleur.
-Sunmitsu (secret d'Etat), murmura Heero, les yeux fermés, un sourire serein sur les lèvres.
-Su-quoi ? demanda Duo avant de soupirer.
Heero s'était endormi, sa tête pendant à moitié dans le vide, un air calme sur le visage.
-T'as l'air tranquille toi, marmonna-t-il en l'installant plus correctement sur le canapé, se dégageant progressivement de son étreinte. Qu'est-ce qui te fait sourire comme ça, hein ? interrogea-t-il doucement, déposant un baiser sur son front.
Duo saisit sa planche à dessin et commença à griffonner quelques esquisses sans conviction, souhaitant plus passer le temps que travailler. Les cernes sous les yeux du japonais le poussaient à le laisser dormir en paix.
Comme il avait l'air fatigué… Pour s'endormir, comme ça...
Son travail était en train de le dévorer…
Son travail et leurs allées et venues…
C'était peut-être trop…
&
-Tu as trouvé un nouveau colocataire ? demanda Wufei.
-Non. La dernière fois qu'un candidat est passé, il s'est trouvé nez à nez avec Heero. Je ne sais pas exactement ce qu'il s'est passé mais il s'est enfui en me voyant. Et l'autre, ça l'a fait marrer. Sérieux, je vais me retrouver dans la merde si ça continue.
-Tu m'étonnes là, ça fait longtemps que Heero n'est pas venu à Sank, non ?
-Depuis l'anniversaire de Trowa, oui. C'était avant.
-Et depuis ?
-Je n'ai plus eu une seule visite. Pas un appel. A croire que je n'ai jamais passé d'annonce. Et personne dans mon entourage n'est intéressé.
-Je peux différer mon départ officiel si ça t'arrange.
-Non, je vais juste payer, le temps de voir venir. Je finirai par trouver un colocataire, je désespère pas. Ces derniers temps, j'ai pas vraiment eu le temps de m'en occuper mais c'est vrai que là, ça commence à devenir une priorité.
-T'as pas proposé à Heero de venir vivre avec toi ?
-Parle pas de choses qui fâchent, soupira Duo. J'aimerais trop. Mais bon, il bosse sur L1 quoi. C'est pas comme si c'était possible.
-Dans quoi tu t'es engagé, hein ? souleva Wufei, un sourire amusé sur les lèvres.
&
Duo posa son attaché-case dans l'entrée avant de jeter un coup d'œil à son courrier qu'il venait de récupérer. Se dirigeant vers le salon, il passa en revue les différentes enveloppes avant de froncer les sourcils devant un logo qu'il ne connaissait pas.
Son expression se changea en surprise lorsqu'il lut qui était le destinataire.
Heero Yuy
12 rue de Chevalier
58 74 Terramer
SANK
-Y a une err… murmura Duo avant de s'interrompre brusquement, réalisant ce que ça signifiait.
Sous le coup de l'émotion, il laissa tomber le courrier qu'il tenait dans ses mains, sentant sa vue se brouiller légèrement.
-Non… Tu, commença-t-il, l'espoir faisant enfler sa voix. T'aurais pas fait ça, putain de… ? lâcha-t-il d'une voix maintenant excitée.
Attrapant fébrilement son téléphone il composa un numéro qu'il connaissait par cœur avant de raccrocher se souvenant que le japonais était en voyage d'affaire pour une semaine.
S'asseyant dans le canapé, Duo tenta de reprendre ses esprits, ses mains encore tremblantes d'excitation enserrant le mobile.
Ce n'était pas un hasard. Non, ça n'en était pas un.
Ce n'était pas quelqu'un qui aurait voulu écrire à Heero et qui c'était trompé d'adresse.
C'était peu probable.
Et puis pourquoi justement son adresse…
On ne pouvait pas se tromper de destinataire comme ça non plus.
Heero Yuy et Duo Maxwell n'étaient pas vraiment des homonymes.
Heero avait fait transférer son courrier ici.
Heero avait…
Emu par cette simple constatation, Duo resta immobile un moment, essayant de comprendre tout ce que ça signifiait.
Heero s'installait avec lui…
Heero venait vivre à Sank.
Heero quittait son travail…
Pour lui ?
Gêné par cette conclusion, une boule au fond de la gorge, Duo décrocha machinalement lorsque son téléphone se mit à sonner avant de se reprendre et de répondre.
-Duo ?
-Réléna.
-Tu as eu Heero ? demanda le jeune femme, l'air joyeux.
-Oui. Non, rectifia l'américain en passant une main sur son front.
-Duo ? Ca va ? interrogea Réléna, d'un ton inquiet.
-J'ai reçu une lettre, souffla Duo, le cœur battant.
Réléna garda le silence et il prit une lente inspiration.
-Adressée à Heero. Mais l'adresse, c'est ici. Ici. Sank, précisa-t-il.
Seul un rire lui répondit, le plongeant dans l'incompréhension.
-Tu ne veux pas téléphoner au nouvel ambassadeur de L1 en place à Sank ? finit-elle par articuler entre deux rires.
Et le rire résonna encore, et c'était comme autant de perles qui venaient ruisseler à son oreille.
-Il a été muté ici ? Il… balbutia Duo, alors que la joie emplissait sa poitrine.
-Ca fait deux ans qu'il a posé cette requête. Il semble qu'elle ait été enfin été acceptée… Dès son retour de L3, Heero vient prendre ses fonctions à Sank. Mais il ne t'en a pas parlé du tout ? interrogea la jeune femme, surprise.
Non, pensa Duo.
Non. En fait, il avait laissé quelques indices…
Quelques conversations lui revinrent en mémoire, prenant un tout autre sens que celui qu'il leur avait donné auparavant.
&
« -Tu peux rester ici autant que tu veux, affirma Duo en le traînant dans le salon par sa cravate.
-Tu prends des risques, je pourrais te prendre au mot, rétorqua Heero en effleurant ses lèvres des siennes dans un jeu lent et sensuel. »
&
« -Notre situation te convient ?
-Non. Mais je sais que je l'aimerai.
-Parce qu'on n'a pas le choix, hein ?
-Exactement. Je ne te laisserai pas le choix. »
Avant de débarquer à l'improviste, l'air de rien…
&
« -En ce moment, je ne peux pas me permettre le moindre faux-pas.
-Tu es surveillé par ta hiérarchie ?
-On peut dire ça comme ça, fit légèrement le japonais. »
Oui, pour ne pas faire de faux-pas avant son transfert, hein ? Il ne pouvait pas être plus clair ? Et dire qu'il s'était inquiété…
&
Et la dernière fois qu'ils s'étaient vus, la cause de la joie du japonais devait sûrement y être liée. L'annonce que sa requête aurait sûrement une réponse favorable…
« -Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Duo en remarquant son attitude inhabituelle.
-J'ai passé une excellente journée, déclara Heero, semblant savourer chaque syllabe. (…)
-Alors, tu ne veux pas me dire ce qui se passe ? demanda Duo en posant son front contre celui du japonais.
-Sunmitsu (secret d'Etat), murmura Heero, les yeux fermés, un sourire serein sur les lèvres. »
&
-Duo ? Duo ? appela Réléna.
-Oui. Si, en fait il me l'avait dit, sourit le jeune homme en prenant un air ironique.
En quelque sorte.
En crevard.
Il l'avait laissé mariner tout ce temps alors qu'il savait bien que…
-T'étais au courant, hein ? devina-t-il. Depuis quand ?
-Quand j'ai eu les papiers pour l'officialisation… Les premières démarches de L1. Deux mois.
-Alors Wufei aussi le savait ?
-Qui crois-tu qui vérifiait si ton annonce était bien gelée ? Heero m'avait demandé ce petit service quand il a vu que tu voulais prendre un nouveau colocataire…
-Le sale comploteur… Vous êtes tous passés dans mon dos, hein ?
-Ah non, juste Wufei et moi, sourit Réléna.
C'était bien du Heero, ça.
Ne pas dire les choses clairement.
Arriver comme ça, avec les yeux qui sourient, la fleur sur les lèvres et le cœur l'air de rien.
Il attendrait que Heero pose ses valises ici avant de lui tomber dessus…
Qu'il pose ses valises ici.
Duo sourit, bêtement heureux.
&
Heero fuit son regard, laissant ses yeux se poser sur les plinthes en bois.
Il fit un pas en avant prudemment, laissant leurs corps se frôler. Duo vit qu'il resserrait son emprise sur sa mallette de travail mais cherchant à rencontrer ses yeux, il ne put que constater que le japonais évitait soigneusement de croiser les siens.
-Oui ? demanda Heero doucement, son souffle venant lui chatouiller le cou.
-Oui ! répondit Duo sur le ton de l'évidence, un sourire incrédule fleurissant sur son visage.
Il ne s'attendait pas à recevoir Heero dans ses bras, le serrant fort contre lui.
Un léger rire secoua ses épaules et il resserra son emprise sur le japonais.
Il passa sa main dans les cheveux du brun, s'attardant ensuite sur sa joue.
-Je rêve, se moqua-t-il gentiment. Pourquoi t'as l'air si peu sûr de toi ? T'as déjà fait transférer ton adresse et tout…
Pour toute réponse, Heero l'embrassa doucement sur les lèvres, prenant son temps, s'attardant sur cette peau colorée et tendre.
Duo caressa lentement son dos, laissant ses doigts poser leurs empreintes sur ses omoplates.
Il comprenait maintenant cette réaction un peu timide, un peu réservée. Cette petite demande, les paupières baissées, la voix un peu basse.
C'était si surprenant de la part de Heero.
Mais après réflexion…
Quand il y pensait…
C'était aussi le passage du tacite à l'officiel.
Cette entente muette qui avait constitué les bases de leur relation. Cette entente dont Duo s'était arrangé facilement quand il avait compris les mots de Heero, ses aveux et ses sourires.
C'était là.
Maintenant.
Cet instant qui opèrerait un changement.
Du non-dit à cette demande toute officielle, qui tenait en un mot mais qui voulait dire tellement plus.
Ce non-dit dans lequel il avait enfermé Heero sans le savoir, sans le voir. Sans répondre à ses mots, en les acceptant simplement. C'était cette attitude qui avait généré cette question, ce dernier doute, cette timidité touchante.
-Je t'aime, avoua Duo à l'oreille du japonais.
Le sourire qu'il sentit contre son épaule lui suffit.
-Toi, ton travail, tes obligations et tes grimaces, vous êtes les bienvenus ici… Toujours, ajouta-t-il tendrement avant d'embrasser à nouveau le jeune homme.
Et tant pis pour ce que diraient les tabloïds. Il devrait peut-être leur envoyer des fleurs pour lui avoir permis de se rapprocher de Heero…
Enfin, fallait pas abuser non plus, après tout, c'était sur lui qu'ils tapaient le plus volontiers…
Et ils risquaient de s'intéresser un peu plus à eux…
Tant pis.
Il les orienterait vers le Trotre.
OWARI
Et voilà ! Bon, c'était surtout des petites tranches de vies, comme ça qui se croisent…
Le but, c'était d'écrire des titres genre « Voilà » complètement décalés par rapport à la réalité mais qui donneraient des idées…
En tout cas, on referme la parenthèse comme une page.
Merci de m'avoir suivi dans cette petite escapade qui s'est limite transformée en angst par moment… Mais tout est bien qui finit bien^^
*grande adepte des happy end*
Merci encore à tous d'avoir lu jusqu'ici et d'avoir laissé des reviews très encourageantes et motivantes^^. J'espère que cette fic vous aura apporté autant si ce n'est plus de plaisir que j'en ai eu en l'écrivant et en lisant vos petits mots.
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(='.'=) Parce qu'il fallait bien conclure sur ce lapin, même si c'est la fin de Pâques. Merci !
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