Auteur : Drusilla

Paring : HG/SS, on ne se refait pas.

Rating : R

Disclaimer : Severus et Hermione seront restitués à leur heureuse propriétaire à la fin de cette histoire. La chanson est Hurt, de Cristina Aguilera.

Résumé : Au début, c'est amusant. Puis c'est sa vie. Ensuite ça ne le regarde pas. Enfin ce n'est qu'une coïncidence. Mais finalement Severus ne peux plus fermer les yeux.

Chapitre 4 : Blessure

Si Albus persistait à l'envoyer dans le Londres moldu, Severus allait finir par haïr les vacances autant que le reste de l'année. Le magicobus l'avait comme toujours déposé ailleurs que là où il aurait du. En l'occurrence de l'autre côté d'un immense cimetière par rapport à la mercerie où Minerva avait commandé quatre douzaine de bouton pour les premières années à venir.

Il allait donc falloir qu'il trouve son chemin parmi les tombes. Il joua un instant avec l'idée de contourner le cimetière avant de la rejeter. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas ce lieu mais il trouvait que les morts étaient morts et que leur consacrer un bloc de marbre ne rimait à rien. Il franchit donc les grilles avec un soupir résigné.

Seems like it was yesterday when I saw your face

You told me how proud you were but I walked away

If only I knew what I know today

I would hold you in my arms

I would take the pain away

Thank you for all you've done

Forgive all your mistakes

There's nothing I wouldn't do

To hear your voice again

Sometimes I wanna call you but I know you won't be there

Evidement, il n'y avait pas d'allée toute droite conduisant directement de l'autre côté. Cela aurait été bien trop amusant. Il songea qu'Albus aurait bien plus sa place que lui en ce lieu, et pas pour une simple visite. Hum… menacer de mort le directeur n'était surement pas le meilleur moyen de le convaincre d'envoyer quelqu'un d'autre à sa place. Peut-être se lasserait-il en constatant qu'encore une fois Severus aurait "oublié" de lui prendre sa réserve de bonbons au citron.

Après une brève hésitation, le maître de potion décida que tourner à gauche était ce qui le rapprochait le plus de la mercerie. Il avait un sens du repérage spatial bienvenu dans ce dédale d'allées bordées de tombes et de mausolées. Une épitaphe assez comique le fit sourire et il se dit que si lui aussi pouvait faire un dernier pied de nez au monde à travers un bout de pierre, il allait sérieusement revoir son désir d'incinération.

Il tourna vers la droite à l'embranchement suivant et manqua renverser un pot de fleur au milieu de l'allée. Il préféra ne pas philosopher sur la présence de ce truc casse-gueule. Un bon moyen après tout pour le cimetière de recruter ses clients. Une forme prostrée plus loin bloqua le ricanement qui voulait s'échapper de sa bouche.

Voilà pourquoi il trouvait ridicule ces lieux. La mort n'était-elle pas assez pénible qu'on vienne rouvrir la blessure qu'elle laissait ? C'était la silhouette d'un enfant, une silhouette qui plus que n'importe qu'elle autre n'avait pas sa place ici. Il continua sa progression, bien décidé à ignorer l'autre présence. Mais les cheveux broussailleux le gênaient autant que les sanglots qui secouaient ce corps frêle. Il ne pouvait pas passer son chemin. Ce n'était pas une simple enfant, c'était son élève.

I'm sorry for blaming you

For everything I just couldn't do

And I've hurt myself

By hurting you

Some days I feel broke inside but I won't admit

Sometimes I just wanna hide 'cause it's you I miss

And it's so hard to say goodbye when it comes to this

Il aurait pu se persuader qu'il ne rentrait pas dans ses fonctions de s'occuper de gryffondors. Il aurait pu réaliser qu'il n'était pas capable de consoler un tiers. Il aurait même pu se dire qu'il n'avait pas le temps. Il se contenta de poser sa main sur son épaule. Elle tourna son regard embué vers lui. Il craint qu'elle ne se jette dans ses bras – il n'aurait pas su comment réagir – mais elle se contenta de se retourner vers la tombe.

Elle ne prononça pas un mot, ce qu'il respecta. Autant ne pas rendre cette rencontre encore plus surréaliste par quelques phrases gentilles. Il avait peur que s'il parlait, Miss-je-sais-tout ne réalise que son agressivité n'était qu'un masque. Attaquer le premier, avant que d'autre ne le fasse. Elle sanglotait lourdement, comme si la peine en elle ne parvenait pas à sortir. Il ne pouvait rien faire d'autre que serrer son épaule.

Il savait. Sans même regarder le nom sur la tombe, il savait. La petite statue, cet ange prêt à prendre son envol était tout ce dont il avait besoin pour que son intuition de l'année précédente se concrétise. Ce n'était pas une simple dispute. "Il" était partit. "Il" l'avait laissé. Et elle allait devoir réapprendre à marcher toute seule, pour parcourir le chemin de sa vie.

Would you tell me I was wrong ?

Would you help me understand ?

Are you looking down upon me ?

Are you proud of who I am ?

There's nothing I wouldn't do

To have just one more chance

To look into your eyes and see you looking back

Ses jambes étaient engourdies, une crampe lui paralysait le bras, mais jamais il ne l'aurait lâché. Là tout de suite, elle allait juste tomber et se briser. Simplement il n'y avait personne pour recoller les morceaux. Ni ces professeur – le roi des fous et sa clique de bouffons – ni ses amis, les courageux gryffondors, dont les yeux braqués sur Potter avaient occultés qu'une des leurs souffrait.

Elle était seule. Il savait ce que c'était. Elle souffrait. Il connaissait ça aussi. Elle voulait oublier. Il priait pour ça chaque soir. Pourtant ce n'était qu'une coïncidence. Une pure coïncidence, comme cette rencontre dans ce magasin. Il n'était pas celui qui lui murmurerait des paroles de réconfort. Il n'était pas celui qui l'aiderait à se relever à chaque rechute. Non. Pourquoi pas Minerva ? Ou même Albus ? Ou la plus jeune Weasley ? Des gens tellement plus humain.

Elle bougea. Il sursauta légèrement. La mercerie était fermée, et il réalisa qu'il était trempé. La pluie qui menaçait depuis le matin s'était mise à tomber sans qu'il ne s'en aperçoive, plongé dans la douleur d'Hermione. Elle aussi avait ses vêtements mouillés. Il se leva avec elle en s'efforçant de ne pas grimacer. Nul doute que demain il paierait son immobilité. Il relâcha finalement son épaule et repartit rapidement, la laissant seule dire au revoir à cette statue mensongère, qui lui donnerait l'illusion qu'il était encore un peu là.

Sa baguette produit quelques étincelles dans la grisaille de Londres. Il ne se retourna pas tandis qu'il montait dans le magicobus. Demain, il lui faudrait retourner chercher les boutons de Minerva.

Depuis toujours les cachots étaient vus comme l'antre de Severus et nul n'osaient y traîner en dehors des cours, pas même les Serpentards. Sans doute pour cette raison, Severus y trouvait souvent des élèves en larmes, souhaitant être seuls. Et malgré sa réputation, jamais une maison n'avait perdu de points.

C'est pourquoi il ne fut que moyennement surpris de trouver Miss Granger recroquevillée dans un recoin. Il s'attendait à ce qu'elle craque depuis qu'il avait constaté ses efforts pour ne rien montrer cette année. Il hésita à aller chercher Minerva. Pouvait-il vraiment la consoler ? Non. Mais il ne pouvait pas l'abandonner entre les mains d'une personne qui ignorait tout. Si offrir une oreille attentive était tout ce qu'il pouvait, elle devrait s'en contenter.

I'm sorry for blaming you

For everything I just couldn't do

And I've hurt myself

If I had just one more day,

I would tell you how much that

I've missed you since you've been away

Elle le sentit s'assoir près de lui et releva son regard embué, le laissant voir la panique qui l'habitait. Un silence s'installa, le temps qu'ils fassent le point dans leur tête. Puis sa voix à elle s'éleva, tremblante, incertaine.

- Victor m'a embrassé.

Il soupira. Si pour lui un an et demi était un deuil suffisant, Hermione ne semblait pas du même avis.

- Savait-il ?

- Que je souhaitais garder le gout de Carl sur mes lèvres ? Non. Je savais qu'il m'inviterait au bal, mais j'ai cru innocemment que ce serait tout. Que ça suffirait.

- Vous vous souvenez du gout de ses lèvres ?

Hermione cessa brutalement de respirer, refoulant une nouvelle vague de larmes.

- Oui, souffla-t-elle.

- Alors qu'il vous embrasse ce bulgare sans cervelle, quelle importance tant que ce soir, ce n'est pas ce gout que vous vous remémorerez.

Elle se tue et il lui accorda quelques minutes pour penser à ce qu'il venait de dire.

- Je veux Carl.

Une enfant gâtée n'aurait pas eu l'air plus capricieuse. Pourquoi une telle phrase, si aberrante dans le fond ? Parce qu'elle n'acceptait pas son départ. Le manque oui, mais dire qu'il ne reviendrait plus était trop dur. Severus avait déjà compris depuis longtemps qu'Hermione refusait cette idée, d'abord en se plongeant dans les études puis cette année en faisant comme si de rien n'était. Consciemment, elle savait qu'il était mort, mais inconsciemment, elle rejetait la souffrance de son absence.

Oh, it's dangerous

It's so out of line to try and turn back the time

I'm sorry for blaming you

For everything I just couldn't do

And I've hurt myself

By hurting you

Il s'autorisa à passer un bras autour de ses épaules. Son corps était secoué de sanglots silencieux. Il frémissait rien qu'à l'idée de ce qu'elle endurait. Il avait aimé des femmes, il avait perdu Lily, mais ces amours étaient bien différents de celui d'Hermione. Moins fusionnel. Il avait souffert, mais ces femmes ne l'avait pas rendu heureux. Il n'avait jamais perdu le bonheur.

Comme au cimetière, ils restèrent en silence l'un contre l'autre. Les larmes ne semblaient pas pouvoir se tarir. Il se refusait à lui sortir des banalités sur la douleur qui s'estompe. La seule chose qu'il pouvait faire c'était lui donner la potion calmante qu'il gardait pour les urgences. Elle la bu sans poser de questions, et son bras ne bougea qu'une fois qu'elle eut cessé de pleurer. Il la laissa partir et resta sur place. Lorsqu'il fut sûr qu'elle était loin, il remonta sa manche et contempla sa marque brulante.