Bonjour bonjour amis de passage !

Je mets beaucoup de temps à écrire mes chapitres mais si vous suivez cette fic, ne vous en faites pas, j'irai jusqu'au bout. Je privilégie la qualité à la quantité, du moins j'essaye. Merci pour tous vos messages, ils m'encouragent beaucoup et c'est très gratifiant ! Vraiment merci !

Voilà un chapitre en plus, plus court que les autres. J'espère qu'il va vous plaire. J'essaye d'écrire de façon plus dynamique car je me rend compte que je passe mon temps à faire des descriptions, qui si elles me tiennent à cœur doivent vous ennuyer.

J'espère que ce chapitre va vous plaire, n'hésitez pas à me laisser vos avis dans les review !


Eustass Kidd observait son reflet dans le miroir du salon. Sur son propre visage il voyait se superposer celui de son père, que l'alcool avait rendu méconnaissable par la suite. Ses mèches épaisses s'affaissaient sur son front le matin et donnaient à sa peau une pâleur anormale. Le roux, il en avait fait son parti, quand il avait quitté sa petite ville il y avait de cela plus de dix ans, il avait décidé de rester toujours lui-même et de ne plus se préoccuper de ce qu'on attendait de lui. A White Lakes, cela avait fonctionné, il avait désormais une place confortable au sein de la petite communauté enclavée dans les montagnes. Il était à la fois un peu shérif, homme de main et figure d'autorité de par sa chasse, ce qui lui valait souvent les éloges des habitants de la ville. Son père avait décidé d'emménager dans cette bourgade perdue pour « redresser » son fils qui partait à la dérive, excuse voilée pour pouvoir le frapper sans que les autorités ne l'emmerdent pour être plus exact. Lorsqu'il était mort un an après leur arrivée, sa cirrhose du foie ayant évoluée en cancer, Kidd avait été soulagé. S'il n'était pas mort de lui-même sans doute Kidd aurait-il fini par le tuer dans un accès de violence.

Aujourd'hui Kidd était sincèrement emmerdé. Il avait surpris l'étranger fouiller dans les archives l'autre nuit et ne savait quoi faire. Ce fouteur de merde allait causer des problèmes au maire et à toute la communauté s'il continuait à fouiner dans leurs affaires. Il l'avait pourtant mis en garde l'autre jour, mais ce gars était du genre provocateur et n'avait pas franchement eu peur… Pas comme le précédent… Il avait été si simple de le faire sombrer dans la paranoïa et la folie. Quelques menaces par-ci par-là, un cadavre de chat éventré sur le palier de sa cabane, un isolement total… Il avait fini par se pendre et on avait pu récupérer son corps, ou ce qu'il en restait dans les bois, à moitié bouffer par les charognards. Mais avec l'autre gars, Trafalgar, tout semblait différent. C'était un type rationnel vous voyez, et qui de surcroît n'avait pas conscience des dangers qui l'entouraient. Prompte à se perdre dans la forêt en pleine nuit et sous une pluie de tous les diables. Bordel, Kidd aurait du le laisser crever dans les bois ce soir là ou le finir lui-même à la carabine… On l'aurait sûrement récompensé pour ça au village. Quelque chose l'en avait empêché. Il l'avait surpris depuis un moment dans la forêt quand Law marchait seul sous l'averse, il avait l'air ailleurs avec ses yeux fixés sur le faisceau de sa lampe torche ridicule et ses vêtements alourdis par l'eau. Son visage cireux inexpressif le rendait inhumain, et Kidd avait pensé voir une statue en marche. Quand il s'était allongé sur le sol détrempé et que ses yeux s'étaient tournés vers le ciel noir, Kidd avait hésité à le tuer. Ses yeux… Aussi limpides que l'eau qui ruisselait sur sa peau… Ils étaient creusés dans son visage par ses cernes monstrueux, si prononcés qu'ils semblaient presque des traits de crayon noir pour les yeux que les filles utilisaient… Kidd était certes un rustre, un homme des montagnes bourru et mal élevé mais il avait été fasciné de la même façon que les gens d'ici pouvaient être fascinés par les reflets du Lac Blanc. C'était une sorte de beauté improbable dont on n'arrivait pas à saisir la cause, une beauté née de la fatigue, de l'excès, de la tristesse et du vice. Kidd, comme tous les autres, s'était habitué à la superstition de la bourgade, mélange de croyances chrétiennes et de mythes indiens, et à cet instant il aurait juré que tuer cet homme lui aurait porté malheur. Il l'avait donc ramené chez lui. Tout autant fasciné par son corps que par son esprit.

Mais maintenant que devait-il faire ? Maintenant que Trafalgar Law mettait précisément le doigt sur ce qu'il existait de plus sombre dans le village, que devait-il faire. Ses yeux s'attardèrent sur ses nombreuses cicatrices : il ne craignait pas la défaite, il craignait la damnation. Il n'allait pas prévenir le maire immédiatement car il voulait attendre et laisser une chance à cet homme, lui laisser une chance de survivre.

Dans le chalet de Law, le calme apparent ne laissait pas entrevoir l'orage qui faisait rage dans le crâne du jeune homme. Vaillant le regardait avec attention afin d'obtenir de la nourriture mais l'esprit du jeune médecin était loin. Loin dans le passé de cette ville assassine. Quelque chose l'intriguait dans les carnets de bord de la ville. Il n'était plus jamais question de cannibalisme dans les pages jaunies par la moisissure. Lorsqu'un décès survenait, il était recensé et on indiquait l'endroit de l'inhumation. Cet endroit, c'était le lieu exact du cimetière actuel. Mais ça ne correspondait pas car d'après les anciens rapports chaque mort y était enterré or il y avait très peu de tombes dans le cimetière. Et toutes étaient récentes, aucune sépulture de plus de cent ans ne s'y trouvait. Law pensa qu'on avait jeté les corps dans l'eau du lac pour qu'ils rejoignent l'esprit du lac comme le veut les superstitions indiennes, il allait donc essayer de sonder le lac.

-J'ai besoin de matériel de plongée, annonça Law à Anoki qui était attablé dans le seul pub de la ville.

-Vous n'allez quand même pas plonger dans ce merdier ? Eut-il comme réponse de l'intéressé.

Les grands yeux sombres et effarés d'Anoki fixaient ceux, gris, de Law avec une terreur non dissimulée.

-Vous mourriez en trois minutes si vous descendiez dans ses eaux, ici c'est pas un baptême de plongée dans la piscine de votre trois étoiles vous savez, le plus grand danger c'est le froid, vous vous endormez sans vous en rendre compte. Au fond de ces eaux-là, y'a toujours les corps des plongeurs, ceux qui ne sont jamais remontés.

-Je ne vous ai pas demandé de conseils, je veux savoir où me procurer une combinaison chauffante, des bouteilles, masque, palmes et respirateur. Je veux voir ce qu'il y a au fond de ce lac.

-Non d'un chien, vous savez quel genre de courant y'a dans ce lac ? Quand il vous aspire c'est fini, et y'a rien pour s'accrocher nulle part, vous êtes entraîné dans la grotte sous-marine qui s'y trouve et c'est un vrai labyrinthe y parait, on en ressort plus.

-Est-ce que vous savez où je peux trouver tout ça ou bien je dois m'adresser à quelqu'un d'autre ? Law commençait à perdre patience.

-Imaginons que vous soyez aguerris en plongée… Je ne peux pas vous laisser y aller, il y'a d'autres dangers. Il y a ce…

-Ce quoi ? L'esprit indien qui appelle à lui tous les nageurs du lac ? Foutaises.

La peau brune d'Anoki pâlit. Son visage se durcit et ses yeux se plissèrent. Il regarda autour de lui avec discrétion avant de reprendre la parole à voix basse.

-Si vous êtes au courant de cette légende c'est que vous avez fouillé là où vous n'auriez pas du. Désormais pour vous le danger ne se trouve ni dans le lac ni dans la forêt, mais ici même, autour de vous. Ce sont les gens qui vous entourent, ceux qui vous fournissent votre nourriture, ceux qui vous voient comme une menace. Je ne veux plus avoir affaire à vous, ne venez plus me parler. Si vous voulez du matériel de plongée, allez voir Kidd, le Chasseur. Mais méfiez-vous de lui tout autant qu'il se méfie de vous.

Law n'eut guerre le temps de répondre car la large stature de l'homme aux longs cheveux s'était déjà éloignée à pas rapide. Le mal de crâne du jeune médecin reprit de plus belle. Il commanda un café noir.

Quand il se présenta devant la cabane du chasseur perdue dans la forêt, Law eut une hésitation. Sur la porte étaient clouées des pattes d'animaux empaillées ainsi que tout un tas de grigris de plumes et de perles, ce qui n'augurait rien de bon. La superstition, réelle maîtresse de la ville, empêchait de faire bouger réellement les choses. Kidd lui facilita la tâche en débarquant d'on ne savait où derrière Law qui n'eut pas à frapper à la porte.

-Qu'est-ce que tu veux Trafalgar Law ? T'as pas peur de te perdre en montant jusqu'ici comme la dernière fois ?

-On m'a dit de m'adresser à toi, j'ai besoin de matériel de plongée, je vais sonder le lac.

Les yeux de Kidd se plissèrent, l'idée ne lui plaisait apparemment pas.

-Et pourquoi que t'as besoin de sonder ce foutu lac ? Tu sais combien y'a de type noyés au fond ? Des blancs-becs venus étudier les sédiments, ou chercher je sais pas quel trésors inexistant… Tu veux quoi toi ?

-Je veux sonder le lac, je viens de te le dire, et je veux te louer ton matériel de plongée.

Law restait d'un calme olympien devant l'autre jeune homme qui perdait aisément patience, ce qui eut pour effet de l'énerver encore plus.

-Non mais vous l'entendez ?! Et de quel droit je te donnerais mon matos, faut déjà que t'aies l'autorisation du maire pour ça, explosa Kidd en rentrant chez lui.

-Je ne crois pas non, le lac est un lieu public, je n'ai besoin d'aucune autorisation pour y faire de la plongée, et toi, t'as aucune raison valable de pas me louer ton putain de matériel.

-Je fais ce que je veux de mes affaires et puis tu sais, mes combis et mes bouteilles, elles datent pas d'aujourd'hui alors j'donne pas cher de ta peau si tu t'embarques dans ce merdier.

Law détourna son regard des yeux de l'homme face à lui car une idée effrayante venait de faire son chemin dans sa tête. Et si le chasseur en profitait pour saboter le matériel ? Il pourrait très bien s'assurer qu'une vanne était mal vissée, ou que la combinaison chauffante ait un court-circuit… Alors Law mourrait dans les eaux du lac sans que personne ne lève le petit doigt pour l'en sortir et Kidd serait définitivement débarrassé de lui. Il sentirait son corps s'engourdir, l'oxygène lui manquerait et il s'endormirait plongeant à jamais dans les ténèbres du lac et rejoignant les cadavres qui y baignaient encore, conservés par les sédiments du lac.

-Subtile façon de se débarrasser de moi n'est-ce pas, argua-t-il d'un ton neutre ne regardant toujours pas la face lunaire de son interlocuteur.

Etait-il suicidaire ? Si l'idée n'avait pas déjà germé dans le cerveau attardé du rouquin, il venait bel et bien de semer les graines de sa propre mort.

-Tu me prends pour un meurtrier le citadin ?

Les yeux de Kidd s'étaient rétrécis dans leurs orbites, et les coins de sa bouche se relevaient légèrement. Comme s'il n'y avait pas déjà pensé après tout, ce serait une bonne façon de préserver la ville mais quelque chose le faisait hésiter. L'esprit du lac … Il pourrait très bien ne pas vouloir du médecin et se venger par la suite… Ou bien était-ce une autre raison qui le tourmentait. Kidd avait en effet la vision du corps sans vie et gonflé par les eaux de Law. Car son corps finirait bien par remonter non ? Les bouteilles ne constituaient pas un lest suffisamment puissant. Son cadavre émergerait des eaux flottant sur le ventre à la dérive des courants. Son visage serait méconnaissable, enflé comme un ballon de baudruche, ses lèvres auraient explosé sous l'effet du gaz et de l'eau et ses yeux se seraient enfoncés dans son crâne.

Si Eustass Kidd n'avait que peu de connaissances concernant le sens de l'esthétique, il trouvait que mourir de cette façon était une triste fin pour un corps tel que celui de Law dont la beauté presque mystique ne s'exprimait qu'à travers des situations inattendues comme lors de cette nuit sous la pluie. Aujourd'hui, à ce moment précis, Kidd ne trouvait pas que l'homme fut beau. Son visage creusé par la fatigue avait l'air plus mort que vivant et ses cheveux noirs et gras retombaient mollement sur ses oreilles pales. Il ne lui trouvait certes plus le charme de la dernière fois, mais il ne pouvait se résoudre à laisser ce corps en pâture à la déliquescence.

-Je ne sais pas si pousser au suicide est considéré comme un meurtre ici, reprit Law d'un ton narquois.

-Qu'est-ce que t'insinues espèce de sale con ?

Kidd s'était rapproché si près de Law qu'il sentait maintenant ses effluves de terre humide, de sueur aigre et de tabac froid. Il était prêt à bondir sur le jeune homme et à le lacérer de ses propres mains, lui qui avait si peu l'habitude qu'on lui manque de respect avec autant d'impunité. Sa paume se saisit du cou luisant de Law pour le coincer contre le mur de la cabane dernière lui de façon à le soulever légèrement. Il avait l'air encore plus maladif de près, alors qu'une goûte de sueur glissait le long de sa tempe jusqu'à une mèche de cheveux corbeau. Ses yeux cependant ne cillaient pas.

-Ecoute moi bien le cafard, j'te conseille de te tirer de cet endroit le plus vite possible si tu tiens à ton p'tit cul d'emmerdeur. Je pourrais bien t'écraser le crâne d'un coup bien placé mais ça me ferait chier de devoir nettoyer ma palissade. Maintenant casse toi, prend ton matos de plongée et casse toi, et moi j'vais prier pour que ce foutu lac te fasse la peau.

Un léger sourire se dessina sur le visage cireux de Law, si la crainte de se faire tuer sur le moment le tourmentait un peu, il avait cependant gagné, il allait pouvoir sonder le lac. Les menaces ne l'inquiétaient pas plus que cela, ce que Kidd mettait sur le compte de l'inconscience. Ce gars avait un instinct de survie absolument minable, pas étonnent qu'il se fût retrouvé dans une bourgade comme White Lakes, chassé par sa hiérarchie et s'exposant aux pires situations.

Quelques instants plus tard, le chasseur balançait aux pieds de Law tout un attirail de plongeur qui fit grimacer le concerné. Il n'avait pas mentit, les bouteilles dataient d'il y avait au moins trente ans et la combinaison semblait mangée par les mites.

-Démerde toi avec ça, lui lança Kidd sans un regard avant de rentrer dans sa cabane et de ne plus en ressortir.

Law se saisit de son paquetage et s'en alla chez lui s'assurer que tout fonctionnait à peu près. Il comprit vite qu'il ne devrait pas compter sur les batteries de la combinaison chauffante qui ne tiendraient pas plus d'une demi heure sous l'eau. En revanche il fut étonné des bouteilles qui malgré leur apparence rouillée et ancienne fonctionnaient parfaitement. Il fut aussi satisfait de trouver un câble d'acier assez solide qui lui permettrait de s'encrer à la surface afin de pouvoir remonter plus facilement. S'il remontait un jour, se dit-il en lui-même.

Un coup d'œil à sa montre lui indiqua treize heures… Il allait s'y mettre aujourd'hui même. Il enfila la combinaison pleine de graisse isolante, ses muscles roulèrent sous sa peau alors qu'il se contorsionnait pour se faufiler à l'intérieur. On aurait dit que ses tatouages prenaient vie.

Arrivé sur la berge du lac il scruta un instant l'horizon et les alentours. Rien de très solide pour accrocher le câble d'acier sauf le vieux ponton de bois pourri… Il devrait faire avec. Law savait plonger, il connaissait les paliers de décompression et ne comptait pas se noyer aujourd'hui. Il se sentait pourtant observé depuis qu'il avait mis les pieds sur la berge, mais il n'avait repéré personne. Il avait cette impression oppressante qu'il était en danger de mort. Ce sentiment d'angoisse grandissait à mesure que le moment de s'immerger arrivait. Si une fois sous l'eau, quelqu'un décrochait le filin du ponton ? Il ne s'en rendrait pas compte immédiatement et ce serait une catastrophe pour remonter. Le danger lui donnait mal au crâne et ses yeux scrutaient chaque recoin de la berge pour chercher une hypothétique menace. Cette herbe là n'avait-elle pas bougé d'une étrange façon ? Le vent pouvait en être responsable mais quelqu'un pouvait très bien l'observer tapis à l'ombre du feuillage, attendant le bon moment pour l'assassiner… Stop, c'en était trop, il devenait parano. Il n'y avait personne et personne n'essaierait de le tuer aujourd'hui. Du moins l'espérait-il.

D'un pas hésitant il s'avança jusqu'à l'onde blanche à cause du reflet du soleil. L'eau était trouble, il n'y verrait rien là-dedans. Il décida de ne pas réfléchir plus et pénétra dans l'eau glacée… Comme il l'avait prévu, la combinaison ne le protégea quasiment pas de la morsure du froid et il sentit milles aiguilles acérées le transpercer. Alors qu'il plongeait la tête sous l'eau il eut le temps d'apercevoir un drôle de reflet près de la berge mais il n'y prêta pas attention. Déjà son corps s'enfonçait mollement dans les eaux sombres le rendant sourd au monde et extérieur et presque aveugle.


Voilà pour ce chapitre ! Des remarques, des réactions, des questions ? Laissez moi une petite review ! A très bientôt les amis :D

Karnage.