Bonjour à tous ! Après plusieurs mois, voici enfin le quatrième chapitre de The Smithcatchers. A la base, je comptais en écrire un seul mais j'ai finalement décidé de le couper en deux, car il me semblait trop lourd à lire d'un coup. La fin de ce chapitre n'est pas une coupure très « naturelle » mais le dernier chapitre est presque fini, vous l'aurez donc très bientôt.
Je suis de très près les éléments du canon, mais encore une fois, la seule chose qui change réellement est la relation entre Matt et Mello, et leur dynamique dans l'histoire. Il y aura également des allusions sexuelles dans ce chapitre donc si vous n'aimez pas, vous ne lisez pas.
Comme toujours, n'hésitez pas à me poser des questions sur mon compte Formspring que vous pouvez trouver sur mon profile, je vous répondrai le plus rapidement possible, ainsi que des commentaires.
Je vous souhaite une bonne lecture.
The Smithcatchers
IV
I haven't got a stitch to wear
Matt se rappelait encore de la première fois qu'il avait compris qu'il était différent des autres. Ca n'avait été qu'une impression, une sensation étrange qui lui avait secoué le corps, un peu comme quelqu'un qui réveille un ami ivre après une fête, et que du fond de l'inconscience l'on remonte jusqu'à la réalité, brutale, glacée. Matt avait six ans, peu avant que son maître Mr Bingles ne le traite de « putain de génie » devant toute la classe, et, alors qu'il voyait les premières lettres sur le tableau, et qu'il entendait le choc de la craie sur l'ardoise, la sensation était venue, insidieuse.
Il avait posé son crayon, puis joint les mains sur la feuille, le regard fixé sur le tableau et là, à cet instant précis, le monde avait bougé autour de lui. Il vit le tableau bouger, devenir un point mobile et il lui fallut plusieurs secondes avant de comprendre que ce n'était finalement pas le monde qui bougeait mais bien lui qui avançait, avançait rapidement, et déjà il ne voyait plus ses autres camarades, immobiles, déchiffrant avec la difficulté qui leur était propre les signes du tableau. Et Matt, les mains froides, comprenait que quelque chose n'allait pas. Cette impression de bouger sans quitter sa chaise fut telle qu'il en devint malade et très pâle, tremblant de tous ses membres, il se leva avant de demander l'autorisation de sortir de la salle. Madame Garrick vint le chercher, morte d'inquiétude, et dans la voiture, lui passant une main tiède sur le front, elle lui murmura que tout allait bien se passer. Matt, les yeux clos, tentant d'oublier, resta silencieux, s'empêchant de pleurer.
Matt fronça les sourcils, écrasant sa cigarette dans le cendrier tandis qu'il se repassait les dernières images du député Milligan. Il n'avait plus pensé à ça depuis bien longtemps. Retenant un bâillement sonore, il se leva du lit où il était resté allongé pendant plus de trois heures, décidant finalement de prendre une douche. L'odeur de la sueur et celle, plus dense, du sexe de la nuit précédente commençait à trop lui coller à la peau. Il étudia pensivement les traces d'ongles de Mello sur ses avant-bras, en petits croissants rouges et ce détail le fit sourire. Il avait commencé à chercher des appartements sur New York et certains qui n'étaient plus habités depuis assez de temps pour qu'ils se permettent de s'inviter. Mello n'avait toujours pas d'adresse, aussi Matt tenta d'en trouver un maximum correspondant à quelque chose d'efficace.
Il se dirigeait vers la salle de bains quand son téléphone portable sonna. Retenant une serviette sous le bras, il décrocha, vaguement agacé. Il commençait à avoir froid à rester torse nu.
- Ouais ?
- C'est moi.
Matt se mordit la lèvre, puis lança un « Merde ! » silencieux avant de répondre d'une voix calme.
- Salut, Jay.
- J'aurai encore besoin de toi dans quelques jours. Un petit job de surveillance d'une entreprise, tu pourrais t'en occuper ?
Matt réfléchit. Il vit l'autre pantalon en cuir de Mello trônant sur une chaise, gratta les marques sur ses avant-bras d'un geste absent. Il hésita un bref instant.
- Je pense être occupé à ce moment. Un autre boulot.
- Oh, vraiment ? fit Jay et Matt entendit dans sa voix un mélange de déception et de curiosité.
- Ouais, vraiment. Libre à toi de me croire ou pas.
- Tu as ce boulot depuis quand ?
- Quelques semaines, mentit Matt, réprimant un frisson. Ca plus la surveillance de Milligan je risque de pas vraiment avoir le temps de m'occuper de ce que tu me proposes. Désolé, ajouta-t-il en tenant de donner à sa voix l'intonation qu'il fallait.
Il y eut un moment de silence, et Matt entendit Jay s'allumer une cigarette. La chair de poule qui finit par recouvrir son corps n'était pas due entièrement au froid et il s'en voulut pour cette réaction.
- Tant pis, lâcha Jay avec une pointe de regret. Tu es le plus qualifié des types que je connais pour ce job, mais je vais demander à quelqu'un d'autre.
- Une autre fois, sans problème, répliqua Matt, un sourire nerveux aux lèvres.
Il porta sa main au cou, et le contact de ses doigts sur le suçon de Jay faillit le rendre malade. Il se demanda brièvement pourquoi il avait accepté de recoucher avec lui, et le désir confortable qu'il avait éprouvé semblait presque de l'eau tiède face à la chaleur qu'il avait éprouvée avec Mello peu après. Il ne voulut pas répondre à toutes ces questions, elles étaient peut-être dangereuses.
- J'ai une nouvelle bouteille, lança tout à coup Jay, et Matt l'entendit sourire. Un grand cru. J'ai pensé à toi.
Matt sentit que si jamais il souriait à son tour, il vomirait. Il se contenta de prendre une longue inspiration, regardant dans le vide. Ses pieds nus étaient glacés sur le sol, et il rêvait de sa douche comme un affamé rêve d'un banquet.
- Cool, pourquoi pas ? dit-il enfin, se remettant debout.
- Je te rappelle si jamais…, dit Jay avant de raccrocher, même si Matt comprit parfaitement ce qu'il voulait dire.
Matt lança le portable sur le canapé puis alla profiter de l'eau chaude. Le front contre le mur, il regarda l'eau tomber en cascade sur ses bras, le ruissellement sur son ventre et ses jambes. Jay s'approchait trop de lui. Beaucoup trop. Matt avait toujours fait attention à ses relations, les entretenant ce qu'il fallait pour qu'il reste en bons termes avec les gens qu'il appréciait suffisamment. Il n'était pas véritablement attaché aux gens, juste à ce qu'ils pouvaient offrir en divertissement, conversation, travail. Jay faisait partie de cette masse de contacts, et malgré les bons moments que Matt avait passé avec lui, il n'avait rien touché de personnel. Un type élégant, intelligent, et qui baisait bien, si Matt résumait.
Il ne s'était pas attendu à ce que Jay revienne le chercher. Il fallait croire qu'il s'ennuyait et qu'il n'avait que Matt sous la main, ou bien que Matt était redevenu intéressant, ou bien une autre théorie qui n'était absolument pas convaincante. Matt passa ses doigts sur ses yeux, aveuglé par l'eau. Il espérait que Jay n'allait pas venir l'importuner dans les prochains jours, voire les prochaines semaines. Il n'avait aucune idée de ce qu'allait faire Mello, ni pour combien de temps.
Après la douche, habillé d'un t-shirt pas trop sale et d'un autre jean qui était troué au genou gauche- sûrement après une soirée où, comme d'habitude, il avait glissé et s'était cogné, incapable de marcher tellement il était soûl- il retourna dans le salon et passa plusieurs heures à travailler sur les différents boulots qu'il avait commencé avant de connaître Mello. Concernant Milligan, les choses stagnaient aussi Matt ne lui renvoya pas un autre mail. Quant aux caméras installées chez le député, il les détruirait à distance à l'aide d'un logiciel puis il en poserait ailleurs si jamais l'occasion se présentait. L'épouse de Milligan avait bien reçu son DVD et avait donné les cinquante mille dollars. ClockTower avait amassé de son côté trente mille, si on comptait l'argent des rivaux de Milligan. Une société lui demandait de faire des recherches sur un employé que l'on soupçonnait d'être espion pour le compte d'une autre société. Tout en passant différents mots de passe, ayant déjà des contacts pour atteindre la sphère privée de l'employé, Matt envoya un message à Lixie pour savoir où se portait le marché de l'héroïne à New York. En ce moment, c'était les Chinois qui avaient l'emprise.
Lixie lui dit qu'il était à 4/7. Information de dernière minute, gros changement. Matt, aussitôt, envoya un autre message à un des trafiquants mexicains qu'il connaissait et lui fit passer le mot. L'indice était minime mais si jamais les Chinois n'étaient pas assez rapides, leur territoire pourrait bien se faire manger de quelques quartiers. Il eut peur un bref instant d'avoir laissé sa place mais heureusement le trafiquant lui répondit que tout était bon de son côté. Matt pouvait espérer un petit cadeau, même s'il ne touchait plus aux drogues dures depuis déjà un an et demi. Il téléchargea quelques films et quelques épisodes de série qu'il n'avait pas eu le temps de rattraper puis sortit faire quelques courses.
Dans la fraicheur de l'hiver, les mains gantées, Matt contempla les rues de New York et mit un peu plus de temps pour rentrer. Il détestait sortir, surtout en hiver, mais l'impression douce du soleil lui redonna de la force. Mello ne l'avait pas appelé, et Matt n'avait absolument aucune idée de ce qu'il était en train de faire. Tant pis.
Il acheta des plats tout faits, un nombre conséquent de paquets de chips, et fut soulagé de découvrir la marque de chocolat Melts dans le magasin où il se ravitaillait habituellement. Il acheta une vingtaine de tablettes, ce qui lui valut une réduction. Les sacs en papier dans les bras, il sortit du magasin, entendit les taxis qui s'arrêtaient au mouvement des passants, perçut l'humidité de l'air autour de lui.
Le monde avançait à son rythme.
Mello rentra vers deux heures du matin, et, exceptionnellement, cette nuit-là, Matt s'était endormi tôt. Epuisé, le corps endolori, il avait éteint son ordinateur portable et plongé dans un sommeil profond à tout juste minuit. Il entendit le claquement assourdi des bottines de Mello dans le salon, et le bruit se transforma dans sa tête en celui d'un pivert sur un arbre, puis, lentement, l'image de l'oiseau se dissipa et Matt ouvrit les yeux pour dévisager son avant-bras qui dépassait du lit, les jambes emmêlées dans les draps qui portaient encore l'odeur de Mello.
Il se redressa et l'esprit tout brumeux de sommeil, il sortit de la chambre pour voir la silhouette de Mello se déplacer jusqu'au canapé. Il sentit l'atmosphère lourde, pesante et préféra rester silencieux. Les épaules de Mello roulaient comme celles d'un fauve sur le point d'attaquer et d'un mouvement brusque il retira son manteau qu'il laissa par terre, s'asseyant lourdement sur le canapé, déballant déjà une tablette de chocolat comme quelqu'un d'autre déballerait un paquet de cigarettes.
Appuyé contre le mur, Matt hésita un bref instant puis alla jusqu'aux sacs des courses et déposa sur la table le chocolat qu'il avait acheté, bien en évidence. Après quoi, il s'assit à son tour, n'osant toujours pas parler. Il vit dans la faible lumière de l'extérieur l'expression crispée du visage de Mello, et sa brûlure lui donnait une allure menaçante, enlaidie par la colère. Plus que de la colère, c'était même une rage sous pression qui n'allait pas tarder à jaillir. Matt ouvrit la bouche, la referma, considérant bêtement ses genoux. Il s'était endormi avec son jean troué et il gratta la peau nue à travers l'ouverture.
Mello croqua bruyamment dans son chocolat, et ses mâchoires s'activèrent. Matt ne bougea pas, même s'il mourrait d'envie de fumer une cigarette. Quand il voulut parler, Mello le devança.
- Quel petit trou du cul, lâcha-t-il à voix basse, et Matt entendit le grondement de la colère, de la frustration.
- … Oh.
N'en pouvant plus, Matt se leva, alla chercher ses cigarettes et son briquet. Mello n'avait pas bougé, fixant le sol sans vraiment le regarder. Matt remarqua ses jambes croisées, et l'une d'elle tremblait sous l'afflux de la rage. La flamme du briquet éclaira un court instant le visage de Matt puis, tirant sur la cigarette, il lança un rapide coup d'œil à Mello.
- Ca s'est passé comment ? finit-il par demander.
Mello releva la tête, ne répondit pas aussitôt. Il se fendit d'un bref rire sans joie.
- J'ai revu un connard que j'avais pas vraiment envie de revoir. Le chef du SPK, je le connais, ajouta-t-il avant de croquer dans son chocolat.
- Rien que ça ? fit Matt, tentant de ne pas avoir l'air trop intéressé. L'orphelinat ?
- Oui. Ce salopard utilise les autres comme des jouets. Il a pas de sentiments, rien du tout. Un enfoiré.
Le visage de Mello fut parcouru d'un frémissement et il détourna les yeux, comme s'il ne voulait pas que Matt devine ses pensées.
- Je suis allé le voir pour qu'il me rende quelque chose. Maintenant, je sais où se trouve le SPK, dit-il en se levant, semblant subitement plus calme. Tu as cherché pour les appartements ?
- Je savais pas trop ce que tu voulais, j'ai cherché dans certaines zones.
- Choisis vers Nick Street, lança Mello d'une voix implacable.
- Je vais me débrouiller, répondit Matt en haussant les épaules. Je vais voir ça tout de suite.
Complètement réveillé, il retourna dans sa chambre, se remit au lit, l'ordinateur portable sur les genoux. Il entendit Mello déposer son manteau sur la table puis le rejoindre. Il s'assit lourdement sur le lit, le dos voûté, considérant pensivement un bout de papier qu'il tenait dans une main toujours gantée. Après un temps de silence, il la tendit finalement à Matt qui l'attrapa, curieux.
C'était une photo de Mello, lorsqu'il n'était âgé que d'une quinzaine d'années. Ses yeux étaient pleins d'une lueur arrogante, très noirs, et ses cheveux étaient lisses, bien coiffés, retombant en mèches sages sur ses joues pâles. Il avait un sourire en coin, moqueur, provoquant l'objectif. Matt réprima un ricanement, puis la rendit à Mello.
- T'étais mignon, dit-il, les yeux rivés sur l'ordinateur.
Matt émit une exhalation amusée.
- Je ne le suis plus ?
Matt eut un léger sourire, entendant dans la voix de Mello cette intonation si particulière qui annonçait que peut-être dans peu de temps ils se retrouveraient à discuter passionnément sous les draps.
- Si mignon signifie avoir une grave brûlure et un penchant assumé pour le cuir, on peut dire que si.
Mello rit doucement. Il se pencha, retira ses bottines, ses gants, puis son haut en cuir qu'il laissa sur le sol avant de se mettre au lit.
- Mon canapé te fait de l'œil, dit Matt, cliquant sur un fichier.
- Mon poing dans ta figure aussi, répliqua Mello d'une voix égale.
Il se mit sur le flanc, un bras sous la nuque et ne bougea plus. Matt crut un instant qu'il faisait semblant puis, au bout d'une heure, entendit sa respiration, régulière, profonde. Complètement absorbé par ses recherches, Matt sentit Mello bouger dans son sommeil, mais lui tournant toujours le dos. Il réussit à trouver un appartement sur Nick Street, envoya quelques messages puis, soulagé, éteignit l'ordinateur, seule lumière de la pièce.
Doucement, ayant presque peur de réveiller Mello, Matt se fit une place, sentant le sommeil le gagner à son tour. Il n'avait pas l'habitude de dormir avec quelqu'un d'autre, et quand cela se faisait, il était trop ivre, ou épuisé pour vraiment contester. Il perçut la chaleur de Mello sous le drap, et cette vie tout près de lui l'émut pour une raison qu'il ignorait. Retombant dans le monde flou des rêves, il appuya sa joue contre l'oreiller, ayant pour dernière image la silhouette de Mello endormi près de lui.
Mello dormit peu. Il était six heures du matin quand Matt sentit sa main le secouer doucement pour le réveiller. Grommelant sous les draps, il voulut se détourner des doigts gantés continuant de presser son épaule.
- Il faut qu'on commence à tout ranger, chuchota Mello en guise de bonjour.
- Plus tard, merde, soupira Matt dans l'oreiller. J'ai déjà envoyé un message, faut attendre.
Mello eut comme un sourire, mais Matt, les yeux toujours fermés pour bloquer toute lumière matinale, ne le vit pas. Il entendit son petit ricanement, puis perçut la chaleur de Mello se penchant vers lui. Ses lèvres effleurèrent les siennes, puis déposèrent un bref baiser. Matt, surpris, ne répondit pas aussitôt, les mâchoires serrées. Ce n'était pas qu'il refusait le contact de Mello, mais il savait que l'haleine du matin était ce qui pouvait tuer le désir en un temps record. Ouvrant un œil, il contempla Mello déjà lavé, habillé, prêt pour une nouvelle aventure. Il semblait surpris de l'apparente pruderie de Matt, analysant brièvement la situation d'un regard acéré. Matt lut dans ses yeux un mélange de déception et de frustration, et peut-être quelque chose qui ressemblait à de la fierté froissée. Sa main effleura l'épaule de Matt, remontant à sa gorge, la caressant d'un geste vague, presque hésitant. Le contact du cuir sur la peau tiède était presque étrange dans le reste de sommeil qui brumait l'esprit de Matt.
- J'ai fait du café, dit Mello, retirant sa main puis amorçant un mouvement pour se lever. Dépêche-toi de prendre ta douche, on a beaucoup de choses à préparer pour Nick Stre-
Il se tut quand Matt, lentement, avait attrapé son poignet pour le forcer à se rassoir. Encore fatigué par la courte nuit, Matt se redressa, attrapa le visage de Mello et l'embrassa doucement, en espérant que son haleine ne serait pas trop rebutante. Il entendit Mello sourire contre ses lèvres, et ses mains gantées le prirent aux épaules, descendirent le long de son torse en un effleurement amusé.
- Bonne façon de commencer la journée, dit Matt contre la bouche de Mello, la tiédeur du cuir devenant chaude à travers le tissu de son t-shirt.
Mello eut ce rire guttural qui annonçait tant de choses, et Matt, fermant les yeux, le laissa l'embrasser dans le cou, mordant doucement la peau, et les picotements réveillaient son corps engourdi par le sommeil, réchauffaient tous ses membres et bientôt il gémit quand les doigts gantés touchèrent son entrejambe. Mello rit de nouveau, et son baiser fut dur contre la bouche de Matt, intrusif, dominateur. Matt rit à son tour, sentant les mains de Mello le forcer à se rallonger mais se redressant malgré tout.
- Je vais me laver si on a tant de boulot que ça, lança-t-il en repoussant doucement les doigts de Mello qui se pressaient davantage contre son ventre, glissant encore plus bas.
Il crut entendre Mello émettre un grondement menaçant, s'en amusa. La lumière blafarde du matin pâlissait davantage sa peau intacte, adoucissait la brûlure et les traits crispés de son visage. Matt, à présent débout, s'étira puis retenant un autre rire, se tourna pour voir Mello se lever à son tour, le fixant d'un regard noir.
- Tu fais ça pour m'énerver ? lança-t-il sèchement.
- Oh, tu sais pas de quoi je suis capable quand il s'agit d'emmerder les autres, répliqua Matt, prenant ses lunettes, vérifiant qu'elles étaient propres.
Il se tut, hésita un bref instant, puis brusquement étreignit Mello et l'embrassa avec force avant de sourire.
- Je suis sérieux quand il faut bosser, murmura-t-il au coin des lèvres de Mello.
- Tu caches bien ton jeu, répliqua Mello et l'orage dans ses yeux sombres se dissipa progressivement.
Matt qui s'était éloigné se contenta d'hausser les épaules. Il sentit l'odeur du café chaud dans le salon, vit les affaires de Mello sur le canapé, puis fit un signe de la main, comme s'il voulait dissiper quelque chose qui était tenu dans l'air, ce désir perceptible, admis, mais qui n'avait pas encore sa place pour le moment.
Après sa douche, puis s'être habillé, il but son café tout en écoutant Mello lui résumer ce qu'il avait appris la veille.
- Le nouveau L serait Kira ?
- D'après Hal, oui.
Matt resta silencieux. Reposant sa tasse, il s'alluma une cigarette et exhala une bouffée, les yeux dans le vague. Mello, assis en face de lui, le regardait, attendant qu'il parle. Il semblait aimer avoir l'avis de Matt, même s'il ne le respectait pas toujours.
- Ouais, c'est… assez terrifiant comme logique, répondit finalement Matt, tirant une nouvelle fois sur sa cigarette. Smith est malin.
Mello ricana.
- Encore ce Smith ?
- Kira s'astique le manche en se prenant pour un dieu. C'est pas tellement différent.
Mello eut un nouveau sourire, détournant le regard. Il soutenait son front de sa main gauche, et sous la paume, la diagonale se dessinait, boursouflée, encore rouge et douloureuse. Matt hésita à lui demander s'il prenait toujours les pilules de tradamol puis préféra s'abstenir. Son café était amer, très fort.
- J'avais quand même une question, dit-il brusquement.
- Quoi ?
- Hal… Elle a vraiment une grosse poitrine ?
Tout fut compliqué, malgré les tentatives de Matt pour aller le plus vite possible. Edmond, qui était spécialisé dans la saisie d'appartements, avait trouvé quelque chose à Nick Street, juste en face de l'immeuble qu'une multinationale possédait. Quand Matt avait demandé à Edmond ce que ça donnait, son contact n'avait répondu qu'un simple « Tu verras ». Matt avait fait une grimace, lancé un coup d'œil à l'appartement dans lequel il vivait, si grand et confortable, puis à Mello qui continuait ses propres recherches sur un autre ordinateur portable, avant de soupirer.
Matt possédait près d'une vingtaine d'ordinateurs, certains portables, d'autres non. Il avait même des modèles n'existant plus depuis des années, qu'il avait réparé lui-même et qui marchaient aussi bien qu'un neuf. Mello lui demanda de ne garder que les plus performants, soit une dizaine en tout.
- Tu peux toujours mettre les autres ailleurs, lança-t-il comme cela était parfaitement évident.
- Et où, ailleurs ? répliqua Matt, serrant par réflexe ses doigts sur le clavier d'un des premiers Mac jamais sortis.
Mello ne répondit pas, et Matt voulut le frapper. Il refusa catégoriquement de se séparer de sa collection de jeux vidéo et de consoles, malgré toutes les menaces de Mello.
- Je t'ai sauvé la vie, dit-il et cet argument, bien qu'incohérent avec le reste de la négociation fut ce qui lui donna raison.
Comme une petite amie dont on ne peut tout à fait se séparer, la vieille Ford fut de nouveau utiliser pour faire le trajet de l'appartement à Nick Street. Matt caressait le volant avec un mélange de dégoût et d'agacement, tentant de se persuader que ce n'était pas si grave que ça. Il avait largement les moyens de s'acheter une autre voiture, bien plus performante et surtout bien plus belle, mais Mello, en voyant la Ford, eut un léger sourire. Matt eut l'impression qu'il s'était en quelque sorte attaché à la poubelle ambulante et ne put s'en amuser qu'un bref moment. Ils déposèrent six cartons d'ordinateurs et de caméscopes, et Matt dut faire un nouveau trajet pour amener un matelas. Il avait beau aimé vivre une aventure, il refusait de dormir à même le sol dans un appartement qui s'annonçait vétuste.
Quand il alla voir Edmond, qui logeait près de Manhattan, Mello resta dans la voiture, continuant de taper sur un ordinateur portable qu'il avait pris d'un carton, cachant son visage. Edmond discuta un bref moment avec Matt, qui malgré plusieurs refus, dut boire un café avec lui. Edmond avait un physique ingrat, mais était presque trop gentil pour son travail. Il donna à Matt une autre adresse d'appartement, lui aussi libre, si jamais Matt en avait besoin pour un autre travail. Mello ne lui fit pas une remarque quand il revint à la voiture une demi-heure plus tard, ce qui le surprit. Il mangea même avec un semblant d'appétit l'hamburger que Matt alla acheter à un fast-food tout considérant pensivement le tableau de bord.
- Avec un peu de chance, on aura bientôt fini, dit Matt, histoire d'avoir un semblant de conversation.
- Hum, oui.
- Tu te rends compte que tu viens tout simplement de m'éjecter de mon domicile ?
- C'était pas ton appartement, de toute façon.
- J'y étais attaché, rétorqua Matt, grignotant une frite.
Le visage de Mello s'adoucit. Il semblait en train de réfléchir activement aussi Matt décida de se taire pour ne plus le déranger. Cependant, alors qu'il s'apprêtait à redémarrer la voiture pour se diriger vers Nick Street, Mello se tourna vers lui, à la fois étonné et déçu.
- Tu ne dis plus rien ?
- Tu avais l'air de réfléchir, j'avais pas envie de-
- Non, ça va. Tu peux continuer de parler. Ca ne me dérange pas, ajouta-t-il d'une voix légère, qui sonnait presque comme une sorte de compliment. En général, je n'aime pas entendre les autres mais avec toi, ça va.
Passant la deuxième vitesse, Matt se mordit l'intérieur des joues pour faire disparaître le sourire stupidement ravi qui le prenait.
Ils parvinrent à préparer l'appartement en fin d'après-midi, après plusieurs voyages. Matt, épuisé, prit cependant le temps de disposer tous les ordinateurs, puis toute sa collection. L'appartement le rendait nerveux. Ce n'était qu'un studio au cinquième étage sans ascenseur, aux murs nus de tout papier peint, les rideaux déchirés, troués par des mégots. Le plancher grinçait et à chaque fois Matt avait l'impression qu'il était sur un pont prêt à s'effondrer. A peine osa-t-il lancer un regard à la salle de bains. Quand il fit couler de l'eau, une substance vaguement brune jaillit du robinet. Mello le retrouva en train de tapoter le résidu dans la douche.
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je vérifie si c'est pas un extra-terrestre qui est resté coincé là-dedans.
Pour faire un minimum de cuisine, il n'y avait qu'un réchaud. Le radiateur ne marchait pas. L'humidité était telle que Matt sentit un rhume le saisir moins d'une heure après leur arrivée. Il décida aussitôt de s'emmitoufler dans les couvertures et de ne plus quitter le matelas qu'il avait déposé dans un coin de l'appartement, loin des courants d'air. Claquant des dents, il remit en marche ses ordinateurs, et fut soulagé d'avoir une connection valable. Mello marchait dans l'appartement, faisant grincer les lattes du parquet. Il semblait particulièrement satisfait de la vue qui donnait directement sur la sortie de la station, et de l'immeuble de la multinationale. Brandissant des jumelles, il eut un sourire, murmurant sans émettre un son des calculs dont Matt ne voyait pas l'intérêt.
- Viens voir, Matt, dit Mello, tendant les jumelles.
Matt s'extirpa du matelas, ramenant les couvertures sur lui.
- Super, lança-t-il d'une voix désinvolte.
- Tu as devant toi le SPK, dit Mello, retournant voir les ordinateurs allumés.
- Super, se contenta de répéter Matt, ayant trop froid pour se soucier de quoi ce soit d'autre.
Mello s'assit dans un vieux fauteuil rouge, jambes sur un accoudoir. Il grimaça aussitôt et palpa le tissu.
- On sent le ressort en dessous.
- Je ne suis pas tellement surpris, dit Matt lui redonnant les jumelles avant d'allumer une cigarette.
- Tant pis, ce n'est pas le plus important.
Matt le regarda, curieux. Il commençait à avoir un peu plus chaud sous les couvertures et allongé à plat ventre sur le matelas, il tendit un bras pour atteindre le cendrier dans lequel il déposa les cendres de sa cigarette.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ? demanda-t-il après un temps de silence.
Mello ne répondit pas. Il sortit de la poche de son manteau une tablette de chocolat, froissa le papier d'aluminium entre ses doigts gantés et quand il porta le chocolat à ses lèvres, il s'arrêta, détournant les yeux.
- Dans tous les cas, je ne risque rien. Mais il ne faut pas que je tarde. Je me laisse quelques jours pour continuer les recherches et prendre contact avec Hal.
Matt resta silencieux.
- Tu m'as dit que tu connaissais le chef du SPK, lança-t-il enfin, exhalant une bouffée.
- Oui.
- Tu peux m'en dire plus ?
Mello tressaillit puis se tourna pour lancer un regard surpris à Matt.
- Pourquoi tu veux savoir ?
- Pourquoi tu donnes tes informations au compte-goutte ? répliqua Matt d'une voix égale. J'ai déjà prouvé que tu pouvais me faire confiance. En quoi m'en dire plus sur ce type peut être dangereux ?
- Ce n'est pas que c'est dangereux, rétorqua Mello, vaguement agacé. C'est juste…
Il se tut, cherchant ses mots. Matt contempla son nez droit, le pli de sa brûlure, puis ses lèvres pincées, refusant de montrer ce qu'il pouvait ressentir. Il vit un éclat trouble dans ses yeux noirs et soupira.
- C'est juste personnel ? dit-il du bout des lèvres, tentant d'aider Mello.
- Oui, on peut dire ça comme ça, chuchota Mello en ayant un léger sourire désolé.
Matt ferma les yeux, laissant sa cigarette se consumer dans le cendrier. Appuyant son menton sur ses bras croisés, il profita de la tiédeur le protégeant.
- C'est quoi son nom ? demanda-t-il d'une voix étouffée par les couvertures.
- Near.
Matt pouffa et entendit Mello émettre un bruit amusé à son tour.
- Je sais, c'est débile, admit Mello et Matt perçut le bruit d'un craquement sourd, puis celui des mâchoires de Mello mâchant le chocolat avec une vengeance d'appétit.
Souriant, sentant le sommeil l'envahir, Matt ne répondit plus. Malgré l'humidité, l'odeur de moisissure, il se sentit bien, entendant Mello traverser l'appartement pour prendre sa place près d'un autre ordinateur. Peut-être devait-il travailler à son tour mais il n'y parvint pas, ses membres se fondant doucement dans la chaleur du matelas.
Mello le frappa légèrement à la nuque, le faisant sursauter.
- Debout, dit-il, ne pouvant cacher le rire dans sa voix.
Matt ne répliqua pas et traînant les couvertures avec lui jusqu'au vieux canapé qui semblait presque menaçant aves tous ses ressorts, il commença à faire ses propres recherches.
Pendant les deux jours qui suivirent, Mello sortit beaucoup, faisant quelques vérifications pour le plan qu'il mettait en place. Matt ne l'accompagna pas, n'ayant tout simplement pas eu l'autorisation, mais sortit une fois ou deux également pour profiter d'une véritable bouffée d'air frais le changeant de l'atmosphère du studio, et de l'humidité qui le rendait presque physiquement malade. Il n'aimait pas sortir mais préférait largement se connecter dans un café bien couvert, protégé, tout en buvant une boisson chaude plutôt que de rester sur un vieux matelas et ne plus bouger sous peine de sentir un courant d'air glacial lui passer entre les jambes.
Il mit un terme au chantage de Milligan quand il vit son intervention à la télévision, mettant fin aux rumeurs qui circulaient sur lui. Sa femme, bientôt ex madame Milligan, l'avait remercié pour son travail et Matt avait ensuite contacté ClockTower, bien ce dernier était déjà au courant. Ils avaient gagné ensemble plus de deux cent mille dollars. Matt en garda une partie pour son travail avec Mello, espérant bien s'acheter une nouvelle voiture s'ils devaient encore faire des déplacements. Mello ne lui avait encore rien dit sur ce qu'il comptait faire et Matt comprit, sous le silence buté, qu'il en serait presque toujours ainsi. Cela ne le dérangeait pas. Il en était venu à aimer cette imprévisibilité, ces brusques changements, les révélations qu'il gagnait en guise de récompense.
Jay l'avait contacté une nouvelle fois. Matt, agacé, lui avait envoyé un bref mail lui disant qu'il était toujours occupé. Les choses s'annonçaient difficiles et la perspective de perdre le réseau de Jay mettait Matt dans l'embarras. Pendant un moment, il regretta d'avoir déchiré la carte de Karl, puis finalement ne s'en soucia plus. Il finissait par comprendre que coucher avec ceux qui lui proposaient du travail n'était pas la meilleure chose à faire. Par association d'idées, Matt finit par penser une nouvelle fois à Mello et grimaça, se connectant à un MMORPG pour tuer le temps.
Quand il rentra à l'appartement le 22 au soir, Mello était déjà là, fixant le SPK à l'aide de ses jumelles. Il ne se retourna pas lorsque Matt posa les clés et aussitôt alla se poser sur le matelas et la chaleur confortable des couvertures.
- Demain, je vais avoir besoin de toi, déclara-t-il, reposant les jumelles puis serrant les poings comme pour contenir une rage soudaine.
- Okay, pour quoi faire ?
- Il se peut que ça prenne du temps. Peut-être. Si jamais c'est le cas, tu me relaieras le temps que je me repose.
Matt haussa les épaules. Il avait allumé sa PSP et déjà commencé une nouvelle partie d'un RPG qu'il avait téléchargé pendant qu'il était au café. Il hésita un temps de mettre ses écouteurs puis décida que ce n'était pas la peine. Il perçut le mouvement de Mello sur sa gauche, s'asseyant sur le matelas à son tour puis, après un instant où il ne bougea plus, il retira ses bottines et se mit sous les couvertures, fermant les yeux. Il avait les sourcils froncés par la concentration. Dans la légère lumière, Matt vit l'expression de son visage, et les ombres firent fondre les ridules de sa brûlure, diluant la diagonale pour n'en faire qu'un trait léger, barrant l'arête de son nez. Il tendit une main, faisant mine de le toucher, puis réprima son geste.
Il reporta son attention sur sa PSP. Sa nouvelle équipe était vraiment nulle, il allait devoir faire beaucoup de level-up si jamais il voulait battre le premier boss du jeu. Il étain en train de vérifier les équipements quand il entendit Mello rire doucement près de lui. Levant les yeux de l'écran de sa console, il vit son sourire, mi-amusé mi-moqueur, un œil entrouvert qui le fixait et sa bouche se fit sèche. N'ayant pas besoin d'en comprendre davantage, il sauvegarda sa partie, reposa sa console sur le sol et à peine se redressa-t-il que Mello se leva, les muscles de son ventre dénudé se contractant dans le mouvement et se pressa contre lui, riant en même temps qu'il l'embrassait.
Matt, les yeux mi-clos, sentit les cheveux de Mello tomber sur ses joues, le corps empêtré dans la tiédeur des couvertures, et passa ses doigts sur les épaules, puis le long de sa colonne vertébrale, mémorisant chaque contour, devinant où se trouvait la plaque de la brûlure, s'étendant jusqu'à disparaître complètement. L'odeur du cuir le troubla, lui fit fermer les yeux et répondant enfin aux baisers de Mello, il se détendit, enlaçant le corps mince qui l'étreignait avec un mélange de force et un semblant de douceur.
Ce qui suivit se déroula dans une sorte d'empressement, un besoin frénétique. Matt, poings serrés sur le matelas, puis ongles plantés dans les hanches de Mello qui tendait la nuque pour atteindre ses lèvres, perçut la chaleur de ses jambes, le pantalon en cuir ne tenant plus que sur une cheville, toute blanche, presque trop fine, en-dehors des couvertures. Les genoux qu'il prit dans ses paumes, les ployant pour avoir plus d'espace, avaient deux cicatrices très nettes, comme si Mello était tombé d'un lieu élevé après l'explosion. Le souffle court, Matt garda les yeux ouverts, profitant de la clarté du reste du jour pour enfin regarder chaque expression, chaque frémissement du visage de Mello quand, prenant tout son temps, il embrassa sa peau, de sa jugulaire à son torse, puis redescendant, dissimulé sous les couvertures, jusqu'au bas-ventre où il pressa ses lèvres, mordant doucement sur l'os de la hanche et le tremblement nerveux des muscles qui se contractaient par le désir.
Il entendit Mello émettre un son à mi-chemin entre le soupir et le gémissement lorsqu'il le prit dans sa bouche. La chaleur était telle que Matt éprouva une sorte de vertige, et il ne sut plus tout à fait quand Mello eut un orgasme, si cela fut avant ou après qu'il ne soit enlacé à son tour par Mello qui tout en souriant contre ses lèvres écarta les pans ouverts de son jean pour passer ses doigts sur son érection. Percevant contre lui le mouvement de la poitrine de Mello qui prenait une longue inspiration pour se calmer, il l'embrassa, ses doigts s'appuyant sur son ventre puis sur son sexe qu'il empoigna fermement et son autre main attrapa doucement, presque tendrement sa nuque pour le maintenir contre lui. Sa langue semblait fraîche comparée à la chaleur qui les enveloppait tous deux.
Lorsque tout fut fini, la nuit tombait et le froid tétanisa Matt encore brûlant, la peau humide de sueur. Les doigts de Mello étaient posés sur sa gorge et le regard tourné vers la fenêtre donnant vue sur le SPK, il resta silencieux, le visage fermé par une expression indescriptible. Matt, remettant correctement les couvertures, entendant le vrombissement léger des ordinateurs allumés, hésita un court instant puis passa un bras sur l'épaule de Mello, ne le regardant pas.
Le lendemain matin, Mello observa une nouvelle fois le bâtiment. Matt, assis, fumant une cigarette, le regarda composer un numéro sur un téléphone portable acheté quelques jours auparavant puis attendre, se prélassant dans le fauteuil à moitié défoncé. Un sourire cruel se dessina sur ses lèvres et froissant l'emballage d'une nouvelle tablette de chocolat, il se mit à parler à son interlocuteur.
- C'est toi, Mogi ?
Matt, de là où il se trouvait, ne put entendre qu'une vague réponse. Curieux, il ne dit pas un mot tandis que Mello choisissait chacune de ses paroles avec soin. Le regard perçant mais ne fixant rien en particulier, il se focalisait entièrement sur son plan. Rien ne pouvait le déranger.
- Viens le plus rapidement possible à la station Nick Street à New York, déclara Mello après un bref échange concernant une « combine avec les autres », que Matt ne comprit pas.
Gardant le téléphone près de son oreille, il écrivit sur un bout de papier à Matt de vérifier les vols de Los Angeles pour New York. Toujours en ligne avec Mogi, Mello ne dit plus un mot pendant une bonne demi-heure, jusqu'à ce que Mogi raccroche le temps de prendre l'avion.
- Il arrivera dans cinq heures, six grand maximum, chuchota Matt, lui montrant les différents trajets.
- Très bien, il n'y a plus qu'à attendre son arrivée.
Il se leva et regarda par la fenêtre. Après un instant où il resta silencieux, il retourna s'assoir sur le fauteuil, puis alluma un ordinateur portable.
- Il faut qu'on trouve un autre coin pour se cacher, lança-t-il.
- Déjà ? dit Matt, surpris.
Mello le dévisagea, puis eut un rire bref qui ne put tout à fait cacher une certaine nervosité.
- Je te l'ai dit, je ne risque pas grand-chose pour l'instant. Mais je ne sais pas combien de temps mon plan va marcher.
Il se tut et Matt sentit comme une main lui compresser l'estomac, faisant monter en lui un début de nausée.
- Ne me dis pas qu'ils ont pu remonter jusqu'à toi, dit-il d'une voix serrée par un mélange d'excitation et de panique.
Mello éclata de rire.
- Pas de souci. Je ne suis pas si bête que ça. Mais…
Il laissa sa phrase en suspens, passant machinalement une main sur la diagonale de sa brûlure, grimaçant au contact du cuir contre sa peau. Quand il se rendit compte que Matt attendait qu'il finisse de parler, il secoua la tête, puis se remit à travailler sur l'ordinateur. Matt, pensif, alluma une nouvelle cigarette avant d'envoyer un mail à Edmond pour savoir s'il restait toujours quelques adresses qui pourraient leur convenir.
Les cinq heures d'attente promettaient d'être longues.
Quand Mello composa une nouvelle fois le numéro de Mogi, son visage n'exprimait aucune émotion. Matt, silencieux, dévoré par la curiosité, cessa tout mouvement pour observer Mello en train de faire les cents pas dans le studio. Le parquet grinçait, grondait sourdement et Mello, impassible, attendait que Mogi lui réponde, jetant de temps à autre un coup d'œil par la fenêtre. La lueur extérieure prenait une teinte orange, réchauffant les muscles engourdis de Matt qui n'avait pas bougé du canapé depuis le début de l'opération.
Enfin, après un quart d'heure où Mello ne dit pas un mot, Matt entendit le déclic d'un téléphone et une voix, assourdie dire quelque chose à Mello. Ce dernier, retenant un léger sourire à la fois soulagé et satisfait, prit les jumelles et regarda par la fenêtre.
- Je te vois, oui. Entre dans l'immeuble qui se trouve juste en face de toi.
- Mello mais qu'est-ce que…
Mello ne répondit pas. Il sortit de la poche de son manteau un deuxième téléphone, appuya sur une touche puis attendit. Matt, commençant à comprendre, retint une exhalation amusée et retourna s'occuper d'un travail de surveillance d'une banque à Chicago. Il entendit Mello parler avec cette fameuse Hal, puis, après un court instant de silence, perçut une sorte de sourire dans la voix de Mello quand ce dernier s'adressa à Near.
Il le regarda s'appuyer au mur et dans la lumière vit son expression changer subtilement, une expression qui semblait ancienne, et dont Mello n'avait certainement pas conscience. Tout en déclarant à Near qu'il comptait bien se servir de lui, ses yeux sombres brillèrent de contentement. Lorsqu'il se détourna, dissimulant sa brûlure, Matt crut voir pendant un bref instant ce qu'avait été Mello avant qu'il n'entre dans la Mafia. Puis, brusquement, le visage de Mello s'assombrit et de l'adolescent moqueur d'autrefois Matt ne vit plus rien qu'un reste de rage insatiable.
- En effet, Near, continua Mello d'une voix maîtrisée, presque polie qui ne lui allait pas du tout. S'il ne parle pas, nous pourrons en déduire que Kira fait partie de l'équipe d'enquêteurs japonais.
Matt eut une toux qui le secoua brusquement. Il fit craquer ses articulations, ses doigts glacés par le froid ambiant puis, nerveux, se leva pour s'approcher de Mello qui écoutait toujours Near. De là où se trouvait, Matt entendit une faible voix, un peu cassée, monocorde et ne sut dire précisément s'il s'agissait de celle d'un homme ou bien d'un enfant.
Il y eut un moment de silence, si long que Matt finit par se désintéresser de toute l'histoire et s'allonger sur le matelas, continuant de discuter avec Lixie et Deaddy. Il n'avait toujours pas de nouvelles de ClockTower. Il envoya un message au sujet des nouvelles adresses à Mello qui n'avait pas bougé puis, épuisé par l'attente, s'ennuyant à mourir, il s'endormit profondément, les doigts encore sur le clavier de son ordinateur portable.
Il dormit près de six heures, avant que Mello ne vienne le réveiller, lui-même épuisé. Il tendit le téléphone à Matt, puis un bout de papier sur lequel il avait écrit un court message :
Mogi ne veut rien dire. Remplace-moi le temps que je me repose, et réveille-moi dès que tu as l'impression qu'il y a du nouveau. N'oublie pas de recharger le téléphone.
Matt, retenant un bâillement, se leva puis laissa sa place à Mello. Il le vit retirer son manteau, puis s'allonger dans l'exacte position dans laquelle il s'était endormi la première fois. Tout en faisant chauffer l'eau pour le café, le téléphone calé contre son oreille, Matt écouta les bruissements à l'autre bout du fil. Il perçut plusieurs voix, dont celle d'une femme –sûrement Lidner- et de nouveau la voix si particulière de Near. Il ne parvenait pas à déterminer son âge. Si Mello avait dit vrai, il devait ne pas avoir plus d'une vingtaine d'années.
- Laissez Mogi pour le moment, et continuez les recherches, dit Near à cet instant et Matt entendit un bruit sourd, comme si le téléphone avait été posé au sol.
Quelques secondes plus tard, il y eut un autre bruit que Matt ne réussit pas à définir sur le coup, et qui sembla se répéter pendant plus d'une heure. Ce bruit disparut pour laisser place à un autre. Apparemment Near aimait s'occuper et ses activités semblaient variées. Que pouvait-il faire en tant que chef du SPK ? Il ne tapait pas au clavier, sauf exceptionnellement pour lire un ou deux fichiers, ne lisait pas de dossiers, et parlait peu.
Matt s'allongea sur le canapé et se mordit la lèvre pour retenir à temps un juron. Il venait de se prendre un ressort dans le dos. Il tenta de trouver une position confortable, attrapa des écouteurs et les brancha sur le téléphone pour avoir ainsi les mains libres et continuer sa partie de jeu. Il entendit plusieurs fois une conversation entre Lidner et un autre homme –une voix grave, sûrement celle d'un homme mûr- répondant au nom de Rester, au sujet des enquêteurs japonais. De toute évidence, leur enquête ne progressait pas beaucoup et Matt sentit même comme un ennui dans le ton de Near lorsque ce dernier répondit à une question de Lidner.
Matt alla brancher le téléphone puis retourna sur le canapé, les jambes sur l'un des accoudoirs. Il continua de jouer à la PSP pendant deux heures, accordant toujours la plus grande partie de son attention à écouter des conversations sans intérêt entre Near et ses agents. Pas une fois il n'entendit une voix nouvelle. On alla servir de l'eau à Mogi, puis un repas mais l'homme ne dit pas un mot.
Il était une heure du matin quand Mello se réveilla. Matt, en le voyant se lever avec lenteur, le visage encore plein de sommeil, lui montra le café qu'il avait laissé puis reporta son attention sur le téléphone.
- Alors ? dit Mello, mais Matt sut qu'il connaissait déjà la réponse, après tout, il ne l'avait pas réveillé.
Matt secoua la tête.
- Mogi s'est endormi d'après ce que j'ai compris, ajouta-t-il en chuchotant.
- Bon. Tu peux aller te reposer si tu veux.
Matt sourit, secoua une nouvelle fois la tête. Il changea de position pour laisser de la place à Mello. Ce dernier, entamant sa tasse de café, prit le téléphone à son tour puis, cachant un bâillement derrière sa main, écouta quelques instants.
- C'est le plan le plus chiant du monde, avoua Matt, s'allumant une cigarette.
Mello fit une grimace comme s'il se retenait de rire mais ne répondit pas. Il semblait écouter la voix de Near qui avait l'air parfaitement réveillé.
- Je n'ai jamais dit qu'on allait vivre une aventure excitante, Matt, dit-il peu après.
- Attraper un meurtrier mégalomane me semble être la parfaite définition d'une aventure excitante.
Mello eut un léger sourire.
- Il faut de la patience. Il m'en a fallu avant d'arriver jusqu'au sommet de la Mafia. Et s'il faut en avoir encore pour obtenir la tête de Kira, ça ne me pose pas de problème.
En disant ces mots, il s'appuya sur l'accoudoir et ses cheveux, sous l'inclination, dévoilèrent sa brûlure. Matt, songeur, ne fit pas de commentaire.
- J'aurai besoin de tradamol, fit Mello. S'il te plaît, ajouta-t-il avec un léger temps de retard, ce qui pouvait laisser croire qu'il était encore quelque peu engourdi par le sommeil.
Matt lui passa le flacon. Mello prit deux pilules avec son café puis se détendit, se prélassant dans le canapé. Matt alla fumer à la fenêtre, comptant les voitures. Ils n'échangèrent pas un mot avant plusieurs heures.
Ce fut comme ça pendant deux jours. Matt finit par s'habituer à ne rien faire d'autre qu'attendre. Mello avait veillé aussi longtemps que possible, se permettant de dormir une ou deux heures le temps que Matt le remplace. Il passa un de ses moments de repos à faire quelques recherches sur un ordinateur, mais ne répondit pas aux regards interrogatifs de Matt. Il ne semblait plus vraiment croire à son plan et Matt voyait, à son impatience qui ne cessait de croitre, qu'il était déjà passé à autre chose.
Mogi n'avait toujours pas dit un mot. Near se permit de parler une seule fois à Mello et ce dernier, le visage fermé par un mélange de déception et frustration, resta silencieux. Matt vit sa main qui tenait le téléphone être parcourue par un tremblement et profita donc d'un moment pour quitter le studio, prétextant d'aller faire les courses. Pour une raison qu'il ne parvenait pas à expliquer, il ne préférait pas être dans la même pièce que Mello si ce dernier venait à laisser éclater sa rage. Il était d'une nature insaisissable et Matt savait reconnaître chez ce genre de personne le moment où il devenait irrésistible de frapper sur quelque chose ou même –encore mieux- sur quelqu'un.
Quand il revint les bras chargés de course, Mello fixait le SPK. Matt remarqua aussitôt la tension de ses épaules, son cou à peu raide et demeura parfaitement silencieux, hésitant même à rester dans la même pièce que Mello. Il déposa les sacs sur la table puis, un peu embarrassé, ne bougea plus, les mains dans les poches de sa veste.
- Ca a foiré, dit soudainement Mello et quelque part, cette simple constatation fit disparaître une partie de l'atmosphère pesante qui régnait dans le studio.
Matt ouvrit la bouche et ne trouvant rien de pertinent à répondre, la referma. Il avait envie d'une cigarette.
- Tu ne pouvais pas savoir que Mogi allait rien dire, murmura-t-il enfin après un temps de silence. Ton plan était bon.
- Merde !
Brusquement, Mello se retourna et Matt eut à peine le temps de voir l'expression de son visage – une colère un peu trouble, et même un peu de tristesse- avant qu'il ne tende la jambe et frappe violemment le canapé qui se déplaça sur quelques centimètres. Le plancher grinça, comme s'il protestait et Matt réalisa qu'il avait également eu un mouvement de recul, se rapprochant instinctivement de la sortie.
- Merde, répéta Mello, d'une voix cependant plus faible. Bordel de…
Il laissa sa phrase en suspens et ne bougea plus, fixant le sol d'un air préoccupé.
- Tu as autre chose, non ? demanda Matt.
Mello hocha la tête.
- J'avais prévu le coup mais… merde.
Il eut un rire bref.
- J'avais oublié.
- De quoi ?
- Comment c'était avant. Quand j'étais tout seul.
Matt fixa Mello et eut l'impression qu'une partie de son estomac se gelait, comme s'il venait de manger un bol entier de glaçons. Ce ne fut que quelques secondes plus tard qu'il se rendit compte qu'il se sentait profondément vexé.
- Eh, t'es pas tout seul. Je suis là, non ?
Quand il vit Mello lui sourire, il comprit qu'il venait de se faire avoir et s'abstenant de faire une remarque ironique, il se détourna.
Il s'apprêtait à s'allumer une cigarette quand il entendit Mello émettre une exclamation de surprise. Etonné, il releva les yeux et vit au même temps instant quelque chose passer devant la fenêtre, un léger mouvement qui faisait penser à un oiseau. Ce ne fut qu'au bout de deux minutes qu'il réalisa que ce qu'il voyait tomber n'étaient pas des oiseaux… mais des billets de banque.
- Mais qu'est-ce…
Abasourdi, il se tut et se précipita à la fenêtre. Il entendit alors une clameur dans la rue, sentit une odeur de brûlé et clignant des yeux, aperçut une centaine d'hommes masqués se ruant sur l'immeuble dans lequel le SPK se trouvait, balançant des cocktails Molotov et autres barres de fer sur les vitres. Matt remarqua dans la foule un homme utilisant un drapeau déchiré sur lequel était écrit « Kira » pour crever les yeux d'un autre homme qui venait de lui voler une liasse de billets. Dans un vrombissement, des centaines et des milliers de billets de cent dollars tombaient d'une ouverture au sommet de l'immeuble et Matt, la bouche sèche, les regarda tomber juste devant lui, comme le mettant au défi de venir les attraper.
- Wow…, souffla-t-il, émerveillé.
Il entendit Mello ricaner près de lui.
- Near avait donc pensé à cette éventualité, dit-il.
Comme pour confirmer ses propos, la voix de Near se fit entendre à l'autre bout du fil. Mello écouta un instant puis raccrocha, le visage impassible.
- On y va, lança-t-il brusquement.
- Quoi ?
- On s'en va.
Tout en éclatant de rire, Matt s'en alla prendre un des sacs de courses, vida son contenu sur la table et avant même que Mello ne puisse répliquer, il ouvrit la fenêtre et s'amusa pendant un moment à attraper tous les billets qui lui étaient à portée de main.
Il se fit plus de mille dollars en un temps record.
L'un des Japonais sembla regarder derrière lui peu après que la voiture envoyée par le SPK ne soit repartie avant d'entrer dans l'aéroport.
- Mon dieu, qu'il est laid, lança Matt en riant à moitié.
- Je savais bien que tu étais le maître de la subtilité, répliqua Mello, une main crispée sur le volant.
Matt se contenta de rire une nouvelle fois puis se cala dans son siège. Mello gara la voiture puis, observant le monde entrant et ressortant, eut un mouvement bref comme s'il hésitait encore.
- On les suit ? demanda Matt, prêt à quitter la voiture.
- Attends.
Matt fit une légère grimace.
- On s'est planqué pendant deux jours, tu n'as pas arrêté de me tanner pour qu'on se dépêche et tu veux attendre, maintenant ?
Mello tourna la tête et contempla Matt de ce regard presque douloureux tellement il était intense. Matt dessina des yeux la cicatrice qui dans l'ombre s'étendait sur la peau intacte et brusquement mal à l'aise, il cessa de sourire. Il ne connaissait pas encore assez Mello pour savoir jusqu'où aller dans ses propos et quand il vit la nuque de Mello, un peu raide, et ses mains qui eurent un spasme sur le volant, il comprit qu'il était peut-être considéré comme un allié, mais qu'il pouvait aussi tout aussi bien être un homme mort si jamais les choses ne jouaient pas en sa faveur.
Il y eut un silence pesant puis comme si rien ne s'était passé, Mello étira son dos et sortit de la voiture en claquant violemment la portière, ce qui signifiait qu'il était encore en colère. Matt demeura immobile, la bouche sèche. Il exhala un long souffle tiède et se frotta l'arête du nez avec son pouce. Le contact du gant sur sa peau produisit une sensation bizarre.
Sa portière s'ouvrit brusquement et il sursauta. Mello, appuyé contre la voiture, le dévisageait en ayant un sourire moqueur aux lèvres.
- Alors ? dit-il enfin. Tu comptes rester ici ?
Matt ne répondit pas et sortant à son tour de la voiture, une cigarette à la main, observa Mello qui marchait d'un pas dynamique jusqu'aux portes de l'aéroport. Dans le brouhaha ambiant, Matt n'entendit pas ce que Mello lui dit mais eut l'impression furtive lorsqu'il se retourna pour l'observer que Mello voulait dire autre chose.
Mello savait conduire une moto. Plus que tout le reste, ce fut ce qui surprit réellement Matt quand il vit Mello se ramener avec une magnifique Corso à leur arrivée à Los Angeles. Elle avait été payée en liquide à un garage où Mello avait un contact sûr. Il fallait donc croire qu'il n'avait pas tout perdu dans l'explosion.
- J'ai parlé au type, tu pourras donc aller chercher une voiture plus tard. Une Fairlane, ajouta Mello en ne pouvant dissimuler tout à fait un sourire quand il prit place sur sa moto, tenant fermement les poignées.
Un sentiment chaud envahit la poitrine de Matt.
- S-Sérieux ? De quelle année ?
- 1974, répondit Mello.
- Oh bon Dieu, s'exclama Matt en se mettant à rire.
Mello releva la tête, observant la route. Les deux enquêteurs n'étaient pas très loin devant eux, facilement rattrapables avec la Corso. Melo tapota la place derrière lui, et Matt vit à quel point il s'amusait, malgré la situation. Il jeta son mégot qui décrivit une courbe pour tomber au sol et prit place derrière Mello.
- T'es pas frileux, j'espère ? demanda Mello, se retournant pour le regarder.
Matt fit signe que non. Sans hésiter, il passa ses mains sur les flancs de Mello, prenant bien appui. Il eut une sensation de déjà-vu brutale lorsque ses gants de cuir se pressèrent sur la veste en cuir que Mello avait décidé de porter pour leur voyage. Il se rappela de l'odeur du cuir, le bruissement des vêtements et sentit un désir s'épanouir dans son ventre, proche de l'adrénaline. Mello, surpris de ne pas l'entendre, lui lança un regard furtif, indéchiffrable derrière les lunettes de soleil.
- Quoi ?
- Rien, rien.
Il y eut le grondement habituel de l'allumage puis, percevant la vibration dans tout son corps, Matt serra un peu plus ses doigts sur les flancs de Mello lorsqu'ils partirent enfin. Cela faisait bien longtemps que Matt n'avait pas voyagé à moto et, ravi, sentant le vent passer sur son visage, il observa tout autour de lui. Mello ne parlait pas, concentré sur la route, et Matt voyait ses épaules tendues, le mouvement de ses bras et de son dos lorsqu'il prenait un virage.
Mello finit bientôt par retrouver la voiture qu'avaient prise les Japonais et ralentit quelque peu sa vitesse. Sa conduite à moto était aussi nerveuse et imprévisible qu'en voiture, cependant Matt se sentait davantage en sécurité à moto. Ils traversèrent Los Angeles, firent un détour qui leur prit une dizaine de minutes puis bientôt Mello s'arrêta en face d'un immeuble.
- Le taxi les a déposés là, on a plus qu'à attendre.
Ils ne restèrent pas tous les deux en même endroit. Matt fit un tour puis prit la place de Mello lorsque ce dernier s'en alla vérifier les environs. Au bout de deux heures, l'un des Japonais quitta l'immeuble. Matt ne fut surpris que Mello le suive et haussant les épaules traversa la rue pour se poster à un coin moins exposé.
Il attendit pendant plusieurs heures sans que personne d'intéressant ne sorte de l'immeuble. L'ennui était tel que Matt se mit à chantonner, puis à compter dans sa tête. Il se mit à compter de zéro à cent mille en anglais, puis en français, tenta de se souvenir du latin qu'il avait appris au collège – ce qui lui permit de fouiller dans sa mémoire pour se rappeler des déclinaisons – puis retourna à l'allemand. Lorsque Mogi sortit enfin, Matt en était à trente-trois mille en espagnol.
Une toute jeune femme suivit précipitamment Mogi qui avait déjà descendu les escaliers. En la voyant, Matt éprouva un curieux sentiment, un peu vieux, qu'il n'avait pas éprouvé depuis des lustres. C'était une asiatique –sûrement japonaise, comme Mogi-, aux longs cheveux d'un blond décoloré. Elle était menue, à la démarche sautillante et quand elle se tourna pour parler à Mogi, Matt eut la possibilité d'entendre sa voix assez aigue, babillante comme celle d'une adolescente. A côté de la silhouette massive de Mogi, elle avait l'air minuscule, comme une poupée.
Toutes les faiblesses de Matt combinées en un mètre cinquante et des poussières.
Il attendit quelques instants avant de les suivre pour allumer une cigarette. Il eut tout le temps d'observer les cuisses et les fesses de la jeune femme qui marchait et bondissait parfois, et à un certain moment Mogi la prit doucement par l'épaule pour la rapprocher de lui. Il était impressionnant de voir sa si grande main entourée la petite épaule qui n'eut pas un seul mouvement de recul. La jeune fille –ou femme, Matt n'arrivait vraiment pas à se décider- pailla à propos de quelque chose en japonais et Mogi lui répondit puis ils se dirigèrent tous deux au coin de la rue.
Matt les vit entrer dans un magasin de vêtements et tout en les surveillant composa le numéro de Mello qui décrocha aussitôt.
- Oui ?
Quand Matt eut fini de parler, il entendit le sourire dans la voix de Mello.
- On va s'occuper de cette fille.
Il était assez amusant de remarquer que le « on » voulait généralement dire « Matt ».
A suivre
