Sara pensa alors que c'était vraiment la chose la plus nulle qu'il lui avait dit : Sa vie n'avait pas d'importance pour lui jusque-là et d'un seul coup, il ne pouvait pas vivre sans elle ? Ou tout simplement essayait-il de lui mettre des bâtons dans les roues en utilisant une méthode complètement ridicule ? Elle prit sa réponse pour une provocation. Grissom avait risqué de la mettre en colère pour susciter sa curiosité. Sara demanda alors assez froidement, comme à chaque fois que Grissom la blessait - elle ne pouvait s'empêcher d'être tout aussi désagréable avec lui :
« Pourquoi ferais-tu ça ?! Tu n'as aucune raison de le faire, à part si c'est pour me faire renoncer et dans ce cas, c'est peine perdue Grissom ! »
Ça se présentait mal, Sara avait compris de travers et la colère lui montait au nez ; ses nerfs ne devaient pas lâcher sinon elle était perdue ! Il devait faire en sorte qu'elle n'abandonne pas. Maintenant Grissom n'avait plus le choix, il ne pouvait plus reculer et devait être honnête avec la jeune femme. De toute façon, en ce cas présent, la question ne se posait même pas. Aucun des deux ne savait ce qui se tramait en bas. Gil n'avait pas vu le matériel que les journalistes avaient installés pour les espionner et Sara ne voyait pas grand chose, seulement un attroupement de personnes dans la rue – qui d'habitude est assez calme - devant son bâtiment et les gyrophares des voitures de police.
Catherine – comme toutes les personnes assez proches des appareils d'espionnage d'ailleurs - ne ratait pas un morceau de ce qu'ils se disaient. La conversation prenait mauvaise tournure : 'Grissom est vraiment nul ! J'espère qu'il a prévu une bonne chute sinon c'est Sara qui va en faire une !' pensait-elle très inquiète. Elle se retenait pour ne pas entrer dans l'immeuble et tenter d'apaiser Sara en prenant la place de leur supérieur. Mais voilà ce qui la retenait justement, personne ne pouvait prendre sa place, ils devraient s'en sortir seuls. Si Sara en était arrivée là, c'était en grande partie à cause de lui ! C'était à lui de régler le problème, en étant honnête avec ses sentiments car elle en avait toujours douté - le pressentiment féminin sans doute – Grissom n'était pas sincère avec sa petite protégée, il se passait quelque chose entre eux, même s'il refusait de l'admettre et s'il luttait contre « ça ». La situation ne l'étonnait absolument pas contrairement aux hommes qui faisaient partie de l'équipe. Elle espérait de tout cœur qu'il aille jusqu'au bout.
Nick ressentait de la colère à l'heure actuelle : 'mais qu'est-ce que vous foutez Grissom !' Il avait lui aussi envie de monter, mais plus pour casser la tête à son patron que pour parler à Sara. La sauver, il n'avait pas la prétention d'essayer lui... au lieu de l'aider, Grissom l'enfonçait encore plus ! Il ne comprenait absolument pas pourquoi c'était Grissom qui était là-haut et pas… Catherine par exemple ! Elle était la plus sociable d'entre eux et c'était celle qui, en situation de crise, savait le mieux gérer les réactions des autres. Elle avait ce don et Grissom était tout son contraire ! Lui qui est si renfermé et si solitaire, lui qui préfère passer sa vie au labo à étudier des cadavres ou des insectes plutôt que d'aller dans un bar pour draguer ou passer du bon temps avec des amis !
Warrick, quant à lui, était complètement sonné, il ne réagissait pas, ne pensait rien à part : 'Ne fais pas ça Sara.'
Brass était à côté du policier qui avait prêté le porte-voix à Grissom, il n'entendait pas ce que Sara et son collègue pouvait se dire, n'étant pas assez proche du matériel des journalistes. Inconsciemment il ne s'était pas approché d'eux, comme à chaque fois qu'il se trouvait sur une nouvelle scène de crime, il les évitait. Il cherchait des solutions de secours avec les responsables de chaque équipe : police, pompiers, EMT... pour essayer de parer à toutes les cas de figure qui se présenteraient… même pour le pire de tous : que sa jeune collègue fasse le grand saut.
« Si, j'en ai deux, répondit Grissom… » Il marqua une pause pour prendre une inspiration et se donner du courage. « La première c'est pour te prouver que ''l'homme que tu aimes'' n'en a pas rien à faire de ton existence. »
Incroyable ! Sara n'en revenait pas. Comment avait-il osé dire une chose pareille ! Il le savait alors ? Ou était-ce juste du bluff ? Elle en était abasourdie et remarqua alors le silence qui avait suivi ces paroles. Ces mots avaient provoqué les réactions de tout le monde. Les journalistes se félicitaient, quel beau scoop ! Catherine ferma les yeux car elle était sûre dorénavant de ce qu'il comptait lui dire mais ne savait pas en revanche s'il arriverait à affronter sa peur.
La tension montait et le silence devenait pesant. Sara ne contesta pas la première raison, ce qui encourageait Grissom à poursuivre. Si elle l'avait contredit, il n'en aurait peut-être pas eu le cran. Il avait dit ça sans en être vraiment sûr. Comme elle, il s'était rendu compte de leur rapprochement… mais il n'était pas prêt à se lancer dans une relation avec elle et avait donc décidé de mettre de l'écart entre eux avant qu'il ne soit trop tard. A partir de là, comment Sara avait-elle pu s'intéresser à lui alors qu'il s'était encore plus renfermé sur lui-même et faisait en sorte de n'être qu'un supérieur hiérarchique ? ça semblait avoir réussi jusqu'à ce soir où Sara le mettait au pied du mur. Mais à la réflexion ce n'était qu'une illusion : son plan avait échoué car lui-même n'avait pas cessé de s'intéresser à elle, malgré toute sa bonne volonté. Il l'aimait trop pour prendre le risque de continuer de lui cacher.
« Et… et la deuxième raison ? » lui demanda Sara en bafouillant, visiblement sonnée par la première raison et curieuse de connaître la seconde.
Il prit tout son courage à deux mains il en avait encore plus besoin que la première fois car cette fois il s'impliquait dans ce qu'il disait :
« … Convaincre la femme qui compte le plus pour moi que je ne peux pas vivre sans elle. » Avoua t-il enfin, reprenant les termes de Sara pour dire ce qu'il ressentait de manière détourné.
Sara se répéta plusieurs fois la phrase dans sa tête, afin d'être sûre qu'elle avait bien entendu. Elle avait du mal à réaliser, tout comme les gens qui entendaient en bas. C'était absolument inconcevable que celui « qui n'a pas de sentiments » - comme elle lui avait rétorqué une fois - en ait justement !
Alors l'idée que Grissom puisse essayer de la manipuler pour l'empêcher de sauter lui parut possible… voir même évidente ! Sara réagit alors violemment, contrairement à ce qu'espérait son supérieur.
« COMMENT POUVEZ VOUS JOUER AVEC MES SENTIMENTS DANS UN MOMENT PAREIL ! »
Soudain Sara fit un geste brusque et manqua de tomber. La foule réagit instinctivement et prit peur. Tout le monde ressentit la sueur froide, y compris Sara qui ne s'attendait pas à manquer de tomber accidentellement. Elle pensa tout de suite que sa réaction – l'instinct de survie on pourrait l'appeler – était ridicule dans le cas présent car c'était elle qui s'était mise en danger volontairement. Il n'y a pas encore une heure elle voulait mourir !
Grissom aussi crut voir la dernière heure arriver, il faillit paniquer mais très vite se rendit compte que Sara ne l'avait pas fait exprès et qu'elle aussi avait eu peur. 'Ne bouge pas Sara, je t'en supplie reste calme' pensait-il. Cela ne faisait aucun doute cependant, il perdait le contrôle de la situation. Pensant apaiser Sara, il l'avait au contraire provoquée une fois de plus. D'habitude, Sara se sentait agressée parce qu'il n'était pas honnête avec elle, parce qu'il la rejetait alors qu'il mourait d'envie de se rapprocher d'elle mais il ne pouvait pas, il n'en avait pas le droit. Cette fois, c'était parce qu'il était sincère avec elle... Il n'y comprenait plus rien, il ne savait plus comment réagir.
« Sara, calme-toi, je…
-Ne me dîtes pas de me calmer ! Tout ça c'est… C'EST VOTRE FAUTE GRISSOM ! Je n'en peux plus de supporter vos sautes d'humeur ! Vous me dédaignez à longueur de temps et vous osez me dire que je compte pour vous ! Belle foutaise ! »
Tout en s'exprimant, Sara continuait de gesticuler sur le rebord de sa rambarde. La foule en bas paniquait car la situation tournait mal, vraiment mal ! Grissom avait sous-estimé la lassitude de Sara. Elle n'en pouvait plus, elle pleurait à présent de colère tout en vidant son sac. Elle aurait dû le faire avant, avait-elle déjà pensé elle aurait dû lui dire ses quatre vérités au lieu de garder ça pour elle ça finissait par la ronger, par la détruire. Et qui essayait-elle de protéger en gardant tout pour elle ? Grissom ? Il ne le méritait pas il ne se gênait pas pour la faire souffrir lui !
« Non c'est la vérité Sara… tu sais que tu peux me faire confiance.
-… Je ne sais pas. »
Elle avait réfléchi quelques secondes avant de donner sa réponse. Cette remarque était gratuite de sa part, elle cherchait à le blesser, à lui faire mal autant qu'il pouvait lui en faire. Elle sut qu'elle avait réussi car Grissom lui demanda :
« Est-ce que je t'ai déjà menti ? »
Elle ne pouvait pas répondre « oui », elle le savait. Elle devait le reconnaître, il ne lui mentait jamais durant les rares fois où il laissait transparaître ses émotions. Elle ne pouvait pas lui reprocher de lui mentir… à la limite, elle pouvait seulement lui reprocher de lui cacher la vérité. Grissom avait encore marqué un point, il maintint alors ce qu'il certifiait plus tôt.
« C'est la vérité… je tiens à toi Sara. Chaque jour, j'ai mené un combat de plus en plus difficile contre mes sentiments. »
Elle semblait à présent écouter attentivement et se calmer. Il se demandait comment elle réagirait face à ce qu'il s'apprêtait à faire. Il se répétait sans cesse « Elle ne sautera pas » pour se donner du courage et se décider à avancer. Il voulait profiter du fait qu'elle était trop occupée à l'écouter pour se rapprocher doucement d'elle.
Sara était comme tétanisée par la révélation qu'il venait de réitérer. Une fois, il avait dit ça pour la faire changer d'avis en jouant avec ses sentiments deux fois, Grissom était sincère… enfin elle croyait. Elle hésitait. Elle ne savait plus. Alors elle cherchait à en savoir plus, elle l'écoutait pour savoir quelle opinion était la bonne.
Grissom s'approchait doucement d'elle. Il continuait de lui parler, comme s'il avait besoin de se libérer d'un poids qui l'oppressait depuis un long moment il devait aussi la convaincre de sa sincérité.
« C'est étrange… et plutôt paradoxale : vivre à côté de toi m'était douloureux… »
Sara se laissait approcher sans réagir. Il était juste à côté d'elle à présent. Elle tourna la tête afin de le regarder dans les yeux, elle y cherchait sa réponse et la colère retomba d'elle-même lorsqu'elle lut la sincérité dans son regard.
« Mais vivre sans toi me serait insupportable. »
Il lui tendit alors la main pour l'inviter à le rejoindre, sans la brusquer, de l'autre côté de la rambarde. Sara continuait de le regarder dans les yeux, ils étaient remplis de sincérité et de tendresse aussi. Elle posa ensuite son regard sur la main tendue vers elle et finit par la prendre dans la sienne, sans réfléchir. Grissom la tenait à présent, rien ne pourrait lui arriver. Il l'aida à se retourner doucement pour ne pas faire de faux-pas et à passer la rambarde. En bas, tout le monde applaudissait et criait de joie. Gil tenait toujours Sara dans ses bras. Il posa ses mains sur ses joues afin d'essuyer les dernières larmes qui avaient coulé. Sara le regardait, il souriait, rassuré de la voir devenir raisonnable. Elle ne mesurait pas encore l'erreur qu'elle avait failli commettre. Elle n'arrivait plus à penser, elle avait fait le vide dans sa tête depuis que Grissom lui avait donné sa première raison. Sans réfléchir donc, elle se jeta dans ses bras et l'étreignit, comme s'il était le seul pilier qui l'empêcherait – et qui l'avait empêché - de tomber. Grissom resserra son étreinte et murmura au creux de son oreille :
« J'ai besoin de toi. »
Les journalistes avaient ce qu'ils voulaient, il ne manquait plus que la touche finale : « C'est sur une fin heureuse que nous nous quittons ! Sara Sidle qui, je vous le rappelle, était encore sur le point de sauter dans le vide i peine une minute, vient de passer de l'autre côté de la rambarde. Le docteur Grissom, son collègue de la police scientifique, était monté afin de lui porter secours. Il semblerait qu'il ait réussi sa mission et de la manière la plus charmante qui soit ! Alors que plus personne n'avait aucun espoir de voir la jeune femme faire demi-tour, le docteur Grissom a avoué à sa collègue qu'il avait des sentiments pour elle. Après « ça », quelle femme aurait encore le désir de mourir ?… Ne quittez pas car une autre surprise vous attend ! J'ai avec moi l'équipe de la police scientifique au grand complet ! Ils vont vous dire leurs impressions sur ce qui vient de se produire sous leurs yeux ! Catherine Willows, que pensez-vous de ce qu'il vient d'arriver, était-ce prévisible selon vous ?
-Eh bien si vous faîtes référence à la détresse de notre jeune collègue, bien sûr que non, nous ne savions absolument pas que Sara n'était pas satisfaite de sa vie.
-Semblait-elle aller bien ? N'avez-vous pas ressenti une certaine tension dans votre travail ?
-Absolument pas, vous pensez bien que nous aurions essayé de l'aider sinon. Vous savez, notre métier est moralement très difficile, il ne faut pas être faible psychologiquement, nous en voyons de toutes les couleurs. Sara semblait aller aussi bien que les autres. Nous travaillons dur, les conditions sont difficiles : les horaires, la pression que nous subissons. Croyez-moi, nous n'aurions pas pu nous en apercevoir.
-Je n'en doute pas. Mais tout n'est pas aussi noir que ça dans votre équipe, le docteur Grissom et Sara Sidle sont visiblement très proches ! Saviez-vous ce qui se passait entre eux ? Nicolas Stokes, qu'en pensez-vous ?
-Eh bien, nos collègues ne sont pas très expressifs, particulièrement notre superviseur alors je dois dire que c'est la surprise générale de notre côté aussi ! Enfin en tout cas pour moi ! Et pourtant, nous sommes habitués à analyser les preuves !
-Et vous Warrrick Brown, qu'en pensez-vous ?
-Disons que nos collègues se connaissaient avant de faire partie de la même équipe alors ils étaient déjà naturellement assez proches. Mais de là à penser qu'ils avaient des sentiments l'un pour l'autre…
-Catherine, vous n'avez pas l'air d'accord ?
-Non, je trouve qu'au moins du côté de Sara c'était évident.
-Bien je vous remercie tous pour vous êtes prêtés au jeu. Quant à vous chers téléspectateurs, je vous donne rendez-vous au journal de 13 heures demain. En attendant, bonne nuit à tous. C'était Monica Parker pour Canal 5... »
