***Tamsine***

Tandis que je m'asseyais à côté d'elle, je sentis Alice sur le point d'exploser. Trop de curiosité, trop de questions en suspens. La connaissant, elle devait-être au supplice. Je sortis mes affaires de ma besace, l'air détaché. Intérieurement, je jubilais.

" - Vous étiez où ?

- Qui ça « vous » ?

- Espèce de faux-jeton, arrête ça tout de suite et accouche !

Son regard brillait sous le coup de l'excitation. Débutant son cours, Binns m'évita de passer à la question juste à temps. Et comme chacun sait, les sorcières n'aiment pas trop ça, la question. J'adressai un regard faussement désolé à Alice, et commençais à prendre des notes, l'esprit un peu ailleurs. Deux rangs devant moi, Sirius se balançait sur sa chaise. Le bruit du papier qu'on déchire me fit reporter mon attention sur Alice. Elle venait d'arracher un bout de son parchemin, sur lequel elle griffonnait frénétiquement avant de le poser violemment à plat sur mes notes. Le mot disait seulement :

« Tu sens comme une odeur de brillantine et de chlamydia. »

Alors que je me tournais vers elle, je remarquai qu'elle me fixait, l'air bravache, attendant visiblement une réponse. Vaincue je me penchai sur le parchemin. Quelqu'un quelque part avait décidé que je les cours n'étaient pas pour moi ce matin-là.

« Ah ? Bizarre... »

« Tu es vraiment trop lourde. »

« Non, je n'aime juste pas être plagiée. »

Assis devant nous, à côté de Lily, James se retourna, interrompant notre échange. Un demi sourire aux lèvres il sembla sur le point de dire quelque chose, mais aperçut le parchemin entre les mains d'Alice. Il nous adressa alors un clin d'oeil appuyé avant de s'en emparer, si rapidement que ni Alice ni moi n'eûmes le temps de réagir. Je fusillai Alice des yeux. De son côté, James s'acharnait sur le parchemin, tandis que Lily lui lançait un regard vaguement intéressé à intervalles réguliers. Deux minutes plus tard, la feuille revint sur notre pupitre, pliée en forme de grenouille. C'était plus fort que lui, il fallait qu'il se la raconte...

« Toi et Sirius allez vous prendre une fessée déculottée. Flitwick vous a grillé, l'info est déjà remontée chez McGonagall... »

Je n'avais aucune envie de me justifier. Je savais pertinemment que mes camarades voyaient là une occasion de s'amuser à mes dépens, et rien ne me faisait moins envie que de me retrouver sur le devant de la scène. Malheureusement, je savais aussi que plus je ferai de mystères, pire ce serait.

« Tu n'as jamais séché les cours toi peut-être ? On était en retard, on a préféré ne pas interrompre le cours. »

James eut un rire contenu lorsqu'il lu ma réponse, avant de faire passer le parchemin voyageur à Sirius, devant lui. Je sentis le sang se retirer de mon visage lorsque Sirius s'en empara et le brandit bien en évidence, tout en continuant de se balancer sur sa chaise. Néanmoins, lorsqu'après être passé par James, le parchemin nous revint, je l'ouvris avec un peu plus d'empressement que je ne l'aurais voulu.

« Félicitations Alice, ton odorat est surdéveloppé : nous avons effectivement croisé un groupe de serpentards.

La fessée je m'en fous, j'aime bien. »

Je bénis intérieurement Sirius de n'apporter d'eau au moulin de personne. Avant qu'Alice ne relance le débat, je pliai le parchemin et le glissai dans les pages de mon livre d'Histoire. Sentant qu'insister serait malvenu, Alice reprit ses notes en soupirant. Devant nous, James en fit autant, visiblement vexé que son ami ne l'ai pas suivi. Sirius continua de se balancer doucement. Devant sentir mon regard sur sa nuque, il se retourna et m'adressa un double haussement de sourcils bourré de malice, ponctuant ainsi sa dernière réplique.

Ce n'est que deux heures plus tard, alors que nous nous apprêtions à déjeuner et qu'Alice pépiait joyeusement autour de moi, que nous reçûmes la convocation à notre fessée métaphorique, pile dans nos assiettes, sous forme d'un petit parchemin sans fioritures : nous étions attendus dans le bureau du professeur McGonagall une heure plus tard. Sirius froissa nonchalamment sa convocation avant de la jeter sur le crâne de Lily. J'aurais aimé prendre les choses avec autant de désinvolture, mais la vérité est que j'étais mortifiée. Remarquant mon trouble, Sirius se pencha vers moi pour me souffler :

« - Oh aller c'est bon quoi ! Pas de quoi en faire une crise d'urticaire, tu peux bien te permettre de faire une petite entorse de temps en temps !

- C'est que celle-là risque d'être coton à justifier !

Il haussa les épaules, l'air toujours aussi peu concerné.

- Vois le bon côté des choses, toi et moi on a un deuxième rendez-vous !

Il va sans dire qu'une heure plus tard, assis face au regard glacial du professeur de Métamorphoses, sa blague ne m'avait jamais semblé moins drôle.

« - Je constate monsieur Black que vous attaquez l'année sur les chapeaux de roues.

- On ne forge pas une légende en se tournant les pouces.

- J'avais eu l'espoir, ô combien naïf, que votre propre indolence finirait par vous lasser, que vous aviez fini par faire le tour de tout ce que votre inconscience avait à offrir.

- Je ne me repose jamais sur mes lauriers.

Le professeur abattit le plat de sa main si violemment sur son bureau que j'en sursautais. Sirius ne cilla pas.

- Réalisez-vous combien il pourrait être difficile de continuer à vous soutenir si vous poursuivez sur cette voie ? Seriez-vous béat ?

- Béat ? Vous me trouvez béat ?

Le ton de Sirius, provocateur et clairement enjoué jusque là, s'était mué en une sorte de grondement sourd. J'avais le sentiment que nous ne parlions pas de notre escapade matinale. Clairement pas. McGonagall ferma les yeux à demi avant se pincer l'arrête du nez entre l'index et le majeur.

- Sirius, reprit-elle, vous n'êtes pas en terrain ennemi ici. Il me semble que nous avons déjà parlé de tout ça. Gardez le profil bas, nous ne pouvons être sûr de vous protégez complètement que si vous ne vous faites pas remarquer. Nombreux sont ceux qui vous attendent au tournant. Au moindre faux-pas, à la moindre brèche, ils seront sur vous Sirius, vous vous en rendez bien compte ?

Je n'y comprenais plus rien. Sirius gardait les yeux farouchement rivé à ses chaussures tandis que notre professeur de Métamorphoses semblait plus inquiète et concernée que jamais. Tout ce petit monde me donnait l'impression d'être une intruse.

- Monsieur Black, reprit McGonagall en raffermissant la voix, je ne peux malheureusement pas vous faire bénéficier de régime de faveur...

- Je n'en aurais pas voulu.

- … malgré la délicatesse de votre situation, je me dois de vous sanctionner.

Sirius haussa les épaules. L'élégant professeur se redressa et le jaugea un instant en silence.

- J'ajoute cependant que quelle qu'en soit la raison, le jour où vous ressentez le besoin de parler, de vous... confier, soyez assuré que je serai là pour vous.

Sirius redressa soudainement la tête et me désigna du menton.

- Elle, elle était là ce matin. Si elle a séché le cours de Flitwick, c'est uniquement pour rester avec moi et me... Soutenir. Il faut pas la pénaliser pour ça.

Tandis que McGonagall, l'air aussi désolé qu'intraitable, secouait lentement la tête, les yeux sortait de la mienne. Ma conscience hurlait « Pas du tout ! Elle a séché les cours pour être aussi populaire que ses copines ! AU BÛCHER ! »

- La chevalerie dont vous faites preuve vous honore, reprit-elle avec une pointe d'ironie, cependant cela m'est impossible. Vous vous rendrez donc en salle de Sortilèges chaque soir de cette semaine afin de la remettre en ordre. J'entends d'ici les elfes ruminer, montrez-vous donc à la hauteur du travail qu'ils fournissent habituellement. J'en ai terminé avec vous. Rejoignez votre classe !

La sentence était si légère qu'aucun de nous ne chercha à en savoir plus. Un peu sonnés, nous sortîmes du bureau, sans demander notre reste.

Nous avions convenu Sirius et moi, de nous retrouver à la fin des cours, devant la salle d'Étude des runes. Et j'avais convenu avec moi même de lui poser les questions qui s'imposaient à ce moment là. Or, sur les coups de 18h, la seule personne que je trouvais dans le couloir fut Camillius. Il s'approcha de moi, souriant sincèrement. Mon cœur fit une légère embardée.

- Salut Tam !

- Bein alors, qu'est-ce que tu fiches ici, tu t'es perdu ?

- Tu m'avais dit un jour que tu suivais ce cours, je me suis dit que je pourrais t'attendre et qu'on pourrait aller se poser à la bibliothèque, m'exposa-t-il dans un sourire étincelant.

A Poudlard les règles étant très strictes et les endroits où se retrouver entre différentes maisons très limités, une invitation à la bibliothèque est ce qui se rapproche le plus d'un rendez-vous. Et j'entends par là un RENDEZ-VOUS, un vrai de vrai. On me passera donc la légère confusion qui s'est alors emparée de moi.

- C'est que... Je suis collée pour la soirée.

- Oh... S'agirait-il de l'échappée de ce matin ? Toute l'école est au courant, ajouta-t-il devant ma mine étonnée.

- Eh oui... C'est bien ça.

- C'était peut-être un peu risqué de sécher dès le jour de la rentrée, non ?

- J'aime à croire que c'est plutôt couillu...

Sirius. Silencieux comme une ombre, il venait de se glisser à côté de moi, dardant sur Camillius un regard plein de défi. La mâchoire de ce dernier se contracta violemment tandis qu'il gardait le silence.

- … sans parler du fait qu'on s'est bien amusé, hein Tam ? Se sentit-il obligé d'ajouter.

- Bon, eh bah je vais pas vous retenir plus longtemps.

- On ne te retient pas non plus.

- On fera ça une autre fois Cam, bientôt !

Je priais pour qu'il ne relève pas la réflexion de Sirius, sentant que cette rencontre pouvait rapidement tourner en eau de boudin. Finalement, Camillius m'adressa un hochement de tête et tourna les talons.

Sirius et moi restâmes silencieux sur le chemin qui nous menait à la salle de Sortilèges. Enfin, pas tout à fait. Il siffla pendant tout le trajet l'air de « Un chaudron plein de passion » tout en me regardant du coin de l'oeil. Refusant de relever l'allusion faite à Camillius et de lui donner toute prise, je pris le parti de me taire.

Le professeur Flitwick nous attendait dans la salle. Je ne pus m'empêcher de rougir en le voyant. Il était l'un de mes enseignants favoris, et j'étais mortifiée à l'idée qu'il puisse penser que mon absence s'associait à un manque de respect. Ma honte alla croissante lorsqu'il nous expliqua gentiment de ne pas trop veiller au détail afin de garder du temps pour potasser nos cours du lendemain. Lorsqu'il nous laissa seuls, mon moral était au plus bas. Si seulement je n'avais pas suivi Sirius ce matin, mon prof préféré ne me prendrait pas pour une écervelée, et je serais en plein rencard avec Camillius. Soudain, les questions qu'avait soulevé McGonagall plus tôt dans la journée, me semblaient vides d'intérêt.

« - Tam, Tam, Tam... Troisième rendez-vous ! Tu sais ce que je suis en droit d'espérer ?

Je ne savais pas qui je détestais le plus. Sirius et sa désinvolture face à la situation, ou moi et ma bêtise quand j'ai cru que sécher les cours avec lui n'aurait pas de conséquences. Cependant, il était bien trop tard pour se morfondre. Je n'avais plus qu'à faire en sorte que tout cela se termine vite et dans les meilleures conditions, pour reprendre ma petite vie tranquille. Vie où je vais en cours, où je ne suis jamais collée, et surtout où je me tiens loin des Maraudeurs.

- Je sais surtout ce que moi je suis en droit d'espérer, contrecarrai-je en commençant à épousseter les pupitres.

Souriant de toutes ses dents, il s'appuya sur un coin de table, les bras croisés sur la poitrine.

- Ah oui ?

- Oui, qu'on en finisse rapidement.

Il leva les yeux au ciel, visiblement déçu.

- Oh aller, on s'en sort plutôt bien ! Il fait chaud, ça sent bon... On est tous les deux...

- Ne le prends pas pour toi, mais je préférerai être ailleurs.

- Oui, ça je sais. D'ailleurs, désolé d'avoir cassé l'ambiance tout à l'heure.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

Il éclata franchement de rire.

- Non, évidemment. Franchement, qu'est-ce que tu lui trouves ? C'est le côté équidé ? Ton papa a refusé de t'offrir le poney de tes rêves pour tes six ans et tu exorcises ta frustration en flirtant avec Caminus ?

- C'est minable Sirius. Vraiment minable. J'ai honte pour toi.

Je montai les chaises sur les pupitres de plus en plus bruyamment. Loin de le calmer, mon évidente colère sembla même redoubler l'amusement de Sirius.

- Donc tu craques vraiment pour lui... Ça ne t'embête pas qu'il soulève toutes les dindes de sa maison pour ensuite venir te conter fleurette ?

- Je commence à croire que tu as un sérieux problème avec lui.

Il haussa les épaules. Le geste commençait à me devenir familier.

- C'est un serpentard, c'est déjà pas mal. Et puis tu n'as pas l'air d'être en mesure de te défendre toute seule. Tu suivrais le premier mec qui te le demande poliment.

Cette fois la chaise que je soulevai m'échappa dans un grand fracas. Sirius décroisa les bras et son sourire s'effaça.

- Tu as raison Sirius, répliquai-je, la voix tremblante de colère contenue.

- C'est pas ce que...

- Si, si, et tu as parfaitement raison. Je suis la dernière des imbéciles. J'ai toujours su que tu étais le genre de gars à ne se soucier de personne d'autre que de lui-même. Alors pourquoi t'ai-je suivi ce matin ? Je sais pas, peut-être une intuition ? L'intuition que tu avais vraiment envie que je reste avec toi ce matin, que tu ne supporterais pas de rester tout seul parce que quelque chose allait de travers. Par Merlin si tu savais comme je regrette, j'aurais mieux fait de te laisser planté tout seul au milieu de ton couloir !

- Excuse-moi, je...

- Jamais une retenue en cinq ans, jamais une remontrance, et il suffit qu'une fois je me fie à tes airs de chien battu pour que je me retrouve convoquée dans le bureau de McGonagall ! Et tout ça pour qu'en plus je doive encaisser ton mépris ensuite, merci bien !

Mes mains tremblaient furieusement. Sirius me fixait, médusé.

- Je ne sais pas ce qui s'est passé cet été. Pour que tout le monde en fasse des soupières je suppose que ça a dû être épique. Mais je suis désolée, j'ai pas envie de payer les pots cassés...

Je redressai la chaise que j'avais faite tomber, et me lançai dans le balayage de la salle. Sirius ne bougeait toujours pas. J'en étais à la moitié lorsqu'il se décolla enfin de sa table pour venir me retirer le balai des mains et reprendre là où je m'étais arrêtée, avec une dextérité insoupçonnée. Prise au dépourvue, je restai là, les bras ballants. Les yeux rivés sur les balayures, il brisa enfin le silence.

- Alors tu ne sais vraiment pas.

Je rembobinai mon monologue histoire d'être sûre de savoir à quoi il faisait référence.

- Non.

Il sortit le balai à serpillière de son seau et reprit le travail, toujours aussi concentré. Je me sentais de plus en plus idiote, mais je refusai de lui donner la satisfaction de l'interroger sur les mystères qui entouraient son été. Arriva un moment où je n'eus d'autre choix que de sortir sur le palier de la salle pour éviter de marquer la dalle humide. La trivialité de la tâche que nous avions accomplie détonnait avec notre conversation. Si bien que Sirius penché sur son balai, en train de s'acharner sur une tâche d'encre me fit sourire de manière incontrôlée. Lorsqu'il s'accroupit pour frotter l'indésirable à même le sol en bougonnant, je ne pus étouffer un éclat de rire. Sirius se tourna dans ma direction, passablement étonné. Je plaquai ma main sur mes lèvres et reprenait contenance. Il me sourit à son tour, avant de terminer de lessiver l'allée en un tournemain. Lorsqu'il me rejoignit sur le seuil, son regard était de nouveau teinté de sa malice habituelle. Une fine pellicule de sueur couvrait son front et son nez, et la chaleur provoqué par l'effort qu'il venait de fournir faisait ressortir son parfum. Durant un instant je le trouvai à mille lieues de l'image de superstar tête-à-claques qu'il voulait se donner.

- Tu sais Tam, j'aime bien l'idée que tu ne saches rien de tout ça... C'est rafraîchissant. Et aussi j'aime bien que tu me cries dessus, ajouta dans un sourire bancal, tout en fronçant le nez. J'aurais dû te le dire clairement, bien plus tôt, mais j'imagine que mieux vaut tard que jamais, alors merci, merci de m'avoir accompagné ce matin, c'était cool.

Je balbutiai un « pas de quoi » sidéré. Sirius hocha la tête avant de m'adresser un vague signe de la main et de tourner les talons. Ma mâchoire avait déjà touché le sol lorsqu'il se retourna, à quelques mètres de moi.

- Au fait, la prochaine fois c'est toi qui passe la serpillière, et c'est moi qui matte !