Antoine n'entendit pas les douloureux aveux de Mathieu. Il avait les oreilles qui bourdonnaient. Le regard azur insistent le faisait souffrir. Il n'assimilait pas la situation, rien de ce qu'il s'était passé. Était-il fou ? Ou bien était-ce Mathieu le fou de l'histoire ? Si il avait perdu la tête, alors pourquoi avait-il son cœur qui palpitait encore de cette intimité ? Il s'inquiétait tellement pour son ami, mais là, il était hors de question de penser au petit châtain, aussi adorable qu'un chaton, aux yeux bleus-gris, pleins de malice et d'amour. Ce dernier mot résonna dans les oreilles d'Antoine, presque inconsciemment.
Mathieu comprit que l'autre n'avait rien entendu. C'était si cruel. Il avait enfin réussi à sortir ces mots longtemps enfouis, et voilà qu'Antoine n'en savait toujours rien. Il devrait redoubler d'efforts pour lui redire. Ou il ne lui dirait pas une deuxième fois, simplement. Il resterait souffrant, Antoine l'accompagnant contre sa volonté. Je ne veux pas qu'il souffre, c'est trop injuste. A quoi bon espérer, il avait entamer le processus, son ami s'inquiétait pour lui. Mathieu ne s'attendait pas à réagir.
" - Antoine...
- Oui ? répondit-il absent, la voix lointaine.
- Dis moi qu'on est encore amis.
- Oui, on l'est encore, soupira Antoine, comme si la réponse était des plus logiques.
- Alors j'espère que tu ne m'en voudra pas, murmura Mathieu, soudain décidé pour une dernière action évidente à ses yeux.
- De quoi tu parles ?" souffla le brun, toujours sous le choc.
Mathieu s'était levé et s'était planté devant Antoine. Il posa la main sur sa nuque, pressa légèrement l'étreinte pour l'attirer vers lui, le regarda à peine 3 secondes, s'éleva sur la pointe des pieds et déposa un baiser furtif, quasi délicat. Le brun ne s'était pas rendu compte qu'il avait fermé les yeux. Ce baiser était... agréable. Telle fût sa pensée.
" - Tu comprends maintenant ? interrogea Mathieu, baissant le regard, les joues rouges.
- Oui, dit-il sans réaction, les yeux toujours clos.
- Je devais le faire, enfin je crois. J'espère que tu me pardonnera à l'avenir.
- Je sais pas, Mathieu. J'en sais rien... chuchota Antoine, reculant pour s'éloigner de lui.
- D'accord..." bafouilla le petit, passant nerveusement la main dans ses cheveux.
Antoine secoua la tête, ému. Il ne savait que faire, fuir ou rester. Comme il n'était pas mauvais, et très curieux, il décida de se renseigner.
" - Mathieu, depuis quand tu... essaya-t-il de demander, la gorge serrée, sans pouvoir terminer la question.
- Des semaines."
Antoine réprima un soupir. Ça lui faisait de la peine de savoir que son ami éprouvait ces sentiments depuis un bout de temps, sans en avoir rien sût. Mathieu avait toujours été adorable avec lui, mais ces derniers temps c'était surfait, c'était trop, et c'était tellement évident qu'il l'aimait. Chaque détail, chaque geste, chaque mot qui lui était adressé prouvait son amour. Certes, le petit châtain était désirable, mais jamais Antoine n'avait éprouvé d'attirance pour un garçon, et ça ne risquait pas de commencer aujourd'hui. Au final, il essayait de détourner ses yeux de Mathieu, en vain. Il éprouvait une sorte de fascination, de la pitié aussi. Le pauvre, il ne pourrait jamais l'avoir, c'était assez désagréable de lui faire mal de cette manière. Mais Antoine n'éprouvait que de l'amitié envers lui. Ou peut être plus, rien qu'un peu. Il doutait beaucoup trop à son goût.
" - Est-ce que tu m'aimes réellement ?" demanda Antoine avec aplomb.
Mathieu s'empourpra et se sentit se ratatiner sur place, avec le monde qui s'écroulait en fond. Il se racla la gorge et essaya de le regarder dans les yeux.
" - Oui, je suis amoureux de toi... finit-il par dire pour la seconde fois, tout aussi difficilement.
- Alors ce n'est pas que physique ou je ne sais quoi ? interrogea le brun, aussi gêné que lui.
- Non. C'est bien plus que ça..."
Les jambes d'Antoine flanchèrent. Il se retrouva assis sur la chaise derrière lui, complètement perdu. Il découvrait que ce n'était pas qu'un coup de foudre, que Mathieu se retenait de certaines choses avec lui, qu'il avait des arrières pensées en sa compagnie. Il était amoureux, accro à lui, pas seulement en "kiffe". Mais comme tout bon amoureux, il laissait le choix à Antoine. Le choix de partir et de faire souffrir Mathieu, ou de rester son ami, et de le faire tout autant souffrir, voir même plus. Dans ce cas là, Antoine devenait un but inaccessible pour lui, juste sous ses yeux, à sa portée, mais qu'il ne pourrait jamais avoir.
" - Antoine... souffla le petit.
- Je ne t'en veux pas, lâcha-t-il dans un sourire triste.
- Si tu as besoin de temps...
- On en a besoin tout les deux, dit-il en se relevant chancelant.
- Tu as raison."
Antoine prit son ami par les épaules et lui offrit une courte étreinte, mais hésitante. Mathieu n'osa pas lui rendre et resta pantelant entre ses bras. Quelques secondes après, il était à nouveau en face de lui. Antoine ne dit rien et prit la direction de la porte.
" - Je t'appellerai, ne t'en fais pas, lui confit-il dans un demi sourire.
- Ne te presses pas, s'il te plais..."
C'est sur ces paroles que le brun claqua la porte et laissa Mathieu seul, aussi désolé que triste.
