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Chapitre 3 : Des moustiques et du vent entre les collines

L'entrain d'Alice fut sérieusement diminué quand la compagnie atteignit les marécages. Marcher dans la boue jusqu'aux mollets n'était pas un de ses passe-temps favoris. Aux premières flaques Grands Pas s'arrêta et regarda tout autour de lui. Pensant connaître la cause de cet arrêt inattendu, Sam dit :

« Vous avez raison, le chemin n'est pas très praticable, nous ferions mieux de contourner la zone.

-Je vous demande pardon, plaisanta Aragorn. Il n'est pas question de perdre quelques jours à contourner les marais. Je cherche une flaque de boue pour nous enduire le visage et les mains. Cela nous protègera des moustiques. »

Alice et Frodon échangèrent un regard. Ils avaient imaginé bien des dangers, mais les insectes n'avaient pas été l'une de leurs préoccupations majeures. La jeune fille se dit que ce pays, à part le fait d'être un monde différent du sien, n'avait pas grand chose en commun avec Underland. Si la reine blanche avait pu la voir en ce moment même, vêtue d'une cape aux couleurs passées et en train de se couvrir la peau de boue, non seulement elle aurait eu un léger haut-le-cœur, mais elle lui aurait également rappelé qu'elle était toujours la bienvenue à Marmoreal si elle regrettait les robes taillées pour elle et les armures brillantes. Alice aurait probablement accepté l'invitation, ou peut-être qu'elle aurait simplement emprunté le Bandersnatch pour accomplir sa quête. Toujours était-il que Mirana ne pouvait pas la voir, et qu'elle se retrouvait à traverser d'immenses marécages à pied.

La journée fut très longue. Aragorn semblait infatigable. Il ne laissait aux autres que de courtes pauses, le temps de vérifier la stabilité d'un passage ou d'écouter... d'écouter quelque chose en tout cas. Alice n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait chercher à entendre, d'ailleurs, ses oreilles étaient remplies du bourdonnement des insectes. Lorsque le soleil se coucha, la compagnie marcha encore une petite heure, jusqu'à ce que la lumière ne permette plus de voir ses propres pieds. Grand Pas annonça alors à ses camarades qu'ils allaient passer la nuit là. « Là » était un petit îlot humide au milieu de nulle part. Le confort était inexistant, mais il fallait faire avec. Ils ne pourraient rien trouver de mieux dans les parages. Le seul qui ne se plaignait pas, à part évidemment Aragorn qui semblait avoir plus l'habitude de dormir en plein air que sous un toit, c'était Bill. Le poney avait l'air presque heureux. Il fallait imaginer le sort qui lui avait été réservé à la ferme de son ancien propriétaire. Aragorn distribua à chacun son repas du soir.

« C'est tout, se plaignit Sam. Nous ne mangerons pas de repas chaud ?

-Si nous allumons un feu, toutes des créatures à des lieues à la ronde nous repèrerons, expliqua le rôdeur. Et puis, il faudrait encore que nous puissions allumer un feu, les maigres brindilles que nous aurions pu ramasser sont toutes gorgées d'eau.

-Cela ma rappelle la dernière nuit que j'ai passée dehors, raconta Alice. C'était il y a déjà longtemps, mais je m'en rappelle comme si c'était hier. J'avais dormi sous un chapeau ! »

Aragorn, d'ordinaire si imperturbable, manqua de s'étrangler avec le morceau de viande séchée qu'il mâchonnait. Reprenant sa contenance, il demanda :

« Vous avez bien dit un chapeau ?

-C'est ce que j'ai dit. Mais c'est une longue histoire. J'avais rapetissé à cause de la potion riquiqui de mon ami le chapelier, si bien que nous partîmes tous deux, moi sur le rebord de son chapeau et lui marchant. Malheureusement, nous avons été repérés par des ennemis. Pour me sauver, le chapelier a lancé son chapeau au loin, moi toujours accrochée dessus, avant d'être arrêté. Du coup, j'ai dormi sous son chapeau la nuit qui a suivi.

-Mais... c'est impossible, s'offusqua Frodon. Vous vous moquez de nous.

-Je pense que vous avez encore beaucoup de choses à nous apprendre sur vous, Alice. Tout cela est bien étrange. »

Un ronflement sonore se fit entendre à coté. Sam s'était endormi, encore assis auprès de son maitre. Aragorn déclara qu'il était temps de l'imiter, et tous s'emmitouflèrent dans leurs couvertures. Alice sombra dans un sommeil agité, peuplé de cavaliers noirs obéissant à la seule voix de la reine rouge.

Le lendemain ne fut pas plus joyeux que le premier jour. Les nuages s'invitèrent, masquant le pâle soleil d'automne, et refroidissant considérablement l'air, un vent glacial soufflait sur les marais. La boue séchée crispait le visage et la peau des marcheurs qui pataugeaient sans arrêt, avançant avec peine vers le Nord-Est. Le vrombissement des moustiques devenait insupportable à leurs oreilles. L'humidité les empêchait de se réchauffer. Et pour couronner le tout, la brume masquait l'horizon, privant leurs yeux de la vue des montagnes qui signifiaient la fin de ce calvaire. La deuxième nuit ne fut pas plus agréable non plus. Tous leurs vêtements étaient moites et la brume semblait encore plus intense. Malgré la fatigue, Alice dormit peu. Elle se réveillait régulièrement, sentant une ombre autour d'elle. L'anneau restait toujours froid contre sa peau, et elle sentait son contact inquiétant sur sa poitrine. Elle commençait à mieux comprendre les mises en garde d'Aragorn, et celles de Gandalf. Qui aurait pu imaginer qu'une si petite chose pouvait s'immiscer à ce point dans le cœur de son porteur ?

Au matin du troisième jour, une fine pluie s'abattit sur les marécages. Même Bill en perdit sa bonne humeur. Aragorn ne broncha pas. Alice en déduisit qu'il n'était tout simplement pas expressif, ou qu'il avait un pouvoir spécial le protégeant de l'humidité, du froid et du bourdonnement des moustiques, la première hypothèse étant la plus probable. Jamais la jeune fille n'exprima sa fatigue ni son inconfort, mais ses soupirs réguliers et ses grimaces parlaient à sa place tandis qu'elle continuait la difficile avancée dans les marais. Peu de mots furent échangés en cet endroit, chacun se refermant sur soi-même, comme si cela pouvait protéger des intempéries.

La compagnie atteignit enfin la terre solide en milieu d'après-midi. Bill en hennit de contentement et les hobbits échangèrent quelques plaisanteries. Les quatre compagnons purent enfin se laver de la boue séchée. Le rôdeur se débarbouilla rapidement mais les trois autres s'astiquèrent mutuellement avec énergie, et ils arrosèrent tant bien que mal le poney dont les poils avaient amassé une grande quantité de terre et d'herbe lors des trois derniers jours. Il devint évident qu'ils ne repartiraient pas le jour même alors, même s'il aurait préféré profiter des dernières heures de lumière, Aragorn installa un camp de fortune à proximité des marais. À présent en terrain accessible, il instaura des tours de garde. La nuit se déroula sans incident, et aux premiers rayons du soleil, tout le monde était sur pied, rafraichi par une bonne nuit de sommeil. Grand Pas profita de la bonne humeur de ses camarades pour les mener à un train d'enfer. Il ne semblait pas décidé à leur accorder la moindre pause avant le repas de midi. D'ailleurs, Sam grommela que leur déjeuné n'avait rien d'un véritable repas, car ils s'assirent à peine et mangèrent frugalement, mais leur guide continua jusqu'au soir sans prendre en compte les revendications de maitre Gamegie.

« J'espère que Gandalf nous retrouvera sur le chemin, annonça Aragorn, mais il semblait se parler à lui-même. Je pensais le voir à Bree, mais il a du prendre du retard. Prions les Valars qu'il ne lui soit rien arrivé.

-Qui sont les Valars ? Interrogea Alice. Ils sont vos dieux ?

-Ils sont les êtres les plus anciens. Les elfes gardent leur mémoire, ils m'ont transmis cette histoire.

-Vous connaissez les elfes ? Comment sont-ils ? Portent-ils des chaussures pointues et des tuniques de feuilles ? »

Aragorn regarda Alice avec étonnement.

« Non, répondit-il après un temps d'hésitation. Pourquoi en auraient-il ? Je ne les ai jamais vus accoutrés de telle façon, et pourtant j'ai grandi parmi eux.

-Parmi eux... vous n'avez jamais eu peur d'en écraser un ? »

Cette fois ci, des rires s'élevèrent du coté des hobbits. Frodon s'approcha des deux humains et demanda à Alice :

« Avez-vous jamais rencontré un elfe ?

-Non, mais dans les histoires, ce sont des êtres minuscules qui vivent dans la nature. Et ils portent des chaussures pointues.

-Je ne sais quelles histoires on vous a raconté, mais les elfes dont je vous parle ne correspondent pas du tout à cette description, dit Aragorn. Ils ont la taille de grands hommes, mais la finesse des choses qui poussent. Et leur beauté est incomparable, ainsi que leur agilité. Leur sagesse n'a pas d'égal, à part Gandalf dirais-je, et cela tient de leur grand âge, car ils sont immortels.

-J'ai un peu de mal à m'imaginer les elfes tels que vous les décrivez, mais je les verrai à Fondcombe. »

Quelques jours plus tard, Gandalf n'avait toujours pas apparu. Une nuit, des éclairs avaient déchiré le ciel dans le lointain qui n'avaient rien de naturel, mais on ne pouvait savoir si cela était le fait du magicien. Aragorn avait décidé de se diriger vers une colline appelée le Mont Venteux d'où l'on voyait toute la région, disait-il. Si Gandalf était passé dans les environs, il avait forcément laissé un signe au sommet. C'est pour cela que la compagnie marchait à présent dans un paysage de collines désertes. Une herbe sèche et jaunie poussait difficilement sur les pentes. Un vent soufflait en permanence, obligeant les marcheurs à progresser courbés. Ils avancèrent ainsi six jours durant, se levant aux premières lueurs de l'aube et établissant un nouveau camp quand la nuit tombait. Grand Pas refusait d'allumer un feu, par peur d'être repéré par des espions à la solde de l'ennemi, alors tous mangeaient froid et se serraient pour dormir. Ils évitaient les routes et les chemins tracés, trop surveillés par les cavaliers noirs. Un après-midi, la troupe parvint en vue d'une butte imposante, au sommet comme un champignon.

« Voici le Mont Venteux, déclara Aragorn. Nous passerons la nuit ici. L'endroit est visible de loin, mais on peut observer sans être vu. J'ai l'espoir que Gandalf passera par là bientôt. Nous pourrons peut-être le retrouver. »

Il décida d'installer le campement sur un flanc de la colline, dans une petite combe abritée du vent. Pendant que Sam et Frodon déballaient les affaires, Alice et Grands Pas grimpèrent au sommet, espérant trouver quelque trace de Gandalf, ou apercevoir un signe. Le sommet de la bute était couvert de ruines. Il y avait eu dans des temps anciens une tour de guet qui avait surveillé la frontière du royaume du nord. Il faut dire que de ce point, on voyait à des milles et des milles alentours. Alice était frigorifiée par les rafales de vent glacial et elle se réfugia contre un reste de muret pour se protéger. Aragorn, aussi impassible qu'à son habitude, observait la plate-forme sommitale. Au centre trônait une grosse pierre, sur laquelle avait été gravé un symbole.

« Cette gravure est récente, commenta le rôdeur. C'est une rune. Je pense que Gandalf est passé par là. L'ennemi n'utilise pas ces caractères. Le magicien a du se tenir ici il y a quelques jours, et ne sachant si nous étions à l'est ou à l'ouest, il aura pris la route de Fondcombe. Il ne sert à rien de s'exposer plus longtemps à la vue, rejoignons nos compagnons. »

Ils redescendirent jusqu'au campement où les deux hobbits avaient préparé de quoi manger. Le repas se déroula en silence, mis à part les hurlements du vent dans les ruines. Lorsque la nuit tomba, Aragorn prit le premier tour de garde, et les autres se serrèrent les uns contre les autres pour se tenir chaud. Malgré les craquements inquiétants des buissons, ils s'endormirent bien vite.

Au beau milieu de la nuit, le rôdeur réveilla précipitamment ses amis. De lourds nuages cachaient la faible lumière des étoiles, laissant la compagnie dans une obscurité pratiquement complète. Une aura glaciale se dégageait des environs.

« Ils sont là, murmura Grands Pas. Les cavaliers noirs. Ils nous cherchent. Restez parfaitement immobiles et muets. Ces créatures sentent la présence de l'anneau, mais ils voient et entendent mal. Nous aurons des chances de leur échapper si seulement personne n'enfile l'anneau. »

À la mention de cet objet, le leader se tourna vers Alice. Recroquevillée sur elle-même, une vague de terreur s'était abattue sur elle. La jeune fille n'était plus maitresse de ses mouvements. Elle approcha l'anneau de son doigt. Une voix dans sa tête lui disait de passer l'anneau, qu'il ne servait à rien de fuir, que Grands Pas mentait, que... Frodon et Sam lui secouèrent brutalement les épaules, lui imposant un brusque retour à la réalité. Alors que l'angoisse étreignait toujours son cœur, la chaleur de ses amis tenant fermement ses mains lui donna la force de résister. Le temps passait plus lentement que jamais. La nuit était régulièrement déchirée par des cris stridents.

« Ils parlent entre eux », murmura Aragorn, la main calmement posée sur la poignée de son épée. Alice attrapa la sienne et elle aurait juré que les hobbits en faisaient de même.

Les cris devinrent de plus en plus proches à mesure que la nuit avançait. Le rôdeur fit signe à ses camarades de ramper vers le sommet. Ils progressèrent très lentement, veillant à ne pas faire de bruit. Les spectres cherchaient toujours. Alice vit Frodon et Sam se camoufler dans un buisson tandis que Grands Pas se dirigeait toujours vers le sommet. De nouveaux cris annoncèrent aux voyageurs que les cavaliers noirs avaient découvert le campement. La jeune fille luttait désespérément contre la peur. Serrant son épée le plus fort possible, elle continua à ramper. Derrière elle, la présence des rois déchus était de plus en plus oppressante. Alice n'osait pas se retourner, par crainte de s'apercevoir que ses ennemis étaient beaucoup plus proches qu'elle ne le pensait. Elle ferma les yeux quelques secondes tentant de se concentrer sur la fuite. Lorsqu'elle les rouvrit, elle vit la silhouette d'Aragorn bondir au dessus d'elle, un poignard dans chaque main, et se ruer vers une forme emmitouflée dans un amas de linceul noir déchiré. Elle vit au ralenti son guide se battre farouchement pour la protéger. Ce qu'elle ne vit pas, ce fut le spectre qui s'était glissé par la gauche et qui lança un court poignard dans sa direction. La lame n'atteignit probablement pas son but, car elle se planta dans le sol, mais dans sa trajectoire, elle entailla le bras droit d'Alice, à l'endroit où luisaient encore les cicatrices causées par la griffure du bandersnatch. Si la jeune fille n'avait pas été déjà à terre, elle se serait sans doute effondrée de douleur. Elle laissa échapper un cri de souffrance. Sa vue se brouilla sous l'effet des larmes qui affluèrent. Elle distingua cependant une courte épée qui se dressa devant elle ainsi que la lueur d'une flamme. Les semi-hommes venaient l'aider eux aussi. Et ils avaient réussi à allumer un feu au milieu du combat. Il faudrait les féliciter pour cela. Un étourdissement empêcha Alice de se relever. Priant pour que ses amis s'en sortent, elle glissa dans l'inconscience. Sa dernière vision fut le premier rayon du soleil sur les montagnes de l'est.

La jeune fille revint à elle quelques heures plus tard. Elle se sentait en pleine forme, à croire qu'elle n'avait jamais été blessée. Elle se leva d'un bond et s'étonna à la vue du soleil déjà si haut dans le ciel.

« Vous auriez du me réveiller, s'exclama-t-elle. Nous allons perdre un temps précieux. Ne fuyons nous plus les cavaliers ? »

Ses trois camarades la regardèrent d'un air inquiet.

« Vous avez été blessée par une lame de Morgul. Comment se fait-il que vous soyez remise si vite ?

-Je ne sens rien, assura la jeune fille. Ce poignard était-il particulièrement dangereux ?

-Ce genre d'arme est empoisonné. Je vous ai soignée du mieux que j'ai pu, mais je ne fais point de miracles. »

Alice regarda sa blessure, et les trois cicatrices dessous. Elle sourit. Elle devait remercier le bandersnatch pour cette guérison inattendue. Sans plus d'explication, elle commença à empaqueter les affaires. Elle chargea son propre bagage plus que d'ordinaire, en remerciement pour ses amis, mais aussi parce qu'ils paraissaient extrêmement fatigués. Elle eut vite fini les préparatifs. Après une rapide collation, elle leva de force les hobbits.

« Il faut y aller. Je ne sais pas où sont ces cavaliers noirs, mais je n'ai pas l'intention de les attendre. Je préfèrerais être en sécurité chez les elfes au plus vite. »


Sel' is back on the keyboard, as always.

Bonjour... y a toujours personne ? Tant pis, vous ne me verrez pas effectuer ma danse de la victoire pour fêter ce nouveau chapitre qui m'a donné du mal. C'est pas encore super ultra passionnant, mais tous les personnages ne sont pas là. Ce sera mieux à partir de Fondcombe. Normalement on y arrive au prochain chapitre. Je pense faire l'arrivée et le conseil dans le même chapitre. Bref, qui ça peut bien intéresser ?

J : Moi je lis ta fic !

Mais pas sur FF !

J : ...ah oui c'est vrai.

Et puis on se voit tout le temps !

*Et elles partirent bras dessus bras dessous regarder un épisode de Merlin, comme toujours.*

Sel'.