« Tu entends ? Ne touche pas à ma mère ! »

Se relevant tant bien que mal, Quinn tendit un bras paniqué vers la jeune fille en signe de reddition. Elle balbutia sur les premiers mots, prise de court par la métamorphose de sa jeune amie. « D-du calme, Sugar. Personne ne veut te faire de mal. Je sais que c'est effrayant, mais— »

« Tout va bien, ici ? » Demanda Mercedes dans un souffle dans l'encadrement de la porte, entourant le dos de son vélociraptor d'un bras protecteur, le regard se posant finalement sur la plus jeune.

Sugar et elle poussèrent un hurlement en tandem.

« Un dragon ! »

« Une mutante ! »

« Y'a un dragon dans ma chambre ! » Tonna Sugar, terrifiée, reculant sur le lit dans de grands mouvements maladroits et ne réussissant qu'à s'empêtrer dans les draps. Puis, semblant réaliser ce qu'elle venait de dire. Elle répéta, souriante. « Y'a un dragon dans ma chambre ! »

Mercedes, stupéfaite, plissa les yeux lorsque les globes luminescents de Sugar se tournèrent dans sa direction. Même après tout ce qui se dérouler ces derniers jours, elle avait du mal à concilier Sugar et la scène qui se déroulait sous ses yeux. Avec une pointe de culpabilité, elle se mordilla la lèvre, adressant Quinn d'un ton hésitant.

« Quand Sugar a dit qu'elle avait mal, j'avais cru qu'elle avait juste… »

« Ouais, on a tous cru à ça. Ses parents aussi, apparemment. » Accepta Quinn à contrecœur, dévisageant la mutante se bagarrant farouchement avec sa couette One Direction qui engloutissait ses pieds. Puis elle sembla se rappeler de la situation actuelle et fit volteface vers son amie. « Tu fais quoi, ici, Mercedes ? »

Elle haleta dans une bouffée de panique. Qui s'occupait des parents ? Où sont les autres ? Des blessés ? Pire ? C'était son plan après tout, et les pertes potentielles seraient sa responsabilité, et jamais elle ne se le pardonnerait-

« Retire ton corset de crispation et respire, Quinn. » Rassura la brune d'un signe de la main. « Brittany et Sam s'occupent de surveiller les vieux, en bas. Tous au tapis. Et Artie… »

« Je suis là. » Grogna le garçon, apparaissant en haut des escaliers menant à la chambre de Sugar, se tenant la tempe. Une belle écchymose se peignait déjà sur son visage. Quinn et Mercedes grimacèrent de douleur à sa vue.

Le garçon avait le chic pour être une proie facile.

« Qu'est-ce que vous faites tous chez moi ? » Couina Sugar, confuse, enfin libre de l'emprise de son lit. Elle se redressa de toute sa hauteur -pas très impressionnante, certes mais les émanations incandescentes compensait ce détail- et posa les mains sur les hanches, se tenant dans une position interdisant toute entourloupe. « Il y a une after dont je suis pas au courant ? Ce n'est pas possible, je suis toujours au courant de tout. Comme quand Papa m'a acheté un poney pour mon anniversaire. »

« J'ai vu aucun poney en venant ici. » Réfuta Mercedes, sceptique.

Sugar haussa une épaule.

« Hooters a eu un accident. Pour ma défense, je ne pouvais pas savoir que les poneys ne pouvaient pas prendre des bains comme les humains. Dire que j'ai gaspillé toutes mes bombes de bain pour lui. »

« T'as appelé ton poney Hooters ? » S'interloqua Quinn, effarée. Mercedes, moins loquace, se contenta de fixer la jeune fille, les yeux exorbités d'incrédulité.

« C'est le nom du poney qui te choque et pas le fait qu'elle l'ait- »

« T'as trouvé Quinn ? » Coupa la voix de Brittany, plus bas, dans les escaliers. Les personnes présentes dans la chambre se tournèrent à l'unisson vers le couloir, toute confusion oubliée momentanément.

« Nan, mais j'ai trouvé de la vodka, c'est la même chose. » Répondit la voix de Sam.

« Je vous entends, idiots. »

Suivant la voix tempétueuse, les deux blonds pénétrèrent finalement le seuil de la chambre quelques secondes plus tard.

« Vous voilà ! »

« Je comprends rien ! » S'écria Sugar,soudain tendue face au nombre de personnes envahissant la pièce, se rappelant finalement pourquoi elle se tenait debout sur son lit près du corps inanimé de sa mère. L'aura fuchsia enveloppant ses cheveux s'atténua, ne laissant que ses iris pourpres comme preuve de sa mutation. Ils ignorèrent soigneusement le 'ouac' de surprise de Sam apercevant Sugar pour la première fois de la soirée. La mâchoire lâche de surprise, Brittany se contenta de serrer l'épaule du garçon, son regard valsant entre la mutante et les autres occupants de la pièce.

Était-ce vraiment mal, si elle ressentait une pointe de soulagement à ne plus être la seule "inhumaine" du groupe ?

Réalisant qu'aucun d'entre eux n'avaient l'intention de prendre la relève – Amateurs- Mercedes se racla la gorge, dissimulant un subtil roulement de yeux avant d'engager Sugar. Il allait falloir faire preuve de plus de tact qu'à l'ordinaire, à en juger par les différentes teintes d'horreur sur le visage des adolescents regroupés vers la sortie de la chambre. Quinn semblait encore sous le coup du poney, ses lèvres se pliant dans un "Hooters" silencieux.

Elle est presque sûre d'avoir vu les yeux de Sam glisser fébrilement vers les escaliers.

« Écoute, ma chérie. On est tous tes amis ici. Même mon dinosaure, personne ne te veut de mal, okay ? Regarde. » Mercedes saisit les mains de la plus jeune. A son grand soulagement, sa déclaration ne déclencha aucun débordement théâtrale, et Sugar se contenta de la fixer, quoiqu'un peu bêtement. Le reptile s'avança jusqu'au lit à son tour et frotta son immense tête contre les genoux de l'adolescente, la faisant tanguer. Avec l'aide de Mercedes, elle descendit du lit avant de s'assoir à ses côtés, doucement, comme pour cajoler un animal sauvage. Les autres occupants de la pièce semblèrent retenir leur souffle collectivement, et Mercedes leur jeta un regard d'exaspération avant de reprendre : « Je ne vais pas y passer par quatre chemins. Je sais que ça fait bizarre, mais la vérité, c'est que tu es une mutante, Sugar. Tout tes symptomes étaient dû à ta mutation. Tes douleurs, le sang, et- autres désagrément biologiques. C'est pour ça que tu te sentais mal. Tes parents en sont aussi. »

Elle remercia les livres Harry Potter pour lui avoir fourni les connaissances nécessaires à ce genre de déclaration. C'est pas tout les jours que l'on se retrouver dans ce genre de situation. Heureusement qu'elle suivait les émissions du Professeur Xavier.

« C'est pas ça qui m'inquiète. » Répondit Sugar, prenant effectivement la nouvelle à la légère. « Ce qui me gêne, c'est de voir Quinn cogner ma mère ! »

« Oh. »

En effet, c'était plus gênant.

Sam le fit remarquer à haute voix et récolta un coup de coude dans les côtes de la part de l'intéressée.

« T'arranges pas vraiment ton cas. » Chouina le blond.

« Elle avait pas le choix, Sug. » Murmura Brittany avec compassion. Elle évita soigneusement tout de même de marcher sur le corps inerte- ça aurait fait mauvais genre- avant de se rapprocher. « Nos parents sont de mauvaises personnes. »

« Je sais que ce n'est pas agréable à entendre, mais nos parents sont des super-vilains, comme ceux qu'on voit à la télé. Ils nous ont fait du mal. A nous et à d'autres. Des innocents. » Expliqua Mercedes en douceur, remerciant Brittany de son soutien d'un signe de tête. La blonde lui répondit d'un bref sourire en coin, le visage mélancolique.

« Tu mens ! » Nia Sugar dans un cri. « C'est pas possible ! » Elle arracha ses mains de la poigne de Mercedes, ses yeux larges et brillant de larmes et de déni.

« C'est vrai, Locomotta. » Intervint Sam d'une voix douce et basse, se dressant après un bref débat mental devant la porte au cas où la petite mutante tenterait de s'enfuir. « On les a tous vu. Pourquoi on te mentirait tous là-dessus ? Ce serait une très mauvaise blague. Et on ne voudrait jamais te faire du mal comme ça.»

« Attendez un peu. » Réalisa Quinn, subitement alarmée. Ils se tournèrent tous vers elle dans un sursaut. Son visage se tordit d'appréhension. « Si vous êtes là, tous les deux. » Elle désigna Brittany et Sam du doigt avant de se tourner, fébrile, vers les escaliers. « Qui s'occupe des— »

Bien sûr, Le mur de la chambre choisit ce moment pour exploser de toutes pièces, arrosant les adolescents de gravats, dévoilant Elsje Pierce, flottant dans les airs, un sourire suffisant aux lèvres, tel l'antagoniste mainstream d'un nanard de la Scy-Fy passé trois heure du matin. Il manquait juste le petit doigt au coin de la bouche ou le tortillage de barbiche, mais l'alien ne semblait enclin ni à l'un ni à l'autre, la rage faisant pulser les muscles sur son visage.

« Pas de chance, sales morveux. Vous auriez dû me tuer quand vous en aviez l'occasion. »

« Vas-t-en ! » Aboya Brittany, essayant de se relever tout en s'époussetant. Sa mère lui adressa un rictus condescendant. Brittany clôt les paupières avec force. Ce n'était pas un cauchemar, c'était réelle. Elle n'avait jamais vu sa mère comme ça. Pas même dans le dernier James Bond qu'elle a tourné.

Elle était une méchante bien plus convaincante dans ses films que dans la vraie vie. Quelle actrice.

« N'avancez pas ou je vous— » Un faisceau d'énergie jaillit de la matriarche Pierce, englobant Mercedes dans une sphère de lumière colorée.

« On se tait, le troll. Si vous bougez, les enfants, j'éclate Mercedes comme un furoncle. Après tout, Qu'est-ce que cette petite boulote peut bien apporter à The Pride, mmh ? Personne ne m'en voudra réellement si quelque chose de tragique venait à lui arriver. »

Incapable de réagir, Brittany dévisagea la femme qui l'avait élevé, qui lui avait donné la vie. Cette même femme qui menaçait la vie d'une de ses amis avec amusement et légèreté. Ses entrailles se tordirent de rage alors que sa gorge se nouait de chagrin. Cette femme, qui qu'elle soit, devait disparaître.

Alors que Brittany prenait la brave décision d'affronter sa mère en duel -c'est ce que tout bon blockbuster souhaite, les skywalkers l'on fait avant elle-, Sugar s'interposa entre les deux femmes, retirant son haut de pyjamas dans un geste de colère parfaitement inutile, d'après Brittany.

« Non, Madame Pierce ! » S'écria Sugar, interrompant les sombres pensées de Brittany. Ses yeux luisant à nouveau dans un éclat décisif. « Vous lui faites mal ! Vous attaquez des enfants, vous cassez ma maison et seule votre coiffure est plus atroce que vos manières ! »

« Sugar ! » S'écria Artie, tentant en vain de la retenir.

« Pas…. » Elle s'élança et tacla brutalement l'alien, la faisant passer à travers le mur, avant d'être interrompue dans sa course par la piscine dans un immense remous. « Asperger's ! »

Sugar se rattrapa au dernier moment au pan du mur, perdant l'équilibre dans son élan. Pas perturbée le moins du monde d'avoir explosé le pan ouest de sa villa, elle observa les remous de la piscine et le corps remontant lourdement à sa surface.

« Bye bye, les Avengers ! » Toussa Sam, s'étranglant avec sa propre salive. Derrière lui, Quinn jura dans sa barbe tout en retirant un débris de son décolleté. « Bonjour Sugar. Vous avez vu jusqu'où elle l'a envoyé valdinguer ? »

Libérée de sa prison énergétique, Mercedes retomba au sol, rejoint de près par Sugar, exténuée.

Le groupe s'autorisa quelques secondes de silence hébété, seulement interrompu par les respirations saccadées et le bruit de la chambre s'éfrittant lentement autour d'eux.

« Ils m'ont endormis. » Réalisa la plus jeune, le regard rivé au plafond ou ce qu'il en restait, les bras et les jambes en étoile. Sam aida Mercedes à se relever et rassembla Sugar dans ses bras, avant de la porter. « Maman est une mutante. » Jamais sa voix ne fut aussi éteinte, pas plus forte qu'un murmure.

Elle leva de grands yeux larmoyants vers Sam et le blond la serra plus fort contre lui, aucune de ses plaisanteries irrévérencieuse ne se manifestant, aucun sourire ou mots de réconfort pouvant faire oublier les mensonges d'un parent.

« On doit se tirer. » Ordonna Artie, récupérant lentement contenance. Son ton était aussi sombre que l'atmosphère.

« On a réussi à récupérer Sugar et on est tous vivant. » Evalua Quinn, époussetant ses cheveux courts. « Pas trop mal. »

« Ma mère va se noyer ! » S'angoissa Brittany, se tenant au pan de mur explosé pour observer le corps flottant de sa mère.

« C'est une meurtrière. »

« Et ma mère ! » Vociféra-t-elle, feulant comme un animal sauvage, pas encore prête à lâcher le morceau. Peut être qu'Artie se fichait bien de ce qui pouvait arriver à ses parents, mais Brittany n'était pas encore prête. Elle savait. Elle savait ce qu'ils étaient mais cela ne changeait rien au fait que c'était leurs parents. Elle ne pouvait pas oublier.

« Tu lui as refait le nez à coup de kryptonite tout à l'heure ! » lui Rappela Sam.

Elle le toisa et Quinn s'interposa en posant une main contre le ventre de la blonde, cherchant à établir un contact visuel entre elles.

« Okay, Artie et moi ont va la sortir de là. D'accord, Brittany ? Hey- regarde moi. D'accord ? » Lorsque la plus grande des deux hocha la tête, elle reprit. « Vous trois, vous ramenez Sugar au Van. On doit se tirer de là. Si on n'est pas revenu dans trois minutes, mettez les voiles. »

Sam hésita, remontant Sugar contre son torse. Brittany ne décolla pas les yeux de la piscine, les muscles de sa mâchoire tressaillant sous le poids de ses émotions refrénées, une tempête faisant rage dans ses yeux. Il voulait tellement la réconforter mais il se contenta de serrer le genou de Sugar, sachant qu'aucune de ses paroles n'apporterait de sollicitude à son amie. A la place, il leva le menton en direction de leurs leaders.

« Ça ira, vous deux ? »

Quinn brandit le sceptre comme un maracas dans sa direction. « J'ai ça. »

Comme s'il se rappelait seulement maintenant de quelque chose, il fronça les sourcils, réprobateur.

« T'avais l'intention de nous parler de ce truc là quand, Scarlet Witch ? »

« Je vous en parle là. »

Sam roula des yeux.

« Sémantique. »

« Wow, tu connais ce mot-là, je suis impressionnée, c'est ton nouveau super pouvoir ? »

« Partez. » Intervint Artie, voyant les yeux de Quinn luire de cette étrange lueur, apparue en même temps que le sceptre. La blonde semblait prête à mordre dans la première chose qui s'opposerait à elle, quitte à ce que ce soit le monde.

Sam s'éloigna en premier, Sugar dans les bras. Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour eux. Mercedes le suivit avec son dino, et lui frotta vigoureusement le dos comme son éternel ange gardien et soutien moral. Brittany resta en retrait, observant les deux adolescents restant. Elle fit rouler sa mâchoire de manière pensive, avant de rejoindre le van, sans un mot, un dernier regard pour le corps flottant dans la piscine.

A peine eut-ils disparu que Quinn s'élança jusqu'aux escaliers, se dirigeant d'un pas militaire vers la terasse.

« Alors… le sceptre est sorti tout seul ? » Brisa la glace Artie, tentant de suivre la cadence urgente de Quinn.

« Dès que j'ai saigné. C'était comme si… tout était tellement simple que cela était insignifiant. Que me donner la peine était en dessous de moi. Plus de problèmes, plus d'efforts à fournir. Je me sentais… Je me sentais comme un dieu. »

Artie garda le silence après cette révélation. Quinn se mordit la lèvre pour ne pas en rajouter, pour ne pas lui avouer combien il avait été tentant de décimer leurs parents sur place, combien il aurait été facile de les abandonner à leur sort. Comment le mana glacial dans ses veines lui intimait de prendre ce qui lui revenait de droit. Elle accéléra le pas en direction de la piscine.

« Au moins, on est tous en vie. » Rassura Artie dans un sourire qu'il voulut joueur. Il ne se sentait pas vraiment l'âme optimiste, mais cela ne voulait pas dire pour autant qu'il ne devait pas essayer. Ne pas laisser l'obscurité dans les yeux de Quinn la submerger dans ses entrailles.

« Oui. C'est déjà plus que je n'en espérais. »

« Tu sais, ce n'est peut-être pas le bon moment… » Embraya-t-il, se frottant la nuque. « Mais, quand on s'est embrassés— »

« T'as raison, ce n'est pas le moment. » Le rappela-t-elle à l'ordre. Piqué au vif, il hocha la tête.

« T'as raison. » Répéta-t-il brièvement.

Arrivés au bord de la piscine, Quinn se jeta à genoux pour redresser le corps flottant d'Elsje Pierce. Artie la rejoint, l'aidant à hisser le torse de la femme hors de l'eau.

« Elle est encore vivante, tu crois ? »

« Je ne sais pas, mais hors de question de lui faire du bouche à bouche. Ma charité d'âme s'arrête là. »

La roulant sur le flanc, ils lui basculèrent la tête en arrière pour faciliter l'entrée d'air.

« Hey, mate un peu ça ! » Il souleva la main inerte de l'alien pendant que Quinn tatait son pouls. Sur son annulaire se trouvait un anneau surmonté d'une simple pierre rouge incrustée dans la monture. « Les parents de Mercedes disaient que les Pierces avaient une bague pour déchiffrer leur livre, l'abstrait. Et si c'était celui-là… » Il ôta doucement l'anneau du spandex mouillé.

« Sale vermine ! »

Les deux adolescents poussèrent un identique hurlement de terreur lorsque Mrs. Pierce se dressa soudain sur ses coudes, ses traits tirés dans une expression de rage incontinente. Artie tomba à la renverse dans un gargouillis, l'anneau en sa possession. Quinn fut épargnée de ce sort par la poigne d'acier de la femme autour de son avant-bras et autour de sa gorge, forcant son menton dans les airs.

Pour sûr, la matriarche Pierce savait soigner son entrée.

« Comment osez-vous ? Vous croyez avoir une chance ? C'est parce qu'aucun d'entre nous ne souhaite vous tuer que vous en êtes arrivés là, mais attendez qu'on se fâche, nous vous avons donné la vie, bande d'ingrats— »

Se saisissant du sceptre de Quinn, Artie l'abattit bruyamment sur le crane de la femme, l'assommant une fois de plus. Elsje tomba en avant, les jambes ballottant au gré du courant de la piscine, le haut du corps hissé sur Quinn qui fixait le ciel de ses yeux ronds, figée dans son effroi.

« Joli. » Fini-t-elle par souffler.

« Moins de parlotte, plus d'action, j'ai compris. »

« Artie… » Il l'ignora et ramassa la bague. Elle soupira un bref les mecs tout en levant les yeux aux cieux, et poussa son assaillante sur le rebord, ignorant le bruit désagréable de ses dents entrant en contact avec le ciment. Pas comme si cette garce ne l'avait pas mérité, avec sa reprise de Sadako Yamamura.

« Une chance qu'elle ait baissé sa garde comme ça. »

« Elle a raison. Si ce n'était pas nos parents, on sera déjà mort à l'heure qu'il est. » Admit Quinn dans une grimace. « On est des gosses qui jouent contre des adultes. Des gosses mutants-Aliens-Sorciers-Dompteurs de lézards contre la version adulte. On est plus fini que la carrière musicale de Shania Twain. »

« Qui ? »

« Exactement. »

L'humeur assombrie par cette expérience, ils se dirigèrent en silence vers la voiture. A l'intérieure, ils découvrirent Sam et Mercedes berçant une Sugar ronflante à l'arrière du Van. Une couverture Victorious d'un violet criard recouvrait les épaules de la plus jeune, et Quinn aperçut un sac rose bonbon d'affaires contre le flanc de Mercedes et elle hocha la tête en vague approbation. Au moins, Sugar ne sera pas sans rien. Elle se mordit la lèvre et finit par soutenir le regard brulant de Brittany, assise sur le siège conducteur, les bras tendus sur le volant. Même avec le retroviseur pour faire tampon, la blonde n'en avait pas l'air moins ardente. Sans un mot, Quinn lui offrit un sourire fébrile et un signe de tête.

Tel un ballon, Brittany désenfla sur son siège avant de se passer la main dans les cheveux.

Personne ne remarqua l'aube du jour poindre à l'horizon.


« Pourquoi c'est toi qui conduis ? » Demanda Sam d'une voix puérile, enfonçant ses doigts mécaniques dans le biceps de Brittany.

« Retournes à l'arrière, Sam, j'écrase moins d'écureuils que toi. »

« L'anneau ne déchiffre qu'un mot sur deux. » Réalisa Artie dans un claquement de langue sur le siège passager. Les lunettes relevées, il plissa les yeux à travers la bague. « Mais je pense que c'est assez de preuves pour la police. Tu sais où est le commissariat ? »

« Ouais, on m'a arrêté l'année dernière pour avoir trépassé dans les égouts. » Les deux garçons firent une mine dégoûtée. « Quoi ? Pachi a dit qu'il y avait des alligators, c'est le devoir d'un journaliste d'investiguer. »

« C'est qui Pachi ? » Souffla Sam à l'adresse d'Artie.

« Le sdf, à côté du primeur. » Informa Brittany.

Les deux garçons prirent l'heureuse décision de rester silencieux.

« Dîtes, ça va prendre longtemps ? » Interrogea Sugar à l'arrière, toujours vêtue de son pyjama rose et de son débardeur Sesame Street, blottie entre Mercedes et Quinn contre la paroi. « Parce que j'ai école, moi. »

« On va juste faire un tour, on va tous régler. » Promis Quinn, replaçant une des mèches folles de la petite mutante derrière son oreille.

« Ouais, mais j'ai pas de mots d'excuses ! » S'écria Sugar, portant la main à la bouche d'horreur.

« T'as plus besoin de mots d'excuses, parce qu'on ira plus à l'école, le plus tôt tu comprendras ça… » Lui expliqua Mercedes en lui tapotant dans le dos.

« Et j'ai laissé mon manteau Burberry en classe ! » Réalisa Sugar, cette fois d'un ton outré, ignorant la brune.

« Merde ! » S'écria Artie, accaparant toute l'attention, tenant son portable à bout de bras comme s'il risquait de prendre vie et de le mordre. Ça n'aurait pas été le truc le plus bizarre qu'ils aient vécus, après tout. « C'est mon père ! » Il décrocha le téléphone et le porta à son oreille.

« Allo ? »

« Tu ne crois pas que tu as largement dépassé ton couvre-feu, jeune homme ? » Menaça son père.

« Non, non, je ne joues pas à ce petit jeu avec toi. » Refusa Artie, secouant la tête. Brittany s'arrêta le long du trottoir, tous les regards rivés sur le garçon. « On va chez les flics. On va tout balancer. »

« Oh, vraiment ? Branche-toi sur AM 1070. »

Le garçon échangea un regard avec le reste du van. Sam étira le bras jusqu'à la radio, réglant la station. Ils échangèrent des regards chargés d'appréhension.

« -La police recherche toujours Arthur Abrams, 16 ans, impliqué dans le meurtre d'hier à Lima. »

« Quoi !? »

« Euh, les gars ? On va commencer à pédaler dans la semoule grave, là… » Le nez collé à la vitre, Brittany contemplait la vitrine d'un magasin d'électroménagers derrière laquelle se trouvait une multitude de postes de TV allumés, tous diffusant le portrait d'Artie.

« Betty Pillsbury a été retrouvée morte cette nuit, poignardée dans la chambre de l'adolescent. D'après la police, les jeux de rôles violents serait la cause de cet accès de violence. Le suspect est dangereux et doit être appréhendé dans les plus brefs délais— »

« C'est toi qui l'a tué ! » Hurla Artie dans le téléphone, furieux et ahuri. A l'arrière Quinn blasphéma, avant de subir une remontrance par Sugar.

« Attend, tu vas rater le meilleur. »

Les écrans diffusaient à présent une photo de Sugar.

« Les autorités recherchent activement d'autres adolescents de son entourage qui auraient participé au crime. Ce groupe serait également responsable du rapt de Sugar Motta, 12 ans, fille des prestigieux médecins— »

« On prouvera que c'est un coup monté. » Cracha Artie, les yeux rivés sur les portraits défilant de Quinn et de Mercedes. A l'arrière les filles semblaient moins confiantes, à en juger par leur jurons colorés.

« Au moins, c'est une bonne photo. » Offrit gauchement Brittany, haussant les épaules.

« C'est ton meilleur profil. » Accorda Sam à Mercedes, tout aussi désemparé que son amie.

« Ce sont des portraits de face. »

« Vous êtes une bande d'adolescents recherchés pour meurtre. Ce n'est qu'une question de minutes avant que vous ne soyez localisés et arrêtés. » La voix grave les ramena à la situation présente.

Brittany se tassa sur le siège conducteur, les yeux rivés droit devant elle, au delà de l'horizon. La peau blanchit sur les jointures de ses mains autour du volant était le seul indice de son attention au problème présent. Se faire arrêter le jour où elle ne porte pas son Soutien-gorge wonderbra était juste intolérable. Les paparazzis n'allaient pas la manquer. Sam se laissa tomber lourdement à l'arrière, les mains sur la tête pendant que Quinn se tapait le crâne contre l'intérieur du van de dépit, maugréant en ancien elfique ou ce qui y ressemblait plus ou moins. Un truc de sorciers, surement. Mercedes caressa le reptile qui sifflait nerveusement à ses côtés. Sugar couina de dégout face à son portrait diffusé. C'était une photo de "Tacos Tuesdays" et, "ça ne comptait pas", pour ce que ça pouvait bien vouloir dire.

Aucun d'entre eux ne voulait admettre l'évidence.

Que leur arriverait-ils, lorsque les parents leurs auront mit la main dessus ?

Ils ne les tueraient pas.

Pas leur propre enfant.

Mais il y a des sorts bien pires que la mort.

« On leur prouvera-» Insista Artie avant d'être coupé par la voix mesquine de son père.

« Prouver à qui ? » Ria le paternel, continuant à se moquer des tentatives de défense de son fils. « A la police qui nous a aidé à monter ce coup ? A qui crois-tu que j'ai signalé cette disparition ? Vous êtes seul, les enfants. Il serait grand temps d'être raisonnable et de rentrer. Je vous promets que vous ne subirez que peu de conséquences. »

« Peu ? Rassurant. Ça veut dire qu'on va quand même prendre cher- »

« Je préférerais me faire dévorer par le dinosaure de Mercedes. »

« Ecoute-moi bien, espèce de fils de—»

Ils furent interrompus par les autres adolescents, sifflant d'outrage à l'arrière.

« Wow, c'est pas cool, ça ! »

« C'est nul, c'est votre fils en plus, ça marche pas cette insulte. »

« Ils ont essayé de nous tuer, mais le truc qui vous choque, c'est qu'il m'insulte ? » Jugea Artie, posant la main sur le combiné pour leur offrir toute son attention dans cette tache.

« Arthur ! » La voix de sa mère récupéra l'attention générale. « Je t'en prie, sois raisonnable, nous ne vous voulons aucun mal, rentrez à la maison, ça ne sert à rien de résister, The Pride vous retrouvera— »

Refusant d'écouter un mot de plus, il jeta le téléphone contre la paroi du van, la bouche tordue dans une grimace frustrée.

« Bon, mauvaise nouvelle. » Quinn poussa sur ses lèvres, songeuse. Elle éteint d'un doigt distrait le portable.

« Qu'est ce qu'on va faire maintenant ? »

« Morfler douloureusement, peut-être ? » Proposa Brittany derrière le volant. Devant les regards peu amusés dans son rétroviseur, elle ajouta : « C'est comme dans les films d'horreur, ils vont nous retrouver quoi qu'on fasse... »

« Bon, ben, plus qu'une solution. » Frappant son genou de la paume de la main, Sam se redressa à l'arrière. « Il ne nous reste qu'une seule chose à faire. » Il récupéra une carte sous un siège et se pencha vers Brittany, lui désignant un itinéraire du doigt.

« Allo Samuel Evans, ici la Terre. » Interpella Mercedes, tirant le blond en arrière par son col. « Il reste quoi à faire ? »

Il lui sourit innocemment.

« Disparaître. »


Ignorant les regards stupéfaits de ses camarades, il décrit la route à suivre à une Brittany sceptique mais docile.

A la résidence des Mottas, c'est dans la douleur que les hôtes se réveillèrent, le crâne endolori, comme le lendemain d'un Margarita Friday.

Allongée dans le canapé, Victoria émergea, aux côtés de son mari et des Jones.

« Vickie. » Appela son mari, caressant sa joue.

« Sugar… Ils ont notre bébé. » S'affola-t-elle, essayant de se relever. Ildo attrapa sa femme par la taille et la cala contre lui, restreignant ses mouvements.

« Je sais, chérie. Mais ne t'en fais pas, les Abrams ont déjà lancé la contre-attaque, ils ont toujours un plan, tu le sais. »

Assit en face d'eux, les Jones berçaient également leurs membres meurtris.

« La petite Fabray m'a eu. » Admit Victoria, amère.

« Moi aussi, elle nous a tous étalés. » Confirma Mr. Jones, se massant les côtes.

« Aussi sauvage que ses parents. Et tout aussi dangereuse. » Renifla sa femme à ses côtés. « Je ne serais pas surprise que ce soit elle qui nous ai trahi les premiers. »

« Ils nous ont tous trahi ! » Cracha son mari en se levant, furibond.

« Pas tous. »

Ils pivotèrent vers l'entrée du salon, où se tenait Elsje Pierce, les cheveux encore humides après son vol plané dans la piscine. Dans sa main se trouvait un morceau de papier froissé.

Ildo se leva lentement vers elle, méfiant.

« Comment ça ? »

« En me séchant, j'ai trouvé ça près de l'entrée de la villa. L'un des enfants l'a laissé. » Elle tendit la feuille devant elle pour que tous les adultes présents puisse la lire.

Encore sonnée, Victoria grogna. « Ça dit quoi, El ? »

« Maman, papa, je vous aime, j'ai confiance en vous, et je serais toujours de votre côté. » Récita-t-elle.

« Qui l'a écrit ? » Haleta Stacy Jones, les yeux brillants.

« Ce n'est pas signé. »

« The Pride a donc une taupe parmi les enfants ? »

« Est-ce que l'un d'entre vous reconnaît l'écriture ? » S'enquit la plantureuse blonde. « A part écrire avec des crayons, je ne connais pas grand-chose de l'écriture de Bretagne.»

« Mercedes ne fait jamais ses devoirs en notre présence. Si elle les fait. » Expliqua Mr. Jones, quelques peu gêné par cette admission.

« L'écriture ne veut rien dire. Le papier est assez abîmé et les enfants peuvent modifier leur écriture. » Aucun ne voulait admettre qu'ils ne pouvait reconnaître l'écriture de leur propre enfant.

« Il faudra attendre que l'auteur du message se manifeste. »

« Mais qui ça peut être ? » Ne put s'empêcher de'insister Ildo, songeur. « Lequel d'entre-eux nous est-il fidèle ? »


« Tourne là ! Ici ! »

« Y'a pas de route, Sam ! On est au beau milieu d'un parc ! Je ne vais pas écraser les canards à nouveau ! »

« A nouveau ? » Murmura muettement Quinn à l'adresse de Mercedes, qui lui rendit un regard entendu.

« Je le sais bien. » Sam s'accrocha à l'accoudoir central. « Passe derrière le petit courant d'eau et va vers la côte rocheuse. »

« J'ai l'impression d'être dans une machine à laver. » Se plaignit Sugar à l'arrière, subissant les vibrations de la route dans le van mal isolé.

« T'as beaucoup d'expériences avec les machines à laver ? »

« Brittany m'a enfermé dans la sienne, une fois. »

Mercedes et Quinn accusèrent la blonde du regard, la bouche formant un « o » parfait.

« C'était ma période Cosmonaute. Je voulais être Marina Popovitch. » Se défendit Brittany dans le rétroviseur. « Et j'étais trop grande pour rentrer dedans. »

« Ici ! Gare-toi là ! »

La voix de Sam perfora ses tympans, la faisant tressaillir. Un nuage de poussière enveloppa le van, avant de décanter longuement vers le sol. Brittany coupa le moteur, observant les alentours. Elle ne reconnaissait plus le parc où elle allait pêcher parfois avec ses parents et les Mottas durant les vacances scolaires. Le court d'eau, normalement inviolable, était à présent derrière eux, laissant place à une chute de rochers inhospitalière.

« On est où, là ? » Demanda Mercedes, observant les arbres alentours avec méfiance.

« On dirait un point de rencontre pour pédophile. » Renifla Quinn, toute aussi suspicieuse.

Sam ne releva aucun des commentaires et descendit du van avant de trotter - non, se pavaner- vers le chemin de pierres.

Suivant le garçon, ils rencontrèrent une percée dans le mur de rochers. Une mince caverne se dévoilait sous leurs yeux, un panneau aux couleurs vifs avertissant d'un danger imminent.

« T'es dingue, Sam ? » Demanda Artie, interloqué. Il souffla sur ses lunettes recouvertes de poussières, l'abstrait à la main. « Une super planque, une grotte dans une chute de rochers ? »

« Je crois qu'on vient de trouver la batcave. »

« Très quitsch. »

« Nan, cet endroit est loin de tout sentier intéressant ou praticable. Personne ne vient, ici. A part peut être les pédophiles. » Ajouta Sam à l'adresse de Quinn, qui referma la bouche aussi sec dans un cliquetis de dents. Il s'arrêta à l'entrée de la caverne, défiant ses amis d'y redire quoi que ce soit.

« Normal ! » Alerta Brittany. « Vous avez vu le panneau ? » Elle essuya la crasse accumulée sur la pancarte, avertissant des fortes radiations de rayons gamma. « C'est pas que je trouve She-Hulk moche, bien au contraire, mais le vert ne me va pas du tout. »

« En plus, c'est super pas « in » cette année. » Renchérit Sugar, plissant les yeux.

« Je sais. » Rassura Sam, redressant le panneau dans le sol friable. « C'est moi qui ai mis ça là. Je l'ai acheté sur ebay. Comme ça, je suis sûr que personne ne viendra. Garde les curieux éventuels à l'écart. »

« Tu m'épates de plus en plus. » Complimenta Mercedes, impressionnée. Il lui offrit un sourire radieux.

« Ouais, je vais finir par croire qu'il y a un cerveau, quelque part, derrière cette grosse bouche. » Railla Quinn. Sam lui présenta un geste grossier.

« Aller, venez, je vous fais un tour de la zone. Mi Casa es su casa. »

Brittany sautilla à ses côtés, prenant appui sur ses épaules pour motiver le garçon à marcher plus vite, excitée de découvrir ce qui se cache derrière le couloir de pierres.

« J'aime bien. » Commenta Sugar, caressant la pierre. « La moisissure ajoute un côté soft néo-grunge. »

« Euh, Merci Sug', mais t'as encore rien vu. »

Le couloir commença à rétrécir, à tel point que les adolescents durent tous se mettre à genoux pour pouvoir ramper à travers le passage. Ils s'exécutèrent dans une symphonie de lamentations.

« Les femmes d'abord. » S'excusa Sam dans un grand mouvement de main exagérée vers le tunnel.

« Okay. Mais toi d'abord. » Contesta Quinn. Elle entendit les gloussements étouffés des autres.

« Quinn. » Tenta de défendre Brittany, fouillant à tâtons le sol obscure. Sa voix ne put dissimuler son sourire autant que l'obscurité toute fois.

« Quoi, il est pas question que les garçons passent après nous. Il veut juste voir sous la jupe de Mercedes et nous mater les fesses. » Justifia Quinn, croisant les bras aussi bien qu'elle put les genoux dans la terre.

« Sam ! » Réalisant l'intention du jeune homme, Mercedes battit de la main dans le noir dans l'espoir de toucher le garçon. Un claquement sec se fit entendre et Sam glapit.

« Hey ! J'essayais juste d'être courtois. » Mais il s'avança en premier, et le seul indice de son mouvement fut un bref gémissement lorsqu'il se cogna contre la pierre. Brittany gloussa puérilement.

Artie préféra rester silencieux, mais son snobisme méticuleux et soudain des filles trahit ses intentions.

Quinn lui lança un regard appuyé qu'il ignora superbement et une fois les garçons passés elle se retourna vivement, tombant nez à nez avec Brittany, assez proche pour qu'elle puisse voir la plus agée retenir son souffle face à l'intrusion soudaine de son espace personnel.

« En revanche, toi, tu as le droit de mater mes fesses. »

« Avance. » Refoula Brittany en se mordant l'intérieur de la joue, heureuse que l'obscurité put cacher les rougeurs sur ses pommettes. Quinn ricana avant de se remettre en route, jouant bien trop des hanches pour que cela soit innocent. Devant, Artie se tourna vers elles, le regard étrangement intense brillant à travers ses lunettes. Brittany décida de regarder le plafond rocheux, ce qui ne changea pas grand-chose d'après elle, vu que tout était plus sombre que leur avenir dans cette grotte.

« On est où ? Je ne vois rien ! Et le dinosaure de Mercedes sent la mort et la pauvreté. » Geint Sugar à l'arrière.

Sentant le chemin s'élargirent et l'air devenir plus frais, les adolescents se relevèrent prudemment. Même sans voir, il était facile de deviner que l'environnement était devenu beaucoup plus spacieux. L'air était poussiéreux et légèrement rance et les courants d'air froids appuyèrent cette hypothèse et ils se redressèrent lentement.

« Et maintenant, Iron-Ass ? » Demanda Quinn.

« Enlève ton bracelet, Brittany, on a besoin de lumière. » Intima Artie.

« Oh. » La blonde tata la monture en métal. « Ouais, attends. »

Un bref tintement retentit avant qu'un puissant flash lumineux ne vint éclairer la pièce. Grondant comme des zombies, ils se couvrirent tous les yeux en se détournant de Brittany, le temps d'adapter leur vision.

N'ayant pas ce problème, Brittany regarda tout autour d'elle, volant quelques mètres au-dessus d'eux.

Plus qu'une grotte, la cachette de Sam était en réalité les ruines d'un manoir rendu à la nature, la plupart de ses fondations détruites par le temps ou autre cause qu'il lui était inconnu. Il y avait presque quelque chose de poétique dans cette destruction. A part le fait que quelqu'un y était soi mort, soi expulsé de force de chez lui, c'était la cachette la plus cool depuis Al-Qaida. Flottant sur le ventre, elle observa paresseusement les autres ouvrirent lentement les yeux et découvrir leur nouvel environnement.

« C'est quoi, ça ? »

« Mes amis, bienvenu à l'abri des enfants sauvages ! »

« Où est-ce que t'as trouvé un manoir pareil ? »

« Sympa la déco. C'est Hulk l'architecte ? »

« Arrêtez de vous plaindre. » Quinn s'aventura dans une pièce, attrapant la main flottante de Brittany pour la diriger, tel un ballon gonflé à l'hélium pour l'éclairer. « Il y a encore tous les meubles, et la plupart sont encore en état. On va pouvoir crécher ici, et l'odeur est déjà plus tolérable que la chambre de Sam. »

« Tu ne sais pas apprécier l'odeur du Mâle. » Plaisanta le garçon, quelques pas derrière elle.

« Ça a l'air un peu plus stable que la santé mentale de Quinn, en tout cas. » Railla Mercedes, défendant Sam.

« C'est pas spécialement rassurant. » Lui répondit Brittany, sifflant entre ses dents lorsque Quinn faufila une main jusqu'à la poche arrière de son jeans et pinça une fesse exposée et sans défense. Elle voleta hors de portée, offrant une moue de chiot battue à son amie.

« Du calme, Dior. » Cajola Mercedes lorsque le reptile se frotta contre elle, manquant de la déséquilibrer.

« Dior ? » Répéta Quinn, incrédule. Mais qu'est ce qu'ils ont tous, avec leurs noms d'animaux ?

« Oui, Dior » Défendit la brune, passant un bras autour du dos de la bête comme si Quinn venait de l'insulter.

Quinn expira un bruit peu élégant par ses narines, mais opta pour le silence.

« Je trouve qu'Armani, c'est plus beau. » Partagea Sugar à l'adresse de la plus ronde.

« Je trouve que c'est un nom élégant. Et pour faire la paire, vous m'appellerez Jo. Plus court, plus discret. »

« Ooh, comme un nom de code ? Ou plutôt 'Mama Jones', comme les pizzas ! » S'émerveilla Brittany, roulant sur le dos. Elle passa les bras derrière la tête, croisant les jambes. « Okay, alors moi ce sera Twilight Sparkle. Ou Rainbow Dash. Mmmh... »

« Ça craint. Tu ressembles déjà à un arc-en-ciel… » Commenta Artie, qui fut superbement ignoré.

« Moi, c'est Sister Grimm. Ca fait plus sérieux, non ? »

« T'es sûre que tu préfères pas Lucy Caboosey ? Parce que là ton nom, on dirait le pseudo youtube d'une emo qui partage sa video tribute d'Evanescence en 2004 sur Winodw movie Maker. » Taquina Sam, sautant pour s'accrocher à Brittany dans l'espoir d'éviter la main vengeresse de Quinn, piquée au vif.

Prise de cours, Brittany perdit de l'attitude lorsque le blond ceintura sa taille de ses gants de fer. Heureusement, elle remarqua avec bonheur qu'une fois le bracelet retiré, le poids du garçon n'était pas un handicap, et elle put maintenir son altitude, récoltant un sourire excité du blond. Il y a du positif à cet histoire d'Alien.

« Alors je serais Iron Fist. »

« Pas possible, Sam. »

Il leva la tête vers Brittany.

« Déjà pris. Tu vas avoir des problèmes de copyright. »

Il souffla, lâchant prise. Il atterrit, les genoux fléchit.

« Je vois pas trop… »

« Moi je trouve que guppyface, ça te va bien. » Moqua Mercedes en tiraillant sur sa lèvre supérieure, faisant pouffer les filles.

« Ça te fait rire, la locomotive ? » Adressa Sam à la plus jeune. « Hein, Loco-motta ? »

« Je préfère Princesse guerrière. » Annonça-t-elle fièrement.

« Tu diras à Brittany de ne plus te passer ses dvds Xena. » Admonesta Mercedes, ignorant le sourire timide de la blonde en question.

« Et toi, Artie, tu choisis quoi ? » Finit par demander Quinn au garçon étrangement silencieux.

« Artie Abrams. Mon nom, c'est Artie Abrams. »

« Oui, mais- »

« C'est pas parce que mes parents ont sali mon nom que je dois l'abandonner ! » Vociféra-t-il. Brittany tira Quinn en arrière machinalement, dévisageant Artie. Devant l'air récriminateur de ses amis il se reprit. « Je veux laver mon nom. »

« Captain Buzzkill, ça te vas comme un gant. » Maugréa Brittany.

Quinn bascula la tête en arrière pour plonger son regard dans celui de Brittany, ses grands yeux verts interrogateurs et impénétrables révélant une pointe d'amusement. Réalisant qu'elle perdait lentement de l'attitude, Brittany se racla la gorge, passant les doigts dans les mèches roses de Quinn affectueusement avant de voler hors de portée. Son amie ne la quitta pas du regard.

Ce n'est pas qu'elle est gênée de ce qu'elle est, ou de ce qu'elle croit être, mais Quinn… Ce serait compliqué. Et Brittany ne fait pas dans le compliqué. Et personne n'est plus compliqué que Quinn.

« -En utilisant ce livre, on peut livrer nos parents à la justice et récupérer le pouvoir. »

…Et ce n'était peut-être pas le bon moment non plus.

« Ça pourrait être long… » Fit remarquer Mercedes, rejoignant le cercle autour du garçon assit sur un débris, observant avec minutie le livre.

« Mais en attendant, on peut protéger les gens et faire expier leurs crimes. »

« Comment ? On est des criminels aussi, à présent. Et juste des gosses. » Réprimanda t-elle.

« Sans oublier la police ripoux et les tueurs à gages. » Rappela Quinn, s'adossant à un pilier de marbre, les bras croisés.

« Y'aura qu'à se déguiser. Et si on peut contrecarrer l'organisation, on va semer la pagaille dans leurs affaires. »

« Tu veux dire… jouer les superhéros ? Comme à New York ? »

« Oui, Brittany, comme à New York. »

Piquée par le ton condescendant du garçon, elle retroussa les lèvres dans sa direction.

« C'est quoi, toi, déjà ton superpouvoir ? Tu ne devrais pas plutôt rester ici pendant qu'on sort sauver des chats perdus ? » Sam attrapa sa main flottante, dénouant gentiment le poing de la blonde. Réalisant son emportement, elle vola à nouveau hors de portée, mais resta assez près pour toujours pouvoir écouter sans avoir à discuter. Et juste assez loin pour esquiver le regard de Quinn.

Future antennes ou pas, cette histoire d'alien avait bien ses usages, en tout cas.

« Est-ce qu'on a vraiment le choix ? » Soupira Mercedes. A ses côtés, Quinn secoua la tête, jouant du sceptre, tout en évitant les mains baladeuses de Sugar qui semblait attirée par l'objet rutilant comme un papillon à la lumière.

« Alors on fait comme ça. Plutôt crever que de finir comme nos parents. » Affirma le garçon à lunettes, ses yeux bleus froids comme la glace.


Dans la chambre forte des Fabrays, Russell s'était réunis d'urgence avec les Abrams pour former la contre-attaque contre leurs enfants. Assise dans un coin reclus de la pièce, Elsje lorgnait l'assemblée hétéroclite, échangeant des regards avec le couple Motta.

Au rez-de-chaussée, La porte d'entrée céda dans un immense fracas, suivit de pas pressés, se rapprochant avec précipitation vers la chambre secrète.

« Recule, Stacy. » Intima Mr. Jones, faisant face à la porte.

Judy appela son mari, se saisissant de leur grimoire.

La porte du passage explosa dans un nuage de poussière, et Hans Pierce apparut au bout du couloir, sa fureur évidente même à travers le masque recouvrant son visage.

« Où. Est. Ma. Fille !? » Rugit-il, sa main irradiant d'une lumière aussi intense que son courroux.

« On se calme, Hans. » Tenta d'apaiser Clark Evans, sa femme le retenant par les épaules. « On devrait commencer par discuter— »

Ayant perdu l'homme à sa rage, il ne put rien faire contre la lance de lumière nacrée qui l'écrasa contre une étagère.

« OU EST-ELLE ! »

« Vas-y, casse donc encore quelque chose dans ma maison, E.T ! » S'irrita Judy, les mains enveloppées de vapeurs argentées.

« Si tu ne veux pas que je te renvois sur ton fichu Astéroïde, Pierce… » Menaça Russell, accourant auprès de sa femme.

« Assez ! » Interrompit Mr. Abrams, rejoignant tous les occupants de la salle. « Et si nous essayons d'être plus mature que nos enfants ? »

Personne ne répondit et Elsje glissa paresseusement jusqu'à son mari, l'empêchant de s'attaquer aux autres membres de nouveau.

Furibond, il arracha son masque, sa colère en aucun point étanchée.

« Alors, vas-y, explique moi, Mark ! Je m'absente une soirée, et je reçois un appel de ma femme me disant que tous les gosses ont disparu, et que Brittany est au courant pour ses origines et ses pouvoirs ! »

« Vous, au moins, vous saviez, pour elle. » Ne put s'empêcher de faire remarquer Ildo Motta. « Nous, nous venons d'apprendre que Sugar avait le gène mutant, avec toute cette histoire. » Victoria resserra son emprise autour de son verre, puis contre son meilleur jugement, le vida d'une traite.

« Commençons par le commencement. Il y a deux nuits, nos enfants se sont sauvés de leur domicile après avoir assisté au rituel du sang. » Expliqua Diana Abrams d'une voix calme et diplomatique.

Le visage de Hans se détendit d'incrédulité.

« Ils sont au courant pour The Pride ? »

« Oui, mais ils ignorent encore beaucoup. » Rassura Mr. Abrams, les paumes levées dans un geste voulu relaxant.

« Oh, je t'en prie. » Aboya Stacy Jones, le nez pointé vers le plafond. « Ton fils à une copie de l'abstrait. Tout ce que The Pride y entreprend est concilié dedans. »

« Si Elsje ne s'était pas fait prendre son anneau, les enfants n'auraient jamais eu une chance de le décoder ! » Défendit Diana, une main sur l'épaule de son mari.

Le corps de la plantureuse blonde se cabra d'un bref rire incrédule.

« Tu vas vraiment me mettre ça sur le dos ? Admet-le, ton mari à foiré, et c'est loin d'être— »

« Du calme ! » Intima Mrs. Evans, refroidissant les esprits échauffés. « Même avec tout cela en leur possession, ils leur faudra au moins des semaines pour le décoder. On les aura récupérer d'ici là. »

Engageant la femme d'un hochement de tête, Mark Abrams approuva.

« Et même s'ils venaient à récupérer de courts morceaux, je doute qu'ils nous dénonce à la police, ou au média. The Pride à des agents partout. Je ne doute pas que nous allons très vite les récupérer. »

Attrapant la télécommande qui traînait sur la table ronde, sa femme alluma la télé, incitant tout le monde à y prêter attention.

« Comment croyez-vous que nous avons accusés Arthur du crime que nous avons commis ? »

A l'écran, Artie et la jeune fille assassinée partageaient les News, la présentatrice rappelant les événements reconstitués.

« Votre propre fils ? » Balbutia Hans, interloqué.

« Les temps sont durs. On doit faire avec ce que l'on a. On lui a aussi imputé le rapt de la petite Sugar, avec l'aide de Quinn Fabray et de Mercedes Jones. »

Hans se tourna vers l'homme.

« Et ma fille ? On la recherche ? »

« Pour éviter qu'on fasse le lien entre nos six familles, Brittany et Samuel ont été écarté de l'affaire. On les ajoutera à la liste lorsque les choses auront un peu décantés. »

« Mais je ne comprends pas. » Interrompit Mary Evans. « Samuel a les fistigons. C'est une arme très dangereuse, s'il apprend à s'en servir… »

« Ma Mercedes se trimbale bien un vélociraptor génétiquement modifié pour lui obéir, vous croyez que je ne m'inquiète pas ? » Demanda Mrs. Jones rhétoriquement.

« Et ma Lucy ! » S'écria Judy, en proie à la détresse. Son mari posa une de ses énormes mains sur ses frêles épaules. « Mon bébé à le sceptre ! Un instrument qui fait trembler Dormammu lui-même ! »

« Mais ils ne les utiliseront jamais contre nous ! » Tenta de rassurer Hans. « On est leurs parents ! » Devant les regards qu'il reçut, sa phrase prit une tournure interrogative.

« Ils nous ont vu sacrifier une pauvre fille dans la bibliothèque de la maison, Hans, et s'en sont déjà pris à certains d'entre nous. Comme ta fille s'en est prise à sa mère. »

Bouleversé, il se tourna vers sa femme, lui saisissant le biceps, la suppliant du regard. Elsje resta silencieuse, les yeux détournés. Elle préférerait oublier l'agonie dans les yeux de sa fille, et celle qu'elle a ressenti lorsqu'elle ne reconnut que colère et dégoût sur son visage. Elle, une des plus grandes conquérantes Majesdaniennes, réduite à la pathétique affliction des mortels, et ce, par sa propre progéniture !

« Nous ne valons guère plus que de vulgaires criminels à leurs yeux. »

« Mais non ! On est des héros ! » Insista l'homme dans un grand mouvement de bras. « On veut un monde meilleur pour nos enfants ! »

Sa femme se défit de son emprise et lui contint doucement le poignet.

« Il y en au moins un qui le crois. » Elle déposa un morceau de papier chiffonné dans sa paume. « J'ai trouvé cette lettre non signée. Il nous dit qu'il comprend et sera loyal à The Pride. »

« C'est bien beau, mais on ne peut pas se reposer uniquement sur cette taupe, il faut agir. » Admit Clark Evans, remontant ses lunettes sur le sommet de son crâne.

« Vous avez raison. » Confirma Mark Abrams. « Rien n'est plus dangereux que de jeunes idéalistes, et des adolescents en confrontation avec leurs parents. »

Il changea de chaîne, tombant sur une interview de la LPD.

« Qu'ils soient mort de peur ou non, ce sont nos enfants, notre sang coule dans leurs veines, et je peux vous garantir qu'ils sont en train de préparer leur propre plan de bataille, où qu'ils soient. » Assura-t-il aux autres membres.


« Waah, comment t'es trop chou, avec mon bonnet ! »

Montée sur le garrot du vélociraptor, Sugar enfonçait aussi bien qu'elle le pouvait son bonnet sur l'immense tête du reptile.

« Mmmh… » Bourdonna-t-elle, gigotant la bouche de gauche à droite, en pleine réflexion. « Peut-être qu'il te faudrait un bonnet qui aille avec ton nom. J'en ai plein à la maison, si seulement on pouvait y passer, je t'habillerais super classe, tout le monde serait jaloux. »

Dior lui répondit d'un grondement interrogateur.

« Nan, je suis pas sûre que les caleçons de Sam soient une bonne idée. »Intervint l'adolescente, auscultant ses ongles.

Le reptile siffla joyeusement.

« Faudrait voir avec Mercedes. Oh, des tenues complémentaires, ça ce serait top ! »

Sur les escaliers du « salon », Artie se frotta les yeux du bout des doigts, l'abstrait ouvert devant lui.

« Sugar, descend de là, qu'est ce qu'on fait si tu tombes et te blesses ? »

« Jo a dit que Dior était mon ami, comme elle, et que je pouvais lui faire confiance. »

« Ça ne veut pas dire que tu ne peux pas te faire mal. Et arrête de l'appeler comme ça, c'est Mercedes. »

« Mercedes, c'est mon nom d'esclave. » Intercéda l'intéressée, allongée dans le canapé, jouant avec l'une des lampes à huile trouvées un peu plus tôt. Il roula des yeux face à sa déclaration théâtrale. Il savait qu'elle adorait son nom. « Tu veux garder ton nom, c'est cool, mais laisse nous faire ce que l'on veut du notre. Tu l'as dit toi-même, non ? Le but, c'est de ne pas grandir. »

« Je te croyais plus mature que ça. »

« Ouais, moi aussi. » Elle soupira, les yeux rivés au plafond. « On s'amuse tant qu'on peut, hmm ? » Elle roula les yeux, soupirant. « Laisse la tranquille, ce n'est qu'une enfant. »

« Les noms de code, je trouve ça génial ! » Sugar se faufila dans la conversation, glissant le long du cou du dinosaure qui couina de mécontentement. « Ça fait agents secrets ! Plus besoin d'obéir à personne, plus besoin de finir l'école ! »

« C'est ça ! Plus de devoirs ni de profs enquiquineurs ! » Railla à moitié Mercedes.

« Mercedes. » Sermonna Artie. « Sugar dépend de nous maintenant, tu peux pas dire ce genre de trucs ! »

« Oh oui, crois-moi, je suis tellement triste de ruiner l'avenir de la prochaine Paris Hilton. » Elle leva les yeux au ciel, pinçant les lèvres. « Elle a douze ans, Artie. Si on ne lui donne pas de quoi se réjouir, même en prétendant, elle va craquer. »

L'air de la pièce se chargea d'une légère odeur d'ozone, et la lumière des torche se fit plus vive et colorée, annonçant l'arrivée de Brittany.

Ils levèrent la tête juste à temps pour apercevoir la blonde voletant de manière désordonnée, portant nonchalamment Sam sous les bras, tout deux émettant toutes sortes de bruits étranges à l'aide de leur bouche.

« Rainbow Dash et Guppyface au rapport, Monsieur. » Plaisanta la blonde, un sourire Colgate éblouissant littéralement les occupants de la pièce. Sam pressa les lèvres dans une imitation de carpe.

« J'hallucine. » Lâcha simplement Artie, se pinçant l'arête du nez. « D'abord mes parents, ensuite les potes. Tout le monde pète un boulon. »

« Alors, comment est la vue, de là-haut ? » Taquina Mercedes.

« Je me dis que ça vaut le coup que Brittany se retrouve avec des antennes sur les fesses ou des branchies sur les parties intimes si elle peut m'emmener voler comme ça. » S'exclama le garçon, glapissant de surprise lorsque Brittany le lâcha à quelques centimètres du sol, lui tirant la langue.

« Alors ? Ce livre ? Plutôt Hunger Games ou Game of Throne ? » Se renseigna Brittany.

« Y'a une différence entre les deux ? »

« Pour l'instant, c'est beaucoup d'histoire. » Révéla Artie, remontant ses lunettes. « Beaucoup de mentions des Gibborims, des espèces de géants à six orteils. »

Sam, Brittany et Sugar pincèrent le visage dans diverses expressions de scepticisme.

« Tu sais quoi ? » Mercedes, elle même étonnée par son implication, se leva du canapé pour se placer dans le dos du garçon. « Ça me dit quelque chose. Avec Google, ça irait vite, mais ici, l'ADSL, faut pas rêver. »

Artie émit un bruit de gorge, songeur. Il leva finalement la tête pour adresser Sam.

« Toi et Brittany, vous avez planqués le van ? »

« Impec, vieux ! On a échangé la plaque avec celle d'une vieille Honda. »

« Vous avez fait quoi ? »

« Tout le monde cherche un van blanc, même s'ils le trouve, ça permettra de les ralentir encore un moment. »

Surpris, Artie grogna son appréciation.

« Une vraie lumière, ce garçon. » Complimenta Mercedes. Sam lui répondit d'un gonflement de biceps, les mouvements exagérés. Elle roula des yeux, le sourire aux lèvres. « En parlant de lumière, notre Twilight Princess est en baisse de régime. »

« Ouais, Guppy a remarqué aussi. » Mentionna Brittany, caressant la peau de son bras. Elle aimait bien le côté Acic Trip à une rave party mais la lumière irradiante sous sa peau semblait tellement douce et agréable lorsqu'elle était tamisée comme elle l'était à ce moment là. Cela lui rappelait les étranges poissons des fonds marins lors des documentaires d'Animal Planet, le dimanche après-midi, avachie dans le canapé et blottie contre son père-

Son sourire glissa lentement de ses lèvres.

« Le soleil doit t'alimenter en énergie. » Avança Sam, parti sur sa lancée. « Un peu comme Starfire et Astroboy. T'es comme une calculatrice solaire, mais en beaucoup plus gros. »

Brittany souleva son tee shirt près de son visage, dévoilant une plus grande surface de peau fluorescente.

« Range moi ça, tu ne vois pas que t'éblouis tout le monde ? » Plaisanta le garçon. « Quoique, tu peux faire une veilleuse sympa. »

« Tu parles. T'es juste deg' parce que mes abdos sont meilleurs que les tiens. »

« Quoi ? Répètes ça pour voir ? »

Mercedes interrompit leur ridicule compétition, ventre contre ventre, tirant sur la joue de chaque blond.

« Les hormones. » Commenta-t-elle, écœurée.

« Mon sceptre ! »

La voix de Quinn alarma tous les adolescents, qui se redressèrent d'un bond. Dior se lova contre Sugar, l'engloutissant de sa silhouette.

« Quinn ? »

La blonde aux mèches rose déboula dans le salon, sa veste Bombers traînant derrière elle, laissant place à un simple teeshirt sur lequel elle tirait désespérément, les mains palpant le long de son corps, paniquée.

« Il a disparu ! J'étais juste allongée, je le tenais, et il a disparu ! »

« T'as perdu ta canne, Gandalf ? »

« T'es sûre ? Tu sais, c'est tellement grand et encombré ici, j'ai déjà perdu mon bracelet deux fois. » Rassura Brittany, passant le bracelet en question autour de son poignet, récupérant son apparence humaine.

Comme hermétique à toute réponse rationnelle, Quinn saisit la personne la plus proche, Artie, par les épaules, et le secoua, les yeux exorbités.

« Artie ! Y'a un truc qui va pas ! J'ai—j'ai l'impression d'avoir un truc dans l'œil—mon âme… »

« Ça y est, elle craque. » Souffla Sam, horrifié.

« Ce n'était qu'une question de temps. » Confirma Mercedes dans une expression similaire.

« Je sais qu'on s'accorde tous pour dire que Quinn est sortie du four avant la fin de la cuisson, mais même pour elle, c'est pas normal. » S'inquiéta Brittany, attrapant les coudes volants de son amie.

« Quinn, calme-toi. » Essaya de rassurer Artie, criant par-dessus la voix des deux blondes. « Quand ta mère t'a frappé avec le sceptre, il t'a pénétré le corps et s'est volatilisé. Tu as dû le réabsorber dans ton sommeil— »

« Elle a donc un truc étranger qui la titille à l'intérieur du corps. C'est pas rassurant, Artie. » Sermonna Brittany, claquant la langue. Le garçon lui rendit son regard, le contact visuel seulement brisé par les bras volants de Quinn.

« Je ne suis plus si triste que ça de manquer mon soap préféré, avec ces trois-là. » Commenta Mercedes, sur le banc de touche. Sam passa un bras autour de ses épaules, avant de le retirer vivement lorsqu'elle lui pinça la chair tendre située sous le coude.

« Okay, fini les mamours. » Coupa Sugar, formant un « T » avec les mains, signalant un temps mort. « J'ai la dalle. »

« Euh, on a pas vraiment le temps, Sugar. » Expliqua Artie. « On a aucun plan pour sortir et Quinn a un truc dans le bide. »

« Ça en fait au moins une. » Remarqua Sam. « On a rien mangé depuis douze heures, et vous savez que quand je stresse— »

« Tu as faim. » Termina Mercedes, pinçant le ventre du garçon. « Brittany a raison, à passer autant de temps à te goinfrer, tes muscles ne peuvent pas être très imposants. »

Imitant la carpe à la perfection, il siffla, offusqué.

« Si tu avais déjà vu mes abdos de près, tu saurais déjà que c'est faux. Tu pourrais faire la lessive dessus. »

« Mmmh, vas-y, frotte ton linge sur mon ventre et verse du Skip dans mon nombril. Super sexy. » Railla Brittany, faisant pouffer Mercedes.

« En fait, Sugar a peut-être raison. » Fit remarquer Quinn, se tenant l'estomac. « J'ai du mal à différencier les sensations. »

« Je ne suis pas experte, mais y'a quand même une grande différence entre avoir les crocs, et se faire empaler, niveau sensation. » Lui rappela Brittany, les yeux exorbités d'incrédulité.

« Bon alors, on fait quoi ? » Demanda Artie. « On appelle la pizzeria du coin ? Vous savez que si on retire de l'argent ou qu'on paye en carte, on se fera choper direct, et on a genre, que 29 dollars à nous six. »

« On voit que t'as des goûts de luxe, mon frère. » Commenta Sam. « Avec 29 dollars, je te dévalise un Dollarstore. »

« Y'en a un sur la cinquième. » Se rappela Brittany. Devant les regards interrogateurs, elle haussa les épaules. « J'ai l'habitude de les repérer pour se cacher. Les paparazzis ne rentrent jamais dedans, en Californie. »

« Okay. Mercedes, tu restes avec Sugar. » Décida Artie, suscitant une plainte de la plus jeune.

« Pourquoi ? Je veux venir ! De toute façon, je suis une mutante et je suis plus forte que vous tous. Vous pouvez pas me forcer à faire quoique ce soit, comme mon lit ou mes devoirs. »

Désemparé, Artie se tourna vers les autres adolescents, recherchant quelqu'un pour l'appuyer.

Étonnamment, Brittany serra la plus jeune contre elle.

« Justement. Vu que t'es la plus forte, qui c'est qui viendra nous sauver, si on n'a des problèmes ? »

Sugar renvoya ses cheveux en arrière dans un bruit de gorge dédaigneux.

« Moi, évidemment. »

Brittany lui ébouriffa les cheveux.

« Évidemment. C'est pour ça qu'on a besoin de toi ici. On a besoin de notre équipe de secours. »

Sugar renifla, hochant la tête plusieurs fois. Elle finit par rejoindre Mercedes, qui l'enveloppa dans une étreinte.

« Qu'est-ce que vous ferez sans moi. » Bougonna la petite mutante.

Mercedes contint avec maladresse son amusement.

« T'inquiètes. S'ils oublient les Snickers, Dior va s'occuper d'eux. »

Le reptile siffla son accord, arrachant un sourire à la plus jeune.

« Sam, Quinn, trouvez-nous des fringues de rechanges. Il y a des chambres là haut. Brittany, emmène-moi au van, qu'on le prépare. »

Et en quelques secondes, ils s'ébranlèrent tous en action, leur but leur fournissant assez d'énergie pour oublier la précarité de leur situation.


Le trajet jusqu'au van se fit dans un silence inconfortable. Du moins, pour le garçon. Brittany, marchant à l'avant d'un pas résolu, ne se retourna pas une seule fois.

Elle l'ignorait.

Il le savait.

« Ecoute… » Commença-t-il. Ne la voyant pas réagir, il continua. « Je sais que toi et moi, on n'est pas toujours sur la même longueur d'ondes, mais je veux que tu saches— »

« Je m'en fiches. »

Il pila.

« Quoi ? »

La blonde se tourna vers lui, ses lèvres étirées dans un large sourire contrit.

« Je m'en fiche. Quoi que tu aies à dire. » Devant son air ahuri, elle reprit. « Tu es intelligent. Oh, tellement intelligent. » Elle roula des yeux à ces mots. « Bien plus intelligent que qui que ce soit dans ce groupe. Alors oui, écouter la plupart de tes « ordres » me semble être le meilleur choix mais en aucun cas je ne te considère comme le Fred du Scooby-Gang. Ou la Vera. Je suis pas sûre... »

« Je n'ai jamais dit que j'étais— »

« Alors arrête de te comporter comme tel. » La voix habituellement douce et rêveuse de la jeune femme s'était faite tranchante, et il la fixa, interdit. Sans s'en rendre compte, ils avaient arrêté de marcher. Evidemment, le bois était silencieux, mise à part quelques grillons et il réalisa pour la première fois la fraîcheur de la soirée. Il se tassa sur lui même, les mains dans les poches, le portrait parfait de l'abandonné.

« Je ne sais pas pourquoi tu me détestes à ce point, toi qui met toujours un point d'honneur à aimer tout le monde dans le monde des bisounours, mais j'essaye de tous nous sauver la vie, si tu ne l'avais pas encore remarqué. »

« Oh, Artie. Mes parents sont acteurs. Faire semblant, c'est ma seconde nature. » Inflexible, elle se rapprocha, son regard et sa voix tout aussi dur l'un que l'autre. « C'est toi qui l'a dit, notre seule chance de nous en sortir, c'est d'être soudé. Je l'ai compris, même si tu doutes que je puisse comprendre quoi que ce soit. J'essaye de soutenir tout le monde. Je ne suis peut-être pas une grande tacticienne comme toi, mais moi. » Elle enfonça un doigt dans son sternum, la voix tremblante. « Moi, la fille d'alien, je suis plus humaine que toi. » Sa vue se troublant, elle balaya les environs du bras maladroitement. Montrer ses faiblesses à Artie était bien le dernier truc à faire sur sa liste. Juste après 'laisser chanter Chris Brown au comité contre les violences conjugales. « On est des gosses, Artie. Des gosses avec des super pouvoirs et des parents qui sont des monstres ! C'est quoi nos chances de survie ? Hein ? Combien de temps avant qu'ils ne nous attrapent ? C'est pas un de tes jeux ou une partie d'échecs, là, c'est nos vies. Arrête de voir ça comme si tu étais derrière ton écran de pc. » Elle inspira brutalement, et le garçon expira lentement, en synchronisation,ses épaules tombant sous le poids des paroles. Elle reprit plus doucement. « Alors, si tu pouvais arrêter de tous nous mettre la pression, de nous faire sentir si inutile, ce serait déjà tellement mieux. On ne peut pas prendre soin des nôtres si t'es toujours en train de nous souffler dans les bronches. Tu nous rends tous maboules. » Elle ajouta, comme involontairement. « Sauf Quinn, mais elle a pas besoin d'aide pour ça. »

Évitant son regard, elle reprit la marche, essuyant discrètement sous un œil.

« Tu crois que je n'aies pas compris le vrai problème ? »

« Pardon ? »

« Quinn. »

Brittany se figea, avant de toiser le garçon d'un avertissement. Le ton d'Artie avait changé, et elle pouvait sentir la petite bête enragée dans ses tripes se réveiller. Y'a des jours, elle déviserait bien ses jambes au beau milieu de la nuit, juste pour le regarder se traîner toute la journée le lendemain. ça lui ferait les pieds.

Ah.

« C'est Quinn, le problème, n'est ce pas ? Elle t'a dit qu'on s'est embrassés ? »

Un muscle dans la mâchoire de Brittany tressaillit mais elle garda le silence.

« Tu sais, c'est vrai que je ne t'aie jamais vu comme une lumière mais… je ne t'aurais jamais imaginé être une menteuse doublée d'une égoïste. »

Brittany ouvrit la bouche, mais Artie ne lui laissa pas le temps de l'interrompre.

« Tu crois que je ne te vois pas ? » Moqua-t-il, tenant ses mains en coupe devant lui. « Ton visage est aussi facile à lire qu'un livre pour enfant, et malheureusement pour toi, je n'aie pas huit ans. Tu crois que je ne te vois pas, verdir de jalousie dès que je la touche ? Dès qu'elle me sourie ? Tu voudrais la garder pour toi, même dans une situation comme celle-là ? C'est pour ça, que tu te comportes d'une manière aussi puérile alors que nous risquons de mourir ? Tu n'as donc aucune honte ? Depuis que tu as retiré ce bracelet, c'est comme si tu nous révélés ta vraie nature, et ce que je vois n'est pas jolie-»

Leur voix avait gagnés en volume, criant presque au visage de l'autre. Brittany tira le tee-shirt du garçon jusqu'à elle, son expression toujours moins belliqueuse que ses mots.

« N'inverse pas les rôles. C'est toi qui lui retourne l'esprit alors que notre situation est aussi précaire. C'est toi, l'opportuniste. Tu ne l'aurais jamais regardé comme ça, avant. Avant qu'elle ne soit grande, et mince, et « belle » et toutes ces conneries. Mais que tu oses dire ça de moi… moi.» Elle sourit, aussi hospitalière que la banquise. « Tu ne sais pas ce que c'est, toi, hmm ? D'avoir une famille aimante ? D'avoir de véritables amis ? C'est facile de tout sacrifier quand on a rien.» Il la regarda, sidéré, alors que les poings autour de son tee-shirt tremblaient d'émotions. Ils savaient tout le deux qu'il avait raison sur un point : Ses pouvoirs affectés son équilibre émotionnel. Et elle le détestait un petit peu plus d'avoir remarqué ça. « Moi, j'aimais mes parents. J'aimais ma vie. L'école, le cheerleading, mes amis, ma maison… J'ai tout perdu. Tu ne crois pas que c'est autrement dur que de perdre toute ces choses qui te dégoûtes ? Que tu dénigres à longueur de journée ? » Elle le relâcha finalement, et il l'observa en silence. Elle détourna le regard, haletant autant que lui. « C'est pour ça que je te "déteste" Artie. Pas parce que tu es le jouet de la semaine de Quinn. »

Cela sembla lui redonner la parole.

« Ça veut dire quoi, ça ? »

Elle pouvait voir qu'elle l'avait blessé dans sa fierté masculine, et laissa la satisfaction noircir ses mots.

« Tu n'as même pas cherché à garder contact avec elle entre les réunions annuelles. Elle qui passait son temps à craindre de finir seule. » Brittany éclata de rire. « Elle pensait que personne ne voudrait d'elle, telle qu'elle était. Et personne ne lui a jamais dit le contraire. Certainement pas ses parents. Ni ses amis. » Artie se trémoussa, mal à l'aise. La blonde laissa le rire mourir dans sa gorge, tordant sa bouche dans une grimace entendue. « Aujourd'hui, Quinn est tellement désespérée pour un peu d'affection, ce serait dommage de ne pas essayer. Y'a que Sam qu'elle ne toucherait pas. » Elle fronça brièvement les sourcils. « Mais je crois que c'est parce qu'il est gay. »

Artie ne releva pas la dernière remarque. Il observait la blonde comme s'il l'a voyait pour la première fois.

« Je me suis trompé sur ton compte. Je n'avais pas vu les choses sous cet angle là. » Décida-t-il d'avouer, sans aucune autre information. La discussion s'était révélée illuminatrice et bien qu'il pouvait voir d'autres problèmes sous-jacents luire sous le masque, il décida que ce fut assez pour un soir.

Brittany hocha la tête, avant de reprendre la route d'un pas joyeux, comme si leur dispute n'avait jamais eu cours. Elle apprécia tout de même qu'il ne mentionna jamais ses problèmes de sexualités. Elle en avait déjà trop dit sur ses parents et sur la...chose, qui semblait être sortie de sa dormance au creux de son estomac depuis qu'elle a retiré le bracelet.

« Et je me suis montrée plus agressive que je ne le devais. Mais c'est tout ce que je voulais. M'assurer de savoir à qui j'offrais mon amitié. Surtout dans une situation aussi dangereuse. »

« Qu'est ce que tu veux dire ? »

Elle lui sourit.

« Que je ferais n'importe quoi pour les gens que j'aime. » Elle s'interrompit avant qu'elle n'ajoute, d'une voix tellement basse qu'il dû tendre le cou pour l'entendre. « Mais parfois, la personne pour qui tu prendrais une balle est celle qui appuie sur la détente. »

Le reste du chemin se fit en silence.


« Bon, on va pas rester plantés là trois plombes. On rentre ou quoi ? » S'impatienta Sam, devant la vitrine du Dollarstore.

« Avec ces fringues ? Je ne préfère pas. J'ai une autre raison de ne pas vouloir me faire arrêter maintenant. » Riposta Brittany, tirant sur le bonnet rasta et la brassière arc-en-ciel sous son trench-coat.

« On dirait des zonards bobos qui volent dans les séries Z. » Remarqua Quinn, la mine dégoûtée. Elle vissa sa casquette sur ses cheveux. « Y'avait que ça dans le manoir Wayne. »

« Euh, dites… » Ils se tournèrent vers Artie. « Pas que je veux être rabat-joie. » Il fit un signe de tête appuyé vers Brittany qui s'autorisa un bref rictus. « Mais… ça pue le braquage, non ? »

A travers la vitrine, trois silhouettes cagoulées tenaient en joue le vendeur.

« Oh, non, c'est pas vrai ! » Râla Sam, levant les bras au ciel. « Pourquoi ça tombe toujours sur nous ? »

« Sérieux, qui peut bien voler un dollarstore ? » S'insurgea Brittany, une pointe d'offuscation dans la voix.

« Bon, on fait quoi ? » Questionna Quinn à voix haute, l'éclat dans ses yeux verts trahissant un rapide calcul des possibilités.

« On devrait se tirer avant que les flics arrivent. Ils vont régler ça et foutre ces ringards en taule. » Rassura Sam, foudroyant du regard les trois individus dans le petit magasin.

« On est pas censé se battre pour racheter les péchés de nos parents ou un truc de ce genre ? » Lui rappela Brittany, retroussant le nez.

« Oh. » Souffla le garçon. « Ouais, on a qu'à faire ça alors. » Il déglutit avec difficulté et offrit un sourire navré à la blonde. « Désolé, j'ai un problème de mémoire à court terme. »

« Ouais. » Confirma Quinn, le regard tourné de manière presque désintéressé vers la vitrine. « Ça s'appelle l'irresponsabilité. »

« Il n'a pas tort. » Défendit Artie. Se mordillant la lèvre, il pesa le pour et le contre. En remontant ses lunettes sur son nez, il énonça. « Sam n'a même pas ses gants, Brittany n'est pas au max de ses capacités avec la nuit tombée, et je n'ai aucune habilité physique… »

Désinvolte, Quinn se tourna vers Sam, la paume tendue.

« Passe-moi ton couteau, Captain Rogers. »

« Quoi ? »

« Ton couteau. » Répéta-t-elle. Devant l'air ahuri collectif, elle souffla, comme parlant à un groupe d'enfants particulièrement lents. « La dernière fois que j'ai saigné, le sceptre est sorti. Si je reproduis le même schéma, j'ai une chance de pouvoir intervenir. »

« Ça te file même pas un peu les pétoches ? Emo. » Chuchota Sam, en tirant une lame rétractable de son jeans patte d'eph.

« Ça va pas ! » Siffla Artie, levant une main pour s'interposer. « On va pas te saigner juste pour prouver une théorie, tu veux que je mettes ma sonnerie Evanescence en fond, aussi ? »

« Dîtes, les gars… » Murmura Brittany, pointant du doigt la vitrine. « Ce n'est pas que je veux vous presser mais— » Un coup de feu fit sursauter tous les adolescents. « Je crois que les choses sont en train de passer de Miley Cyrus à une belle teinte de Scarlet Witch. »

« Quoi ? »

« Elle calcule avec une échelle des plus gros bordels causés par des célébrités. »

« Mais Scarlet Witch a pas genre, tué tout les Avengers avant de remonter le temps ou changer de dimension ? Et le truc avec Ultron ? Et le génocide mutant ? »

« Si. »

« Oh. »

« Bon, okay. » Concéda Artie. « Vas-y, essaye. »

Repliant son avant-bras vers elle, Quinn s'entailla soigneusement la peau où la chair est la plus épaisse, une mince balafre rouge s'étirant sur la peau rosée.

« Le sang a coulé. » La voix de Quinn devint froide et liquide, comme de l'eau suintant sur la pierre. « Que vive le sceptre. »

Sa poitrine se scinda d'une brève lumière, et lentement, le sceptre émergea de sa cage thoracique.

« Wow. » Elle sourit, hilare. « Ça m'a à peine chatouillé, cette fois. »

« Je verrais plus jamais Alien comme avant. » Se désola Sam, la bouche entrouverte.

Artie le tira lui et Quinn par la manche et les traîna jusqu'à Brittany, formant un cercle.

« Bon, voilà ce qu'on va faire.. »


Derrière le comptoir, la pauvre caissière se tassait contre le mur, un fusil à la main. Ses yeux immenses fixaient le trou béant qui se trouvait il y a encore quelques secondes dans la poitrine fumante du premier braqueur, une montagne de muscles comme un catcheur de la WWE.

« Alors, ma mignonne ? » Tarauda-t-il, un sourire se dessinant sur sa cagoule. « Je parie que tu regrettes ne pas avoir filé le fric plus tôt ! »

« Mais—j'ai tiré à b-bout portant… » Bégaya-t-elle, horrifiée.

La réponse du criminelle fut interrompue par l'explosion de la vitrine, découvrant les silhouettes de quatre adolescents, trois emmitouflés dans des vêtements bien trop grands pour eux et de mauvais goûts.

« Oh, pardon, je suis vraiment désolée. » S'excusa Brittany, voletant autour des débris, les mains tendues vers le verre brisé. « Je voulais juste les aveugler, je ne suis pas une délinquante. »

« A qui tu parles ? » Susurra Sam.

« Google Earth. Les satellites voient tout. Comme Dieu. »

Derrière sa capuche, Artie brandit une barre de métal.

« Mains en l'air ! Vous êtes en état d'arrestation ! »

« T'es sûr que c'est le bon truc à dire ? » Demanda Quinn, les yeux dissimulés derrière sa casquette.

« Ouais, j'ai jamais entendu les Avengers dirent ce genre de choses… » Répudia Sam, Son bandana engloutissant la moitié de son visage.

Artie poussa un long gémissement d'agacement.

« Les Power Pack ! » S'écria l'unique braqueuse, un fusil d'assaut entre ses mains.

« Tirez ! » L'énorme braqueur ouvrit le feu sur les adolescents, pendant que la caissière se jeta derrière le comptoir, hurlant à la lune.

« C'est qui, ça, les Power Packs ? » S'époumona Brittany, accroupie avec les autres derrière une étale, les mains sur la tête, priant pour ne pas être touchée par une balle perdue. A ses côtés, à plat ventre, Artie tourna la tête vers elle.

« Des héros à la retraite ! »

« On va finir en gruyère ! » Beugla Sam, vautré aux côtés des deux autres.

« Le gruyère n'a pas de trou ! » Informa Brittany, récoltant un « rien à foutre ! » du garçon.

« Ça suffit les conneries ! » Cracha Quinn lorsque le feu cessa momentanément. Elle se redressa sur ses jambes et brandit le sceptre dans la direction des trois braqueurs. « Stop ! »

Le sceptre s'illumina brièvement… Avant qu'une volée de Pélicans n'en sorte, semant la zizanie dans le magasin.

Quinn cligna des yeux, abasourdis.

« Ça, c'est nouveau.»

« Quand je vous ai dit qu'elle avait pété un câble. » Insista Sam, se penchant à l'angle de l'étale.

« Des piafs ? Elle invoque des piafs ? » Ânonna Artie, les lunettes glissant de son visage de stupéfaction.

« Moi, je juge pas. » Défendit Brittany, passant la tête au-dessus de celle du blond. « Squirrel-Girl est genre, encore plus forte que Thor et Captain America. Et elle est déguisée en écureuil. »

« Une flopée d'oiseau multicolore… » Dénonça Sam, suspicieux. « J'y vois qu'un signe là-dedans. »

« C'est parce que t'es gay. »

« Je suis pas gay. »

Brittany l'étudia du regard de haut en bas.

« Tu fais de la natation synchronisée. »

« Je ne suis pas GAY ! »

« Rainbow Dash, évacue la caissière, Guppymouth, attrape le plus petit ! »

La voix d'Artie perça l'atmosphère espiègle, et Brittany remarqua finalement le troisième braqueur. Il était plus grand qu'Artie, mais plus petit que Sam. Une carrure étroite et longue, il était resté en retrait tout le long du casse. Songeuse, Brittany ne le quitta pas du regard, saisissant la caissière sous les aisselles et la portant jusque dans la rue.

Sam se rua vers le braqueur, les paumes en avant, le faisant trébucher contre le mur avec l'impact. Il passa la lame de son couteau sur la gorge du garçon, bloquant son torse de son avant-bras.

« Tu vois que c'est pas si mal, les noms de code ! » Taquina-t-il.

Artie l'ignora pour faire face aux deux autres criminels.

« Bon, ne bougez plus ! Agenouillez-vous lentement et rien— »

Il ne put finir sa phrase que la braqueuse sauta sur lui, et d'un coup de pied dans le ventre, l'envoya voler à travers le magasin, sa chute amortit par une pyramide de sac de chips en promotion.

« C'est pas vrai ! » S'écria Quinn, accourant auprès du garçon. « Tu dois avoir une tête à te faire démonter. » Commenta-telle, l'aidant à se relever avec difficulté.

Les deux braqueurs se précipitèrent vers la sortie.

« On se tire ! »

« Mais, et Seb— »

« Tant pis ! »

Et avec ça, ils disparurent dans la rue. Le braqueur restant tendit la main inutilement vers eux, exprimant vocalement son désaccord.

« Hey ! »

Sam resserra son emprise.

« Hey, bouge pas, l'ami. Ne me force pas à te faire du mal. »

« Comme par hasard, on tombe encore sur des mutants, ou je ne sais quoi… » Grogna Artie, se tenant l'estomac. Brittany revint dans le magasin, observant de son point de vue élevé les dégâts causés.

« Tout le monde va bien ? Je viens d'en voir deux détaler comme Lord Tubbington lors de sa visite chez le vétérinaire. » Un des oiseaux vint se poser curieusement sur son bras multicolore, et elle passa son pouce sur les plumes recouvrant sa gorge.

« Ça va. Les braqueurs ont déguerpis, mais on en a gardé un. La caissière est saine et sauve, et rien n'a été volé. » Quinn fit l'inventaire sur ses doigts. « Pour notre première intervention, je trouve ça plutôt pas mal. »

« Mais on dirait que Hulk a chié dans le magasin. »

« Alors, qui sont-ils ? » Demanda la blonde, flottant jusqu'aux deux garçons. Ils se réunirent autour d'eux.

« Mutant, cyborg, ou autre, on va bien voir ! » Sam tira d'un coup sec la cagoule, révélant leur agresseur. Leur rang se resserra dans leur curiosité.

« Oh. »

« Comme tu dis. »

« Non, pas « Oh, je ne m'y attendais pas », mais « oh, il est mignon ». » Reprit Quinn, un petit sourire en coin. Artie Fit la grimace.

« Cool, le Scooby gang. » Rationalisa le garçon dont le sort reposait entre leurs mains. Un garçon, un adolescent, pas plus vieux qu'eux tentait de se défendre. « C'était pas mon idée, d'accord. Mes parents sont des dingues, vous avez bien vu. C'est eux qui veulent qu'on fasse ça, et essayez d'imaginer ce qu'ils me feraient si je refusais ! »

« Ben voyons. » Railla Artie dans un grondement.

« Je sais pas, Mec. » Hésita Sam. « Je veux dire, niveau parents cinglés, on est les meilleurs placés pour comprendre. »

« Ils l'ont abandonné ici dès qu'ils ont pu. » Remarqua Quinn, regardant l'entrée du magasin.

« Il ressemble à un clone raté d'un prince charmant qui s'est fait rejeté à une audition d'une reality TV Disney. »

Ils tournèrent tous la tête vers Brittany, et l'adolescent froissa son visage d'une expression mi- vexée, mi- confuse.

« Quoi ? » Elle haussa les épaules, le regard réprobateur. « Je vivais à Hollywood. Je connais ce genre de tête. »

« D'une manière, je vous remercie. Je n'avais aucun moyen d'échapper à ces malades. Un mal pour un bien, mmh ? » Ironisa-t-il, amère, déglutissant avec difficulté contre la lame appliquée contre sa chair.

« Okay, l'ami. » Décida Artie. Échangeant un dernier coup d'œil avec les trois autres adolescents, il acquiesça. « On te croit. Commence donc par nous dire ton nom et ensuite, on avisera. »

Le garçon se redressa de toute sa hauteur, démontrant pour la première fois une note d'arrogance dans ses traits. Il tendit la main à Artie avec un sourire envoûtant.

« Sebastian. »