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Balinor se rendit dans la salle du conseil accompagné de Gaius, pour mettre au point un plan pour capturer le dragon.
« Balinor, vous voilà. Nous pouvons donc commencer » dit Uther en s'asseyant sur son siège.
Balinor prit la parole.
« Il me semble que l'entrée de la grotte se trouve justement derrière la clairière n'est-ce pas ? »
« Oui. Les forgerons ont déjà construit une chaine et l'ont solidement ancrée dans la roche» dit Uther.
« Donc je vais appeler le dragon à l'entrée de la grotte et il faudrait quelques chevaliers afin de lui enserrer la chaine au pied du dragon.» dit Balinor, tandis que la nausée commençait à le gagner.
« D'accord et ils auront eux-mêmes des armes pour venir à bout du dragon si il se défend » dit Uther.
« Pas la peine de feu ni d'armes. Un dragon est obligé de m'obéir, quelle que soit ma requête. »
« Bien. Dans ces cas là la grotte est prête. Vous pourrez le convoquer quand vous voulez » dit Uther.
Le moment tant attendu arriva.
Balinor se positionna dans la grotte, accompagné de dix chevaliers portant la chaine et récita sa formule.
« Oh dracan ! Acyþan dryhten miht gecuman to ic beon to ic gebod ! »
Balinor attendit quelques minutes quand enfin le dragon arriva dans la grotte. Il se posa devant Balinor et il n'eut même pas eu le temps de réagir que les chevaliers avait attaché le dragon. Le dragon se mit à gronder et envoya des flammes sur les chevaliers qui furent tous décimés, brûlés vifs. Une fois Balinor et le dragon seuls, il ne pût s'empêcher de le blâmer.
« Ainsi tu m'as convoqué pour me faire emprisonner ? » dit calmement le dragon.
« Que t'a promis Uther pour que tu renies ainsi tes valeurs de seigneur des dragons ? »
« Comment t'appelles-tu ? » dit Balinor.
« Je m'appelle Kilgharra. » dit le dragon.
Balinor s'inclina devant le dragon.
« Uther m'a promis que je serai libre de toute poursuite contre moi. Je l'ai fait par amour pour une femme. Je ne veux pas seulement être esclave de mes dons. Je veux aussi vivre ma vie d'homme. »
« Soit» dit le dragon.
« Tu veux sacrifier une partie de toi pour que l'autre partie puisse vivre. Mais attention à toi dragonnier. L'âme d'Uther est corrompue par la haine de la magie. Et tu risques de t'en mordre les doigts. »
« Mais je reviendrai » dit Balinor.
« Lorsque Arthur sera roi, je promets de venir te libérer de ces entrailles pour que tu puisses enfin vive libre ».
« Tu parles de la prophétie » dit le dragon.
« Fais attention, le chemin d'Arthur sera semé d'embûches. Il faut que la seconde partie de la prophétie soit accomplie avant. »
Balinor demanda intrigué « Que veux-tu dire ? »
« Arthur est le roi présent et à venir qui unifiera les terres d'Albion. Mais il sera confronté à de nombreux ennemis. Il ne réussira qu'avec le soutien du plus grand sorcier de tous les temps, celui qui réussira à faire revenir la magie dans ce royaume et qui unira les deux univers pour créer Albion. »
Balinor resta interloqué face à cette révélation.
« Et quel est le nom de ce sorcier ? » lui demanda-t-il ?
« Je ne peux le dire. La prophétie ne se mettra en place que lorsque le sorcier sera né. Pas avant. Seules quelques personnes magiques connaissent son nom pour qu'il puisse venir au monde. La révélation de la prophétie ne doit pas avoir lieu avant sa naissance car cet enfant naitra de la magie et la magie naitra de lui. Il sera lui-même la source de la magie. »
Balinor se sentit faible d'un coup, il se mit à genoux.
« Grands dieux mais quand naitra-t-il ? »
« Il est sur le point de naitre. Il a été créé de la magie juste après la naissance d'Arthur. »
« Alors, c'est Arthur qui a fait naitre cette nouvelle source de magie ? » sourit Balinor.
« Mais, qui sera sa mère ? Comment naitra-t-il ? »
« Sa mère est une femme au cœur pur qui vit non loin de là, dans le village…. ».
Le dragon n'eut pas eu le temps de finir sa phrase qu'Uther fit son apparition pour contempler son œuvre.
« Bien, bien, bien » dit Uther en souriant à Balinor.
« Je vois que vous avez rempli votre tâche ».
A cet instant, le dragon déploya ses ailes comme si il allait attaquer, mais Balinor l'en empêcha.
« Pas maintenant Kilgharra. Sinon tout ce dont tu viens de me parler n'aura plus de sens et plus d'avenir ».
Le dragon se calma de suite.
« De quoi parlez-vous ? » dit Uther en dévisageant Balinor.
« De choses que seul un dragon peut dire à son dragonnier » dit Balinor en jetant un regard froid à Uther, tellement froid qu'il n'osait pas dire une parole de plus.
« Balinor, suivez-moi, je dois remplir ma part du contrat maintenant ».
Et ils partirent tout les deux laissant le dragon seul hurler sa frustration et sa colère.
Balinor retourna aux appartements de Gaius encore sous le choc de l'acte qu'il avait commis plus la révélation de la prophétie.
« Est-ce que tu as fait ce que tu devais faire ? » interrogea Gaius.
« Oui, le dragon a été capturé et enchainé » dit tristement Balinor.
« Je vais rassembler mes affaires, signer le contrat de Uther et m'en aller retrouver Hunith et oublier cette histoire ».
« Bien » dit simplement Gaius.
« Je viens avec toi afin de témoigner de votre accord ».
Une fois que Balinor eut rassemblé ses affaires, ils se rendirent à la salle du conseil où l'attendait Uther et ses conseillers.
« Ah ! Vous voilà enfin ! » dit Uther lorsqu'il vit entrer Balinor et Gaius.
« Oui, Sire » dit Balinor.
« Maintenant, donnez-moi un ordre écrit qui stipule que vous me laissez libre de mes actes et je m'en vais. »
Uther se tourna vers sa chaise, s'assit et dit d'une voix tout à fait calme
« Mais moi je ne marchande pas avec un sorcier. Vous m'avez aidé à capturer le dragon, votre tâche est finie, mais la mienne ne s'arrête pas là. Mon devoir est d'éradiquer tout ce qui ressemble de près ou de loin à la magie et vous y êtes trop proche. Gardes ! Mettez-le au cachot ! Et demain vous serez exécuté et brûlé pour avoir usé de sorcellerie. »
Balinor regarda Uther, puis Gaius, puis à nouveau Uther.
« Vous êtes un traitre ! Vous m'avez dit que j'aurais la vie sauve si je vous aidais, et vous m'envoyez au bûcher ?! Mais regardez-vous ! C'est vous que l'on devrait brûler ! Si j'avais su je n'aurais pas arrêté le dragon ! Vous seriez mort ! » dit Balinor en se débattant entre les gardes.
« Allez en enfer Uther Pendragon ! » sur ces mots les gardes emmenèrent Balinor au cachot.
Pendant ce temps Gaius contemplait la scène, dépassé par les évènements. Il avait fait confiance au roi, il lui avait amené Balinor en se félicitant qu'au moins un de ses amis puisse vivre en sécurité. Gaius s'approcha du roi. On pouvait lire dans son regard la déception.
« Sire, pourquoi ? » la simple question de Gaius fit sursauter Uther, qui ne s'y attendait as du tout.
Il se mit à lire des papiers officiels sur la table.
« Balinor est un sorcier qu'on le veuille ou non. Donc il sera puni comme les autres » dit Uther en évitant de regarder Gaius.
« Je vous ai fait confiance, j'ai été cherché Balinor, je l'ai persuadé de venir car je croyais en vous » dit Gaius en s'asseyant à côté de Uther.
« Vous avez trahi ma confiance, je vous ai amené un ami parce que je croyais que vous étiez loyal, mais je me suis trompé. J'ai été trompé ».
Uther s'arrêta de faire ce qu'il faisait et regarda Gaius
« Mais vous savez bien que la seule raison pour laquelle vous êtes encore en vie c'est parce que vous m'apportez régulièrement des informations » dit Uther ironique.
« Mais si vous n'êtes pas d'accord avec ça, il y a de la place pour deux sur le bûcher ».
Gaius s'inclina devant le roi, les larmes aux yeux. Il s'était trahi lui-même en acceptant le marché qu'Uther lui avait proposé. Mais là, il n'acceptait pas cette situation. Il se retira de la salle du conseil, laissant Uther et son sourire vainqueur. Il fallait qu'il le délivre. Il ne pouvait pas rester là et regarder Balinor brûler.
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A Ealdor, Hunith faisait toujours ces mêmes rêves, d'un vieil homme qui lui parlait d'une prophétie où son enfant y avait un rôle à jouer. Mais elle était tellement heureuse de son « petit miracle » comme elle l'appelait. Seule ombre au tableau, Balinor n'était pas là, il ne savait pas et il lui manquait terriblement. Elle voulait en parler avec lui, de ses rêves, de cette prophétie mais elle ne pouvait pas, et elle avait un mauvais pressentiment. Le sentiment qu'elle devrait élever cet enfant seule.
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La nuit était tombée sur le château. Gaius avait en tête de libérer Balinor. Il ne pouvait se résigner à fermer les yeux. Pas cette fois. Donc il alla dans la chambre d'Uther, vola la clé des cachots. Il l'a mis dans sa poche au moment où Uther rentrait.
« Que faites-vous ici Gaius ? » demanda-t-il méfiant.
« Je voulais m'excuser Sire pour ce que je vous ai dit. Et j'aimerais dîner avec vous pour que l'on puisse discuter des prochaines arrestations » dit Gaius avec une idée derrière la tête.
« Parfait Gaius, faisons cela. Rendez-vous ce soir au dîner alors ».
Gaius s'inclina et sortit. Il alla directement aux cachots prétextant vouloir donner un remède au prisonnier.
« Gaius, qu'est-ce que tu fais là traitre ! » hurla Balinor.
« Chuuut calme-toi veux-tu, le roi a également abusé de ma confiance, et tu ne peux pas savoir combien je m'en veux. » dit Gaius en baissant la tête.
« Et tu es un ami, je ne peux pas rester là sans rien faire. Pas cette fois ».
Il tendit les clés du cachot.
« Tiens, voilà les clés pour t'échapper. Je ne peux pas me permettre que l'on m'accuse de t'avoir libéré, car je dois rester proche du roi pour pouvoir contrôler ce qui se passe. Alors j'ai dit au roi que je dînerai avec lui, et là tu t'échapperas d'accord ? »
Balinor se retourna et fit le tour de sa cellule.
« Donc ça veut dire que je devrai vivre en reclus, mais franchement à quoi ça m'a servi ? » hurla presque Balinor.
« Je sais » dit Gaius. « Mais tu seras encore en vie »
« Et Hunith ? Je ne peux pas retourner la voir, sinon ils risquent de s'en prendre à elle » dit tristement Balinor.
« Je vais m'occuper d'elle Balinor. Je vais la mettre au courant de tout ce qui s'est passé et lui expliquer que tu reviendras pas par ma faute ».
Balinor appuya sa tête sur les barreaux.
« Je suis désolé Balinor ». dit Gaius en secouant la tête.
« Ce n'est rien Gaius, je savais que le bonheur n'était pas pour moi de toute façon » dit Balinor abattu.
« Prend soin d'elle d'accord ? »
« Je n'y manquerai pas » soupira Gaius
« Adieu mon ami ».
Puis Gaius disparut avant que les gardes ne trouvent sa visite trop longue.
Balinor attendit que les gardes baissent leur vigilance, il en profita pour utiliser la clé, ouvrit la porte, et sortit en courant. Les gardes repèrent Balinor et commencèrent à lui courir après, alors il lança un sort qui fit basculer les gardes en arrière pour les assommer. Il arriva dans les sous sols du château. Il trouva la porte donnant sur l'extérieur, la fit sauter d'un regard. Il était dehors lorsqu'il entendit le tocsin sonner. Il courut vers la forêt pour profiter de sa noirceur.
Le tocsin retentissait dans la ville, des gardes firent irruption dans la salle à manger où étaient installés Uther et Gaius en train de manger.
« Sire, le prisonnier s'est échappé ! »
Uther envoya valser son verre de rage
« Cherchez partout ! Il faut le retrouver ! Vite ! » Hurla-t-il après les gardes.
Uther regarda alors Gaius
« Vous n'avez rien à voir là dedans n'est-ce pas ? »
Gaius fit l'étonné.
« Mais non Sire, je suis là avec vous, et puis Balinor est un sorcier, il a pu très bien s'échapper par lui-même hors de cette cellule».
Uther se rassit.
« Bien. J'espère qu'on le retrouvera. Je veux le voir brûler Gaius. »
Gaius se leva, s'inclina et se retira, une boule de colère à l'estomac.
Balinor s'enfuit en courant loin, très loin de Camelot pour ne plus jamais y revenir. Il marcha toute la nuit à travers les forêts de Camelot. Il arriva enfin aux frontières des royaumes de Camelot et de Cendred. Les larmes aux yeux, il ne se retourna pas et continua son chemin, maudissant Uther de lui avoir arraché sa dignité, sa vie, son amour. Le soleil était déjà haut dans le ciel quand il trouva une grotte au milieu du royaume de Cendred. Il s'y installa, bien décidé à ne plus avoir de relation quelle qu'elle soit avec un autre être humain. La nature lui suffisait amplement. Et il fit une croix sur l'amour de sa vie, sans savoir qu'une vie grandissait en elle, sans savoir que c'était elle, la mère du futur grand sorcier de la prophétie.
