Chapitre 4 : à la chance !

- bonsoir, dit Olivia en s'approchant de la table de maître Barba.

Elle avait été mise pour deux et il y avait deux verres de vins qui se faisaient face sur cette dernière mais ni le sergent Benson, ni l'inspecteur Rollins ne firent le moindre commentaire.

- comment vous m'avez trouvé ?
- nous sommes enquêtrices, répondit Olivia avec jeu. On a pas trouvé de victimes femmes.
- on en a trouvé une qui a presque invité Lopez à lui voler son sac mais il n'a rien fait, précisa Amanda.
- c'est moi ou vous avez l'air déçues toutes les deux ?
- ce n'est pas vous qui cherchiez de nouvelles charges contre lui pour gonfler sa peine ? L'interrogea le sergent Benson.
- et vous venez de m'en offrir une.
- pourquoi ça ? Demanda l'inspecteur Rollins, piquée dans sa curiosité.
- Lopez a ignoré une femme qu'il aurait pu voler ?
- oui, répondit aussitôt le sergent Benson.
- il ne s'en prend qu'aux homos.
- on s'en doutait déjà non ? Ironisa Olivia.
- oui mais maintenant on en est sûr ! Maintenant on peut le prouver ! Je vais le poursuivre pour crime de haine.
- vous allez faire quoi ? S'étonna Amanda.
- je vais l'accuser de crime de haine et sa peine va grimper en flèche et il ira en prison pour des années.

Une fois leur brève conversation terminée avec le substitut du procureur, les deux femmes marchaient à présent côte à côte pour rejoindre leur voiture sur le parking du restaurant.

- c'était pas maître Bauer près du bar ?
- si, c'était elle, répondit laconiquement Olivia.
- tu penses que tous les deux…
- je pense surtout que c'est pas nos oignons.


Quand Aimee rejoignit finalement Rafael à table à peine quelques minutes après le départ du sergent Benson et de l'inspecteur Rollins, ce dernier avait l'œil qui frisait.

- fini de jouer à cache-cache ?
- je ne me cach…

Lorsque le substitut du procureur lui fit les gros yeux, elle abdiqua.

- ok, je me cachais mais je ne voudrais pas qu'elles pensent que vous pactisez avec l'ennemie.
- une tendre, indépendante et magnifique ennemie.

Un grand sourire flatté s'afficha sur son visage, elle prit alors son verre de vin en main et le leva devant elle.

- à votre victoire !
- à la chance ! Répondit Rafael, en entrechoquant son verre contre le sien.


Leur dîner s'était déroulé encore mieux que maître Bauer ne l'aurait imaginé, non seulement ils n'avaient pas été interrompus, à part lors de cette brève visite du sergent Benson et de l'inspecteur Rollins en tout début de soirée, mais Rafael avait également proposé de la raccompagner chez elle, une invitation qu'elle s'était bien sûr empressée d'accepter avec un plaisir non dissimulé.

- j'aurais tellement voulu que ça se passe autrement, lui confia maître Barba avec sincérité.
- et moi dont, renchérit Aimee sur le même ton. J'ai eu beau me repasser le film de cette maudite journée dans ma tête une bonne centaine de fois, j'ignore toujours à quel moment tout a basculé, ce qui a fait que tout s'est mis à dérailler dans son esprit. Je crois que je ne comprendrai jamais vraiment ce qui s'est passé, je dois me faire une raison.
- vous lui avez rendu visite ?
- plusieurs fois, mais l'hôpital lui donne tellement de médicaments pour éviter qu'il s'en prenne à autrui ou encore à lui-même que la plupart du temps, il n'a même pas conscience de ce qu'il entoure.
- je suis sûr que d'une manière ou d'une autre, il sait que sa petite sœur sera toujours là pour lui, peut-être pas comme vous le voudriez, mais il le sait.

Touchée par les propos de son interlocuteur, Aimee se mit à acquiescer, elle espérait de tout cœur au fond d'elle que cette jolie théorie soit vraie.

- voilà c'est là.

La jeune avocate s'arrêta de marcher une fois arrivée devant l'entrée de son immeuble, imité aussitôt par le substitut du procureur.

- j'ai passé une excellente soirée.
- moi aussi. Leurs sushis sont vraiment délicieux.
- c'est vrai, confirma-t-elle dans un sourire. Les meilleurs de New York.

Un léger blanc s'installa entre eux, maître Bauer retenait son souffle, elle se demandait s'il était aussi nerveux qu'elle à cet instant.

- bonne nuit, Aimee.

Alors qu'elle le devançait d'une marche sur l'escalier, il déposa un doux baiser sur sa joue avant de la fixer de ses grand yeux verts, c'est le moment qu'elle choisit pour approcher son visage du sien, lentement, très lentement, comme au ralenti, il ne recula pas d'un centimètre alors qu'elle venait enfin chercher ses lèvres avec gourmandise.
S'abandonnant au savoir-faire du substitut du procureur, ses mains se trouvaient maintenant sur les épaules de ce dernier qui se tenait lui-même d'une main lâche à la rampe d'escalier.

- bonne nuit, Rafael.

Se souriant avec timidité, l'intéressé répondit au petit signe de la main qu'elle lui adressa tout en s'éloignant. Le regard comme aimanté, il ne put se résoudre à la quitter des yeux avant qu'elle ne referme totalement la porte de l'entrée derrière elle.


« Joel Gates est un critique social et un satiriste, son humour reste sujet à controverse, provocateur, et il est protégé par la liberté d'expression. »

- mon dieu, souffla Aimee, la tête enfouie entre ses deux mains.

Confortablement installée sur le canapé de Rafael, elle regardait avec horreur un extrait de son interview télévisé qui passait par bribes au journal du soir sur une chaîne nationale alors que maître Barba leur préparait deux verres de scotch dans la cuisine en secouant la tête d'un air amusé, elle était vraiment trop dure envers elle-même.

- non mais regarde-moi cette tête, j'ai les yeux et le nez rougis par le froid et tu ne trouves pas que mon bonnet est légèrement de travers ?

Elle relevait maintenant la tête vers son interlocuteur et acceptait dans la foulée le verre qu'il lui tendit avec sa main gauche.

- tu es splendide.

Il déposa un furtif baiser sur son nez avant de prendre place à ses côtés, un autre verre de scotch dans la main droite.

- tu dis toujours ça.
- parce que tu l'es toujours.

Un sourire à la fois flatté et timide s'afficha sur son visage, elle ne savait plus quoi dire et sirota une gorgée de son verre de scotch pour se donner une contenance.

« Avec notre nouveau maire politiquement correct, le procureur et la police de New York cherchent à nous ramener à l'âge d'or de la censure. »

- c'était vraiment nécessaire ?
- j'ai parlé du procureur, pas de son substitut, se défendit-elle avec jeu.
- il ne cherche pas à tout prix à faire tomber une célébrité, argumenta-t-il avec sérieux. Il n'est pas comme ça.
- de toute façon, ça n'arrivera pas.
- je ne poursuivrais pas si je pensais qu'on courait à l'échec.
- je t'en prie, pas de plainte immédiate, des souvenirs vagues, elle est restée toute la nuit, elle a réalisé qu'elle s'était faite violée juste quand il s'est moqué d'elle, tu ne crois pas sérieusement que tu as une chance de gagner cette affaire ?
- avec ma cravate et mes bretelles porte-bonheur ? Plutôt deux fois qu'une !


Une fois à la barre, la victime reconnaissait qu'au début elle était consentante mais ensuite tout tournait autour d'elle, qu'elle avait dû s'évanouir et quand elle reprit enfin connaissance, Joel Gates était entrain de la sodomiser, ça lui faisait mal, elle disait non, elle pleurait mais il ne l'a pas écoutée, il a continué de faire ce qu'il voulait. Étant trop saoule pour pouvoir rentrer, elle a dormi par terre dans sa salle de bain.

- merci, dit le substitut du procureur. Le témoin est à vous, maître.

Il alla s'asseoir et maître Bauer prit le relais, elle lui demanda si elle était une groupie, la victime répondit qu'elle était une fan et reconnaissait qu'elle était flattée qu'il s'intéresse à elle.

- vous avez bu avec lui, vous avez appelé le room service, vous vous êtes allongée sur le lit, vous comprenez pourquoi il a eu l'impression que vous vouliez coucher avec lui ?
- je n'appelle pas ça coucher. Je n'aurais jamais accepté de faire ça. Par derrière ! Ce n'était certainement pas ce que je voulais ! Vous n'avez qu'à vérifier mes examens médicaux : il y a eu pénétration anale forcée avec bleus, déchirure et tuméfactions ! Lâcha-t-elle, en ayant tout mémorisé par cœur.

Joel Gates n'en menait pas large sur le banc des accusés, il fallait absolument qu'il change de stratégie et il avait prévu le plan parfait pour ça.


- je suis là, annonça maître Barba en poussant la porte d'une des salles du commissariat. C'est quoi l'urgence ?
- on a quelque chose à vous montrer, répondit le sergent Benson d'un air gêné.

D'un simple geste du menton, elle fit signe à l'inspecteur Rollins de lancer la vidéo sur l'ordinateur portable qui se trouvait sur la table juste en face d'elle. Maître Barba était le seul à rester debout derrière la chaise d'Amanda, les inspecteurs Tutuola et Carisi ainsi que le sergent Benson étaient quant à eux tous assis autour de cette même table.

« Ici Joel Gates et voici le vidéoblog de ma persécution, aujourd'hui Aimee, oups je voulais dire maître Bauer, ma chère avocate a été carrément minable à l'audience, en dessous de tout, plus nulle tu meurs oh si seulement le jury l'avait vu quelques heures plus tôt entrain de jouer au docteur avec le substitut du procureur, il comprendrait son manque de motivation.»

Dans son élan, Joel montra plusieurs photos à la caméra, des clichés d'Aimee et Rafael sur un balcon, ils étaient tous les deux pieds nus, lui les deux mains appuyés sur la rambarde, il était en bermuda et sweat-shirt, elle avec un mug en main, elle arborait un chignon et était simplement vêtue d'une longue chemise saumon bien trop grande pour elle et qui devait sûrement appartenir à son homme. Sur la première photo, Aimee avait la tête nichée sur l'épaule de Rafael, sur la seconde, il embrassait tendrement son front en retour et enfin, sur la troisième, ils échangeaient un baiser à pleine bouche.

« Vous savez de quoi on pourrait l'accuser ? De conflit d'intérêt, et oui ! Haha ! »

La vidéo s'arrêta enfin, un blanc s'installa dans la salle, maître Barba affichait une mine renfrognée, il était tellement en colère et perturbé à la fois qu'il ne savait plus par où commencer et avait du mal à reprendre ses esprits.

- comment… comment vous avez obtenu cette vidéo ? Demanda-t-il, d'une voix métallique.
- une alerte Google Joel Gates, avoua Sonny.
- le juge ne déclara jamais cette vidéo recevable, affirma Amanda.
- c'est trop tard, c'est déjà sur Internet, rétorqua Olivia.
- y a un truc que je pige pas, avoua Fin, il ne pouvait pas se contenter de révoquer Bauer ?
- bien sûr que si. Il voulait sa petite vengeance personnelle. A moins qu'elle ne l'ait pas mis au courant et dans ce cas là, la loi est très stricte et ne fait pas de cadeau à ce sujet, maître Bauer pourrait être poursuivie pour faute professionnelle.
- ne rêvez pas trop, Carisi, le recadra immédiatement Rafael d'un ton franchement agacé. Il a été mis au courant parce que c'est la loi et il a accepté d'être son client en toute connaissance de cause, j'aimerais juste savoir pourquoi il fait marche arrière tout à coup.
- depuis combien de temps ça dure ? Demanda Olivia avec calme.
- je vous demande pardon ?

Rafael haussa un sourcil, comment osait-elle lui poser une question aussi personnelle ? Il n'en revenait pas.

- on a besoin de savoir depuis quand il prépare son coup, c'est primordial pour l'enquête, se justifia-t-elle aussitôt.

Elle avait raison sur toute la ligne, maintenant que sa relation avec Aimee était sous le feu des projecteurs, il ne pouvait plus revenir en arrière, c'était trop tard.

- bientôt trois semaines.
- bien. Épluchez tous les comptes bancaires de Gates, fouillez partout où vous pourrez, je veux savoir qui il a engagé pour faire le sale boulot à sa place et surtout quand.

Ni une, ni deux, les hommes du sergent Benson quittèrent tous la pièce, elle se retrouvait à présent seule avec maître Barba qui ne s'était toujours pas assis, il était bien trop nerveux pour ça, il préférait faire les cent pas, ça l'aidait à retrouver son calme petit à petit.

- Gates se sent poussé dans ses retranchements, il ne renoncera pas à avoir recours à toutes les méthodes, le prévint Olivia, même les plus pitoyables.
- il est au pied du mur, confirma Rafael, mais il a choisi de s'attaquer aux mauvaises personnes et il va le regretter, ça je peux vous l'assurer.

Il était déterminé à faire payer cet enfoiré et il allait travailler jour et nuit pour ça désormais.


Quand Aimee vit le nom de Rafael s'afficher sur son téléphone portable, elle s'empressa de décrocher.

- hey, j'imagine que tu appelles au sujet de la vidéo.
- j'imagine que tu l'as vue.
- tu imagines bien. Moi qui pensais ne pas être faite pour les procès médiatiques. Maintenant, j'en ai la confirmation.
- je suis désolé qu'on t'ait écartée de ce dossier... à cause de moi.
- pas moi. Ça me rend juste malade que Gates se serve de notre relation pour gagner du temps et demander l'ajournement du procès. J'ai été stupide de croire qu'il s'en ficherait et ne dirait rien à la presse. Mais ça ne se reproduira plus.
- qu'est-ce que tu veux dire ?
- je vais prendre mes distances par rapport aux affaires de crimes sexuels. J'en ai fait le tour, je crois.
- Aimee, tu n'as pas à faire ça.
- si, Rafael, ce sera plus simple pour tout le monde.
- ça l'est déjà, il te suffit de faire signer une clause à tes futurs clients et le tour est joué.
- effectivement, je pourrais procéder ainsi mais je ne veux pas de ce genre de rapport entre nous, ça ne servira pas à instaurer un climat de confiance et j'en ai besoin quand je les défends.
- je comprends.
- tant mieux, parce que j'ai une affaire de plagiat qui vient de m'être confié et je dois me mettre au travail au plus vite.
- on se voit toujours ce soir ?
- bien sûr. J'ai hâte d'y être.
- moi aussi.
- à ce soir alors, dit-elle avant de raccrocher.


Prochainement dans ALC : une dispute éclate entre Rafael et Aimee au sujet d'une offre d'emploi faite à la jeune avocate.