Hum... oui je suis encore en vie. Voilà. Je projetais de finir cette fiction, puis de la publier, mais je bloque alors je cherche un peu de motivation... Voici le chapitre 3. A vrai dire, il m'a fallu énormément de temps parce que je cherchais à éviter tous les clichés des Jily. Sauf que voilà. Il y en a bien trop pour tous les éviter alors j'ai fait ce que j'ai pu. Merci de votre compréhension.


CHAPITRE III

« Ça s'est passé un soir où je revenais de Sainte Mangouste, commença à conter Marlène. Je venais tout juste d'apprendre que ma maladie s'était aggravée. J'étais déprimée alors j'ai voulu aller dans un bar pour me changer les idées. »

On lui avait diagnostiqué quelques mois plus tôt une maladie incurable qui progressait rapidement et qui, à terme, pourrait lui coûter sa fertilité. Marlène le vivait très mal, elle qui avait un instinct maternel très développé et qui avait toujours rêvé de fonder une famille, une grande famille très nombreuse.

« Donc j'ai fini dans un bar, un samedi soir. Il était complètement bondé et je me suis ennuyée rapidement, alors je me suis dirigée vers le comptoir pour me saouler. La musique était trop forte et me perforait les tympans. J'ai beaucoup bu. Pas assez pour n'en avoir aucun souvenir le lendemain mais suffisamment pour être complètement désinhibée. »

Marlène rougit, honteuse, semblant se remémorer la suite de la soirée. Elle respira profondément et reprit son récit.

« J'ai reposé mon verre violemment, il a même failli se briser. Même sous l'emprise de l'alcool, la musique m'irritait. Et puis il y avait une abominable odeur de sueur, la chaleur était suffocante… bref, je me suis levée et j'ai cherché un homme pour m'occuper. Me regarde pas comme ça Lily ! J'étais saoule ! tenta-t-elle de se justifier devant l'air ahuri de son amie. Et là, entouré de greluches, j'ai vu un très beau spécimen. Je te jure que je ne l'avais pas reconnu ! En fait je ne voyais pas très net à cause de l'alcool. J'ai foncé dans le tas, lui ai sauté dessus et l'ai embrassé. Il n'a pas répondu au début, et puis il a commencé à m'embrasser aussi. C'est étonnant qu'il l'ait fait, n'est-ce pas ? Quand on y réfléchit, je suis bien trop moche pour lui.

- Ne dis pas ça Marlène ! », la détrompa Lily avec conviction.

Marlène n'était assurément pas la plus belle femme qu'eût connue Lily. Elle était quelconque. Elle était petite avec des formes, elle avait la peau blanche, les cheveux bruns foncés et les yeux marron. Elle n'avait pas les cheveux flamboyants de Lily, ni les traits fins de Dorcas, mais elle avait son charme. Et quoi qu'elle en pensât, elle était loin d'être laide.

« Tais-toi Lily ! exigea Marlène avec un petit sourire. Je ne fais clairement pas le poids contre toutes les bombes avec qui il sortait habituellement. Si je n'étais pas allée le voir, il ne serait jamais venu me draguer, tu peux en être certaine. Jusqu'à ce que j'arrive, il avait visiblement une préférence pour une grande blonde fine comme une baguette magique ! Enfin bref, quand j'ai réalisé ce que je faisais, je me suis détachée de lui et je suis partie précipitamment. Je ne suis pas retournée dans un bar de toute la semaine, à cause du travail, tout ça… mais je suis revenue le samedi suivant. Dans un autre bar. Je suis allée au comptoir et j'ai commandé un cocktail…

- Brise d'automne, avec des pommes, du gingembre et de l'hydromel, récita Lily avec un sourire entendu.

- Exactement, acquiesça Marlène. Je n'avais bu qu'une seule gorgée quand j'ai senti un bras entourer mes épaules et une personne s'asseoir à côté de moi. Tu sais, réflexe oblige, je lui ai jeté ma boisson à la figure. Et puis je l'ai reconnu. J'ai vraiment cru qu'il allait s'énerver et j'ai écarquillé les yeux de surprise. J'allais m'excuser platement mais il a souri. Il a souri et il m'a embrassée, puis il m'a dit qu'il s'était langui de mon impulsivité et qu'il avait passé la semaine à me chercher. Depuis, on sort ensemble. »

A la fin de son récit, elle arborait un petit sourire tout simplement heureux que Lily ne lui avait jamais vu. Il était déjà arrivé très souvent que Marlène soit excitée, hystérique et joyeuse, mais elle n'avait jamais été connue pour sa discrétion. Lorsqu'elle riait, tout le monde dans un rayon de quelques mètres l'entendait et riait avec elle. Lorsqu'elle parlait, tout le monde l'écoutait avec attention. Marlène était l'être le plus charismatique que Lily connaisse. Mais là, c'était différent. Elle était juste heureuse. Ce n'était pas de la passion, c'était un sentiment calme et paisible qui n'avait pas besoin d'être répandu, qui lui suffisait tel qu'il était sans qu'elle n'ait besoin de le communiquer. Marlène était plus qu'heureuse, elle était comblée et totalement épanouie.

« C'est probablement l'histoire la moins romantique qu'on m'ait racontée, commenta Lily avec un sourire espiègle.

- Tu sais bien ce que je pense du romantisme, Lily, ricana Marlène. Tout le monde ne rêve pas du prince charmant, tu sais ? », se moqua-t-elle avec un clin d'œil équivoque.

Lily se sentit rougir. En réalité, elle n'espérait pas qu'un homme parfait vienne la chercher sur son fier cheval blanc, elle voulait juste un homme respectueux qui l'aimerait plus que sa propre vie. Elle ne pensait pas être très exigeante mais ses amies aimaient la taquiner sur ce sujet et n'avaient jamais fait de concessions. C'est pour cette raison que Lily ne rétorqua rien, elle savait pertinemment que Marlène lèverait les yeux au ciel en marmonnant un : « C'est ça, c'est ça ! ».

« Bon, revenons-en à ton problème ! reprit la brune avec enthousiasme. Tu cherches à te débarrasser de Potter, c'est bien ça ?

- Oui, souffla Lily.

- Très bien, concéda Marlène. Tout d'abord, dis-moi ce qui te déplaît chez lui », exigea-t-elle.

Devant le regard stupéfait de Lily, elle se sentit obligée de se justifier.

« C'est vrai quoi ! Je le trouve très sympathique, moi ! En plus il est drôle ! Un peu orgueilleux, c'est vrai, mais sympathique, décrivit Marlène avec un grand sourire.

- Un peu orgueilleux ? s'étrangla Lily. C'est l'être le plus insupportablement prétentieux que je connaisse !

- Bon, peut-être, admit Marlène avec une moue amusée.

- Il est… trop sûr de lui, à la limite du narcissisme, grimaça Lily. Il pense toujours que je vais tomber à ses pieds et j'ai envie de lui donner une bonne leçon mais… il continuera de forcer l'entrée jusqu'à ce que je cède.

- Et tu ne penses pas que ça pourrait être une bonne chose ? s'enquit Marlène avec un air professionnel. Je veux dire, ta vie n'est pas bien trépidante, Lily. Tu es trop sage, tu ne te laisses pas aller.

- Tu ne comprends pas, objecta Lily. J'aime ma vie telle qu'elle est. J'aime me lever chaque matin et savoir ce qu'il va se passer. Me dire que je vais emmener Dudley à l'école, retrouver Dorcas au travail, aller manger au restaurant à midi, puis rentrer chez moi, m'occuper de mon neveu et me coucher. Je n'envisage pas une autre vie que celle-ci, elle me convient telle qu'elle est, sans Potter pour vouloir tout chambouler ! Nous ne sommes pas pareils, Marlène. Je dirais même que nous sommes incompatibles. »

Marlène hocha la tête à nouveau et médita quelques minutes en regardant Lily. Elle n'avait jamais pu comprendre pourquoi Lily avait été répartie à Gryffondor, alors qu'elle n'avait aucune témérité et qu'elle avait la sagesse épicurienne de se complaire dans une vie calme et paisible. D'aussi loin qu'elle se souvienne, Lily avait toujours été son pilier, elle avait toujours fait office de substitut maternel. Elle était douce et attentionnée mais elle se négligeait au profit des autres. Marlène avait beaucoup d'amour à donner à un enfant, mais Lily, c'était à tous ceux qui l'entouraient qu'elle donnait de l'affection. Sans compter, sans rien attendre en retour. Alors peut-être que James était une bonne chose. Peut-être qu'elle avait besoin d'arrêter de se sacrifier et de penser un peu à soi.

« Qu'est-ce qui l'attire chez toi, tu penses ? l'interrogea-t-elle.

- Le fait que je lui résiste, c'est tout, répondit Lily avec assurance.

- Ça veut dire qu'il en a marre de tout obtenir trop facilement, conclut Marlène. C'est une très bonne chose. Ça veut dire qu'il est potentiellement à la recherche d'une relation sérieuse. Alors vous n'êtes pas incompatibles, au contraire, vous êtes complémentaires.

- Marlène, tu sais que je t'adore, commença Lily avec un petit sourire affectueux. Mais tu racontes absolument n'importe quoi », affirma-t-elle avec une once d'arrogance.

Marlène fronça le nez, vexée du mépris apparent de son amie. Elle respira un bon coup et décida de laisser couler. Lily avait beau être adorable, elle avait toujours tendance à se penser supérieure aux autres. Elle qui médisait à propos de l'arrogance de James Potter pouvait parfois faire preuve d'un dédain vexant. Alors qu'un silence pesant commençait à s'installer, Lily soupira.

« J'en ai marre, j'ai l'impression d'être l'héroïne d'un livre romantique et de vivre une situation vécue des milliards de fois, explicita-t-elle devant l'air inquisiteur de son amie. Avec la fille niaise qui cherche l'âme sœur et le gars le plus populaire du lycée qui vient la sortir de sa petite vie confortable et paisible… Au début, la fille dit toujours non, refuse les avances… mais on sait tous comment ces histoires se finissent.

- Ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps ? suggéra Marlène avec un petit sourire compréhensif.

- Exactement ! acquiesça Lily. Et c'est là que réside le problème. Je ne veux pas être une fille séduite parmi d'autres. Potter n'est pas en mesure de m'offrir ce que j'attends d'un homme et… j'aime tellement ma vie paisible, si tu savais ! »

Il y eut une pause silencieuse durant laquelle les deux filles méditèrent. Lily avait froncé les sourcils et semblait soucieuse tandis qu'une solution très simple germait dans l'esprit de Marlène.

« Ignore-le, dit-elle. Je ne vois pas d'autre issue.

- C'est ce que je fais depuis le début Marlène ! rétorqua Lily.

- Non, objecta Marlène avec assurance. Tu m'as dit que sa présence t'énervait au plus haut point et que tu ne pouvais pas t'empêcher de lui balancer ses quatre vérités à la figure à chaque fois qu'il ouvrait la bouche. Je ne suis peut-être pas spécialiste dans ce domaine mais je ne pense pas pouvoir assimiler ta réaction à de l'ignorance. Prends sur toi et feins l'indifférence. Ne lui réponds pas, ne le regarde pas. Tout attiré qu'il est par les défis, un vrai chasseur sait se retirer lorsque sa proie est inatteignable, professa-t-elle. Ne laisse rien paraître, aucune gêne. N'évite même pas son regard, croise-le indifféremment. Si cette technique ne marche pas, je ne vois pas trop ce que je pourrai faire pour toi. »

OoOoO

« Tu es sérieuse ? C'est une plaisanterie ? Tu te paies ma tête ? s'écria Dorcas qui, manifestement, était très surprise.

- Si je te le dis, marmonna Lily en levant les yeux au ciel.

- Marlène avec Sirius Black ? Notre Marlène ? s'enquit-elle encore.

- Oui, répondit simplement Lily.

- J'ai beau lire tous les magazines people, je passe toujours à côté des vrais potins », grommela-t-elle, profondément vexée.

Lily sourit devant l'air boudeur de son amie et en profita pour la gourmander d'un air docte :

« Tiens, oui, c'est une idée ! Tu pourrais arrêter de feuilleter ces ramassis d'âneries et te pencher sur des lectures un peu plus intéressante intellectuellement parlant. Si tu veux, je peux te proposer…

- Lily, arrête tout de suite, la coupa Dorcas avec un regard noir. Tu te livres à un combat perdu d'avance. Je ne lâcherai certainement pas mes magazines pour lire des articles sur les différents types de papillons qu'on peut trouver en Amazonie.

- Mais je ne lis pas… voulut protester Lily.

- Si, si, ne nie pas je t'ai vue », répliqua la blonde.

Lily rougit et se replongea dans son travail, vexée. Elle fut efficace et la pile de dossiers qui surplombait son bureau diminua drastiquement à mesure qu'elle résolvait les différentes affaires. Il était dur de rallier tous les pays à son avis. Par exemple, quand l'Angleterre, dans un souci de sécurité, avait interdit l'usage de tapis volants, ses dirigeants avaient bien entendu essayé de convaincre les ministères étrangers. Ce fut un échec cuisant. Pour sa part, même si elle imaginait très bien qu'on veuille par exemple déterminer universellement l'Avada Kedavra, le Doloris et l'Imperium comme sortilèges interdits, Lily ne voyait pas pourquoi chaque pays s'escrimait à vouloir imposer ses lois lorsqu'elles n'étaient pas forcément justifiées. Déjà que certains pays américains et indiens rechignaient à bannir les sortilèges impardonnables, imaginer qu'ils pourraient renoncer à leurs tapis volants sans raison valable relevait du fantasme. Et Lily devait jongler entre son patriotisme et son point de vue personnel dans son travail, chaque jour. Mais cela ne la dérangeait pas outre mesure. Très scolaire, la jeune femme mettait ses sentiments de côté lorsqu'il le fallait.

Quand il fut temps de partir, elle rangea superficiellement ses affaires et se dépêcha de sortir, sans attendre Dorcas. Elle ne voulait pas abuser de la gentillesse de Mary et voulait profiter de sa maigre avance pour aller récupérer Dudley à l'école. Et puis ça lui ferait plaisir. Lily appréciait la tendresse du garçon. Il savait la consoler, parfois, quand elle était déprimée. Il était une raison suffisante pour rester optimiste, constamment. Lorsqu'elle arriva dans le hall, une mauvaise surprise l'attendait. Et cette surprise portait le doux nom de James Potter. Le célèbre joueur de Quidditch était criblé de flashs et de regards et avait les yeux fixés sur les ascenseurs. Lorsqu'elle croisa son regard, Lily le supplia silencieusement de ne faire aucun geste vers elle au risque d'être remarquée par les journalistes. Elle se haïssait de devoir supplier Potter. Son visage devait être réellement désespéré puisque, malgré lui, il accéda à sa requête. Pourtant, elle ne se faisait pas de faux espoirs. Elle n'était pas bête, loin s'en fallait. Il allait profiter de cet atout pour obtenir tout ce qu'il souhaitait. Et, sans qu'elle ne veuille se l'avouer, cela faisait peur à Lily. Parce qu'elle ne savait pas de quoi il était capable.

Son angoisse croissait chaque jour un peu plus, lorsqu'elle se rendait compte qu'il ne lui avait toujours rien demandé. Pourtant, elle aurait dû se sentir rassurée et oublier son existence. Mais les baisses d'attention étaient fatales, elle ne le savait que trop, et Potter n'était certainement pas du genre à laisser passer une occasion. Elle serait bien naïve de le penser.

Le courrier qu'elle reçut un matin eut le mérite de détourner son attention de ce prétentieux Potter. Il provenait de l'hôpital Sainte-Mangouste. Circonspecte, elle déroula le parchemin et ce qu'elle y lut ne fut pas pour lui plaire :

« Mrs. Evans,

Nous avons le regret de vous informer que votre sœur, Mrs. Pétunia Dursley, a été transférée dans nos locaux. Ce déplacement s'explique par les fréquents aveux de données relatives au monde sorcier, appartenant néanmoins à une réalité fictive qui ne trouve aucune explication dans le présent. Elle est désormais placée au quatrième étage, au Service de pathologie des sortilèges. Bien qu'elle n'y ait pas complètement sa place, c'est probablement l'étage qui lui convenait le mieux. Elle est logée dans la chambre 312E. Vous êtes priée de bien vouloir lui rendre visite pour vous enquérir de son état et discuter avec l'administration de vos engagements futurs.

Veuillez agréer à nos sentiments distingués,

Le service d'administration de l'hôpital Sainte Mangouste.

PS : passe me voir quand tu viendras à l'hôpital. Benjy. »

Si la nouvelle avait été autrement moins importante, Lily aurait pu rire du fait que Benjy Fenwick s'amusât toujours à rendre une touche un peu plus personnelle aux courriers informatifs qu'il devait rédiger à l'intention de personnes qu'il connaissait. Néanmoins, elle n'y prêta aucune attention et se focalisa pleinement sur la nouvelle. Quel genre d'informations Pétunia pouvait-elle laisser échapper ? La gorge de Lily se serra. Elle ne pourrait pas accepter que sa sœur se remette à la traiter de monstre, constamment. Elle en avait suffisamment souffert lorsqu'elle était enfant. En fait, si elle avait perdu le contact avec sa sœur, c'était à cause de son état de sorcière. Le jour où elle avait appris ce qu'elle était, Lily avait planté un pieu de jalousie et de rancœur dans le cœur de sa sœur. Pétunia avait tellement envié son sort que, décidant de mettre un trait sur la sorcellerie, elle avait choisi de vivre le plus normalement possible. Et elle y était parvenue, en ôtant sa petite sœur de sa vie. Ce que Lily avait fini par accepter, après de longues années de souffrance. Maintenant que Pétunia avait tout perdu, jusqu'à sa lucidité, et que Dudley était sous la charge de Lily, cette dernière ne supporterait pas d'être encore malmenée malgré le fait qu'elle fasse tout son possible pour rattraper leurs erreurs communes. C'était une longue pente à la quête de la rédemption qu'elle ne voulait escalader seule.

Elle décida de se sortir cette nouvelle de la tête et emmena Dudley à l'école avant d'aller elle-même au BILM. Rien de mieux que son travail pour lui faire penser à autre chose. C'était sans compter Dorcas, comme toujours.

« Benjy m'a tout dit, Lily, je suis désolée », rompit-elle le silence après quelques minutes de travail.

La concernée soupira et leva les yeux de ses dossiers pour les tourner vers son amie qui rougissait timidement, assise derrière son bureau.

« Ce n'est pas ta faute, Dorcas, et au fond, qu'elle soit à Sainte Mangouste ou dans le monde moldu ne change rien », répondit-elle gentiment.

Dorcas esquissa un petit sourire et ne répondit rien. Elle avait parfaitement compris que Lily ne souhaitait pas en parler. Elles se remirent à travailler et ne s'adressèrent plus la parole avant leur pause déjeuner.

« Tu veux manger avec Benjy et moi ? proposa Dorcas.

- Je ne voudrais pas tenir la chandelle, rit Lily.

- Ne raconte pas n'importe quoi, viens ! rétorqua la blonde d'un ton sans appel.

- Elle est jolie ta coloration platine, ça change du bleu, remarqua la rouquine avec un sourire moqueur.

- Hm ne parlons pas de sujets qui fâchent. Dépêche-toi, il doit déjà nous attendre !

- T'attendre, rectifia Lily en levant un sourcil.

- Et alors qu'est-ce que ça change ? N'oublie pas que c'était notre ami avant d'être mon copain. Allez, maintenant bouge tes fesses ! »

Lily sourit et la suivit dans les dédales de couloirs. Elles arrivèrent à l'atrium et trouvèrent Benjy qui attendait près de la statue en or représentant le sorcier. Il leur fit son plus grand sourire, embrassa Dorcas, salua chaleureusement Lily et lui posa la seule question qui l'intéressait :

« Comment va Duddy ? »

Benjy Fenwick était un jeune homme au teint hâlée et aux cheveux noirs coupés assez courts. Il s'était mis en couple avec Dorcas il y avait de cela quelques années, alors qu'ils étaient encore à Poudlard, et tous deux filaient le parfait amour. Charismatique et aimable, Benjy savait se faire aimer de tous. Il travaillait dans la branche administrative de l'hôpital Sainte Mangouste. Le jeune homme adorait Dudley, et se comportait avec lui comme un grand frère affectueux. Cela faisait plaisir à Lily de voir son neveu s'intégrer et se faire aimer. Il avait tellement besoin d'affection…

OoOoO

« On va où tata ? demanda Dudley avec un grand sourire.

- On va rendre visite à ta maman, mon chéri, expliqua Lily en camouflant son anxiété derrière un grand sourire.

- Chouette ! »

Ils arrivèrent rapidement dans l'hôpital Sainte Mangouste, après avoir parlé aux mannequins défraîchis d'une vieille vitrine. Ils auraient pu y accéder en utilisant de la poudre de cheminette mais Lily évitait autant que faire se pouvait les modes de transport sorciers lorsqu'elle était avec Dudley, et son neveu riait toujours lorsqu'ils passaient par le vieux magasin. Sans passer par l'accueil, ils montèrent tous deux jusqu'au cinquième étage, puis traversèrent quelques couloirs avant d'arriver devant la chambre 312E dans laquelle logeait Pétunia. Elle s'apprêtait à hésiter à entrer mais, déjà, Dudley avait poussé la porte et s'était précipité à l'intérieur. Un médicomage qui passait par-là vint informer Lily que l'état de sa sœur était particulièrement inquiétant et qu'elle déformait la réalité et risquait donc fortement de ne pas les reconnaître. Lily hocha la tête pour signifier qu'elle avait compris et entra à son tour. Pétunia était assise sur une chaise branlante, faiblarde, le visage vieilli et les lèvres pincées. Dudley lui tournait déjà autour en lui racontant sa journée avec un enthousiasme débordant :

« D'abord la maîtresse nous a dit d'aller dans la salle de gymnastique parce que les sirènes nous cassaient les oreilles ! Ensuite elle a dit que c'était pas grave parce que c'était qu'un test et qu'on va pas mourir. Mais y a des enfants qui croivaient que c'était pour de vrai alors ils pleuraient comme des bébés ! Mais moi j'ai pas pleuré parce que c'était pour de faux, alors il fallait pas pleurer ! T'as vu maman je suis grand hein ? »

Dudley s'interrompit, attendant probablement un compliment de sa mère. Néanmoins, les mots qu'elle prononça n'étaient clairement pas attendus.

« T'es qui ? »

C'était dit sans méchanceté, juste avec de l'indifférence. Dudley écarquilla les yeux, surpris, et Lily vint poser une main protectrice sur son épaule.

« Bah maman, c'est moi ! Je suis Dudley, tu te rappelles pas ? »

Les yeux de Pétunia se plissèrent et son visage devint rouge de colère.

« Petit imposteur ! Tu n'es pas Dudley ! Dudley est un bel enfant tandis que tu es… maigre à faire peur, moche ! Tu n'es pas de moi ! Et Dudley devrait être heureux ! Je fais tout pour qu'il le soit. Mais tout ça c'est à cause de ce petit monstre d'Harry Potter ! Toujours dans nos pattes ! J'aurais aimé le rendre ! Tout ça c'est à cause de toi, Lily ! Pourquoi tu es morte ? Et ton abruti de mari, là, James Potter ! Que des abrutis ! Même pas capables de rester en vie pour vous occuper de vos pourritures, de vos déchets ! Je ne veux pas de ton fils ! »

En voyant les yeux brillants de colère de Pétunia, et ceux brillants de larmes de Dudley, Lily décida qu'il était temps de partir. Elle saisit son neveu avec bienveillance et le poussa hors de la pièce. Elle repartit de l'hôpital Sainte Mangouste avec des milliers de questions qui tournaient en boucle dans sa tête. Depuis quand était-elle morte ? Depuis quand était-elle mariée à Potter ? Merlin, comment Pétunia connaissait-elle Potter ? Et depuis quand était-elle mère ? Depuis quand Dudley était-il heureux ? Comment toute cette histoire avait-elle pu germer dans l'imagination habituellement peu fertile de Pétunia ?

Malheureusement, lorsqu'elle rentra chez elle, une mauvaise surprise l'attendait. Elle se présenta sous la forme de James Potter. Elle était dans son appartement depuis à peine cinq minutes qu'il arrivait déjà. Lily l'aurait volontiers jeté dehors, mais sa présence divertit tellement Dudley qu'elle n'en eut pas le courage. D'ailleurs, c'est vers son neveu que Potter se dirigea.

« Hm… Dudley, c'est bien ça ?

- Oui, confirma le petit garçon d'une voix à peine perceptible.

- Je vais te faire une nouvelle dédicace, ça vaut mieux, expliqua-t-il.

- Chouette ! »

Cela tombait bien parce que Dudley avait perdu l'ancienne depuis quelques jours, et ne se doutait pas que c'était Lily qui l'avait brûlée dans la cheminée pour supprimer ce commentaire désobligeant sur son fessier. Dudley courut dans sa chambre et demanda tout plein de dédicaces pour être sûr de ne pas les perdre, sous l'œil attendri de Lily. Elle le fit manger et alla le coucher. Il s'endormit presque immédiatement, fatigué par les péripéties survenues en ce jour. Lorsque Lily retourna dans le salon, Potter regardait fixement la photo où elle posait avec Benjy.

« Tu es belle, dessus », commenta-t-il.

Lily rougit furieusement mais ne répondit rien.

« Je t'ai vue manger avec ce garçon aujourd'hui, reprit-il.

- Tu m'espionnes maintenant ? », s'offusqua Lily.

Elle savait pourtant que sa phrase était incorrecte. Depuis le tout début, il l'espionnait. Il ne faisait que ça.

« Evans, je connais ton emploi du temps et je m'arrange toujours pour être là lorsque tu as des pauses, répliqua James avec un air d'évidence. Et cela malgré des séances d'entraînement indues. Le match approche et l'entraîneur nous surmène », se plaignit-il.

Lily se serait bien moquée de lui et de son air boudeur mais elle se rendit vite compte qu'elle était trop fatiguée pour ça.

« Potter, ma politesse m'empêche de te mettre à la porte sans explications, mais ce n'est pas l'envie qui manque, grinça-t-elle. J'ai eu une journée éprouvante et je n'ai qu'une envie, c'est de prendre une bonne douche et de dormir pendant huit bonnes heures.

- Oh je peux rester pendant ta douche si tu veux, ça ne me dérange pas, ricana l'arrogant joueur de Quidditch.

- Potter, ma politesse a des limites, rétorqua Lily avec un air menaçant.

- Très bien, Evans. Dors bien. On se revoit au match, dans deux jours ! »

Puis il sortit de l'appartement et transplana sans plus de cérémonie. Lily soupira de contentement et, sans plus penser à sa douche, fila se coucher dès qu'elle se fut sommairement apprêtée. Cette nuit-là, elle rêva qu'elle était morte, mère et mariée à Potter. Le verdict fut sans appel. Pour rien au monde elle n'aurait voulu de cette vie-là, quoi qu'en dise Pétunia.


Voilà voilà, j'espère que ça vous a plu et que je n'ai pas fait trop de fautes ! A la revoyure les amis ! A ce qu'il me semble, le chapitre suivant est déjà fini ou presque, alors je ne pense pas troooop traîner. Désolée pour mon irrégularité.

Gros bisous à vous !