Auteur : Hippo-kun
Disclaimer : Tous les personnages et l'univers de The Last Story appartiennent à Nintendo et à Hironobu Sakaguchi.
Note : Me révoilà avec le quatrième chapitre ! Déjà plus que deux...Quoiqu'il en soit, les spoilers couvrent du chapitre 19 jusqu'au 29 environ ! J'ai hésité à changer le rating en M pour la fin de chapitre, mais après tout, je n'ai pas spécialement fait dans le détail, alors je laisse tel quel pour l'instant !
Chapitre IV : Déclenchement
C'était le lendemain du jour où l'île de Lazulis s'était mise en marche, après l'expédition de Zael, Dagran et Mirania dans le Royaume des ténèbres. Depuis le retour du reste du groupe, qui s'était retrouvé sur un navire de guerre Gurak, en compagnie de Lisa -s'étant révélée être Lady Calista-, les choses avaient commencé à changer.
Zael, le frêle et timide petit Zael, avait été révélé, grâce à son pouvoir mystérieux acquis dans la caverne reptide, comme étant le héros d'une prophétie ancienne, ce qui en avait fait tout naturellement le petit protégé du Comte Arganan. De par ce fait, il ne fallut pas longtemps pour que lui et Dagran -en tant que leader du groupe, d'après ce que Syrenne avait compris- deviennent apprentis chevaliers. Conscients que c'était le rêve de toujours des deux amis, les quatre mercenaires restants se firent une joie de fêter l'événement, bien que Zael ne semblait que modérément satisfait de sa nouvelle condition. Visiblement, son amour pour Calista dépassait n'importe quel rêve de chevalerie, c'est du moins ce que Syrenne, Lowell et Mirania répétaient en riant, sous le regard sévère -mais presque amusé- de Yurick.
Le jeune garçon au cache-oeil avait subi une belle évolution au cours des dernières semaines, lui aussi. Syrenne et Lowell n'avaient été que vaguement informés de ce qu'il lui était arrivé durant leur absence, mais refaire face à son passé l'avait apparemment libéré d'un lourd fardeau. Il semblait désormais plus prompt à s'ouvrir aux autres, voire même à sourire, et tous furent soulagés de voir qu'il manifestait maintenant sans se retenir sa confiance et son affection envers ses camarades. Certes, Yurick était toujours le garçon sérieux et cynique qu'il avait toujours été, mais certaines choses ne changent jamais, comme on dit.
Vraiment jamais.
- Tu m'énerves !
Accoudée à sa table habituelle, dans la taverne d'Ariela, Syrenne lança sa chope à moitié vide, qui atterrit sur un coin de la tête de Lowell, tentant de séduire Ariela pour la énième fois. Assis face à la bretteuse et ses trois chopes restantes, Yurick soupira bruyamment, et continua de siroter sa boisson tout en griffonnant quelques mots sur un carnet. Le trio s'était retrouvé ici, pendant que Dagran, Zael et Mirania étaient encore au château. Ils étaient venus chercher un peu de tranquillité, mais apparemment, Syrenne avait un concept bien à elle de la tranquillité, et ils se retrouvèrent bientôt dans une situation bien familière.
- Tu perturbes tout le monde à force de draguer de tous les côtés, articula Syrenne en fronçant les sourcils.
- Je perturbe moins mon entourage qu'une certaine saoularde de ma connaissance.
Sans se retourner, il se massa la tête et ramassa le verre. Face à lui, Ariela semblait hésiter sur le comportement à adopter : Les séparer, ou agir comme Yurick et faire comme si de rien était, -lui aussi s'étant plus ou moins habitué à leurs querelles quotidiennes- ? La rousse se leva, et toisa son camarade d'un air mauvais, rendu peu crédible par son ébriété.
- Répète un peu ?!
- Tu as trop bu, Syrenne, va te reposer !
- T'es pas mon père, me donne pas d'ordres !
- C'est pas un ordre, c'est un conseil, tu vas encore être dans un état pas possible !
- Tu t'es vu au lendemain de tes nuits de folie ?!
Le regard de Lowell s'éclaira, comme si cette dernière réplique lui avait remis quelque chose en tête. Il se tâta les cheveux, dont plusieurs mèches étaient désormais collantes d'alcool.
- Je ne peux pas aller à mon rendez-vous avec mes cheveux dans cet état ! Yurick, je pourrais t'emprunter ton savon, vite fait ? S'exclama t-il en se tournant soudain vers le borgne, comme un dernier recours.
- Troisième tiroir de ma table de chevet, répondit le concerné sans relever la tête.
Lowell le remercia d'un hochement de tête, et se dirigea vers l'escalier menant aux chambres, mais Syrenne l'arrêta, l'agrippant par le bras.
- On a pas fini ! Grogna la jeune femme, furieuse.
- Oh, ça va finir comme d'habitude ! J'ai des choses à faire, là !
- Tu n'es même pas amoureux de ces filles, qu'est-ce que ça peut te faire ?
- Commence par te trouver un petit ami, et tu pourras revenir me donner des leçons, d'accord ?
Le silence se fit dans la salle, comme si la magie de glace du grand blond avait soudainement pétrifié l'endroit. Ariela et son père soupirèrent, faisant signe aux quelques autres clients de ne pas fuir devant ce spectacle. Même Yurick regardait maintenant la scène l'air presque choqué. A l'étage, assis sur la rampe d'escaliers, le petit Warren ricanait faiblement, semblant trouver la conversation très instructive sur l'état d'esprit du groupe. Syrenne, rouge tomate -et pas seulement à cause de l'alcool-, resta d'abord tétanisée elle aussi, la bouche entrouverte, sur le point de bégayer une réponse explosive à un Lowell qui réalisait l'ampleur de ce qu'il venait de dire.
Ce fut le moment qu'une certaine personne choisit pour rentrer.
- Bonjour tout le monde, s'exclama Mirania de sa voix chantante en fermant la porte derrière elle.
Son aura d'étrangeté l'accompagnant, elle ne calcula pas le moins du monde l'ambiance pesante qui régnait dans la taverne, et alla paisiblement s'asseoir à une table, en fredonnant. Lowell souffla un bon coup, soulagé en sentant Syrenne relâcher la prise sur son bras. Pour sûr, elle n'allait pas continuer à lui hurler dessus après une entrée pareille.
La bretteuse regarda quelques instants autour d'elle, puis fixa Lowell, plissant les yeux pour marquer son hésitation. Elle finit par saisir brutalement une nouvelle chope de bière, en renversant une partie au passage, et cria :
- C'est pas du tout ce que je veux ! Tu ne comprends vraiment rien à RIEN!
- Syrenne, attends !
Sur ces mots, elle poussa théâtralement Lowell du passage, monta les escaliers en trombe et fonça s'enfermer dans sa chambre comme une furie, toujours avec son verre d'alcool, sous le regard de Warren, qui semblait bien s'amuser à présent.
- Syrenne, ne renverse pas d'alcool sur les draps, jugea finalement bon d'intervenir Ariela.
- Je vois que vous vous entendez toujours aussi bien, intima Mirania à Lowell, avec son sourire habituel.
Le concerné ne répondit pas, et se hâta d'aller à la salle de bain.
Syrenne passa de nombreuses minutes à frapper du pied dans le mur de sa chambre, déchargeant sa colère. Comment cet abruti pouvait-il lui ordonner de se trouver un petit ami ? Comment pouvait-il utiliser ça comme argument pour mettre un terme à la conversation ? Lui aussi il en faisait des tonnes, mais fuyait au moindre problème en utilisant ce genre d'excuse pourrie. Cette simple pensée la fit grincer des dents, et elle frappa une dernière fois dans le mur, avant d'avaler une grande gorgée de bière.
- Fait chier...
Quelques heures plus tard, ce fut au tour de Zael de rentrer à la taverne afin de prendre des nouvelles de ses amis. Il fut visiblement soucieux du comportement de Syrenne et de Lowell après cette dispute explosive à laquelle il n'avait pas assisté, et vint leur parler. L'apprenti-chevalier semblait connaître Syrenne plus qu'elle ne le pensait, lorsqu'il déclara savoir qu'elle n'avait d'yeux que pour Lowell. Il avait dit cela ironiquement, en exagérant sans doute, mais il avait cerné le fond de sa pensée. Donner l'impression d'être si prévisible, et d'être surprise à éprouver des sentiments qu'elle considérait comme faibles l'avait agacée, sans oublier qu'elle était toujours en colère contre le grand blond, et pas prête de le ménager.
C'est alors que Zael, qui semblait avoir joué les entremetteurs lui dit ce qu'elle n'aurait jamais cru entendre : Lowell aurait lui aussi des sentiments pour elle. Aussitôt, les pensées se bousculèrent dans sa tête, pensées qu'elle finit par exprimer à voix haute, poussée par la colère et l'alcool. Plus que de sa frustration de constater que Lowell avait trop peur pour venir le dire lui-même, elle finit par parler de son passé, son pays détruits, son incapacité à pleurer les morts, et surtout, surtout -Et Zael le comprit sûrement- sa peur d'être abandonnée, livrée à elle-même après avoir accordé sa confiance à quelque un. Elle fit bien comprendre au jeune homme aux cheveux châtains qu'elle faisait confiance aux hommes du groupe, tous sans exception, qui ne l'avaient jamais laissée tomber pendant un combat.
...Mais...
Au fond d'elle, elle se demandait ce qu'il en serait si elle s'aventurait plus loin. Au delà de la confiance en tant que simple partenaire.
Remerciant Zael de l'avoir écoutée, elle se décida à aller prendre une douche, afin de se rafraîchir les idées sous tous les sens du terme.
L'eau froide n'est pas forcément agréable, surtout après avoir abusé de l'alcool, mais de cette façon, son esprit semblait devenir plus clair. Elle réalisa tout ce qu'elle venait de raconter à Zael, ce garçon qui peinait à prendre des initiatives et qu'elle avait toujours voulu protéger. Il devenait un homme, songea t-elle avec un sourire nostalgique. En y repensant, elle eut un peu honte d'avoir déballé aussi facilement quelque chose qu'elle avait gardé pour elle aussi longtemps, mais de l'autre elle était soulagée, et se sentait plus légère, à présent, mais quelque chose d'autre la tracassait.
Elle n'avait même pas pu nier ou s'énerver lorsqu'on lui avait mis sous le nez les sentiments naissants entre Lowell et elle. Au fond d'elle, Syrenne savait pertinemment qu'elle l'aimait, qu'elle ne l'avait jamais vu de la même façon que Dagran, Zael ou Yurick, mais comme quelque chose de plus. Quelque chose sur lequel elle ne parvenait pas à mettre de mots.
S'il en était de même pour lui, -elle-même avait un peu de mal à y croire- pouvait-elle envisager quelque chose ? Pouvait-elle envisager de faire confiance à un homme comme elle ne l'avait jamais fait auparavant ?
La bretteuse se frotta énergiquement le visage avec le plat de sa main, avant de saisir une serviette, sur le coin de la douche.
- Je vais lui parler.
Se rhabillant en vitesse, récupérant son équipement, elle sortit de la chambre, tombant sur Mirania en pleine discussion gastronomique avec Warren. La soigneuse sourit lorsque Syrenne lui tapota l'épaule, apparemment soulagée qu'elle soit calmée.
- Où est Lowell ? Demanda la bretteuse
- Lowell ? Il est sorti il y a vingt bonnes minutes à présent, répondit-elle en penchant la tête.
Yurick, à présent assis face au bar, toujours plongé dans son écriture, leva la tête vers l'étage supérieur.
- Il n'est jamais en retard à ses rendez-vous, tu le connais.
- Cet abruti, grinça t-elle en serrant les dents et en descendant les escaliers quatre à quatre. Je vais le chercher et le ramener par la peau des fesses !
- Courage Syrenne ! S'exclama Warren en levant les bras, et manquant de tomber de sa rampe, Mirania n'eut-elle pas été là pour le rattraper.
Syrenne posa sa chope vide sur le coin d'une table, avant que Yurick, un peu surpris de la tournure des événements -contrairement à Mirania, Warren et même Ariela, qui échangeaient des regards complices entre les deux étages- ne continue :
- Il doit être à la place de la fontaine, si tu le cherches !
La jeune femme envoya ses mèches rebelles valser derrière son dos, comme se préparant à un combat particulièrement difficile. Elle ne se sentait pas prête à lui avouer ses sentiments de but en blanc ou à laisser quoique ce soit transparaître de façon trop visible...
Mais il y avait quelque chose qu'elle était sûre de vouloir faire.
La ville était un peu plus agitée qu'à l'ordinaire, mais rien de bien étonnant à cela, qui ne serait pas surpris de savoir que l'île elle-même servait de forteresse-mouvante alors qu'ils menaient tranquillement leurs vies, la guerre en préparation contre les Guraks n'arrangeant évidemment rien.
Une fois la Place de la Fontaine à vue, Syrenne accéléra, regardant rapidement autour d'elle en évitant les mouvements de foule. Au bout d'un moment, elle aperçut la silhouette familière de son coéquipier, debout devant la fontaine, en compagnie d'une jeune villageoise. La demoiselle en question n'était pas spécialement belle ou laide, ni même provocante. C'était certainement une fille lambda en quête du grand amour, charmée par le physique avantageux et les mots tendres que savait utiliser Lowell, comme à chaque fois qu'il s'était mis en tête de flirter. En s'avançant, décidée, Syrenne ne savait pas dire si c'était de la jalousie ou de la pitié qu'elle ressentait pour cette fille, toujours était-il que son cœur se serrait douloureusement lorsqu'elle les vit rire ensemble. La bretteuse prit une grande inspiration, et l'appela :
- Lowell !
Le concerné se retourna, écarquillant les yeux en reconnaissant la voix de la jeune femme derrière lui. Lorsque leurs regards se croisèrent, celui de Lowell mêlait stupeur et sévérité.
« Ne viens pas ficher mon rendez-vous en l'air », semblait-il dire, ses yeux zigzaguant entre sa camarade et la jeune fille en face de lui. Syrenne ne sourcilla pas, continuant d'avancer. Il voulait jouer à ce jeu là ?
- Ramène-toi, Lowell !
- Lowell, qui est cette fille ? Demanda la villageoise, les larmes aux yeux. Est-ce que tu aurais déjà quelqu'un d'autre ?!
Le mercenaire semblait bien perdu entre les deux demoiselles, alors que les passants regardait le trio en haussant les sourcils. Lowell réfléchit quelques instants, avant de se reprendre, souriant nerveusement :
- C'est juste une fille de mon groupe, ne t'en fais pas ! Dit-il en secouant la main devant sa « petite amie ». Elle vient juste dire bonjour je suppose, elle ne reste pas longtemps, pas vrai Syrenne ?
- Lowell, quand je te dis de te ramener...
Sans avertissement ni ménagement, elle écrasa le pied de Lowell, qui se mordit les lèvres de douleur.
- ...je déteste me répéter !
Profitant de cet instant d'inattention de sa part, elle attrapa sa main, et se mit à courir aussi vite que possible, l'entraînant avec elle, et laissant la pauvre fille derrière eux nageant en pleine incompréhension. Lowell ne devait pas comprendre grand-chose non plus, car sous le choc, il ne chercha même pas à arrêter Syrenne, se laissant plus ou moins traîner dans la ville, le vent du large fouettant leurs visages. Ce fût elle qui finit par ralentir son rythme jusqu'à s'arrêter dans une ruelle étroite de la ville, soufflant un grand coup, comme si elle était à la fois en train de récupérer et de ressentir un immense soulagement. Lowell dégagea finalement sa main.
- Qu'est-ce qui t'as pris Syrenne ?! J'avais un bon feeling avec cette fille là !
- C'est la dernière fois que tu fais ça...
- Hein ?
Syrenne fit volte-face, jetant un regard enflammé au mage de glace. Sa voix était dure et menacante.
- N'arrange plus de rendez-vous de ce genre là !
- Pardon ? C'est ma vie à ce que je sache ! Je t'ai déjà dit que c'était mon style de vie !
- Pourquoi agis-tu comme ça ?!
- Pourquoi ne pourrais-je pas agir comme ça ?!
- Ça me dérange, c'est tout! En plus...
Ils se firent face en silence, leur discussion ayant véritablement pris un air de combat. Lowell semblait la défier de finir sa phrase. Syrenne plissa lentement les yeux, finissant par les détourner du visage du mercenaire, et continua finalement :
- En plus, ça ne te rend clairement pas heureux.
Lowell se pétrifia sur place, comme frappé par la foudre. Il se passa la main sur le visage, et, comme réalisant que Syrenne était encore là, marmonna :
- Je ne peux pas me permettre de laisser des gens s'éprendre de moi, et vice versa. Je préfère tuer leurs attentes dans l'œuf, c'est mieux pour tout le monde...
- C'est quoi ces propos débiles ? Ça a aucun sens et tu le sais très bien !
Lowell était anormalement sur la défensive, croisant nerveusement les bras, et regardant de tous côtés, comme s'il voulait s'assurer que personne d'autre ne les écouteraient.
- Toutes les filles que j'ai véritablement aimées sont mortes dans mes bras, toutes sans exception, Syrenne ! Si ça devait m'arriver encore une fois, je ne pourrais jamais me relever !
En parler à Zael dans la journée avait sûrement aidé à le dire une seconde fois, mais face à Syrenne, c'était une autre histoire. Néanmoins la concernée resta sans répondre quelques instants, considérant ce que Lowell venait de lui dire. Elle s'était toujours douté que comme les autres du groupe -elle y comprise-, il avait vécu des périodes difficiles, et perdu des êtres chers, mais à ce point là...
Pour résumer, il s'était crée une carapace d'insouciance pour ne plus avoir à être blessé, quitte à renier ses propres sentiments ; il s'était fait une réputation de Don Juan pour que personne ne dépasse la limite qu'il avait fixé ? Combien de temps avait-il vécu ainsi...
- Si je peux éviter cette malédiction, je...
Lowell semblait vraiment acculé cette fois, comme si un couteau dans son dos le forçait à parler. Avant qu'il ne puisse continuer, Syrenne s'avança, menaçante, et le serra dans ses bras. Le blond baissa la tête, un sourire plus triste que d'habitude aux lèvres et le regard presque éteint.
- Qu'est-ce que tu fabriques ?
- Je t'ai déjà dit que je n'aime pas les endroits confinés, se justifia t-elle en désignant les murs d'un doigt, ce à quoi Lowell sourit un peu plus franchement.
- Quelle idée de t'arrêter ici, aussi... J'aime bien ton côté idiot, mine de rien !
- Tu peux parler !
Il lui caressa doucement les cheveux, regardant au loin. Il hésitait, Syrenne pouvait le sentir aux battements de son cœur, trop rapides pour l'air qu'il affichait. Elle releva lentement la tête, et lui donna une légère pichenette dans le torse.
- Je veux que tu sois heureux, Lowell. Ça m'énerve que tu te mentes à toi-même en utilisant des pauvres filles comme ça !
- Mais je...
- Qu'est-ce que tu veux, au fond de toi ?
Le regard de Lowell se posa finalement sur Syrenne. C'était un regard plein de tristesse et de désir refréné. Pour la première fois, elle eut vraiment l'impression qu'il laissait tomber son masque de bonne humeur et d'allégresse.
- C'est bon, j'ai compris va !
Sans lui laisser le temps de répliquer, elle se mit sur la pointe des pieds -Lowell était exagérément grand- et l'embrassa, résolument. D'abord stupéfait, le blond finit par répondre d'abord timidement au baiser, comme se libérant peu à peu d'une chaîne invisible, puis reprit bientôt le dessus sur Syrenne. C'était comme elle le pensait, songea t-elle en fermant les yeux. Il s'était retenu bien trop longtemps. Syrenne aussi était heureuse de voir Lowell s'ouvrir un peu à ses propres rêves ; elle voulait être là pour lui, l'aider quand il en avait besoin, et pas seulement en tant que mercenaire. Après quelques instants,la jeune femme finit par reculer, et répondit par un grand sourire à la mine interdite de Lowell.
- On peut dire que tu as de l'expérience pour ça !
- Je ne peux pas dire la même chose pour toi, plaisanta le mage avant de se prendre un coup dans les côtes.
Syrenne lui tourna le dos, feignant de bouder, et finit par déclarer :
- Rentrons Lowell.
- Mh. J'arrive !
Quittant finalement la ruelle, d'une humeur bien plus légère que lorsqu'ils y avaient pénétrés, les deux mercenaires rentrèrent paisiblement et silencieusement à l'auberge, ce qui était évidemment contraire à leur habitude. Le soleil commençait doucement à décliner dans le ciel, prenant une délicate teinte orangée Une fois devant la porte, Syrenne murmura à son camarade :
- Prends ton temps, et réfléchis à ce que tu veux faire ! Je ne peux pas te forcer à surmonter ton passé comme ça, alors je t'attendrais. Néanmoins...
Regardant Lowell du coin de l'œil, elle esquissa un léger sourire, les yeux pétillants de défi.
- ...Sache que les malédictions, ça ne me fait pas peur !
Comme Syrenne lui avait conseillé, ils prirent leurs temps, et n'évoquèrent plus cet instant qu'ils avaient partagés avant un moment. La bretteuse refusait de laisser cette situation détériorer même temporairement l'ambiance générale du groupe, et continua d'agir comme elle avait toujours agi, en grande-gueule et en bagarreuse, entraînant comme d'habitude ses compagnons à l'arène dès que possible, et sans rater une seule occasion de se rafraîchir le gosier.
Mirania en particulier, de par sa nature perspicace, flairait un changement entre Lowell et Syrenne, et n'hésitait pas à lui en faire part la nuit, lorsqu'elles flânaient dans leur chambre avant de dormir : En effet, même si les deux continuaient de se chamailler pour des broutilles, leurs prises de bec semblaient nettement plus amicales, plus complices ;après tout, n'étaient-ils pratiquement toujours collés ensemble, depuis quelques temps ? Sans compter que Lowell ne semblait plus fréquenter de filles, comme avant. Certes, il se vantait toujours de ses prouesses et de ses contacts dans la noblesse féminine, mais il ne sortait plus si tard comme il en avait l'habitude. Cela semblait à présent plus être une question de fierté masculine que de faits avérés.
Alors que la soigneuse listait joyeusement ses arguments, Syrenne ne pouvait s'empêcher de se demander si Mirania n'aimait pas simplement voir les gens tomber amoureux : D'abord Zael et Calista, maintenant Lowell et elle...
Pourtant, même si cette histoire était au cœur des pensées de Syrenne et des réflexions de Lowell, ils savaient tout deux que pour l'instant, il y avait plus important.
La guerre avait commencé pour de bon après une seconde attaque Gurak s'étant terminé sur le meurtre du général Ashtar. Ce fut cet événement tragique -après que Zael fut innocenté- qui décida le Comte Arganan à finalement lancer l'assaut sur le continent Gurak.
Le groupe avait participé à l'assaut en question, et Syrenne, habituée aux actions de ce genre de par son passé de soldate, avait vu ce qu'elle s'attendait à voir. Rien de plus, rien de moins.
Toujours était-il qu'évidemment, retrouver ce genre de situation ne l'avait pas réjouie, bien au contraire.
- Syrenne, ça fait trois jours maintenant, décompresse un peu !
La concernée faisait les cent pas dans sa chambre, alors que Lowell vint l'y rejoindre, visiblement étonné du comportement de la rousse. Celle-ci ne répondit pas, et finit par s'arrêter devant la fenêtre, regardant la nuit tomber.
- Où est Mirania ? J'ai vraiment envie d'un bain avec elle maintenant...
- Elle vient de partir au château. Telle qu'on la connaît, elle va sûrement rester bouquiner là-bas toute la nuit...Il n'y a que nous deux du groupe, pour le moment !
Syrenne grogna de mécontentement. Entre Yurick qui s'était mis en tête de donner des « cours du soir » aux gamins étudiant la magie là-bas dès qu'il en avait l'occasion, Mirania qui trouvait son bonheur dans la bibliothèque, et Zael et Dagran qui passaient leur temps là-bas -leur position d'apprentis-chevaliers oblige-, elle se retrouvait souvent seule à l'auberge avec Lowell. A deux, ils ne pouvaient même pas aller tenter l'arène, quel gâchis. Après un silence, celui-ci s'accouda contre le mur de la chambre, et demanda :
- A propos, tu ne trouves pas Dagran bizarre depuis quelque temps ?
- Bizarre ?
- Ouais, je sais pas...Depuis qu'il est devenu une figure importante dans la cour, j'ai l'impression qu'il ne pense plus qu'à ça !
Syrenne toisa son ami, affichant un air pensif, avant de hausser les épaules.
- Dagran a toujours aimé se concentrer sur ce qu'il voulait faire. C'est son rêve, et c'est un grand garçon, fais-lui confiance.
Une part d'elle avait du mal à saisir pourquoi Lowell était si soucieux : après tout, il connaissait Dagran depuis plus longtemps qu'elle, il devait bien savoir que leur leader ferait tout pour devenir chevalier. S'il s'impliquait pour leur permettre à tous d'avoir une vie meilleure, ils devraient apprécier, non ?
...Non. A bien y réfléchir, elle non plus n'aimait pas trop la situation. L'adoubement de Zael ainsi que son mariage avec Calista qui aurait lieu dans deux jours allait certainement changer beaucoup de choses, des choses qui n'avaient pas nécessairement besoin de changer d'après elle. Ils étaient déjà reconnus, et heureux, mais là aussi, tout lui semblait si faux.
La seule chose qui lui faisait tenir des propos si optimistes était qu'elle ne voulait pas rendre Lowell plus inquiet qu'il ne l'était déjà ; si cette nouvelle vie ne leur convenait pas, ils aviseraient, il n'y avait pas besoin de s'en faire pour leur leader en particulier.
Quoiqu'il en soit, le blond sembla temporairement convaincu, et un silence s'installa entre les deux.
- Et pourquoi tu restes dans notre chambre ? Finit-elle par demander en se jetant sur son lit. C'est la chambre des filles, vous les mecs, vous restez chez vous !
- Tu es rude, répondit Lowell en ricanant, et en s'asseyant sur le coin du lit. C'est comme je t'ai dit, tu as l'air énervée depuis notre retour du château des Guraks, je voulais savoir si tu avais envie d'en parler !
Envisageant d'abord de refuser sèchement, Syrenne se ravisa, et après un long soupir, elle raconta tout ce qu'elle avait vu avec Zael, ce jour là. Les massacres en masse de citoyens Guraks, l'arrogance inouïe des chevaliers, leur stupide capitaine avec son rire encore plus stupide, et -plus que tout- leur fuite, comment une fois de plus, tous avaient détallés comme des lapins au premier monstre venu.
- On aurait pu y rester que ça ne les aurait pas dérangés, finit-elle en frappant rageusement son oreiller, alors que Lowell lui adressait un sourire compatissant. Les hommes sont tous les mêmes.
- Les chevaliers de Lazulis sont comme ça, Syrenne, ne généralise pas !
- Il n'y a pas qu'eux.
Le ton catégorique de Syrenne le surprit. Il voulut dire quelque chose, mais la bretteuse continua, le ton monocorde :
- Tous les soldats que j'ai croisé étaient comme ça, à m'abandonner au moindre pépin. Je les déteste tous...A cause d'eux, mon pays...Tout le monde...
Elle s'arrêta, réalisant qu'elle n'en avait encore jamais parlé à Lowell. Son regard se porta sur le plafond, songeant de nouveau à tout ce qu'elle avait perdu et qu'elle ne retrouverait jamais. Sa colère fut bientôt remplacée par de la frustration : Elle savait que cette mission idiote n'allait que lui rappeler de mauvais souvenirs, au final. Le blond, de son côté, sembla rapidement comprendre où elle voulait en venir, se souvenant des circonstances de leur rencontre. Il se pencha lentement vers elle, prenant quelques boucles rousses entre ses doigts.
- Si ça te fait du bien, tu peux pleurer, je te promets de ne pas me moquer !
- Me fais pas rire...J'ai jamais pleuré pour ça !
D'un geste épuisé, elle plaça son bras sur son visage, comme pour se cacher la vue, espérant sûrement que ça puisse bloquer le flot de souvenirs par la même occasion. Par le léger soupir de Lowell, la bretteuse pouvait deviner qu'il pensait qu'elle disait ça par pudeur, pour ne pas dévoiler ses faiblesses, mais c'était loin d'être ça. Elle finit par retirer son bras, et cligna des yeux, sans même avoir réussi à les humidifier. Elle tourna sa tête vers son compagnon, et afficha un sourire cynique.
- J'y arrive pas. C'est comme si c'était un mauvais rêve...
- Syrenne...
- J'ai beau m'entraîner encore et encore, j'ai toujours l'impression d'être faible. Être la seule à survivre aux autres c'est vraiment...
Avant qu'elle ne puisse continuer, Lowell s'était allongé sur elle, la tenant fermement dans ses bras. Cette phrase avait comme provoqué un déclic chez le mercenaire.
- Lâche-moi, crétin, tu vas péter mon lit...
Le blond sourit faiblement de cette réaction. Syrenne ne réfléchissait plus vraiment à ce qu'elle disait, comme si une partie d'elle n'était pas là, bloquée dans ce passé détruit depuis longtemps. Lowell ouvrit la bouche, cherchant ses mots pendant quelques instants.
- Moi aussi, j'ai pensé ça, à un moment donné. Qu'être le seul à survivre était la pire des choses qui pouvait arriver...Mais crois-moi, Syrenne, je suis content que tu sois en vie, avec moi, avec nous tous.
Il embrassa doucement sa tempe, mettant le moins de distance possible entre leurs deux corps. Syrenne, revenant lentement à elle, sentait que ses mots l'avait touché plus qu'elle ne le pensait, et passa lentement ses bras autour du dos de Lowell. Celui-ci enfouit sa tête dans les cheveux roux de Syrenne, et murmura :
- J'ai fait mon choix, j'arrête de flirter partout, continua t-il dans un murmure. Je veux être avec toi. Moi aussi je veux que tu sois heureuse...Je veux te rendre heureuse.
- T'en as mis du temps, sourit Syrenne après un silence. Mais on va dire que je te pardonne !
Et là-dessus, les deux mercenaires s'embrassèrent, timidement dans un premier temps, puis de plus en plus fougueusement, comme si leur vie en dépendait. C'était leur instant, et en cet instant, plus rien n'avait d'importance ; seulement lui et elle, leurs chaleurs respectives se mélangeant alors que tout deux peinaient à dissimuler leur désir grandissant. Ils s'aimaient, le savaient, et tenaient à se le montrer de la façon la plus ancienne qui soit. Bientôt, Lowell alla verrouiller la porte de la chambre, et au fur et à mesure, leurs vêtements respectifs se retrouvèrent en boule au sol.
- Ça va aller Syrenne ?
Au dessus de Syrenne, allongée sur le lit, le mage pouvait constater que le teint de la bretteuse avait légèrement pâli, son regard passant du corps nu au Lowell au sien. Syrenne finit par hocher la tête, esquissant un sourire, le même que lorsqu'elle avait évoqué son passé
- C'est rien. C'est juste que ma première fois s'est pas...super bien passée !
Elle détourna légèrement les yeux, et il n'en fallut pas plus à Lowell pour comprendre, écarquillant les yeux, choqué d'apprendre une telle chose à un moment pareil. Sans attendre, il la serra à nouveau dans ses bras, et lui embrassa le front.
- Alors on va rendre celle-ci tellement inoubliable qu'elle occultera les autres !
- T'es plutôt confiant...Je vais pas laisser tes précédentes conquêtes faire mieux que moi en tout cas !
- Ça m'aurait étonné de toi !
Et, alors que leurs mains se rejoignirent, se cherchant mutuellement, que leurs corps ne firent bientôt plus qu'un, Lowell sourit, du vrai sourire que Syrenne avait tant voulu voir.
- Je ne suis pas comme ces hommes ! Je ne te laisserais jamais seule, compte sur moi.
