Et hop…voici le quatrième chapitre. Je suis profondément désolée pour l'énorme délai! L'inspiration me manquait, alors que les examens de fin d'années s'enchaînaient à un rythme effréné. J'espère que vous ne serez pas déçu par la suite qui m'a pris un temps bien ridicule à écrire (pardonnez-moi, une fois encore). Laissez-moi vos commentaires, je serai plus que ravie de les lire!
- C.P -
Méfiante, je pris lentement l'enveloppe des longues et fines mains du vieillard. Je la considérai de longues minutes, la retournant inlassablement entre les miennes, m'attendant peut-être y découvrir quelques messages insolites de la part d'un improbable ange-gardien m'avertissant d'un danger illusoire. Pourtant, après une dizaine de rotations, les lettres tracées en une délicate et élégante calligraphie se succédaient toujours de façon à ne former que ces deux mêmes mots :
Emma Potter.
Ce que je froissais entre mes doigts nerveux me semblaient être davantage qu'un fragile morceau de papier. Tout un monde paraissait y graviter. N'était-ce pas le fragment d'un vague avenir que me réservait peut-être le destin? Ce destin qui ne m'avait, jusqu'à présent, jamais été très favorable… Alors que je fixais désespérément le minuscule univers qui vibrait entre mes petites mains, le frêle cachet de cire d'un rouge vif, lui, me narguait.
«Ne peux-tu pas me déloger? chuchotait-il malicieusement. N'as-tu donc pas le courage d'ouvrir une misérable enveloppe?»
Je cessai aussitôt mes délibérations muettes. J'ouvris l'enveloppe d'un mouvement sec. À nous deux…
Miss Bowmann jeta un coup d'œil impatient à sa montre.
-Ce train n'arrivera-t-il jamais? grommela-t-elle ente ses dents.
Je gardai le silence, admirant plutôt l'immense bâtiment et surtout, la foule qui s'y massait. Chaque seconde, davantage de passants s'entassaient autour de nous ou poursuivaient leur route, le pas pressé. Ils se poussaient, se faufilaient, se bousculaient, s'écrasaient avec cet unique objectif en tête : attraper leur train à temps. La main de ma vilaine marâtre se resserra autour de la mienne, broyant impitoyablement mes petits os d'enfant. Je tentai de me libérer de sa poigne d'acier, en vain. J'étais prisonnière. Soudain, au cœur du bourdonnement incessant qui régnait dans la station, l'écho lointain de machines s'activant sur leurs rails nous parvint.
-ENFIN! S'écria ma tutrice. J'avais bien d'autres choses à faire qu'attendre ce fichu train!
Aussitôt, elle s'accroupit à ma hauteur sans lâcher prise et planta son regard froid dans le mien. Alors que ses infâmes lèvres desséchées s'animaient avec vigueur, la clameur s'amplifiait de seconde en seconde et je ne parvins à saisir nul mot de son discours. Miss Bowmann se releva alors sèchement, me donna un baiser dédaigneux sur le front, me ficha mon billet dans la main et m'abandonna sur le quai au moment où le train s'arrêtait en un crissement aigu. Confuse, je m'agrippai à mon chariot rempli de valises, alors que la foule se précipitait sauvagement vers les portes ouvertes. Je tentai de m'avancer, sans succès, repoussée inlassablement par l'attroupement qui affluait dans tous les sens. Désespérée, je me faufilai vivement entre les voyageurs et me retrouvai bientôt à l'extérieur de cette épouvantable agglomération. Sonnée, je repris mon souffle, tentant de déterminer l'endroit où j'étais. Je levai la tête et aperçus l'enseigne suspendue au-dessus de ma tête.
STATION 9
Je jetai un coup d'œil à mon billet. J'y lu «Station 9¾». Troublée, je me secouai la tête et regardai à nouveau. J'avais perdu la tête, c'était bien vrai. J'examinai plus attentivement les enseignes au plafond, puis la petite carte accrochée au mur. Une telle station n'existait pas… Découragée, mon regard se posa hasardeusement sur un homme vêtu de l'uniforme de la gare. Je me précipitai vers lui, toujours chargée de mon précieux chariot. Alors que la distance me séparant de mon dernier espoir n'était plus que minime, je percutai de plein fouet un obstacle de nature inconnue. Je fus soudainement violemment projetée au sol à l'instar de mon chariot qui largua lâchement son inestimable cargo. Je me relevai gauchement, étourdie par le choc, tout en cherchant la source de ma chute. Une fraction de seconde me suffit pour la repérer. Entre deux valises, un garçon plutôt maigrelet d'environ mon âge se frottait lentement la tête, ébouriffant davantage sa sombre chevelure échevelée qui tombait en abondance sur son front. Les yeux plissés, il tâta longuement le sol. Ce ne fut que lorsque j'aperçus une paire de lunettes aux verres circulaires traînée négligemment sur le sol que je compris ce qu'il cherchait avec tant d'ardeur. Je les récupérai et les lui donnai avant de lui proposer ma main. Le garçon les remit sur son nez et accepta mon aide. À ce moment, un employé fit irruption sur la scène de l'incident et releva rapidement les chariots qui bloquaient la circulation.
-Qu'est-ce qui se passe ici? Gronda le petit homme grassouillet.
-Collision, rétorquai-je sèchement.
-Soyez prudent à l'avenir, les enfants.
-Oui, monsieur… répondis-je d'une voix traînante qui me valut un regard désapprobateur.
L'homme nous aida à rapatrier nos effets respectifs et à les remettre en ordre. Alors qu'il s'apprêtait à retourner à son poste, le garçon l'interpella. Le rondouillard se retourna aussitôt.
-Pourriez-vous me dire où je peux trouver la station 9¾? S'exclama-t-il.
Un éclair d'espoir illumina mon esprit. L'homme le dévisagea quelques secondes, l'air particulièrement mécontent.
-Tu fais ton petit malin, hein?
Devant nos regards interrogateurs, il soupira.
-Elle n'existe pas cette station, les gosses. Fichez le camps retrouver vos parents.
-Mais c'est ce… commença le garçon.
-Laisse, le coupai-je. Ce type est trop borné pour nous répondre. Et puis, cette fichue station ne se trouve sur aucune carte. Il n'y aucune indication qui y mène.
-Toi aussi?
Je lui montrai mon billet. Il me sourit.
-Nous sommes perdus, grommelai-je. Comment se rendre à une station qui n'existe pas, hein?
-Bonne question, soupira mon nouveau compère.
Exactement au moment où le découragement prenait le dessus, un éclat de voix se perça un chemin jusqu'à mes oreilles.
-Station 9¾, par ici! Allez les enfants!
J'adressai un regard au garçon.
-T'as entendu? Lui demandai-je.
-Je crois bien.
Nous nous précipitâmes immédiatement vers ce nouvel espoir. Je repérai rapidement la dame s'égosillant de la sorte. Il s'agissait d'une petite femme aux cheveux très roux accompagnée de plusieurs enfants à la tête tout aussi carotte. Je tentai d'apercevoir la direction qu'ils prenaient. Le premier, plus grand que les autres, se mit à courir, poussant son chariot de ses longs bras tendus. Il me fallut quelques secondes pour saisir sa trajectoire. Je m'arrêtai.
-Mais, qu'est-ce qu'il fait? Murmurai-je pour moi-même.
L'impact entre le chariot et le mur de pierre était imminent. Je fermai les yeux au dernier moment. Aucun indice d'un quelconque choc ne résonna dans la gare. J'ouvris un œil, puis l'autre. Il n'était plus là. Ébahie, je courrai jusqu'à mon camarade qui s'était arrêté non loin du petit groupe de rouquins.
-Où est-il passé? Le questionnai-je.
-Il a traversé le mur… dit-il les yeux aussi ronds que ses lunettes.
