Chapitre IV

Mémoire effacée

Parce qu'un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

FERDINAND FOCH

En fin d'après-midi, la sentinelle de Cocorico porta ses mains en visière pour observer la plaine. Il aperçut au loin celui qu'il reconnut aussitôt (car tout le monde en Hyrule le connaissait) : tunique et bonnet vert, c'était le Héros. Mais à ses côtés, il pouvait distinguer un second cavalier, chevauchant un animal d'une couleur peu commune parmi les chevaux d'Hyrule. Comme il n'en avait jamais vu durant toutes ses années d'observation, il fut un peu stupéfait de sa vision, mais il finit par penser qu'il avait affaire à un cheval blanc passablement étrillé. Il quitta son poste pour aller informer le père Reynald de l'arrivée des voyageurs en se disant que si lui même avait la chance de posséder un cheval, il le brosserait certainement un peu mieux que celui ci. Ou alors s'il avait les moyens de s'acheter un équidé, il aurait aussi ceux de payer un écuyer qui le ferait à sa place.

Dès que Link et Everlee firent leurs premiers pas dans Cocorico, tous les regards présents se tournèrent vers la jeune fille. Les villageois saluèrent amicalement le Héros en se demandant qui pouvait bien être cette troisième inconnue, habillée aussi bizarrement que les deux autres. Everlee s'enferma à nouveau dans le silence, dressant une barrière invisible entre elle et ces gens un tantinet curieux qui l'observaient un peu trop à son goût. Artémis suivait Epona sans tenir compte de tous ces regards posés sur elle, cependant elle roula de gros yeux effarés et ronfla comme un étalon en colère en apercevant un immense goron qui se tenait là, puis s'écarta prudemment de cet étrange rocher. Link mit pied à terre lorsqu'il arriva à proximité de l'église devant laquelle le père Reynald attendait en retrait.

« Voici donc la troisième, commenta Reynald pour lui-même.

- Elle se nomme Everlee, l'informa Link. Comme vous le savez déjà, elle non plus n'a aucun souvenir plus ancien que ces trois derniers jours. »

La blonde descendit de sa monture et gratifia celle-ci d'une douce caresse sur l'encolure. Reynald ne manqua pas de remarquer que la jeune fille semblait un peu plus jeune que les deux autres, mais peut-être était-ce simplement dû à sa petite taille.

« Sois la bienvenue mon enfant, dit le prêtre en s'adressant à Everlee. Je suis le père Reynald, Bohdan t'as certainement parlé de moi. »

Everlee acquiesça d'un signe de tête.

« C'est vous qui m'avez fait porter ce remède, n'est ce pas ? Il a été très efficace je vous en remercie.

- Mais de rien ma fille. Je vous laisse tout deux le soin de vous occuper de vos montures. Il est convenu que nous nous retrouvions tous ce soir à l'auberge. Tu dois déjà être informée que deux autres femmes dans le même cas que toi se trouvent ici, elles souhaitent bien sûr te rencontrer. Autant parler tous ensemble autour d'un bon repas. Link tu dois être épuisé, puisses tu te reposer un peu à Cocorico ce soir au moins avant de reprendre la route. »

L'épéiste remercia le prêtre, puis il emmena Everlee vers les écuries qui étaient propres à l'auberge du village pour desseller leurs montures lassées par le voyage. Ils les installèrent dans des boxes remplis de paille fraîche d'un beau jaune foncé dans laquelle les juments se roulèrent dès qu'elles furent débarrassées de leurs selles. Link chargea les râteliers de foin odorant et les mangeoires en pierre d'orge et de maïs concassés. Everlee s'amusa de voir la rapidité avec laquelle Artémis se jeta sur les céréales, en grattant de son antérieur impatient sur le sol. Dans le box voisin, Epona qui mâchait tranquillement son foin soupira comme seul peut le faire un cheval, agacée de voir la jeunesse se jeter avec autant de ferveur sur la nourriture.

« Elle garde toujours le meilleur pour la fin », commenta Link.

Après avoir rassemblé le matériel qui leur était nécessaire, les deux jeunes gens quittèrent les écuries qui avoisinaient l'auberge pour se diriger vers cette dernière. Everlee s'émerveillait de cet endroit qui était aux antipodes de Toal. Si le village en Latouane était en effet niché dans un écrin de verdure, Cocorico semblait taillé à même la roche. Les maisons étaient bâties en briques orangées, de la même couleur que les hautes falaises entourant le village, aussi faisaient-elles partie intégrante de ce paysage aux couleurs chatoyantes. Devant l'auberge (qui était la bâtisse la plus grande du village après l'église) courait un palier de bois ainsi qu'une rambarde qui permettait l'accès à la porte d'entrée seulement par les côtés. Sur cette même rambarde était accoudée une jeune femme que Link reconnut aussitôt.

« Alors te voici, Everlee », lança-t-elle.

La blonde ne put s'empêcher de dévisager celle qui avait parlé avec de grands yeux étonnés.

« Je suis Shindel, continua celle-ci sans attendre la réponse de l'intéressée.

- Nous nous sommes déjà rencontrées, n'est ce pas ? » questionna Everlee, troublée.

Shindel haussa un sourcil pour toute réponse. Manifestement, elle ne semblait pas en savoir plus. Link assistait en retrait à ces curieuses retrouvailles, quand il entendit la voix d'un jeune homme l'appeler. Il s'agissait de Colin en compagnie de la rousse Saïnee. Celui-ci accéléra le pas pour retrouver les trois jeunes gens. Un sourire aux lèvres, ignorant superbement Shindel il salua le Héros et s'avança vers Everlee. Celle-ci lui rendit son sourire, heureuse de retrouver une connaissance. Bien qu'ils ne se connaissent que depuis peu, un lien s'était déjà tissé entre ces deux jeunes gens depuis le jour où il l'avait retrouvée inconsciente près de son village natal. Naturellement, il la prit dans ses bras à la manière d'un grand frère retrouvant sa petite sœur et elle lui rendit son étreinte.

« Je suis rassuré de voir que tu vas bien, dit le jeune homme.

- Comme ils sont mignons, ironisa Saïnee.

Everlee se sépara du jeune homme. Elle lança un regard en direction de celle qui venait de parler et porta une main à son cœur. Ce dernier s'était mis à tambouriner violemment contre sa poitrine. Elle ne sut pourquoi, mais cette retrouvaille l'ébranla plus encore que la précédente. Comme un vieux souvenir peut parfois vous arracher quelques larmes, Everlee sentit la moutarde lui monter au nez.

« Saïnee… » souffla-t-elle de façon presque inaudible.

Le sourire narquois quitta le visage de la rousse. Elle aussi sentit son cœur se serrer en voyant cette jeune fille aux allures de gamine s'élancer vers elle pour la prendre dans ses bras. Sous la surprise de cet élan d'affection, Saïnee voulu esquisser un geste de recul, seulement elle n'en fît rien, feignant l'indifférence. Le doux parfum de fleurs que dégageait Everlee l'ému bizarrement. Maladroitement, elle ne sut où poser ses mains et hésita avant de prendre la jeune effrontée par les épaules pour la séparer d'elle en la faisant reculer d'un pas.

« Hé ho, pas tant de familiarités entre nous, on n'a pas élevé les brebis ensemble ! »

Quelques villageois assistaient également à la scène, leur curiosité attisée par ces trois inconnues qui étaient, il faut l'avouer, vêtues d'une bien curieuse façon par rapport à la norme de Cocorico. Elles se dévisagèrent en silence quelques instants, puis Shindel posa une main sur l'épaule d'Everlee.

« Je pense qu'on a certaines choses à se dire qui ne regardent que nous trois… »

Shindel lança un regard évocateur à Colin qui ne baissa pas les yeux pour autant. La jeune femme fit demi-tour et s'éloigna de l'auberge d'un pas assuré. Colin s'avança, mais Link le retint par le bras.

« On devrait les laisser un peu seules, qu'en penses-tu ? » fit remarquer celui-ci.

Everlee lança un regard implorant à Colin qui lui répondit en souriant :

« On se revoit tout à l'heure Everlee. »

Un peu intimidée par la tournure des choses, elle suivit Saïnee qui s'était éloignée aux côtés de Shindel.

La nuit tomba sur Cocorico, plongeant le paisible village dans l'obscurité. Après avoir discuté longuement dans un coin reculé du village, les trois jeunes filles prirent la commune décision de se rendre à l'auberge afin d'y retrouver Link et le père Reynald. A cet instant, la salle commune était remplie de gens affamés, que ce soit des villageois habitués à la cuisine particulière (paraissait-il) du restaurateur, ou des voyageurs hyruliens de toutes races que l'on pouvait reconnaître par leur accoutrement destiné à protéger autant du soleil que de la pluie et du froid. Bien que cela puisse paraître étonnant pour un petit village, Cocorico accueillait souvent des voyageurs. L'endroit était réputé pour sa source divine aux vertus curatives, et sa proximité avec le Mont du Péril d'où jaillissaient plusieurs sources chaudes dont les gorons (et les touristes) raffolaient. L'auberge elle même possédait une source thermale personnelle qu'elle réservait à ses clients, ce qui bien sûr était une aubaine pour le patron qui ne devait certainement pas sa réputation à sa cuisine ni à ses chambres mal entretenues. Il faut savoir également que le village situé à l'est du royaume, tout près de la frontière, se trouvait être sur l'une des plus grandes routes marchandes reliant Hyrule aux contrées voisines.

Près du comptoir, un vieil homme édenté tapotait grossièrement les touches d'un piano, tentant d'accompagner une chanteuse à la voix nasillarde qui s'égosillait sur un air imparfait. Le père Reynald était installé à une table aux côtés de Link, Colin et Luda dans un recoin un peu plus au calme, loin des braillements de la musicienne. Les trois jeunes filles traversèrent l'endroit encombré sous les regards curieux des attablés. Saïnee avançait en tête, l'air assuré, suivit d'Everlee et de Shindel qui ne semblait pas vraiment se trouver à son aise dans une pièce qu'elle jugea trop petite pour contenir autant de monde. Elles s'attablèrent toutes les trois, aussi lorsque les villageois les virent en compagnie du prêtre et du Héros, ils détournèrent le regard, retournant à leur assiette. Luda poussa un peu sa chaise pour se resserrer contre son père. Si elle avait pu se le permettre, elle aurait certainement sauté sur les genoux de son géniteur pour éviter tout contact avec la grande inconnue. Cette dernière ôta son écharpe sous le regard effaré de la gamine, comme si elle s'attendait à voir surgir de sous le vêtement une langue de serpent ou un sourire carnassier. Finalement, elle avait un visage fin aux traits raffinés. Même si elle l'avait déjà aperçu, la petite brune souffla de soulagement intérieurement, comme à chaque fois qu'elle se rendait compte que la grande n'était au final qu'une fille ordinaire. Comme on pouvait s'y attendre, la conversation à la table de Reynald portait sur les trois nouvelles venues.

« Shindel m'avait fait part hier de son désir de se rendre à la Citadelle d'Hyrule, rencontrer Impaz, dit le prêtre. Comptes-tu toujours en faire ainsi ?

- Nous en avons parlé ensemble ce soir. Nous pensons effectivement nous rendre à la Citadelle, mais d'abord, nous aimerions rencontrer le bibliothécaire, répondit Shindel.

- Le bibliothécaire ? répéta le prêtre.

- Un homme qui étudie les peuples hyruliens et les légendes les concernant, ajouta Saïnee.

- Vous devez certainement parler de Jehd, affirma Reynald. Qui vous a parlé de cet érudit ?

- Un goron, un certain Darius, répondit la rousse. Colin m'a confirmé que cet homme connaissait sur le bout des doigts les peuples d'Hyrule et des pays voisins. Il aura peut être une idée d'où nous venons. »

Le patron de l'auberge emmena sur la table un énorme plat de lentilles trempant dans une sauce à l'aspect marron et visqueux, dans lesquelles se dissimulaient quelques morceaux de viande qui semblaient être du porc bouilli, puis il fit demi-tour sans même souhaiter un bon appétit à ses clients. Shindel haussa un sourcil, sceptique.

« Je ne me souvenais plus que l'on mangeait si bien ici... Bienvenue à Cocorico », souffla Colin dans l'oreille d'Everlee qui ne pût s'empêcher de grimacer.

« Quand comptez-vous partir ? questionna Link.

- Le plus tôt possible. Demain certainement, répondit Shindel.

- Je suis navré de n'avoir rien pu faire quant à vos souvenirs mes enfants, soupira le prêtre. Mes remèdes redonnent la santé, mais le mal qui semble vous lier est différent d'une perte de mémoire due à un choc, ou une maladie. J'imagine que les dieux ont mis sur votre route cette épreuve difficile et qu'il faudra l'outrepasser par vous même. »

Les jeunes femmes acquiescèrent, sans manquer de remercier l'homme qui avait tout de même pris la peine de leur offrir le gîte, le couvert et quelques soins médicinaux.

« Hyrule est un pays sûr de nos jours, commenta Reynald. Cependant quelques monstres rôdent encore la nuit, et s'en prennent aux voyageurs. Je vous conseille de faire route de jour quoi qu'il arrive par la suite.

- Des monstres ? s'enquérit Saïnee. Ça pourrait devenir intéressant si ça se trouve…

- Des gobelins en particulier, précisa le prêtre. En ces temps de paix, lorsqu'aucune puissance maléfique ne vient réveiller leurs bas instincts, ils se contentent de piller les voyageurs sans effusion de sang.

- Et où pourrait-on se procurer une carte du royaume ? demanda Shindel. Sans cela, il nous sera difficile de prendre la route vers cette fameuse cité.

- Je connais le royaume par cœur pour l'avoir traversé maintes fois, fit remarquer Link. Étant donné que je dois me rendre également à la cité, nous pourrions faire route ensemble.

- Et en combien de temps pouvons nous nous rendre à destination ? questionna Shindel.

- À cheval, avec un bon rythme, une journée suffit. Mais puisque deux d'entre vous sont à pied, je dirai deux jours en faisant escale à Amphipolis.

- Dans ce cas, partez avec notre attelage, proposa le prêtre. Vous aurez ainsi de quoi voyager pour celles qui sont à pied et aussi de quoi transporter quelques vivres.

- Puisqu'il en est ainsi, je veux partir avec vous, lança Colin. Link, depuis toujours je rêve de partir à l'aventure, et puis ça sera aussi l'occasion pour moi de revoir Fénir et Iria… »

Le Héros eut un léger sourire en coin. Il repensa au petit garçon qu'il avait connu et qui aujourd'hui était devenu un homme. Il avait autrefois juré de lui apprendre à manier l'épée et à monter à cheval, promesse qu'il n'avait tenue.

« Je n'y vois pas d'inconvénient », répondit-il.

Everlee sourit à son ami. Elle semblait ravie de pouvoir entamer le voyage à ses côtés. Voyant que personne ne s'y opposait, Shindel ferma les yeux sur cette décision.

Le repas s'acheva rapidement, le plat restant en grande partie inentamé. Reynald et Luda quittèrent les futurs compagnons de voyage en leur souhaitant une bonne nuit. Le lendemain, ils devraient partir tôt pour atteindre Amphipolis avant la nuit.

« Tu as peur Everlee ? demanda Colin à la jeune fille qui marchait à ses côtés.

- Peur de quoi ? questionna la blonde.

- Je ne sais pas… De ce qui t'attends par la suite, de ne pas savoir d'où tu viens. Ou de ces deux autres filles, enfin surtout Shindel, quelle plaie cette fille !

- Non, je ne crois pas » répondit Everlee à mi-mot.

Dans l'air frais de la nuit, les deux jeunes gens marchaient côte à côte, parlant peu, savourant le simple bonheur d'avoir un ami à qui parler.

« Tu es déjà allé à la Citadelle d'Hyrule ? demanda la jeune fille après un long silence.

- Une fois, avec mon père. J'étais jeune, je n'en ai pas vraiment souvenir. Lors de la guerre, j'étais venu ici, Reynald avait pris soin de moi et mes amis, tandis que Link combattait le mal. Je n'avais pas pris part au combat, j'étais gosse à l'époque... Mais là, ça sera différent. J'espère rencontrer des gobelins durant le voyage ! Je vais pouvoir montrer à Link mes progrès à l'épée...

- Il m'a beaucoup parlé de toi tu sais, sourit la jeune fille. Il m'a raconté cette fois où tu as sauvé la vie de ton amie, Anaïs. Il paraît que tu t'es jeté devant un énorme sanglier pour la protéger.

- Ce n'était pas grand-chose, répondit Colin modestement en rougissant.Ça paraissait héroïque car à cette époque j'étais un gamin un peu trouillard à vrai dire…

- Et maintenant, tu n'as plus peur de rien alors…

- Un jour Link m'a dit, le courageux n'est pas celui qui n'a peur de rien, c'est celui qui fonce malgré sa peur du danger. Ha ! Si seulement nous croisions la route de quelques gobelins, ou même de ces affreux stalfos ! reprit-il, enthousiaste.

- Quelle horreur ! rétorqua Everlee.

- N'ai pas peur, quoi qu'il arrive, je te protégerai, je te le promets… »

Seule, assise au pied de ce vieil arbre à l'écorce rugueuse, Shindel réfléchissait. Ses cheveux d'une blancheur immaculée scintillaient sous l'éclat de la lune. De son regard sévère, elle observait Everlee et Colin revenir vers l'auberge. Bien entendu pour elle, la perspective de leur futur voyage ne l'effrayait pas. Au contraire, elle était avide d'en savoir plus, et si elle avait pu partir à cet instant, nul doute qu'elle l'aurait fait. Fermant les yeux, elle essaya encore une fois de chercher au plus profond de sa mémoire n'importe quel détail qui aurait pu lui revenir, mais sans succès. Vaincue, elle soupira, puis se leva pour rentrer à son tour. Elle grimaça à l'idée d'aller s'enfermer dans cette chambre commune nauséabonde, mais il valait mieux affronter sa claustrophobie qu'une journée de voyage sans avoir fermé l'œil de la nuit.

Link était épuisé. S'il avait été raisonnable, il aurait regagné la chambre de l'auberge qui lui était réservée, cependant, il préféra profiter de la fraîcheur de cette nuit étoilée et de la source chaude dont pouvaient bénéficier les clients. Il suffisait d'emprunter un petit sentier qui débutait dans la cour derrière l'auberge pour monter à la source. Bien entendu, à cette heure-ci, il constata que l'endroit était vide de toute présence. Le Héros déposa son bonnet au sol, enleva sa tunique verte et se débarrassa de sa cotte de maille, puis il ôta son pantalon de toile, gardant simplement un court vêtement qui cachait sa masculinité. Il pénétra alors doucement dans l'eau qui, malgré la fraîcheur de la nuit, était très chaude et dégageait des volutes de vapeurs. Il se dirigea vers le centre du bassin et s'assit en fermant les yeux, le dos appuyé contre un énorme rocher qui pointait vers le ciel.

« Plutôt pas mal, n'est-ce pas… » fit remarquer une voix de femme.

Le bretteur surprit, rouvrit les yeux. La jeune Saïnee se tenait devant lui dans l'eau, un sourire malicieux dessiné sur son visage. Le corps immergé dans le liquide presque brûlant, elle s'approcha du guerrier qui ne put voir ce dont elle était vêtue. Il ne put cependant s'empêcher de remarq uer que la jeune femme avait les épaules dénudées.

« Tu ne devrais pas te dévoiler ainsi sans être sûr que personne ne t'observe », lui susurra-t-elle malicieusement.

Elle s'approcha, sans gêne aucune, venant presque coller son corps contre le sien. Link sentit les doigts de la jeune femme jouer sur son torse alors que son autre main caressait son bras droit sensuellement. Sans pour autant se montrer déstabilisé, il plongea son regard dans les yeux dorés de Saïnee, remarquant toutefois que ces derniers avaient pris un étonnant reflet rougeoyant. Fermement, il attrapa le poignet gauche de la jeune fille.

« Ne joues pas à ce genre de jeu avec moi, dit-il calmement. Tu risquerai de tomber dans ton propre piège…

- Mais peut-être cela ne me déplairait-il pas… » murmura-t-elle en passant sa main libre dans la nuque du blond.

Elle avait approché son visage si près du sien que leurs souffles se mélangèrent l'espace d'un instant. Ne quittant pas le regard de l'homme, Saïnee rit et se détacha de son emprise. Elle sourit malicieusement, et s'éloigna. Progressivement, elle émergea de l'eau, dévoilant ses courbes féminines dont le plus intime était caché par un tissu fin et délicat. Jetant un dernier regard en arrière, elle lança au Héros :

« Je pense que ce voyage risque d'être fort intéressant… »

Sur ces paroles, elle reprit ses habits qu'elle avait déposé non loin et quitta les lieux, laissant Link seul à ses pensées.