Comme promis, voici le chapitre 4. Après un chapitre 3 très dur, il est temps de souffler un peu. Belle qui s'est emparée de la dague, va avoir une décision importante à prendre. Du côté du rating, je dirai que le chapitre est T. Il y a une scène qui peut déranger certains lecteurs (à la taverne). J'espère toute fois que vous allez apprécier ce chapitre. Bonne lecture!
Chapitre 4
Quand tout revint à la normale tard dans la nuit, Belle sortit prudemment de sa cachette. Elle camoufla sa chevelure sous sa cape et traversa la cour en longeant les murs, le dos courbé. Quelques gardes patrouillaient et se faisaient signe lorsqu'ils se croisaient. Dès que la voie fut libre, la petite brune se déplaça rapidement tel un papillon de nuit vers la sortie. Malheureusement, la grille était fermée. Elle se pinça les lèvres en disparaissant dans l'ombre d'un tonneau, digérant cet échec. Il était temps de concocter un autre plan d'évasion.
Mais avant que son cerveau ne se mette dans tous ses états, quelqu'un de l'autre côté de la grille demanda à entrer. C'était un messager qui apportait des nouvelles du front. Il déclina son identité et deux soldats actionnèrent le mécanisme de la grille. Belle en profita pour se ruer dehors. Apparemment, personne ne remarqua la petite chose dans l'ombre. Etait-ce encore une protection dûe à la fleur? Etait-elle invisible? Elle ne perdit pas de temps à trouver la réponse.
Elle courut le plus loin possible en s'enfonçant dans la forêt, laissant ses jambes décider de la direction à prendre. Les arbres noirs semblaient vouloir l'attraper avec leurs branches pendantes et crochues. Elle agitait nerveusement les bras qui se faisaient lacérer, pour tenter de se défaire de ce piège. Les branches accrochées à sa cape cassaient comme du verre alors qu'elle tirait pour s'échapper. Un nuage de petites chauves-souris criardes sortirent d'un tronc et s'en prient à ses cheveux en bataille. Elle tenta de les faire fuir en rabattant son capuchon sur son nez. Son attention portée sur les mammifères, elle ne vit pas la racine que l'arbre avait soulevée pour la faire chuter. Elle s'étala de tout son long dans un cri strident, hors d'haleine, la tête dans la neige froide.
Ses mains posées à plat, elle se releva péniblement. Elle avait l'impression que son corps s'était brisé en mille morceaux comme un miroir et que la terre tournait autour d'elle. Elle posa ses mains sur ses tempes et se laissa un moment pour reprendre ses esprits. Ses yeux se fermèrent et elle se répéta qu'elle ne risquait plus rien. Elle pensait être assez loin du château et la perce-neige était toujours dans sa cape. Une fois rassurée, elle leva la tête et vit que c'était la pleine lune. La nuit la plus mystérieuse du mois. La nuit où les créatures les plus terrifiantes sortaient de leurs tanières pour aller hanter le monde des vivants. Un frisson lui parcourut l'échine. Elle se mordit la lèvre et se dit que ce n'était que le fruit de son imagination.
Assise dans la neige, elle fit une grosse boule qu'elle utilisa pour laver son visage avec ardeur. Elle ne supportait plus de sentir le sang séché d'Hordor sur elle. Elle frotta le plus fort possible, se sentant terriblement sale. Les souvenirs de ces dernières heures revenaient sans cesse. Elle laissa ses mains tomber sur ses genoux, alors que les larmes noyaient sa vue et que son nez devenait rouge. Sa bouche se déformait à mesure que les horreurs du château revenaient la hanter. Les larmes firent place à de puissants sanglots.
Après avoir quelque peu reprit ses esprits, elle se creusa un petit abri dans la neige froide pour se protéger contre le vent qui se levait. Ses mains s'engourdissaient et devenaient douloureuses dans ses gestes machinaux. Une fois son petit coin prêt, elle se mit en boule, sachant qu'elle ne devait pas s'endormir malgré la fatigue qui l'avait rattrapée. La morsure du froid lui faisait encore plus enfouir sa tête dans sa cape et ses genoux étaient serrés contre sa poitrine. Elle recommença à sangloter, d'abord silencieusement, puis elle se laissa complètement aller. Tout son être fut pris de violents spasmes et son cœur se serra, la faisant atrocement souffrir. Depuis son arrivée dans ce monde, les situations les plus horribles n'avaient fait que de s'enchaîner sans lui laisser le moindre répit. Il y avait eu cette bataille avec toutes les horreurs que comportaient une guerre, ces enfants massacrés, la dureté des conditions de vie des habitants, les exécutions sommaires et la cruauté d'Hordor et du Duc. Elle repensa à Brunissende qui l'avait accueillie comme sa propre fille et avait partagé sa maigre pitance sans rien lui demander en échange. Elle espérait de tout son cœur qu'elle soit saine et sauve. Elle pensa également à Rumple et Baelfire. Pour eux, cet horrible monde était leur quotidien. Comment faisaient-ils pour survivre au milieu de tous ces dangers? Elle comprenait encore mieux à présent pourquoi Rumple avait pris la malédiction du Dark One.
Ses longs cils ne battaient plus. La lueur bleutée de la lune caressait les joues rondes et pâles de la jeune femme qui était complètement immobile. Sa beauté contrastait avec la laideur de cet endroit. Elle n'avait définitivement pas sa place ici. Elle n'était une simple bibliothécaire, vivant dans une ville sans trop de dangers et partageant sa vie avec son grand amour qui était prêt à tout pour la protéger. Ses larmes glissaient lentement le long de son nez, formant une goutte et qui gela avant même de tomber dans la neige comme de la poussière d'étoiles. Rumple lui manquait tellement, et la solitude lui pesait.
Ses yeux se fermèrent mais ses oreilles ne cessaient de capter les bruits environnants. Elle fronça les sourcils comme pour convaincre son cerveau que tout allait bien. Mais il était trop entraîné et ne pouvait se faire si aisément duper. La forêt, l'obscurité et le froid l'entouraient. « Seulement eux », se répéta-t-elle. Au loin, un loup ou un loup-garou hurlait à vous glacer le sang. Elle frissonna, resserrant ses genoux contre sa poitrine. Elle respira profondément pour se calmer et tenta de se détendre. Mais un craquement la sortit brusquement de sa semi somnolence. Sans s'en rendre compte, elle attrapa la dague dans sa botte et la saisit fermement à deux mains, brandie droit devant elle. Rien ne pouvait lui arriver. Elle contrôlait le Dark One qui serait là pour la protéger. Pourtant, la peur la paralysait.
Ses yeux cherchaient inlassablement la source du craquement, sans succès. La peur s'intensifia à mesure que des milliers de pensées se succédaient dans son esprit. Les hommes du Duc l'avait peut-être vue s'enfuir. Elle tenta d'imaginer la fureur du Duc quand il s'apercevrait qu'elle lui avait subtilisé le couteau. Il suffisait aux soldats de suivre ses traces dans la poudreuse. Comme elle n'était pas si loin du château, la belle se mit sur ses pieds, la dague à la main, prête à en découdre.
- Qui… qui est là? demanda-t-elle en tremblant.
Elle fit volte-face et ne vit que des arbres sombres, enneigés et parfois terrifiants. Son cœur battait la chamade. Elle déglutit avec moult difficultés, sa gorge étant serrée comme si une force invisible tentait de l'étrangler. La chaleur s'échappant de sa bouche entrouverte créait une légère brume. La lueur de la lune se refléta tel un éclair dans la lame de la dague. Elle se murmura que tout allait bien, que ce n'était que le fruit de son imagination.
Quand elle fut certaine d'être seule, elle prit quelques instants pour réfléchir à nouveau à la suite des événements. Elle possédait la dague et pouvait simplement contrôler le Dark One. Mais serait-ce suffisant pour protéger Rumple et Bae ? Et ils n'étaient pas les seuls à devoir être sauvés. Il y avait tous ces enfants envoyés au front. Il fallait également s'occuper des cas d'Hordor et du Duc. Ces deux êtres abominables ne devaient plus pouvoir sévir. Le Dark One lui-même était un problème. Qu'adviendrait-il si quelqu'un lui volait la dague ? Et si Rumple ne devenait pas le Dark One, qui succéderait à Zoso ? Elle imagina quelqu'un tel que Zelena ou Hordor s'emparer d'un tel pouvoir. Non, ce n'était pas acceptable. Elle regarda la dague et réalisa qu'elle avait le destin de tout un royaume sur plusieurs générations entre ses mains.
- Tu voulais être une héroïne, Belle ? Et bien, il est temps d'agir en héroïne, dit-elle pour se conforter dans sa décision.
Elle inspira un grand coup et appela le Dark One avec la dague. Comme pour sa précédente apparition, il se tenait juste derrière elle dans le silence le plus total. Elle se retourna et émit un petit cri de surprise.
- J'ai récupéré la dague, annonça-t-elle en déglutissant péniblement.
- Que veux-tu que je fasse? demanda-t-il dans le calme le plus complet.
Belle savait très bien ce qu'elle avait à faire. Elle serra très fort le manche de la dague et pressa ses lèvres l'une contre l'autre. Le Dark One avait sans doute compris. Les bras ballants, il joignit ses mains et prit appuis sur ses pieds. Il releva la tête et bomba le torse pour faire face à sa maîtresse. Elle tremblotait. Son hésitation fit naître un sourire de satisfaction sur le visage doré de l'être maudit. Il se demandait si la petite allait avoir de courage de commettre l'irréparable. Allait-elle sacrifier sa beauté et son cœur exceptionnel pour les Ténèbres? Le temps semblait suspendu.
- Meurs!
D'un seul coup, elle brandit la dague et avec rage et détermination, la planta dans la poitrine du Dark One. Ils tombèrent à terre, lui sur le dos, elle sur lui. Il la regarda avec un sourire béat, puis éclata de rire.
- Tu ne sais pas ce que tu viens de faire. Tu as accepté un marché sans en connaître toutes les conséquences.
- Détrompe-toi. Je le sais très bien. Je l'ai fait pour protéger quelqu'un.
- J'espère qu'il en vaut la peine, se moqua-t-il.
- Jusqu'à la dernière goutte de son âme.
Il ricana encore une fois. Belle savait qu'elle n'avait pas eu le choix. Connaissant le futur, elle pouvait aider Rumple à ne pas perdre son fils. Mais pour ce faire, elle allait devoir vivre avec une mort sur la conscience.
- Pardonne-moi de… de t'avoir assassiné.
- Tu seras une Dark One... parfaite.
- Comment cela? demanda-t-elle avec une certaine inquiétude.
- Je sais reconnaître les âmes désespérées et tu en es une.
Elle le fixa, restant immobile pendant plusieurs secondes, puis retira lentement la dague. Sa main et la lame gravée de son nom étaient couvertes de sang. L'effroi l'envahit et elle ne put retenir un tremblement en voyant sa main changer d'aspect. La malédiction se propageait rapidement dans tout son être. Elle sentait toute la puissance de cette magie noire l'envelopper et bouillonner dans ses veines. Elle avait l'impression de se trouver sur un toboggan en spirale sans fin, plongeant dans les abîmes de l'enfer. Elle avait beau tenter de ralentir sa chute en agitant les bras et les jambes, rien n'y faisait. C'était un voyage à sens unique. Ses efforts étaient vains.
Soudain, tout s'arrêta comme si elle s'était finalement écrasée tout au fond d'un puits. Elle haletait comme une brebis ayant échappé à un loup. Elle était plongée au cœur des Ténèbres dans le silence le plus complet. Son cœur battait si fort qu'elle avait l'impression de se trouver à l'intérieur de son propre corps. L'accalmie ne dura pas. Un tourbillon noir surgit de nulle part, l'enveloppa pendant que des images se succédaient dans son esprit : la mort de sa mère, les ogres, l'emprisonnement au Dark Castle, puis au château de l'Evil Queen, les sourires moqueurs de Regina par la petite ouverture de la porte de sa chambre à l'asile de Storybrooke, Hook qui s'en prenait à elle pour se venger du Crocodile, les drogues de l'hôpital, son père qui avait voulu lui faire franchir les limites de la ville, les mensonges de Rumple, les manipulations, les enfants massacrés, Hordor et son sourire carnassier. La masse noire plongea dans sa gorge et alla investir ses entrailles. La rage, la haine, la rancœur bouillaient en elle tel un volcan en éruption. Ses yeux se fermèrent et elle fit de son mieux pour repousser les assauts des Ténèbres dans un hurlement à terrifier le plus féroce des dragons.
- Quelqu'un doit s'opposer au Mal, lâcha-t-elle en rouvrant lentement les yeux. Cette malédiction, je la prends comme une bénédiction. Ce sera ma croix à porter mais j'accomplirai ma mission.
- Profite bien de ta solitude, Dark One.
Ce furent les dernières paroles que Zoso prononça, un sourire aux lèvres. Belle se laissa tomber dans la neige à côté du cadavre qui gisait dans son sang. Elle regarda la lame et vit que son nom y était gravé. En son for intérieur, elle espérait toujours être dans un rêve.
Après de longues heures de marche dans le silence le plus complet, Belle décida de s'arrêter à la taverne la plus proche. Elle ne se sentait ni fatiguée, ni affamée, ni même assoiffée. Tout ce qu'elle aurait dû être. Mais elle avait besoin de s'asseoir pour réfléchir aux récents événements et à leurs conséquences. Une chose était sûre: elle ne pouvait plus reculer. Ce qui était fait, était définitif.
Avant de pousser la lourde porte en bois, elle recouvrit son épaisse chevelure de son capuchon et baissa la tête. Sans un regard, elle se dirigea au bar et commanda une pinte avec une assiette de lentilles au lard qui était le menu du jour. La femme du tenancier apporta une grosse marmite en sortant de la cuisine et servit tous les affamés de la salle qui se plaignaient de la lenteur du service.
- Voilà, bande de râleurs! lança-t-elle.
Visuellement, l'assiette n'était pas très appétissante mais son fumet avait de quoi ouvrir l'appétit. Belle y plongea sa cuillère et avala le contenu goulûment. Elle réalisa que finalement, elle avait faim ou du moins le croyait-elle. Cette pitance lui avait d'ailleurs permis de réchauffer son ventre. Elle fit descendre les derniers morceaux avec une grosse gorgée de bière qu'elle préserva quelques secondes dans ses joues. Elle pensa que sa transformation n'était peut-être pas encore complète. C'était peut-être la raison pour laquelle elle ne ressentait pas la faim, mais qu'en ayant la nourriture sur la langue, son appétit humain se réveilla.
A la table du fond, deux hommes n'arrêtaient pas de chercher des noises à la serveuse qui était haute comme trois pommes. La petite ne répondit rien mais fit un geste qui en disait long sur sa désapprobation. Les deux hommes bien avinés à la voix très rauque attrapèrent la fillette par le bras pour l'attirer près d'eux. Le plus fort mit sa grosse main sale sous sa jupe. Elle tenta de lui donner une claque mais son acolyte lui bloqua le poignet, la renversant sur la table. Celui qui lui faisait face, leva sa jupe et lui écarta violemment les jambes. La fille se mit à gémir, les suppliant de la laisser tranquille tout en se débattant.
Interloquée par les cris, Belle se tourna sur son tabouret, sa chope à la main, fixant la salle de son regard terrifiant. La scène se déroulait dans l'indifférence la plus totale. Il n'y avait que les trois idiots de la table d'en face qui encourageaient les deux pervers à la faire hurler comme une chienne.
- Ne vous inquiétez pas, la petite aime ça, lâcha le tavernier en servant le client d'à côté.
Le sang de la brune ne fit qu'un tour. La rage monta directement depuis ses tripes. Elle sauta à terre, se rua vers la table du fond en écrasant la litière au sol formée de coques de cacahuètes et fracassa sa chope en terre cuite sur la tête du plus fort qui avait déjà baissé son pantalon, sa verge bien tendue, prête à salir l'enfant.
- Non mais vous êtes folle! s'écria-t-il en lui faisant face.
- Laissez cette petite tranquille, ordonna-t-elle en essayant de garder son calme.
Sa colère était toujours à son paroxysme. Elle rêvait secrètement de plonger sa main dans les entrailles de cet homme répugnant, de lui arracher ses intestins et de les lui faire avaler. S'il y avait bien quelque chose qui sortait Belle de ses gonds, c'était bien ce genre de personnages, se comportant pire qu'un animal envers les enfants.
- Tu peux t'en aller, dit-elle à la serveuse en maintenant son regard dans celui qui n'avait toujours pas remonté son pantalon. Ces hommes ne te feront plus rien.
- Tu es une rebelle toi, dit-il en soufflant son haleine de cochon à son visage. Tu m'excites ma beauté. Je vais te faire hurler de plaisir. Viens dehors. Regarde l'effet que tu me fais.
Il était face à la brune, l'engin prêt à l'action. Il sentait son désir monter. Il rêvait de la saisir à la taille, de lever sa cuisse légère et de déverser sa précieuse semence à l'intérieur.
- Hum… laisse-moi réfléchir un instant, dit Belle en se tapotant la tempe pour chercher une réponse qu'elle possédait déjà. Non, mais que dirais-tu de…
D'un geste de la main, le pénis de l'homme quitta son attache et se retrouva dans sa petite main gracieuse sous le regard médusé de tous les clients qui ne purent retenir un petit cri de surprise. Tous remarquèrent que sa main était dorée et que ses ongles étaient noirs comme les ténèbres.
- Ne touche plus à cette fille et je te rends ton phallus. Sinon, je le réduis en cendres.
Elle inclina légèrement la tête et la bougie la plus proche dévoila son visage maudit.
- Sorcière! lançait-il, effrayé par son apparence.
Elle ferma ses doigts sur l'objet de la virilité de l'homme qui paraissait bien petit, et serra légèrement.
- Ne faites pas cela! hurla-t-il en voyant que son précieux outil allait peut-être disparaître. Je ferai tout ce que vous voudrez!
- J'aime quand on dit ça, commenta-t-elle, satisfaite.
Il se mit à genoux et la supplia, les mains jointes comme devant Dieu. Pourtant, elle se refusa de croire qu'elle était un être supérieur. Elle était et resterait toujours Belle. Son nouveau statut n'y changeait rien. Elle remarqua également que l'homme, pris de panique, avait passé du tutoiement au vouvoiement. Il avait sans doute réalisé qu'elle ne plaisantait pas et qu'il lui devait le respect.
- Avons-nous un accord? demanda-t-elle calmement, un petit sourire moqueur au coin des lèvres.
- Ou… oui, milady.
Elle rendit son bien à son propriétaire et quitta les lieux dans le silence sous le regard des habitués. Sa cape flottait derrière elle, telle la traîne d'une mariée dans l'allée d'une église. Mais ses noces semblaient plus funèbres que festives.
- Alors? Tu as aimé? demanda Zoso avec enthousiasme lorsqu'elle se retrouva seule à l'extérieure de l'établissement.
Belle sursauta en le voyant, bien vivant, face à celle.
- Mais… comment?
- Moi? Ah non, ne t'inquiète pas. Je suis bien mort. Tu te souviens? Tu m'as poignardé hier soir. Je suis seulement ton guide.
- Je n'ai pas besoin de guide. Je sais où je vais.
- Peut-être. Mais sais-tu utiliser tes pouvoirs? demanda-t-il en jouant avec ses doigts.
- Je sais que ce que j'ai fait est mal, répondit Belle. Mais je devais aider cette petite. J'ai utilisé la magie pour faire le bien.
- C'était de la magie noire, précisa son guide.
- Je n'avais pas le choix, lâcha-t-elle, lasse.
- Tout le monde a le choix, ma petite chérie.
- Je ne suis pas ta petite chérie ! se fâcha-t-elle. Je sais que ça te ferait plaisir, mais non. Je n'accepterai jamais les ténèbres.
- Ils disent tous cela… et finissent tous par sombrer. N'as-tu pas aimé le pouvoir que tu avais?
Elle ignora sa remarque et continua son chemin sans un mot, sa besace sur l'épaule. Elle savait que si elle restait concentrée sur son objectif, il finirait par la laisser tranquille. Elle se demandait bien comment Rumple avait fait pour supporter cette présence aussi longtemps sans devenir fou. En y réfléchissant un instant, elle se dit qu'il était effectivement devenu fou. Mais grâce à son objectif personnel, il avait gardé une certaine lucidité. Elle espérait avoir la force d'en faire autant.
- Pourquoi vas-tu par là? demanda Zoso. Le château du Duc est dans la direction opposée.
- C'est parce que je ne me rends pas au château, répondit-elle, lasse.
- Tu ne veux pas te venger? s'interrogea-t-il, étonné. Tu ne veux pas le faire souffrir ? Le réduire en escargot et l'écrabouiller ? Lui arracher le cœur et le réduire en cendres ?
- Non, lâcha-t-elle plus sèchement qu'elle ne l'aurait voulu.
Un homme arriva à cheval et ralentit en voyant la jeune femme, camouflée sous son épaisse cape au milieu du sentier. Vu son barda, il devait être un voyageur ou un messager. Belle lui fit signe et s'approcha de lui.
- Excusez-moi. Je cherche la ville de Longbourne. Savez-vous dans quelle direction se trouve-t-elle? demanda la brune qui n'avait toujours pas réussi à mettre la main sur une carte.
Longbourne était le nom de la ville la plus proche du village où Rumple vivait. Elle espérait pouvoir le trouver au marché car elle ignorait le nom de son patelin. Ce n'avait pas été faute d'avoir essayé d'entamer une discussion sur son passé mais son mari ne s'épanchait pas vraiment sur cette période de sa vie.
- Oyez brave dame. Longbourne se trouve à deux jours de marche en direction du sud. Mais vous pouvez raccourcir votre voyage en coupant par le lac gelé.
- Il est aussi au sud?
- Partez un peu à l'ouest, dit-il en pointant la direction avec son indexe. Il y a une auberge à Hamelin à deux kilomètres du lac. Vous pourrez y passer la nuit.
- Je vous remercie, dit-elle en faisant un signe de la tête.
- Bon voyage! cria-t-il en ordonnant par la même occasion à son cheval de se remettre au trot.
Belle profita du soleil qui avait enfin vaincu les nuages, pour observer le paysage enneigé. Elle suivait le sentier ouest sous les grands arbres. Sous le poids de la neige, leurs branches tombaient et formaient une superbe allée. Des glaçons pendaient ça et là rendant le paysage féérique. Elle se mit à rêver à certaines histoires hivernales qu'elle avait lues tantôt au Dark Castle, tantôt à Storybrooke. Deux petites mésanges charbonnières la suivaient. Elles se posaient sur une branche, observaient la jeune femme, pépiaient, puis volaient à nouveau quelques mètres.
Belle sortit de sa poche un couteau et un quignon de pain de son sac. Elle coupa de petits morceaux et les lança pour les petits oiseaux. Puis elle mit quelques miettes dans sa main gantée et attendit qu'une mésange se pose. Doucement, elle se mit à chantonner.
Mon oiseau se pose
sur les doigts de ma main
Le petit gourmand
picore tout le grain
Mon oiseau s'endort
Dans le creux de ma main
Le petit frileux
reste jusqu'au matin
Mon oiseau s'éveille
Prisonnier de ma main
- Mais que fais-tu? demanda Zoso intrigué.
- Je nourris ces pauvres petits oiseaux. L'hiver est rude et ils ont des difficultés à trouver de quoi manger.
- Tu es le Dark One! Le Dark One ne se préoccupe pas du sort de ces bestioles. Et le Dark One ne chante pas!
- Je ne suis pas comme toi, rétorqua-t-elle en lançant d'autres miettes.
- Tu vas le devenir.
- Aucune chance!
- C'est bien. Tu sais ce que tu veux. Connais-tu les sorts qui requièrent des oiseaux?
- Non, et je m'en moque. Jamais je ne tuerai de petits oiseaux. D'ailleurs, je ne tuerai jamais.
- Tu l'as pourtant fait, rappela-t-il.
- C'était différent, justifia-t-elle.
Elle continua son chemin de quelques pas lorsque Zoso réapparut juste en face d'elle. Excédée, elle roula les yeux.
- Quoi encore?
- Sais-tu qu'avec les pouvoirs du Dark One, tu peux te téléporter où tu veux?
- Je sais.
- Laisse-moi te montrer comment faire, proposa-t-il.
- Non ! hurla-t-elle.
Ce comportement ne lui ressemblait pas. Elle porta sa main gantée à sa bouche délicate.
- Je me rendrai à Longbourne à pied comme n'importe quel être humain normal, annonça-t-elle.
- Tu n'es plus un être humain normal. Tu es le Dark One, précisa-t-il.
Elle traversa Zoso sans dévier de sa trajectoire. Ce guide l'agaçait. Il était là pour la tenter, pour qu'elle use de magie noire plutôt que pour l'aider à retrouver Rumplestiltskin. Elle se demandait comment il allait réagir lorsqu'il réaliserait qu'un baiser d'amour véritable suffirait à briser la malédiction.
- Quelle utopie! lança Zoso en faisant sursauter Belle.
- Arrête de lire dans mes pensées! Vas ennuyer quelqu'un d'autre, ordonna-t-elle.
- Mais il n'y a qu'un seul Dark One. Et tu as besoin de mon aide.
Elle s'arrêta et le fixa.
- Je suis une grande fille. J'ai vécu avec le Dark One assez longtemps pour le connaître et savoir ce qu'il veut. Tu perds ton temps avec moi. Jamais je n'accepterai les ténèbres parce que je suis une héroïne et le resterai. Tu n'arriveras pas à corrompre mon âme.
- N'en sois pas si certaine. Regarde ta main.
Belle sortit sa main de sous sa cape, retira son gant et fut horrifiée par ce qu'elle vit: sa main avait des reflets dorés bien plus importants que lorsqu'elle avait poignardé son prédécesseur.
Ce n'est que le début, ajouta Zoso en ricanant.
Qu'avez-vous pensé de ce chapitre?
Petit spoiler sur le chapitre 5: Belle va retrouver Rumple et Bae :)
