Bonjour à tous,

un chapitre plus fourni pour ce troisième jour d'entraînement...

Guran, merci pour ton comm', j'espère que la suite te plaira.

Bonne lecture


Troisième Jour

7h36

Salle commune

Louise plonge le nez dans son café. Elle vient de transmettre le programme d'entraînement à Riko pour le groupe et commence doucement à s'habituer au décalage horaire. L'enthousiasme d'hier est en train de faire place à une vision plus réaliste des choses. Ils avaient eu le droit à un tirage au sort des plus difficiles et elle n'est pas assez naïve pour ne pas comprendre quelles équipes ils allaient rencontrer s'ils passaient le premier tour.

Elle a confiance dans sa nouvelle équipe. Elle prend doucement conscience que le principal atout de cette équipe ne réside pas uniquement dans son sixième homme, ils l'avaient tous étonnés par leur enthousiasme et leur endurance. Mais pas au point de ne pas trembler devant leur prochain adversaire.

- On est loin de sous-estimer notre adversaire, dit Nijimura.

Surprise, elle se retourne vers l'ancien capitaine de Teiko qui s'adresse à elle en français.

Louise soupire. Elle avait toujours trouvé que l'un des plus grands avantages à se retrouver dans un pays étranger est d'avoir l'impression de se créer une bulle qui n'appartient qu'à soi en maîtrisant un langage que personne d'autre ne comprend ou presque. Elle avait toujours apprécié cette sensation grisante de double lecture sur son quotidien que cela lui donnait et bénissait les cieux de ne pas être née anglophone car c'est une sensation qu'une personne dont la langue natale est l'anglais ne pourra jamais comprendre.

Elle met de côté cette pensée en se trouvant un peu mesquine d'être ennuyée par une telle chose. Nijimura avait fait des efforts visibles pour lui parler dans sa langue et elle ne souhaite pas se montrer la dernière des ingrates en lui montrant que cela l'énerve un peu.

- Je n'ai pas menti hier, je les ai affrontés en tant que joueuse, en tant que coach et si j'ai toujours gagné mes rencontres, cela a toujours été des matchs terrifiants.

Et le petit meneur espagnol doit encore lui en vouloir d'avoir éliminé son équipe en demi-finale il y a deux ans alors que l'Espagne se voyait déjà aux portes d'un exploit incroyable.

Nul doute qu'il allait prendre ce match comme une revanche personnelle. Et qu'il aurait sûrement de nouvelles surprises juste pour elle.

Elle se tourne vers Nijimura. Comme aux autres, elle doit lui parler en tête à tête. Elle n'avait pas prévu de le faire maintenant mais ça lui paraît être le moment ou jamais.

Lorsque les joueurs se lèvent pour rejoindre le gymnase pour s'entraîner, elle retient Nijimura d'un regard. Un peu nerveusement, il se tourne vers elle en reprenant une tasse de café.

- Vous m'avez impressionné pendant mon petit test d'endurance, commence Louise.

- Je ne suis pas allé jusqu'au bout, répond-il un peu gêné. Rien de bien impressionnant là-dedans.

Louise se prend la tête une seconde. Personne n'aurait dû aller jusqu'au bout du test… Mais un seul coup d'œil à Nijimura lui montre que ce n'est pas quelqu'un qui a besoin d'être rassuré sur quoi que ce soit.

Il n'a aucune illusion sur ses capacités ni sur les raisons de sa présence dans cette équipe. Et il n'est pas du genre à s'apitoyer sur son sort ni à se diminuer devant qui que ce soit.

Il est juste terriblement honnête envers lui-même.

Et ça, c'est une chose qu'elle ne peut que respecter.

A son tour d'être un peu honnête.

- Il y a deux ans, j'ai fait passer ce test à mon équipe et vous vous êtes arrêté au même exercice que Stéphane, mon ancien capitaine.

Nijimura écarquille les yeux.

- Stéphane Moreau ! Vous parlez du rookie des Spurs !

Louise s'amuse de la lueur qui étincelle dans les yeux de l'ancien capitaine de Teiko. Elle se dit qu'il faudrait qu'elle raconte cette anecdote à ce grand idiot la prochaine fois qu'elle le verrait. Ça le ferait longuement rigoler de savoir qu'il avait un fan dans sa nouvelle équipe.

Elle se dit qu'elle aurait quelques histoires qui pourraient lui plaire avec un grand sourire.

- Et personne dans l'équipe n'est allé plus loin que cet exercice, ajoute-t-elle d'un ton laconique.

- Vous blaguez ?

- Nope. Je crois que j'avais un brin sous-estimé les membres de cette génération miracle. J'avoue que je pensais que le manque de compétition dans ce pays avait quelque peu exagéré leur réputation. Mais force est de constater que ce surnom n'a rien d'exagéré.

Nijimura acquiesce gravement sans un mot.

- Et il va de soi, continue Louise sur le ton de la confidence, que si vous osez reporter quoi que ce soit ce cette conversation, vous êtes mort.

L'ancien de Teiko rigole une seconde :

- Ils en deviendraient encore plus insupportables qu'ils ne le sont déjà.

- Vous vous sentez capable de les tenir comme vous le faisiez à Teiko.

- Aucun problème, répond-il sans hésiter une seule seconde.

- Même Aomine ?

- Surtout Aomine ! s'amuse-t-il. Croyez-moi, il est plus facile à gérer que ne l'était Haizaki…

Hazaiki ? Un joueur qu'elle n'a pas envie de rencontrer…

- Et Akashi ?

Nijimura hésite une petite seconde avant de répondre calmement :

- Même Akashi.

Louise se tourne vers lui avec le plus grand sérieux.

- D'après ce que j'ai vu de votre endurance et de vos capacités, je n'attends pas de vous que vous soyez uniquement le garde-fou de joueurs trop talentueux pour leur bien. Vous avez un rôle à jouer pour l'équipe et dans l'équipe.

Le regard qu'il lui lance montre à quel point il est soulagé.

Il avait besoin de faire partie de l'équipe et pas uniquement d'être là en observateur.

- J'ai quelques conseils pour vous et après, je vous raccompagne à l'entraînement…


Gymnase de Tokyo

9h15

Riko observe du coin de l'œil les joueurs prendre un peu de repos après l'échauffement musclé qu'ils venaient de subir. Le programme du coach prévoyait ensuite un match avec d'un côté Akashi, Aomine, Takao, Kise et Himuro contre Hyuga, Murasakibara, Midorima, Kagami et Izuki.

Tous les matchs improvisés qu'avaient organisés Louise testaient sans cesse des combinaisons différentes de joueurs. Mais il y avait une constante, Akashi et Huyga ne se trouvaient jamais dans la même équipe. Et instinctivement, les deux capitaines gardaient leur rôle quelle que soit l'équipe formée. Louise lui avait demandé d'être particulièrement attentive à la façon dont les anciens de Teiko acceptaient l'autorité de son joueur dans les équipes.

Midorima avait été le premier à se plier à l'autorité de Hyuga. Le grand shooter de Shutoku avait rehaussé ses lunettes sur son nez la première fois que Hyuga avait parlé de son plan pour contrer les manœuvres d'Akashi lors de leur premier match. Il avait réfléchi un instant, pensé que son plan était valable et avait suivi et soutenu sans problème toutes ses actions par la suite. Il y avait une entente et un respect mutuel entre les deux joueurs que seuls deux experts des tirs à trois points pouvaient partager.

Kise non plus n'avait pas posé problème. A vrai dire, il ne semblait regretter qu'une chose, que Kuroko s'entraîne seul dans son coin et avait eu du mal à se concentrer lors des premiers matchs. Mais il avait accepté sans peine tout ce que son senpai pouvait lui demander. Kasamatsu l'avait bien formé… Elle imagine avec un petit sourire qui aurait inquiété n'importe qui le traitement de choc que l'équipe de Kaijo avait dû lui faire subir pour rendre l'arrogant copycat de la génération miracle aussi docile.

Murasakibara semblait quant à lui avoir choisi de suivre Huyga parce que le contrer lui aurait coûté trop d'énergie. Il garde son éternelle indolence en dehors et sur le terrain. Surtout quand Himuro n'était pas dans son équipe comme maintenant. Mais il n'en est pas pour autant terriblement efficace sur le terrain. Elle n'aurait jamais cru voir un jour un joueur capable de déjouer si facilement les attaques d'Aomine ou Kagami. Kise l'avait eu une fois en copiant le tir fantôme de Kuroko mais pas deux. Si la coach arrivait à le motiver réellement, il deviendrait un atout monstrueux pour leur équipe.

Aomine quant à lui, c'est une autre histoire. Dès que le jeu commence à devenir intense, il n'écoute plus personne à part Nijimura ou Akashi. Mais elle doit aussi admettre que plus le jeu devient difficile et plus il montre à quel point il avait mérité sa place d'as dans la génération miracle. Personne ne peut lui tenir tête en un contre un quand il est lancé. Mais il en oublie ses équipiers et le jeu avant même de rentrer dans la zone. Autant dire que cette attitude n'arrange rien entre Hyuga et lui quand ils sont dans la même équipe.

Ce qui n'est pas le cas dans cette partie, heureusement.

Alors que la partie commence, elle observe avec attention le capitaine de Seirin faire jeu égal avec Akashi avec surprise. Depuis qu'il avait parlé à la coach, c'était comme si le poids invisible qui pesait sur ses épaules dès le jour où il avait su qu'il ferait partie de l'équipe s'était volatilisé.

Et avec une pointe de jalousie qu'elle n'admettrait devant personne, elle se demande bien ce que la coach avait pu trouver pour obtenir un tel résultat avec son joueur.

- Le match est déjà commencé.

Elle sursaute en voyant Nijimura et Louise arriver de l'hôtel et s'asseoir à ses côtés.

- Nijimura, vous remplacez Izuki. Et on va faire un changement, continue Louise. Himuro et Murasakibara, vous changez d'équipe.

Les changements se font rapidement et Louise garde les yeux sur Himuro.

- Himuro, vous prenez le rôle de meneur.

Riko fronce les sourcils. Elle avait enlevé Izuki et mis Himuro à son poste dans l'équipe. Et il se trouve en face d'Akashi, le meilleur meneur qu'elle ait jamais vu.

Elle fait signe à Izuki de venir s'asseoir à côté d'elle et il a du mal à cacher sa déception à l'idée de ne pas jouer.

- Je suis désolée, dit Louise les yeux tournés vers le match qui s'annonce. Himuro est un excellent joueur mais sa plus grande force est aussi sa plus grande faiblesse. Il n'y a qu'en se confrontant à un joueur de la trempe d'Akashi qu'il pourra s'en rendre compte.

Riko observe avec une plus grande attention le jeu qui recommence doucement, les nouveaux joueurs prenant lentement leurs marques. Et la coach de Seirin est surprise de la rapidité avec laquelle Himuro dirige l'attaque, utilise ses joueurs avec la plus grande efficacité. On aurait presque l'impression qu'il connaissait tous ses nouveaux équipiers aussi bien que Kagami avec qui il avait appris le basket.

Mais en face, ce n'est pas n'importe qui.

Akashi prend tout le premier quart temps pour observer le nouveau meneur et l'écart des points penche légèrement en faveur de l'équipe d'Himuro.

17-13

Et dès le début du deuxième quart temps, la poigne de fer du jeu d'Akashi se referme sur toutes les stratégies d'Himuro. Chaque attaque est contrée, chaque défense est anticipée. Seule la volonté incroyable de ses joueurs permet de maintenir l'équilibre mais la partie semble déjà jouée.

A la mi-temps, Louise s'approche de l'équipe d'Himuro et s'adresse à son meneur :

- Tu es un excellent joueur Himuro. Tu analyses avec une grande précision la situation, tes capacités et celles des joueurs qui t'entourent. Tu sais les utiliser avec la plus grande efficacité et le jeu de l'équipe reflète ton style, parfaitement orchestré où chaque geste, chaque action est polie la plus grande attention. Mais ton plus grand talent est aussi ta plus grande faiblesse face à des joueurs comme Akashi ou Sanchez, le meneur espagnol que nous allons affronter au premier tour. A toujours choisir la meilleure et la plus logique des options pour jouer, tu en deviens prévisible. Akashi lit en toi comme dans un livre ouvert.

Elle lui fait signe d'approcher et lui donne quelques instructions que seul Himuro peut entendre. Mais tous ses équipiers peuvent voir à son œil qui pétille qu'il a compris quelque chose d'important.

Le match reprend et la situation change lentement mais sûrement. De nouveau, les attaques de l'équipe d'Himuro reprend point par point son retard. Izuki pose la question qui brûle les lèvres de Riko.

- Vous lui avez dit quoi ?

Elle se tourne vers Izuki amusée par sa propre audace alors que Midorima vient d'enchaîner deux trois points.

- J'ai demandé à Himuro de rajouter un peu de folie dans son jeu.

Izuki regarde la partie et voit Akashi pris au dépourvu pendant un instant devant certaines décisions étranges d'Himuro. Mais son équipe est suffisamment réactive pour faire face à chacun de ses imprévus.

Mais pour la première fois depuis le début du jeu, les deux meneurs sont sur un pied d'égalité. Ou presque puisqu'Akashi se montre plus rapide dans ses réactions alors qu'Himuro est obligé de combattre des années d'entraînement pour mettre ce grain de folie dans son jeu qui lui permet de tromper les prédictions d'Akashi.

C'est assez logiquement que l'équipe d'Akashi finit par l'emporter mais son avance n'est pas si grande.

Riko observe de loin Louise prendre Himuro à part pour lui parler mais il a déjà compris ce qu'il avait à travailler.


Hotel Okura

Salle commune

14h02

Louise et Himuro sont surpris de voir que le repas du groupe est presque fini. Louise avait cru que sa démonstration aurait écourtée son petit speech mais Himuro s'était montré très appliqué et lui avait posé plein de questions. L'envie de progresser l'animait avec une telle force qu'elle avait dû le forcer à se changer et à la suivre pour aller manger sinon il aurait continué à s'entraîner.

Momoi leur avait laissé une assiette et ils la remercient avec gratitude car ce n'est qu'une fois assis qu'ils se rendent compte à quel point ils sont affamés.

Alors que les joueurs allaient de nouveau au gymnase, Louise apostrophe Kise pour qu'il reste à la table, c'est le prochain sur sa liste.

Autant intimidé qu'impatient à l'idée que ce soit son tour, Kise regarde Himuro engloutir son repas et Louise le forcer d'un regard à prendre son temps avant de reporter son attention sur lui.

- J'ai lu quelque part que tu avais commencé le basket en deuxième année et que tu avais réussi à gagner ta place parmi la génération miracle en moins de deux semaines.

Un véritable génie

Tu avais… Elle vouvoyait sans même y réfléchir Akashi ou Nijimura. Et là, de la même façon, elle se mettait naturellement à tutoyer Kise et Himuro. Heureusement les règles de la politesse sont tellement compliquées en japonais que l'on pardonnait facilement aux étrangers de prendre quelques familiarités et Kise ne s'en formalise pas.

Kise sourit pour cacher sa gêne et Himuro dévisage Kise avec le regard de celui pour qui rien n'avait jamais été facile, de celui qui a toujours dû mériter sa place au prix de sa sueur et d'un entraînement acharné. Ce voile qui assombrit l'œil d'Himuro et qui n'échappe pas à Louise qui lui permet enfin de retourner à l'entraînement.

Depuis le tirage au sort, Louise sait que le rôle de Kise pourrait être déterminant dans leur premier match. Du moins s'il se révèle à la hauteur de ses attentes.

Et ça c'est encore très loin d'être gagné.

D'un geste, elle lui fait signe de le suivre vers la salle attenante à la salle à manger où trône un immense écran plat. D'un geste mécanique, elle lui fait signe de prendre place, attrape un DVD dans son sac et s'apprête à le mettre dans le lecteur.

- Je vais te montrer deux matchs de nos futurs adversaires. Le premier est un match qui date de la dernière coupe du monde des moins de dix-neuf ans et le second est la finale du championnat européen des moins de vingt ans de cette année.

Louise regarde Kise quitter en un battement de cœur son sourire éclatant pour fixer l'écran avec le plus grand sérieux et elle se dit que si quelqu'un peut être à la hauteur de ce qu'elle attend, c'est lui.

A mesure que les premières minutes du premier match France Espagne commencent, rien de moins que la demi-finale de la précédente coupe du monde des moins de dix-neuf ans, un match qu'ils avaient gagné sur un buzzer beater de son capitaine, elle se perd dans les actions du match.

Elle se fond de nouveau dans l'intensité et la tension de cette demi-finale et a presque du mal à se reconnaître sur le banc de touche en train de triturer nerveusement les manches de sa veste à mesure que les minutes passent. Elle regarde avec un sourire nostalgique les joueurs de son équipe s'élancer balle à la main sur le parquet dans un duel effroyable contre son ennemi le plus intime, l'Espagne.

Elle se rappelle les blagues idiotes de son ailier qui trouvait toujours le bon moment pour dédramatiser les pires situations et la façon dont tous se moquaient gentiment de son humour idiot avec un sourire indulgent.

Elle se souvient comme si c'était hier du problème que leur avait posé l'Espagne. L'Espagne et leur petit meneur, Juan Sanchez. Qu'il soit sur le terrain ou non, il menait son équipe d'une poigne de fer insufflant un rythme déroutant à ses joueurs.

Elle se tourne alors vers Ryota qui est déjà perdu et perplexe devant cette démonstration. Et à mesure que les minutes passent, ses sourcils se froncent et ses yeux s'écarquillent.

La plus grande particularité de l'équipe d'Espagne est son changement constant de style. Tantôt rapide, tantôt lente, parfois agressive et dans la seconde d'après totalement sur la défensive, l'équipe ne cessait d'alterner les positions, les styles, les attaques et les stratégies de défenses. Et ils ne faisaient pas deux fois la même chose. Chaque joueur pouvait assurer n'importe quel rôle et ils obéissaient au doigt et à l'œil au petit meneur.

Et chacun des joueurs espagnols étaient au moins aussi bon que les membres de la génération miracle à son meilleur.

Et pourtant la France avait gagné.

Parce que le meneur avait fait une erreur.

D'un seul coup d'œil, Louise sait que Kise a compris ce qu'elle avait vu à ce moment-là.

Elle est impressionnée parce qu'elle avait eu toute la tension et l'adrénaline du match dont l'enjeu était une place pour la finale pour s'en rendre. Lui n'est que spectateur d'un match déjà joué entre deux équipes qu'il ne connait pas.

Et il a compris.

- Il a eu peur, souffle-t-il.

Louise acquiesce d'un hochement de tête.

- Le principal atout de l'Espagne vient de son style totalement imprévisible. Mais malgré tous leurs efforts, ils étaient au coude à coude avec nous. Alors Sanchez a abandonné son style si particulier pour son attaque la plus efficace. A partir du moment où j'ai pu prévoir son prochain coup, j'ai aussi réussi à trouver une parade. Mais ça s'est joué à un rien.

- Votre équipe était impressionnante. Tenir tête à un jeu si chaotique, cela demande une incroyable cohésion entre les joueurs.

De nouveau, Louise ne peut qu'acquiescer. Les joueurs de son cinq majeur avaient grandi et appris à jouer ensemble. Et c'est la seule chose qui leur avait permis de se mesurer à ce style si singulier. Quelle que soit la technique adoptée par Sanchez, ils s'y adaptaient presque aussi vite parce qu'ils se connaissaient par cœur et anticipaient intuitivement tous leurs mouvements.

Ils avaient fait preuve d'une confiance absolue entre eux pour gagner contre cet adversaire incroyable.

Et elle avait rarement été aussi fiers de ses joueurs.

Puis elle lui montre le deuxième match. La finale France-Espagne des moins de vingt ans de la coupe d'Europe remportée par l'Espagne. Et dans ce match qui se rejoue devant leurs yeux, tout a changé, les joueurs, les coachs, le vainqueur.

Enfin presque tout puisque le petit meneur espagnol est toujours là. A seize ans, il avait été le joueur le plus jeune de la dernière coupe du monde mais là, il a dix-huit ans. C'est toujours l'un des plus jeunes de la compétition mais il a fait l'amère expérience de la défaite et des espoirs déçus. Il n'y a plus qu'une lueur implacable et calculatrice aux fond de ses grands yeux noirs qui ne laissent plus aucune place au doute ou à l'erreur.

Et si la France avec ses nouveaux joueurs a complètement changé de style, l'Espagne joue exactement de la même manière. Louise observe avec attention Kise qui ne perd pas des yeux une seule action.

La stratégie de l'Espagne est toujours aussi chaotique et si les joueurs sur le parquet sont tous différents, ils jouent exactement de la même façon que l'ancienne équipe sous la direction du meneur qui n'appartient même pas au cinq majeur.

Et cette fois, Sanchez a suffisamment de sang-froid et d'expérience pour ne pas renouveler son erreur de la demi-finale perdue. Il suit son plan sans faillir et prend sa revanche sur une équipe de France monstrueuse qui ressemble aux yeux de Kise à une version sublimée de l'équipe de Tôô.

Une équipe de mercenaires où chacun des joueurs a le potentiel d'un Aomine au mieux de sa forme.

Et l'Espagne avec son jeu étrange l'avait emporté sur un dernier panier du meneur.

- Qu'est-ce que vous attendez de moi ? demande Kise en se tournant vers Louise.

- L'Espagne sera notre premier adversaire et il nous prendra au sérieux dès la première minute parce que je suis votre coach. Et comme tu l'as déjà compris, il ne faut pas compter sur la moindre petite erreur de leur part. La plus grande arme de l'Espagne est son style imprévisible. Sanchez a formaté chaque joueur et l'équipe exactement comme il le souhaite.

- Dans cette partie, tous les joueurs du cinq majeur ont changé, pourtant, ils jouent presque exactement de la même façon, acquiesce Kise.

Louise sourit. Elle ne s'est pas trompée. Les talents de copycat de l'as de Kaijo sont dus essentiellement à deux choses, un sens de l'observation incroyable et une capacité à décomposer et apprendre incroyablement vite toute nouvelle technique, tout nouveau mouvement.

- Presque, répète-t-elle. C'est exactement ça. Presque.

Kise lui retourne un regard plein d'incompréhension.

- Sanchez a réussi à imposer son style singulier à tous les joueurs de son équipe. Mais personne n'arrive à ce niveau sans imposer sa patte dans son jeu. Je veux que tu observes les cinq joueurs du cinq majeur jusqu'à ce que tu puisses repérer et reproduire parfaitement ce « presque. »

Le joueur de Kaijo prend la télécommande, revient en arrière et commence à observer avec une telle attention les joueurs espagnols que Louise a l'impression qu'il s'est déjà immergé dans un monde qui n'appartient qu'à lui.

- J'en suis capable, dit-il avec une confiance absolue en ses capacités que Louise lui envie un bref instant. Mais avec leur style de jeu, je ne suis pas sûr que ça servira à quelque chose. C'est leur jeu d'équipe qui est dangereux pas leur jeu individuel.

Louise observe une seconde son joueur et décide d'être magnanime en lui pardonnant son insolence… Pour cette fois.

- J'ai un plan, dit-elle. Et si tu y arrives réellement on passera à l'étape suivante.

Kise se tourne vers elle avec un sourire tellement confiant qu'elle ne sait pas trop comment y répondre.

- Ce sera fait en un rien de temps !

Il ne doute de rien celui-là, pense Louise en lui renvoyant son sourire bien malgré elle.


Terrain extérieur du Grand Gymnase de Tokyo

16h45

Louise est un peu surprise de s'être laissée happer par le spectacle des matchs de leurs futurs adversaires et elle doit bien avouer qu'avait eu du mal à se détacher du regard si sérieux de Kise qui analysait le jeu de chacun des joueurs.

Son regard posé sur les joueurs espagnols semblait étinceler d'une lueur dorée hypnotique. Elle avait dû se faire violence pour s'arracher du spectacle qu'il lui offrait.

Louise se frappe le front de sa paume devant son comportement de gamine idiote.

Elle avait pris un sérieux retard sur son planning lorsque son regard tombe sur Kuroko qui s'entraîne seul à l'écart sur le terrain extérieur. Il travaille les exercices qu'elle lui avait donné pour améliorer sa vitesse et elle l'observe avec curiosité.

Il est appliqué et exigent envers lui-même.

Et le souvenir de ses propres entraînements lui revient en mémoire.

Quand ses amis avec qui elle avait appris à jouer avait commencé à grandir et gagner en muscles, creusant un peu plus chaque jour la différence de stature entre eux, elle avait commencé à s'entraîner à l'écart. Elle avait beau être grande pour une fille, jamais elle ne pouvait rivaliser avec ses immenses joueurs avec qui elle avait appris le basket.

Alors elle avait commencé à ressentir la même urgence et le même désespoir qu'elle pouvait deviner dans ses gestes.

Comme lui, elle avait trouvé une réponse très personnelle pour rester un membre de leur groupe. Et comme lui, elle avait toujours eu l'impression d'avoir trompé tout le monde avec un tour de passe-passe et de n'avoir jamais vraiment mérité sa place parmi eux.

La sensation de solitude qu'elle avait ressenti à cette époque lui saute à la gorge et elle en oublie la suite de son planning pour se joindre à lui.

Ces exercices, elle les connait par cœur, c'était ceux qu'elle avait construit pour elle-même il y a des années.

Et elle avait vraiment besoin de se défouler une balle à la main.

Il faut bien une bonne dizaine de minutes pour que les deux joueurs sur le terrain se rendent compte que les heures avaient tournées et que les autres joueurs qui revenaient de leur entraînement se sont tous réunis autour du terrain pour observer leurs exercices si particuliers. Même Kise qui travaillait de son côté les a rejoint et lorsqu'ils s'en rendent enfin compte, Louise s'amuse du regard gêné de son joueur de l'ombre qui n'a ni l'habitude d'attirer l'attention ni de montrer autant ses émotions.

Elle sourit en voyant tous les joueurs apostropher Kuroko en se moquant gentiment du fait qu'il ait le droit à un traitement de faveur, Aomine et Kise se disputer son attention comme deux idiots sous le regard attentif de Nijimura et Akashi alors qu'ils se dirigent vers leur hôtel pour le dîner.

A cet instant, Louise se dit qu'elle commence à percevoir l'âme de cette nouvelle équipe.

Et que cette petite chose aussi fragile qu'intangible passe par Kuroko.


Salle commune

22h20

Tenant une tasse fumante entre ses mains, Kuroko traverse la salle vide et plongée dans l'obscurité depuis longtemps. Tous les membres de l'équipe s'étaient couchés sans demander leur reste, épuisés par cette nouvelle journée d'entraînement. Enfin presque tous, pense Kuroko en voyant la lumière filtrer de la pièce attenante à la salle commune.

Doucement, il pousse la porte et contemple avec fascination le match diffusé sur le grand écran, seule source de lumière de la pièce.

Et face à l'écran, dans l'ombre, Kise et Aomine observent avec une grande attention l'écran.

- Aomine kun? Kise kun ? demande presque timidement Kuroko.

Kise détourne un bref instant son attention qu'il tourne vers Kuroko et Aomine lui fait signe de venir s'asseoir avec eux.

- Ils sont incroyables nos futurs adversaires, dit Aomine, vraiment incroyables.

- J'y suis presque, murmure Kise en se tournant à nouveau vers l'écran.

Kuroko tire la chaise que lui montre Aomine et se retrouve entre ses deux anciens équipiers à regarder un match étonnant entre l'Espagne et la Serbie.

Les minutes passent et il a du mal à détacher les yeux du jeu étrange des espagnols. Leurs futurs adversaires, pense-t-il avec un frisson d'excitation.

Et il sursaute quand il sent la tête d'un Kise endormi tomber lentement sur son épaule.

- Kise kun !?

Alors qu'il s'apprête à le réveiller doucement, Aomine arrête son geste :

- Laisse-le dormir, souffle-t-il. Au moins jusqu'à la fin du match.

Aomine, les yeux encore perdus dans le match qui se joue sur l'écran murmure :

- Je crois qu'il en a besoin.


Note de l'auteur : les réflexions de Louise sur le vouvoiement et le tutoiement font références en fait au san ou kun que doit utiliser Louise en japonais. J'imagine qu'elle s'adresse à Nijimura ou Akashi avec un san (que j'attribue au vouvoiement) et Kise avec un kun (le tutoiement).

Ce sera au tour d'Aomine au prochain chapitre...