Bonjours a vous ! Tout d'abord quelques informations sur la fic en rapport avec un commentaire d'amaris12345.
L'épisode de la transformation n'a pas été oublié mais gardé au chaud pour plus tard, un peu de suspense n'a jamais fait de mal : ) Quand à un autre compagnon je n'y est pas vraiment songé. J'ai un peu peur de tomber dans l'absurde.
En tous cas merci pour tous ses nouveaux commentaires !
Bonne lecture, bye-bye.
4 : Réussir à s'adapter.
Un an est demi.
Vingt-deux mois, quatorze jours, sept heures et quarante-quatre minutes depuis ce fameux jour. Les vampires ont vraiment bonne mémoire. Je l'avais appris à mes dépens.
Cela faisait donc vingt-deux mois, quatorze jours, sept heures et quarante-quatre minutes depuis cette discussion ou j'avais laissé mon créateur, affectueusement nommé Franky pour Frankenstein, m'embobiner avec tout son baratin. Pour ma défense, je devais avouer que le docteur était un sacré orateur. Il avait réussi, malgré ma répulsion à son égard, à m'amadouer. Enfin, pas tout à fait.
- La conscience Isabella, m'avais t-il dit sur une note mystérieuse. La conscience est la partie de notre esprit qui nous juge, nous hante, nous torture par les remords. La tienne sera-t-elle capable d'accepter le meurtre Isabella ? D'ôter la vie d'une personne avec une famille, des rêves ?
Si le début de son discours ne m'avait pas perturbé … rares sont ceux qui se préoccupent des états d'âme de leur nourriture … ce ne fut pas le cas des paroles qui suivirent.
- Et si c'était ton père Isabella ? M'avait-il questionné avec son plus bel air innocent. Cela pourrait être l'un d'entre eux, après tout, la soif embrume le cerveau.
J'avais d'abord eu une furieuse envie de pouffer. Eux, quel pronom pouvait être aussi impersonnel et peu distinctif que celui-ci ? Ou était donc cachée la notion de moralité ? Le docteur aurait pu parler des humains comme de mon futur repas, je n'y avais vu aucune différence. S'il avait voulu me convertir efficacement, il aurait dû employer un sujet avec plus d'impact. 'Les victimes' auraient paru plus appropriées. Malgré tout, l'image que me renvoya mon cerveau à cet instant m'en empêcha.
Mon père. Le héros de mon enfance. L'homme à l'étoile et à l'éternelle moustache. Celui qui n'avait jamais raté un seul de mes récitals, en dépit de la distance. Mort. Comment serais-ce possibles …
Et à qui la faute !
Moi. La fille unique. Penché sur le cadavre de mon géniteur, sous le simple coup d'une impulsion. Inacceptable !
- Bien entendu je ne te force à rien. Avait-il repris. Si tu adoptes ce régime ce sera ta décision.
Ma décision.
Et là, je sue qu'il avait gagné.
Le libre-arbitre : c'était ce qui m'avait achevé. J'avais été complètement manipulé et avais mis exactement douze heures et trente-six minutes à les rejoindre. Piètre performance, j'en conviens. Mais étais-je de taille à lutter ?
J'ai appris plus tard qu'il avait été fils de pasteur dans le temps. Pas de chance, difficile de réfréner une éducation par la compassion, le poison de la bonté !
Tout de même, un vampire qui prêche la bonne conscience, il n'y avait que moi que ça titillait ?
Je devais cependant avouer que la figure paternelle n'était pas là, ma seule motivation. Si j'avais voulu, j'aurais simplement pu l'éviter. Ce fut la perspective de vivre avec Jasper qui mit un point final à ma décision. Et bizarrement depuis mon grand réveil, la présence du magicien m'était comme indispensable, mais passons …
Donc Vingt-deux mois, quatorze jours, sept heures et ho ! quarante-cinq minutes que je me retrouvais privée de liberté. Coincée dans la villa des Cullen au vu de mon manque de contrôle. Je n'étais autorisé, ni à me promener, ni même à sortir de la maison seule.
Le degré d'autonomie parfait pour un enfant de huit ans.
Emmet m'avait expliqué que toutes les émotions des vampires étaient multipliées par dix, et que ma condition de nouveaux-nés les avait tellement amplifiées qu'elles me rendaient instable. Irritable au possible.
Tout se jouait dans la démesure. Je n'aimais pas quelqu'un, je l'adorais. Je n'avais pas faim, j'étais littéralement affamé. Et en ce moment … je m'ennuyais.
Fois dix, fois cent, fois mille ! Je m'ennuyais ! Dur.
Il ne me restait plus qu'à occuper mes journées. Mes longues et interminables heures de solitude, les adultes étant au travail et les prétendus adolescents en cour.
La curiosité m'avait d'abord poussé vers la bibliothèque, et le moins qu'on puisse dire c'est que les Cullen ne manquaient pas de bouquins. Celle de mon créateur étais de loin, la plus fournit. Ça ne me surprenait pas, il avait eu le temps d'en amasser en quatre cent ans d'existence.
Les premiers mois de ma renaissance furent donc consacrés à la lecture. Pas de sujet en particulier, juste une incroyable et inépuisable soif de connaissance.
Malgré toute la bonne volonté dont la famille faisait preuve, farfouiller dans leurs livres me dérangeait. C'était comme leurs arrachés une part d'existence. Voyant cela, Esmée me confia le numéro de carte bleu de son mari, en me recommandant d'en user au plus vite pour mes propres attributions.
Douce et innocente Esmée. Quelle folie ! Je n'eus aucun remord à dépenser l'argent si bien gagné du docteur. Il avait voulu un nouvel enfant, soit ! Il devait en payer le prix. Ce jour-là, pas moins de six cent vingt-cinq livres furent commandés, et il avait fallu un camion pour tout transporter.
Mon côté mesquin et rancunier avait d'ailleurs beaucoup plu à Rosalie. Un peu moins à son armoire à glace de mari qui n'avait cessé de faussement s'apitoyer sur son sort.
- Pitié pas ça. Avait-il supplié, comme dépiter. J'ai signé pour une, pas deux furies à tempérer.
Il passa les semaines qui suivirent à nous harceler avec plusieurs noms de gang assez farfelu dont les Mégères en furies, Disjoncte-girls, ou les harpies. Surnom qui reçus l'approbation familiale le jour où agacer par ses continuels assauts, nous lui avions imposé un petit jeu.
Ma coéquipière l'avait nommé 'ce qui passe à la trappe'. Le joueur, ou appelons le concurrent, devait désigner entre deux objets celui qu'il souhaitait conserver.
Intéressant comme concept, un jeu qui ne permet aucun profit.
Prenons un exemple, Mr Muscle avait le choix entre : la panoplie cuir que portait Rosalie les grands soirs, ou bien la nouvelle console de jeux qu'Edward lui avait offert.
Difficile … n'est ce pas ?
Et comme pour tous les jeux dignes de ce nom, si le concurrent ne se décidait pas pendant le temps imparti, il perdait la totalité de ses gains. C'est de cette façon qu'Emmet se trouva dépossédé de son équipement de baseball, ainsi que des sièges de son 4X4. Pas vraiment des plus pratique.
Les harpies. Ça nous allait comme un gant.
J'avais regardé la définition dans le dictionnaire du docteur, seul bouquin que je n'avais pas pris la peine d'acheter, et j'avais lu quelque chose de similaire ...
Harpies nf : 1, monstre fabuleux à tête de femme et corps de rapace 2, se dit d'une femme acariâtre 3, sous espèce de faucon.
Je penchais plutôt pour la deuxième définition, même si la fierté m'empêchait d'avoué ma tendance prononcée pour les coups d'éclat. Une chose était certaine, je n'étais pas un volatile, et encore moins une espèce de créature mythologique. Bref, en quelques mois, Rosalie et moi étions devenu les Harpies, un duo de sœurs assez revêche, expert en désagrément.
Bien qu'individualiste, Rosalie était d'une loyauté à toute épreuve. J'avais appris à l'apprécier dans son intégralité et elle en avait fait de même pour moi. Acceptant mes sautes d'humeur et ma terrible attraction pour son frère, (homme marié depuis cinquante ans) sujet, sur lequel nous évitions de disserter tant il était problématique.
En parlant de Rosalie et des autres traîtres libérés sous caution, ils ne devraient pas trop tarder. Si ma mémoire était bonne, leur propre pénitencier fermait ses portes à 19h. J'allais bientôt avoir de la compagnie.
Au même instant, j'entendis le bruit crissant des pneus sur le gravier suivit d'un coup de klaxon.
Houra ! Ils étaient là !
À peine Rosalie fut-elle descendue de son cabriolet que je lui sautais dessus en me plaignant comme quoi je m'étais ennuyé. Ce qui sous-entendait qu'ils m'avaient manqué.
- Lâche-moi furie, tu vas m'étouffer ! Me répondit-elle en se dégageant.
Traduction : Toi aussi tu m'as manqué … Maintenant écarte-toi tu vas me décoiffer !
Quoi ? Comme si vous ne vous y attendiez pas, Rosalie restait Rosalie !
Elle avait d'ailleurs, du mal avec mes marques d'affection tactiles. Le cynisme l'aidait à masquer sa gêne et je m'en amusais beaucoup !
Ignorant sa remarque, je lui fis un sourire carnassier avant de l'étreindre un peu plus fort. Et si je pouvais mettre, au passage, un peu de désordre dans ses cheveux, je n'allais pas m'en priver.
- Sale morveuse dégage ! S'exclama de nouveau ma blondasse de sœur avec hargne.
Je ricanais. Avais-je oublié de préciser que la première version était la version douce ?
Maintenant que j'avais rechargé mes batteries sociales avec ses marques de tendresses quotidiennes, je pouvais me concentrer sur ce qui faisait vibré cette prison depuis des mois : ma guerre contre la demi-portion.
Une guerre froide, d'attentions, qu'elle remportait haut la main.
Techniquement parlant, je n'avais rien contre Alice. Au contraire ! Elle était absolument a-do-ra-ble. Adorable comme petite sœur … pas comme la femme du mâle le plus sexy de la planète ! C'était carrément malsain !
Vous y croyez vous ? Une romance entre le loup et l'agneau ?
Quoique on ne sache plus très bien qui était le loup entre les deux.
Je détestais l'influence que le lutin exerçait sur lui ! C'était comme si elle avait transformé le beau blond en un caniche à deux pattes, sans volonté propre, qu'elle traînait un peu partout au gré de ses humeurs.
On aurait dit qu'elle avait aspiré sa part de vitalité.
Ce n'était plus Jasper. Plus l'homme trop confiant à la démarche coincée que j'avais rencontrée. Plus le combattant qui réagissait au quart de tour. En fait, plus rien de ce qui me plaisait chez lui ne transparaissait dans son attitude. Non, Jasper Hale était le mari qu'elle avait créé pour elle.
Et cet idiot ne réagissait pas ! Pas une fois, je ne l'avais entendu protester. Il obéissait comme le petit con soumis qu'il était en public, et cela continuait à me mettre en rogne. À croire qu'il y prenait goût.
J'allais le faire réagir.
Par malheur, la bestiole ne l'entendait pas de cette oreille, et les seuls moments que nous avions en privés étaient ceux de la chasse. Jasper étant le seul à réussir à me contenir, il avait été désigné d'office au poste de gouvernante, son don de magicien l'aidant beaucoup.
Un point pour moi.
C'étaient les moments que j'appréciais le plus, et je savais qu'il en était de même pour lui. Il y avait ce petit 'truc' qui nous liait, nous l'avions senti, mais il s'appliquait à l'ignoré. Frustrant !
Peut-être par respect pour Alice … Il est vrai qu'ils avaient tous deux paraphé le même document, mais il pouvait arriver une quantité de chose déplaisante à une feuille de papier. Il suffisait d'avoir un peu d'imagination.
Certes, le lutin était son choix … mais il était mauvais !
Et à défaut de pouvoir lui imposer mes décisions, bien que, cela m'ait déjà effleuré l'esprit : j'attendais. J'attendais un signale. Malheureusement pour moi, ça semblait prendre un long moment.
C'est pour cette raison qu'Alice se trouvait encore, dans les bras de mon Jasper, caressant ses mains amoureusement. Pétasse ! pensais-je avec frustration. J'envoyais mon regard le plus coléreux au beau blond qui ne pus s'empêcher de faire un micro sourire en retour.
'Trois pas en avant' chantonnais-je 'trois pas en arriè-re. Trois pas sur le côté, et trois pas de l'autre côté.'
Une valse en trois temps. C'était l'effet qu'il me faisait, continuellement.
Quand j'avançais un peu, il me repoussait.
Absurde et insensé !
Hauts, bas, haut, bas … c'était le mouvement des petits doigts fin d'Alice. Ils semblaient flotter dans la large paume de Jasper, cela me mettait mal à l'aise et j'avais soif. Soif de jalousie. Si j'avais pu, j'aurais pleuré. Grand bien m'en fasse, cela relevait désormais de l'utopie.
Je savais qu'en ce moment, mes pupilles devaient se dilater et mes déplacements devaient paraître brouillions, voire violent. Je perdais mon contrôle, et si je ne buvais pas rapidement, j'allais la déchiqueter !
J'avais besoin d'un en-cas, tout de suite !
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'ouvris le congélateur et en sortie deux pochettes de sangs que je mis au micro-onde. Deux minutes à patienter. Deux longues minutes, comme deux ans.
J'avais maintenant une étrange relation avec le temps. Il ne tournait jamais au même rythme, mais demeurait là et c'était un constat assez angoissant.
30 secondes, 29, 28, 27, 26, 25, 24, 23, 22, 21, 20, 19, 18, 17, 16, 15, 14, 13, 12, 11, 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 Biiiipp bip bip !
Je ne pris pas la peine de prendre un verre, 'pas le temps' me glissais-je pour la blague, et planta directement mes crocs dans le plastique. … Mes soucis s'éloignaient. … Je revivais.
La boisson avait une saveur que je n'arrivais pas à situer, avec un arrière-goût artificiel, sûrement l'enveloppe qui la modifiait.
Intriguée, je retournais le sachet. Le mot Lama y était inscrit au feutre bleu indélébile. Cet échantillon faisait sûrement partit de la collection 'exotique' que j'avais commandé au docteur, enfin que j'avais exigé. Il avait dû en faire la demande au Zoo de San Diego. Ce qui était drôle, c'était qu'il faisait tout pour me contenter, en passant chacun de mes caprices sans qu'aucune faveur ne lui soit jamais retournée.
Sûrement avait-il besoin d'un repenti. Spéculais-je avec désobligeance.
Je jetai d'une main experte la pochette dans la poubelle et transperça la deuxième avec impatience. Waww, ça c'était juste, waww. Jouissif. Indescriptible. Inattendu. Je me surpris à lécher l'emballage dans ses moindres recoins, je devais avoir trouvé une affinité.
- Quel parfums ? Me demanda l'accent Texan de Jasper.
- Perroquet. Lui répondis-je stupéfaite par cette découverte.
Ce n'était même pas un carnivore.
Je l'avais senti approcher, comme toujours la discrétion n'allait pas de paire avec notre nature, ni l'intimité d'ailleurs. Toute la famille Cullen devait maintenant écouter notre conversation. J'imaginais bien Alice, à l'affût de la moindre parole déplacée, prête à intervenir si je devenais trop entreprenante. C'était déjà arrivé dans le passé, ce petit bout de femme m'avait pratiquement arraché un bras !
- Un animal têtu, agressif et rancunier. Commenta mon magicien avec un hochement de tête appréciateur. Inutile de préciser que nous comportons certaine similitude avec notre l'animal totem.
Il y avait une bonne dose de raillerie dans sa voix, dérision que je n'avais pu déceler qu'en privé, loin d'Alice.
C'était lui, le vrai.
Je décidais de répliquer, perdre la main n'était pas dans mes habitudes.
- Le tien doit être domestiqué. Un lapin, ou un autre rongeur docile et peureux devrait très bien faire l'affaire.
J'espérais qu'il prendrait la mouche, cela m'aurait soulagé. Mais déjà, cette référence à son attitude de légume casi-constant m'apaisa quelque peu.
Être la seule à partager mes pensées pouvait parfois être pesant, car je n'avais nul confident. Rosalie refusait d'écouter quoique-ce-soit en rapport avec son frère et je me voyais mal en parler à mon créateur, même ce voyeur de rouquin ne pouvais pas accéder à mon esprit. J'étais piégée.
- Vexé petit perroquet ? Continua-t-il en s'accoudant au comptoir.
Perdu. Je soupirais.
- Arrêtons de jouer veux-tu. J'en ai plus qu'assez.
Le blond ne répondit pas de suite, il se servit un verre d'eau avant de reprendre sa position initiale. Ce verre d'eau était sa parenthèse, son petit moment de suspense qui s'appliquait à faire durer. Très humain si vous voulez mon avis. J'eus un sourire amusé et m'en servis un à mon tour.
- Tu sais que tu n'auras rien. Me dit-il sur un ton froid et tranchant comme à son habitude.
Rien ? Rien ! Comment ça rien !
- Et tu le crois encore ? Lui demandais-je amer. Je posai mon verre plein sur le rebord de l'évier et en une seconde je fus devant lui, plantant mes prunelles encore bordeaux dans les siennes mordoré. Tu as réalisé n'est-ce pas ?
Il ne répondit pas, troublé, mais conservait sa posture autoritaire avec une certaine distance de sécurité. Je ne lui en voulais pas, car même à mes oreilles, ma voix paraissait hypnotique, comme celle d'une courtisane désespérée ou transparaissait un léger accent de folie. Ma folie.
- L'attraction. C'est impossible de lutter. Renchérissais-je de ma voix la plus captivante. Ça ne se contrôle pas.
- Je ne ressens aucune attraction.
Sa langue claquait, m'arrachait le cœur au passage, mais cette fois, ça ne passait pas. Qu'il se berce d'illusion m'agaçait prodigieusement.
J'avais réalisé mes sentiments, il était temps qu'il en fasse de même.
Ma volonté était telle, que j'eus l'impression de m'insinuer en lui et d'y brisé une protection. Il ne regarda les yeux ronds, comme s'il me voyait pour la première fois, avant d'entrer dans une colère noire.
- Qu'est-ce que tu as fait ! Hurla-t-il en me secouant.
Je grognais pour qu'il lâche prise, mais c'était inutile ses instincts avaient repris le dessus. J'entendis le bruit des pas précipités des membres de la famille qui convergeaient dans notre direction. Edward en tête. Mais le Texan me secouait trop fort et le nouveau-né en moi réclamait vengeance.
Le coup partit sans que je ne pus l'empêcher, et Jasper s'écrasa contre le délicat service en porcelaine de Limoge, d'Esmée. Plus de vaisselle. C'eut le mérite de lui rendre ses esprits. Il me regarda, scrutateur, avant de murmurer d'une voix interloquée, à peine audible que je n'aurais pas dû faire ça.
Une milliseconde plus tard je sentis la poigne d'Edward m'entraîner vers le fond du jardin. Loin du reste des Cullen.
- Tu aurais dû t'abstenir. Me dit le rouquin ennuyé.
Ils c'étaient passé le mot ou quoi ? Par ailleurs, qu'entendit-il par là ?
- L'attraction. Souleva-t-il malicieux, en référence à la précédente conversation. J'ai eu du mal à retenir Alice.
- Il aurait peut-être mieux valu qu'elle soit là, cela aurait évité un dérapage.
Devant mon attitude résignée, il pouffa.
- Ne t'inquiète plus pour ça, désormais elle assistera à chacune de vos entrevues, comme un chaperon. Imagine qu'elle fait ça pour ta vertu.
Ses paroles, loin d'atténuer mes remords, ne chagrinèrent encore plus. Finit l'intimité. Toutefois, je lui étais reconnaissant d'être intervenu en ma faveur.
Après ma transformation, le rouquin avait rapidement compris que je n'accepterais jamais une attention de sa part, ne voyant que son frère. Il avait par là même, cessé ses expériences douteuses sur ma personne, sauf dans le cas des devinettes, et était alors devenu d'une compagnie plus ou moins agréable.
- Il n'était pas prêt pour ça. Déclara-t-il après quelques minutes de silence. Ou du moins le choc était trop brutal. On ne t'a jamais dit que tu étais un ange de délicatesse ?
- J'ai une franchise à toute épreuve. Garantissais-je amusée par la tournure.
Toutefois cette franchise me menait la vie dure … Quoique, je n'étais pas la plus à plaindre. Emmet, lui, avait un problème plus sérieux, surtout quand on savait que Rosalie ne lésinait pas sur les punitions. Rancunière un jour, rancunière toujours.
- Je l'entends tu sais.
La confidence d'Edward me fit chaud au cœur, je n'avais pas besoin d'en savoir plus, ses simples mots me suffisaient.
Pendant le mois qui suivit, je n'eus aucun contact avec Jasper, ou Alice. Le lutin s'efforçait de m'éviter, entraînant dans ses escapades son mari domestiqué.
Puis viens le jour du baseball. Une date orageuse décidé en fonction des prédictions de la naine. C'était comme une réunion familiale, la présence de tous les enfants étant impérative, nulle dérogation n'était acceptée. En somme, c'était un jour béni, qui marquait ma première sortie depuis des mois.
Nous avions l'habitude d'y jouer sur un terrain plat, en haut d'une montagne, là ou les éclairs pouvaient pratiquement nous toucher. Étant assigné à l'équipe 'casque de football américain', composé d'Esmée, Alice, Emett et moi, j'avais dû faire un pacte de 'non agression' avec ma rivale. Le temps du match, bien entendu. Si nous ne nous supportions pas l'une, l'autre, nous supportions encore moins la défaite. Alors au placard les disputes !
Le début du match se passa bien, Esmée et Alice marquant deux home run consécutifs qui nous assuraient huit points d'avance, escorté de près par Emett qui en rajouta un neuvième. Malheureusement l'adversaire était tenace et quand vint mon tour, je dû affronter flash-Edward, Franky et les jumeaux diaboliques qui parvinrent à m'éliminer.
Alors que nous changions d'emplacement, nous sentîmes quelque chose d'anormal. 'Des vampires' murmura la parfaite voix de Rosalie. Tout se passa alors très vite, nous eûmes à peine le temps de nous regrouper que nous vîmes trois silhouettes sortir de la forêt. Nous étions tous un peu tendu, amis ou ennemi ? Comment savoir ?
Discrètement je me rapprochais de Jasper. Sentir son parfum chaud et musqué si près m'emplit de contentement. Enfin.
- Pouvons-nous nous joindre à vous ? Demanda un grand noir à la barbe mal entretenu.
- Nous en serions ravi. Répondit notre chef de famille en leur servant son sourire commercial. Nous recevons très peu de visite, mais elles sont toujours appréciées.
Quel faux jeton ! Alors que deux minutes plus tôt il tremblait sous sa couche de gel. Sachant que le docteur allait passer à la partie 'recrutement' je me désintéressai de la conversation, et en profita pour détailler les arrivants.
Il y avait deux hommes et une femme, tous trois vêtus de haillons. C'était la première fois que je voyais des carnassiers. Des vampire 'normaux' aux yeux carmin. Plus je les voyais, plus je les enviais. La liberté suintait par tous les pores de leur peau. Ils avaient l'aventure, j'avais une cage, n'étais-ce pas injuste ?
Je continuais à les observer tour à tour avec une sorte de convoitise mal placé et je sentis Jasper se crisper à mes côtés. Une vague de rejet m'atteignit alors violemment. Ne méconnaissant pas son origine, je me tournais vers le magicien et le questionnais mentalement. Mais que faisait-il ? Je n'eus aucune réponse, mais la pression cessa.
Il ne fut pas le seul à remarquer mes regards insistants, l'homme qui se tenait en retrait, silencieux et méfiant semblait s'y intéresser.
- Toi. M'apostropha cet étranger en s'avançant. Tu es nouvelle n'est-ce pas ?
Il avait un côté fier, fougueux, et assez macho qui me rappelait certain aspect du vrai Jasper. À une époque, le Texan avait dû lui ressembler, une époque antérieure à Alice.
- Réveillée il y a quelques mois. Lui confirmais-je.
Il s'approcha encore un peu plus, traversant la frontière invisible qui séparait nos deux clans. Aussitôt Jasper émit un grognement d'avertissement et le silence tomba. L'homme semblait s'en moquer. Il continua sa route, envoyant clairement à son opposant un défi sournois que le magicien ne pouvait pas relever sans crée un mouvement de panique. L'étranger semblait se délecter de la situation, et la colère du blond redoubla. Je crus entendre Emmet murmurer à Jasper de se calmer, mais je n'en étais pas sure car c'est à ce moment que l'homme me parla.
- Tu n'as encore jamais essayé l'autre côté pas vrai. Me questionna t–il les yeux étrangement brillants.
- J'ai été élevé à la mode végétarienne. Répondis-je avec prudence. J'avais peur d'enclencher l'assaut.
- La mode végétarienne. Il cracha par terre pour bien montrer son mépris. Seuls les fous se privent de ce qu'ils peuvent avoir, et même les humains en sont conscients.
Le discours ne m'était pas spécialement adressé, mais j'ignore pourquoi je me sentis soudain dans l'obligation de défendre les intérêts de mon créateur.
- Tous le monde ne peut pas vivre en épicurien.
- Mais tu aimerais ! Rétorqua-t-il aussitôt. Mouais … J'avais dû lui tendre une perche sans m'en apercevoir. Les voyages, le sang humains, l'absence du politiquement correct, la liberté … Tout cela t'attire, j'ai vu juste ?
Je ne répondis pas, mais je sentis l'inquiétude poindre en moi. Si cela m'attirait ? Oui, sans aucun doute. J'aurais tout donné pur vivre leurs vies pendant une journée. Une journée sans surveillance, sans limites territoriales, ni quelconques interdits.
- Nous sommes un clan itinérant. Enchaîna t-il finalement. Nous ne possédons aucun bien matériel, mais vivons comme nous l'entendons. Cette vie peut être la tienne. Joins-toi à nous.
Son discours était très persuasif, du moins dans mon sens. Je ne sais comment il avait détecté la faille chez moi, ce mode de vie qui ne collait pas à ma personnalité, mais en quelques mots, il avait fait renaître mon côté aventureux et passionné. Toutefois il y avait Jasper. Même distant, il était là, et penser à le laisser en arrière m'horripilais au plus haut point. Sans parler de ma harpie de sœur ! D'un côté les sentiments, de l'autre la liberté. Que faire ?
C'est la voix de Rosalie qui me tira de ma léthargie.
- Elle ne vous suivra pas. Déclara-t-elle avec aplomb. Ma soeur ne vous suivra pas. Ici elle a une famille qui se soucie d'elle, une maison, une vie et ce n'est pas trois clochards descendu d'une montagne qui vont y changer grand chose.
L'étranger plissa des yeux. Sa compagne rousse grogna. Jasper fit un sourire torve. Le docteur soupira. Edward ricana et je pouffais.
Rosalie.
L'amabilité n'était pas son truc.
- Victoria, James ne faites pas de vagues. Les sermonna le grand black.
- Très bien. Décréta le fameux James à regret. Mais laisse-moi, te dire que rien de ce tu as décris ne peut rivaliser avec l'excitation de l'aventure. Elle est des notre, ça se ressent, et même la bienveillance d'une mégère dans ton genre ne saurait la détourner de ce que nous offrons.
C'était sournois, méchant, mais dans l'ensemble il avait raison. Si Emmet ne l'avait pas retenu, je pense que Rosalie l'aurait défiguré. Elle tremblait littéralement de rage dans les bras de son mari. Soudain, la voix de la partialité retentit.
- Inutile de vous quereller, disait-elle. La décision ne vous appartient pas.
Le docteur … Quinze minutes d'inattention et il dansait des claquettes. Vivre sans son public lui était décidément impossible. Malgré tout, dès que Franky termina sa phrase, et dans un bel ensemble, tous se tournèrent vers moi. Ça faisait froid dans le dos.
Ma décision étais prise.
- Putain c'est pas vrai. Marmonna la blonde exaspérée en croisant mes yeux. Emmet file-moi ton portable.
- Mais il est tout neuf. Lui répondit-il dépité.
- Ne discute pas et file-moi ton portable. Reprit Rosalie avec impatience. Portable qu'il lui remit en grommelant. Tiens, me dit-elle en me tendant l'Iphone. Tu as intérêt à l'utiliser au moins une fois par mois. Si je n'ai pas de nouvelles, je te pourchasserais moi-même et je te promets une très longue agonie. Comprit !
Je restai sans voix, j'avais une sœur fabuleuse. Pour lui montrer mon émotion, et parce que j'étais couverte de boue, je me permis de l'enlacer.
- Bravo maintenant je vais devoir tout désinfecter. Me dit-elle quand elle vit l'étendu des dégâts sur sa robe Valentino. Bouge morveuse, la machine à laver a du travail qui l'attend.
Et elle partie, Mr muscle ne tarda pas à la rejoindre, il me donna l'accolade en s'excusant pour sa femme qui était 'une grande sensible' et partit à son tour. Puis je saluais rapidement le reste de la famille, me contentent d'un hochement de tête à l'attention d'Alice et du docteur et quand vint le moment du départ une peur nauséeuse, ainsi une terrible nostalgie m'envahit. Je souris, ma soudaine morosité ne pouvait venir que d'une seule personne : Jasper. Il c'était décidé à réagir.
- Demande-moi de rester. Lui dis-je dans un souffle. Demande-moi de rester et je le ferais.
Il me regarda fixement et la pression que ses sentiments exerçaient sur moi s'amplifia. Je fis mine de ne rien percevoir et lui demanda de nouveau. Sa réponse fut la même, peur, envie, espoir, mais aucun son ne sortie de sa gorge. Cela me prit aux tripes mais ce n'était pas assez, il devait le dire à voix haute.
Foutue fierté Texane !
- Demande-moi de rester ! Lui ordonnais-je maintenant en colère.
Il resta muet. Quel idiot.
Du coin de l'œil je vis Alice m'envoyer un sourire triomphant. La jalousie me submergea. Je n'avais qu'une envie c'était faire disparaître à jamais cet air victorieux de sa face de gamine. Mais je me retiens, ce n'était que partie remise. Je me tournais une dernière fois vers lui, gravant dans ma mémoire ses traits plein de grâce. 'À un de ses jours Jasper' Lui lançais tandis que je m'éloignait.
C'est là que je le sentis, ce sentiment unique et inconditionnel : de l'amour. Il m'envoyait de l'amour. Il m'envoyait de l'amour pour que je revienne. Aucune promesse, ni énonciation concrète, juste de l'amour. À l'orée de la forêt je m'arrêtais quelques secondes. C'était dur, mais je devais le faire. Mon nouveau clan m'appelait, Victoria tout du moins.
- Hey, devine quoi, me dit la rousse tout sourire. Ce soir, on t'amène au restaurant.
