Ned

L'homme était assis tranquillement en dessous de l'arbre cœur. A coté de l'écorce nacrée du Mallorn et de ses feuilles rougeatre, sa longue cape noir qui le couvrait de pied en tête semblait comme une tâche anormale. Sa simple présence dans ce lieu sacrée y rajoutait une dimension profane.

« Bonjour Ned. Je t'en prie, viens t'assoir ».

Eddard Stark avança de quelques pas, mais ses pas étaient fermes et son corps se sentait terriblement jeune. Ses mains n'étaient plus ridées par le temps, ses bras semblaient presques maigres, légers, et frèles. Il ne s'était pas senti aussi vigoureux depuis si longtemps.

« Où suis-je ? » Le décor pourtant il le reconnaissait. Le bois sacré de Winterfell s'étendait tout autour de lui, avec son épaisseur qui convenait si bien aux anciens dieux. « Que faîtes vous ici ? Que fais-je ici ? »

« Ce n'est pas la question Ned ». L'homme se leva. Il était grand, plus grand que Ned, et si on ne pouvait pas voir son visage, il dégageait une puissance farouche. « Vous êtes mort, Eddard Stark, mais ici est encore votre rêve ».

« Si je suis mort, pourquoi puis-je rêver ? Où est-ce, là où je me suis endormi ? »

« C'était mon royaume… Autrefois. Maintenant c'est le sien. Et les Autres et les Marcheurs Blancs y marchent impunis ».

« Le sien ? Vous parlez de la femme que nous avons vu dans les ruines ».

Ned eut l'impression que son interlocuteur acquiesait malgré l'absence complète de signes. S'avançant vers le petit lac qui borde la terre où le Mallorn pousse, il s'aperçut que son visage avait complètement rajeunit. C'est à peine si il se reconnaissait dans le reflet de l'onde. En ce temps là, il n'était pas le même homme, ni Seigneur de Winterfell, ni main du roi, ni père. En ce temps là il y avait tant de chose qu'il savait et qu'il a désormais oublié. La voix de l'homme…

« Brandon » Il se retourna, ému

L'homme se leva à son tour et s'approcha de lui. « Non je ne suis pas votre frère. Votre frère est mort, dans la réalité aussi bien que dans mon ancien royaume. Il n'est rien que vous pouvez pour lui. Mais dans l'au-dela peut être le reverrez vous ».

Tentant de voir à travers les ténèbres du long capuchons, Ned répondit « Pourquoi ne puis-je pas mourir ? »

« Parce que vous ne pouvez pas me suivre. Je n'existe plus que dans vos rêves, et c'est là qu'est toute ma puissance. Les hommes ne peuvent plus mourir, alors ils s'installent dans ces terres montagneuses et vivent jusqu'à ce que les Marcheurs Blancs viennent s'emparer d'eux pour nourrir leur armé. »

Ned frissonna. « Mais si l'armé est ici, elle ne représente pas un danger pour les vivants »

Le ciel se couvrit soudainement et la voix qui suivit n'était plus celle de Brandon Stark. C'était un son caverneux, tellurique, qui montait de la terre elle-même.

« La Dame Blanche a pris possession de ce monde. Pourquoi ne prendrait elle pas possesion de celui des vivants, Eddard Stark »

Se sentant plus vigoureux que jamais, Ned laissa passer cette colère sans broncher. Il s'approcha de l'homme jusqu'à se trouver à quelques centimètres de lui. « Qu'est ce que cela a à voir avec moi, Etranger ? »

L'homme rigola, mais ne recula pas. « Parce que cela est votre faute, Eddard Stark. Parce que vous avez failli en tant qu'homme. Vous devez réparer cette erreur, voici votre fardeau désormais ».

La terre alors se mis à tourner et le rêve disparut. Eddard Stark se réveilla en sursautant dans son lit d'auberge où il était allité. L'esprit encore brumeux, il se leva et descendit dans la salle à manger afin de petit déjeuner. Renly, Oberyn et Quentyn était déjà là-bas, attablé autour de pains et de fromages. Il s'empara d'une large choppe de bière brune qui l'attendait et s'assis en silence.

« Ned » commença Renly, « Osez me dire que ce n'était pas votre sœur. Je l'ai vu étant enfant, c'était Lyanna… »

« Non ce n'était pas Lyanna ». La femme qu'il avait vu lors de la bataille ressemblait à sa sœur, mais ce n'était pas elle. « Cette femme est une Stark, et proche de moi à l'évidence. Mais ce n'était pas elle ».

« Qui alors ? » Oberyn le regardait fixement.

« Je l'ignore, Prince Oberyn. Je l'ignore, mais je compte bien l'apprendre ».

« Vous ne comptez pas retourner la-bas » fit Renly

« Vous avez d'autres choses à faire de votre mort, votre majestée ? » lui répliqua Oberyn. « Cette femme était vivante au milieu de ces choses, elle doit savoir quelque chose qu'on ignore à propos de cet endroit ».

« Elle n'était pas nécessairement vivante ». Tout le monde se tourna vers Quentyn. « Les légendes parlent d'une femme-Autre, qui sut séduire le Roi de la Nuit. C'est peut être elle qu'on a vu ».

Chacun considera lui-même l'hypothèse de son coté et aussi impossible qu'elle semble, les limites de la réalité étaient devenus trop flou pour que celle-ci ne soit pas prise en compte. Ned sentait au fond de lui la pertinence de cette théorie. Cela correspondait avec la Dame Blanche dont il avait entendu parler dans son rêve. Mais qui était elle ?

« Sinon on a entendu des rumeurs qui pourrait vous interresser, Seigneur Stark » Oberyn marqua une pause. « Une femme folle de chagrin vit dans un château à proximité de ce village. De long cheveux auburns sont son appanache et de ce que dit Renly… »

« … la description correspondrait avec celle de la Lady Catelyn. Et sachant que votre femme est morte, peut être est-ce d'elle. »

« Bien, je partirai dans la matinée. Merci Renly »

« Vous pensez vraiment y aller sans nous ? » fit Quentyn d'un air innocent.

« Vous êtes comme un frère pour moi, Ned, je viens avec vous sauver Dame Catelyn »

Oberyn se contenta d'un sourir satisfait. Eddard Stark leur en fut grès et les préparatifs furent vite fait. En quittant la taverne cependant, un objet attira l'attention de Ned. Un homme petit, sans cheveux et à l'air méchant qui buvait tranquillement une choppe de bière, portait à sa ceinture une petite épée, fine et équilibrée.

« Needle ».

Oberyn se retourna surprit. Il eut le temps de voir Ned se diriger vers l'homme et d'un geste autoritaire, le saisir à la gorge et le plaquer contre le mur.

« Où avez-vous eu cette épée ? ».

Les compagnons de l'homme allaient mettre la main au foureau mais Oberyn fut le plus rapide et sa lance se déploya par-dessus la table. « On pari que j'arrive à vous blesser tout les trois avant que vous sortiez vos épées ? »

« OU AVEZ-VOUS EU CETTE EPEE ? »

L'homme n'était pas plus terrorisé que ça. Il regarda Ned fixement « Je l'ai prise à une salope qui me l'a fait payé en m'envoyant ici. J'ignore pourquoi l'épée a voyagé avec moi ».

Un violent coup de poing faucha l'homme dans le ventre. Il tomba au pied de Ned qui ferme le releva. « Quand était-ce ? Quand était-ce ? Ma fille est elle encore en vie ? »

Une expression sanguinaire déformait ses traits aristocratiques. Pour la première fois depuis le début de la scène, une véritable frayeur traversa l'homme.

« Avant le marriage du Roi Joffrey. Mais la fille est surement morte, elle avait avec… Sandor Clegane »

Ned lâcha prise et l'homme retomba à genou. La lance d'Oberyn se releva et il pausa sa main libre sur l'épaule de son camarade.

« Partons, Ned, il n'y a rien que vous puissiez faire pour elle ici ». Et le groupe s'engouffra en dehors de l'auberge pour se mettre en route vers un nouveau bastion abandonné.