Rating : K+
Genre : Humour, Crack!
Disclaimer : L'univers et les personnages de One Piece appartiennent à Eiichiro Oda.
Résumé : La rivalité masculine est mère de surprises linguistiques (Sanji, Zoro, Robin)
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Note : Ce texte a été écrit sur le thème 'Expression', à l'occasion de la 94ème Nuit du Fof, le 3 Février 2018. Le principe est d'écrire un OS en une heure. J'ai un peu dépassé le délai, il faut compter deux heures et demi d'écriture, plus le temps de correction.
N'hésitez pas à me contacter par MP pour plus de détails.
Mention également du site nikibar (point) com sur lequel j'ai pioché pas mal des expressions qui vont suivre.
Figure de Style
Il était quinze heures passées de treize minutes, et Sanji profitait de l'accalmie revenue en cuisine après le tourbillon que constituait le repas dès lors que l'on plaçait Luffy en face d'un morceau de viande. Après le dessert et les louanges sur sa cuisine, ses camarades s'étaient éclipsés de la salle de repas pour vaquer à leurs occupations respectives, qu'il s'agisse de séance de bronzage, de partie de pêche ou de session de bricolage.
Le cuisinier était resté dans son antre, tablier blanc noué autour des hanches, et s'était attelé à la vaisselle. La tâche lui avait paru ingrate, à ses premières années de commis sous l'égide de Zeff, mais il avait développé avec les années d'expérience un goût prononcé, frôlant la maniaquerie, pour les assiettes propres et les ustensiles bien entretenus. Aussi s'acquittait-il de la corvée sans rechigner, presque avec plaisir, profitant de la solitude retrouvée de la cuisine désertée.
Mais au milieu des cliquetis des couverts, et du glou-glou discret de l'eau savonneuse, retentit un ronflement sonore. Surpris, Sanji releva le nez de la poêle qu'il était en train d'astiquer pour découvrir la silhouette de Zoro, avachie nonchalamment à même le sol et dormant à poings fermés.
- Oï, t'as fait une overdose de camomille, marimo ? interpella-t-il d'une voix cassante.
Le sabreur n'eut même pas la décence d'être réveillé en sursaut. Il souleva lentement une paupière et darda un regard soupçonneux sur son camarade.
- Me dit pas que t'as foutu de la camomille dans mon saké, foutu cuistot ?
- De la... ? Non, triple buse, je te demande pourquoi t'as une tête de bactérie psychotique décoiffée...
Là, Zoro écarquilla les yeux.
- T'as foutu du saké dans ta camomille du soir, blondie ?
- Hein ?
- Ouais, il neige sous le scalp...
- Mais de quoi tu parles, tête d'algues pas fraîches ?
- Toi, de quoi tu parles, constipé du neurone ?
Sanji se hérissa et lâcha sa poêle qui retomba dans l'eau savonneuse en cliquetant bruyamment contre la vaisselle sale qui débordait encore de l'évier, et projetant de multiples éclaboussures sur le tablier du cuisinier.
- Mon système gastrique est en parfait état, grâce à une alimentation saine et équilibrée, soigneusement calculée par mes soins. Ne projette pas tes problèmes de tuyauteries cirrhosées sur les autres !
- Je ne suis pas plombier, répondit platement l'épéiste.
Sanji refusa de se laisser décontenancer.
- Pourtant il y a une fuite sous l'évier.
Ce n'était même pas vrai, mais il n'a pas trouvé mieux, dans le feu de l'action.
- Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? Je-ne-suis-pas-plombier, répéta Zoro en détachant chaque syllabe avec une lenteur agaçante, comme s'il s'adressait à une personne particulièrement dure du citron.
- Oh, merci de la précision ! Tu ne sais pas manier grand chose, hormis tes sabres, espèce de merguez fossilisée !
Le sabreur arqua les sourcils, avec ce regard de bête sauvage sur le point de mordre, ce même regard qui lui avait valu le surnom de 'démon' sur East Blue. Un regard sans équivoque qui précédait généralement un découpage en règle.
- Je veux ma viande saignante, pas carbonisée.
- Ah, ah, ah, ricana Sanji avec plus de sarcasme dans la voix qu'on ne l'aurait cru possible. Tu es drôle à s'en faire péter les bretelles, ma parole !
- C'est toujours mieux que de ressembler à une serpillère agonisante...
Zoro désigna du doigt le tablier de son camarade, largement imbibé par l'eau sale de la vaisselle et maculé de tâches allant du beige maladif au marron crasseux.
- C'est le fruit de mon labeur, face de pelouse ! On reconnaît la valeur d'un cuisinier aux tâches de son tablier !
- Et on reconnaît la valeur d'un sabreur au reflet de ses lames, rétorqua l'épéiste du tac au tac.
Il esquissa le rictus qui lui tenait lieu de sourire, avant d'ajouter, narquois :
- ... pauvre tâche.
- Va te noyer dans tes lames, Narcisse.
Zoro cligna des yeux.
- T'as le cerveau qui baigne dans la confiture ou quoi ? Comment tu veux que je me noie dans mes sabres ?!
- Et toi, t'as du fromage blanc dans la tête ! Ça glou-gloute bien sous les algues ?
- Va te noyer dans ta vaisselle, ou lieu de me faire chier !
- C'est toi qui me fait chier, décoction d'artichaut fané !
- Je t'emmerde, crabe scoliotique !
- Va donc tondre la banquise, tête de gazon !
- Je vais te découper...
- Je vais te fracasser...
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Allongée dans un transat, Robin cessa de prendre de notes, reposa carnet et stylo sur la petite table à ses côtés, et savoura la chaleur du soleil qui inondait le pont du Sunny. Presque sans y penser, elle fit disparaître les oreilles qu'elle avait fait fleurir au dessus de la porte de la cuisine lorsqu'elle avait vu le sabreur s'attarder après le repas, et compta mentalement jusqu'à dix. Bientôt les cris et les bruits de chocs résonnèrent depuis la salle à manger. Et très vite, Nami s'agita à ses côtés, jetant des regards assassins à la porte de la cuisine. Finalement, la navigatrice se leva, furibonde et décidée à apprendre à ces deux abrutis la valeur de sa sieste digestive ensoleillée.
Robin esquissa un faible sourire.
Elle avait le goût des livres depuis sa plus tendre enfance. Elle aimait les mots, avait grandi avec eux, qu'ils soient étranges ou mélodieux, obscurs ou poétiques, absurdes ou lourds de sens. Elle avait voyagé à travers plusieurs océans, avait rencontré une multitude de peuples, aux argots singuliers, aux proverbes insolites, aux expressions tout à la fois drôles, et déplacées, et brillantes. La jeune archéologue pensait tout savoir des méandres de la langue, de ses mystères farfelus.
Mais la rivalité masculine est mère de surprises linguistiques.
