IV
Société sans défaut
Note de l'auteur : Démarrage de l'intrigue qui rythmera le reste de cette fanfiction. J'espère que les idées vous plairont et que ça vous donnera envie de lire la suite, même si pour le moment je ne dis pas grand-chose évidemment. Bonne lecture et merci pour vos reviews!
Nous arrivions sur la fin de notre dixième jour de voyage et voguions dans une zone inexplorée et désespérément vide. L'ennui me guettait, comme souvent, et Spock faisait sont possible pour que je ne commence pas à faire n'importe quoi pour m'occuper. Comme bidouiller l'ordinateur de bord, quitte à me faire taper sur les doigts par Scotty. Mes compétences supérieures en informatiques étaient à double tranchant.
J'étais en manque de mondes inconnus, mais Bones levait les yeux au ciel en se demandant pourquoi, puisque je me débrouillais toujours pour les embarquer dans des situations inextricables. Il comprenait difficilement que c'était justement ça qui me plaisait. Le choc des cultures. Même si c'était vrai, que nous tombions souvent sur des malades du pouvoir. Mais, je me souvenais surtout des gens biens, que nous avions laissés derrière nous. Dror, Johnson et Dorian, Florence et bien sûr, Sherlock et John.
J'étais donc dans mon fauteuil de commandement, sur la passerelle, et essayais de ne pas m'effondrer de lassitude, quand Spock montra des signes d'agitation à travers notre lien. Et avant même qu'il se redresse de ses appareils pour me parler, j'avais pivoté vers lui, tout ouïe.
« Nos senseurs détectent une planète habitée, dans ce secteur. »
« Enfin ! » M'exclamai-je, sans pouvoir me retenir.
Cela en fit sourire certains.
« Classe M, atmosphère très riche en oxygène, civilisation à un stade avancé de l'évolution. Ils ont manifestement la technologie suffisante pour envisager l'exploration spatiale. » Continua mon compagnon, imperturbable.
« Pourquoi n'avons-nous jamais entendu parler d'eux, dans ce cas ? » M'étonnai-je.
« Impossible à dire, pour le moment. Peut-être ne maîtrisent-ils pas encore très bien la distorsion. » Suggéra-t-il.
Je ne voyais pas d'autres explications. Nous en saurions plus sur place, j'ordonnai donc la mise en orbite haute. Nous devions malgré tout appliquer la prime directive, en premier lieu, et rester indétectable. Je me précipitai dans le turbolift, direction la salle de téléportation, survolté, et Spock, en me suivant, se retint visiblement de sourire. Il savait que je n'attendais que ça, depuis des jours.
Nous nous matérialisâmes, tous les deux, ainsi que deux gardes de la sécurité, dans un coin discret. La ville était incontestablement moderne. En occultant certains détails, nous aurions pu facilement nous croire sur Terre. Les habitants ne firent pas spécialement attention à nous, nos tenues passèrent relativement inaperçues, ce qui nous permis de déambuler librement dans les rues. L'ambiance, comme le temps, était au beau fixe. Spock récolta un maximum d'informations, grâce à son tricordeur, tandis que j'étudiais le comportement des gens que nous croisions. Je ne savais pas vraiment quoi en penser, mais le fait est que je ne constatai aucune attitude ne serait-ce qu'un peu hostile. Le mot qui me vint à l'esprit fut « harmonie ».
« C'est tout de même bizarre. » Dis-je, en pensée, en sachant que mon compagnon aurait suivi le fil de mon raisonnement.
« Remarquable. Mais pas si étrange que ça, de mon point de vue. Mon peuple vit en paix depuis bien des générations. » Me répondit-il, sans lever les yeux de son appareil.
« Tu plaisantes ! Même les Vulcains ont l'air indiscipliné à côté d'eux ! » M'exclamai-je.
Il tiqua et releva la tête, pour observer plus attentivement notre environnement.
« Je l'admets, ils semblent être parfaitement sereins. »
« Trop, si tu veux mon avis. »
« Une intuition ? » Demanda-t-il.
« Tu me connais trop bien. » Répondis-je, malicieusement. « Les sociétés sans défaut, ça n'existe pas. »
« Peut-être ne l'avons-nous simplement pas encore vu. Nous ne sommes là que depuis une heure. »
« Tu as peut-être raison. Continuons encore un peu et remontons à bord, pour analyser les informations que tu auras récoltées. » Conclus-je.
…
De retour sur l'Enterprise, après presque deux heures, nous fîmes le point en salle de réunion, avec Bones. Les différences biologiques entre les Terriens et ce peuple n'étaient pas légion, même s'ils avaient deux estomacs et des poumons plutôt petits. Leur taux hormonal semblait tout à fait dans la moyenne. Leur apparente passivité ne s'expliquait donc pas de manière physiologique. Où alors, ce n'était pas quelque chose d'évident et de visible. Pour autant, une cause psychologique, comme un gouvernement totalitaire qui dicterait un comportement, était également hors de propos. Ces gens n'agissaient manifestement pas sous la contrainte. Nous devions nous avouer vaincu pour le moment, mais ce peuple avait piqué ma curiosité et je ne comptais pas renoncer si rapidement. Nous décidâmes d'y retourner le lendemain. Leonard insista pour nous accompagner.
…
Après un bon repas, Spock et moi rentrâmes dans nos quartiers. Les nouveaux aménagements étaient juste parfaits. L'ambiance n'en était que plus intime et je ne me lassai pas de voir mes affaires à côté des siennes. Nous aurions dû faire ça depuis longtemps, mais les choses étaient arrivées si vite. À peine notre lune de miel terminée, que nous étions déjà embarqués dans de multiples expéditions. Mais, puisque de toute manière, nous ne faisions rien comme tout le monde…
À la vue de notre grand lit, une fatigue écrasante m'envahit. Je ne rêvais, soudainement, que de m'enfoncer dans les oreillers, alors que cinq minutes avant, j'étais encore relativement en forme. Je n'en fis pas grand cas, cependant, et mis ça sur le compte de l'excitation de la découverte d'un nouveau monde. Nous optâmes donc pour une douche rapide, avant de nous coucher. Spock devait percevoir mon état, car il se contenta de suivre le mouvement. À moins qu'il ait également besoin de dormir, même si cela me surprendrait, venant d'un Vulcain. S'il s'était calqué sur le rythme humain du vaisseau, il n'empêche qu'il restait beaucoup plus endurant. Mais, je ne me posai pas plus de questions, avant de me prélasser sous le drap, son corps chaud contre le mien. Il m'encercla de ses bras, dans une étreinte possessive et je l'embrassai tendrement, avant de m'endormir.
…
Je croisai Bones, dans un des couloirs du vaisseau.
« Je me suis réveillé et Nyota n'était plus là. » Me dit-il, d'une voix inquiète. « Je suis parti à sa recherche, mais je ne la trouve nulle part. »
« Calme-toi. Je vais t'aider. » Le rassurai-je. « Elle ne peut être bien loin. »
C'est finalement au mess, que nous la retrouvâmes. Elle semblait agacée par le synthétiseur de nourriture.
« Chérie ? » L'appela Leonard « J'étais anxieux. Pourquoi ne m'as-tu pas réveillé, si tu avais faim ? »
« Cette stupide machine refuse d'obéir ! » S'énerva-t-elle. « J'ai beau demander n'importe quels plats, elle ne sort que cette mixture immonde. » Nous expliqua-t-elle, sans pour autant nous regarder.
« Je verrai ce que je peux faire, demain. Pour le moment, il vaut mieux retourner vous coucher, tous les deux. » Lui assurai-je.
« Et toi ? » Me demanda Bones.
« Quoi moi ? »
« Eh bien, que fais-tu debout au milieu de la nuit ? »
J'allais répondre, avant de prendre conscience que je n'en savais rien. Je ne me souvenais même pas m'être levé.
« Jim ? Tu te sens bien ? »
« Stupide machine ! » Répéta Nyota, comme si nous n'étions pas là.
« Où est Spock ? » M'interrogeai-je. « Je veux Spock ! » Paniquai-je.
J'avais du mal à respirer. Leonard agrippa mes épaules et me secoua.
« Jim ! » Cria-t-il.
Mais sa voix était étrange.
« Jim ! » Répéta-t-il.
J'ouvris brusquement les yeux. J'étais dans notre lit et c'était Spock qui m'appelait. Le souffle court et le corps en sueur, je revins lentement à la réalité.
« Tu t'agitais dans ton sommeil, en disant des choses étranges. Je n'aime pas regarder dans ton esprit sans ton accord, alors j'ai préféré te réveiller. » M'expliqua-t-il, calmement.
« Je faisais un rêve. Il n'avait aucun sens. »
« C'est souvent le cas. » Me rappela-t-il, en repoussant mes cheveux humides en arrière.
« Il y avait Bones et Nyota. Nous étions au mess et le réplicateur déconnait complètement. Mais, tout le long, j'avais l'impression tenace que c'était la réalité. Que c'était vraiment eux. J'ai mis du temps à comprendre que je rêvais. » Essayai-je de lui faire comprendre.
« Les songes ne sont pas une de mes spécialités, parce que cela arrive rarement aux Vulcains. Leonard saura sûrement mieux que moi te renseigner. »
« Je lui en parlerai demain. » Décidai-je.
« Tu veux dire, tout à l'heure. Il est 4 heures du matin. » M'apprit-il.
Je soupirai lourdement en me laissant retomber sur les coussins.
« On se lève dans deux heures et j'ai l'impression de ne pas avoir dormi. La journée va être longue. J'aurai besoin de café. » Râlai-je, d'une voix alourdie.
« Rendors-toi, T'hy'la. » Murmura-t-il, doucement, en déposant un baiser sur mon front.
« Hum hum. » Marmonnai-je, en fermant les yeux.
…
Comme prévu, le réveil fut difficile. Si bien, que je ne remarquai pas immédiatement que je n'étais pas le seul à piquer du nez dans ma tasse, ce matin-là. C'est Spock qui m'en fit la remarque, quand Bones manqua de renverser son plateau, en percutant une chaise. Il nous repéra et vint s'asseoir à notre table. Je m'étonnai de l'absence de sa moitié.
« Elle est encore sous la douche. On a eu du mal à se lever. J'ai fait un cauchemar sans queue ni tête, ça m'a épuisé plus qu'autre chose. »
« On cherchait Nyota et on la retrouvait ici même, en train de s'énerver sur un synthétiseur ? » Demandai-je, en plaisantant.
Je ne m'attendais donc pas à ce qu'il me fixe, bouche bée, son mug bloqué à mi-chemin entre la table et sa bouche.
« Comment sais-tu ça ? » S'exclama-t-il, après quelques secondes.
« Comment je sais quoi ? J'ai dit ça pour rire. C'est le rêve que moi, j'ai fait. » Répondis-je, mal à l'aise.
Il resta silencieux un long moment. Spock semblait perplexe. Uhura choisit ce moment pour nous rejoindre. Elle était visiblement de mauvaise humeur.
« J'espère que ce fichu appareil va fonctionner correctement, pas comme dans mon rêve de cette nuit. » Grommela-t-elle, en passant à côté de nous.
Nous nous entre-regardâmes, franchement incrédules, à présent. Et un de mes fameux pressentiments me prit aux tripes.
