Chapitre 4 :
Anakin était nerveux. Il fit quelques pas dans sa chambre pour se calmer avant de poser à nouveau les yeux sur son vieil ami. Il semblait troublé. Et il avait tous les droits de l'être ! Le jeune homme s'installa sur une chaise à l'autre bout de la pièce et soupira. Qu'allait-il lui dire exactement ?
Anakin ne savait par quoi commencer. Avouer qu'il venait du futur, un futur où il avait massacré la totalité de l'Ordre Jedi, n'était certainement pas une bonne idée. Par ailleurs, Obi-Wan ne voudrait probablement pas le croire. Non, il fallait se limiter à la temporalité dans laquelle il se trouvait désormais. Et puis, en tournant ses propos d'une certaine manière, Anakin était certain qu'il pourrait dire toute la vérité… d'un certain point de vue.
- J'ai fait quelque chose. Je ne pense pas avoir mal agi, mais il se peut que votre opinion diffère de la mienne à ce sujet, déclara Anakin avec nervosité.
- Cela ne fait aucun doute, répondit Obi-Wan en se frottant la barbe. Tu veux bien en venir aux faits ?
- Padmé est enceinte, déclara Anakin en soupirant.
Il décida de commencer par le centre du sujet. Après tout, c'était à cause de cela qu'il était venu parler avec Obi-Wan. Le danger que cela faisait planer sur Padmé était la cause de tous ses soucis.
- Et j'imagine que tu y es pour quelque chose ? demanda Obi-Wan d'un ton sceptique.
- Nous sommes mariés. Depuis le début de la guerre.
Il s'agissait d'une information qu'il ne voulait pas omettre, même s'il n'était pas indispensable qu'Obi-Wan le sache. C'était la première fois qu'il pouvait prononcer ces mots en public.
- Je vois, déclara le Maitre Jedi en soupirant.
Anakin releva le visage et l'inspecta avec attention. Il ne semblait pas surpris. Il ne semblait pas en colère non plus. En fait, son visage ne trahissait aucune émotion en particulier.
- Vous n'êtes pas… fâché ?
- Crois-tu réellement que je ne m'en doutais pas ? répondit Obi-Wan en haussant un sourcil.
Anakin repensa à de vieux souvenirs, tous ceux de son ancienne vie, celle où il avait fait le mauvais choix. Il se remémora la douleur sur le visage d'Obi-Wan tandis qu'il l'abandonnait au bord de la rivière de lave. Mais surtout, il repensa aux dernières paroles qu'il lui avait adressées : Tu étais comme mon frère. Je t'aimais, Anakin. Alors, le jeune homme se sentit particulièrement stupide. Il lui avait fallu toute une vie pour comprendre qu'Obi-Wan ne l'aurait jamais trahi.
- Vous n'allez pas… me dénoncer auprès du Conseil ? demanda-t-il, mal à l'aise.
- Non.
- Pourquoi ? demanda Anakin, pris au dépourvu.
- Tu sais très bien pourquoi.
Obi-Wan regarda son vieil ami en souriant et secouant légèrement la tête. Parce qu'ils étaient comme des frères, pensa Anakin. Il le comprenait maintenant.
- Il y a plus, marmonna tristement le jeune homme.
- Plus ? demanda Obi-Wan avec surprise. Ne me dis pas que tu as deux femmes ? ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie.
Cette plaisanterie réussit à faire rire Anakin, malgré tous les soucis qu'il avait en ce moment. Cette complicité lui avait manqué. Par ailleurs, l'honnêteté dont il venait de faire preuve le soulagea d'un poids qu'il avait trop longtemps porté.
- Ce qui me tracasse est d'un tout autre ordre, répondit-il en reprenant son sérieux. Il s'agit de… prémonitions.
Obi-Wan retrouva lui aussi son sérieux. Il savait à quel point les visions de son ami pouvaient le perturber. Il y a quelques années, Anakin avait vu sa mère mourir à travers l'un de ses rêves prémonitoires. Sa vision s'était réalisée, et il n'avait rien pu faire pour l'empêcher. Obi-Wan savait que son ancien apprenti le tenait en parti responsable pour sa perte. Il l'avait empêché d'aller à son secours. Beaucoup de temps était passé, mais le Maitre Jedi savait que le jeune homme ressentait toujours de la rancœur à ce sujet.
- Cela concerne Padmé cette fois-ci. N'est-ce pas ?
Anakin hocha tristement de la tête. Il était toutefois reconnaissant de voir qu'Obi-Wan était arrivé à cette conclusion tout seul. Il n'avait aucune envie de devoir raconter cette histoire dans les détails.
- Je ne peux pas la perdre, déclara-t-il simplement.
Il n'y avait rien d'autre à ajouter. Anakin savait désormais que se tourner vers le Côté Obscur n'était pas une solution. Malheureusement, il ne voyait rien d'autre à faire.
- Les visions prémonitoires n'offrent qu'une possibilité de ce que peut être l'avenir, expliqua Obi-Wan.
- Une possibilité ? répéta Anakin avec sarcasme. Il ne m'a pas semblé voir d'autres possibilités, avec ma mère.
- Les visions que tu as t'indiquent l'avenir de Padmé en fonction de son présent. Si tu parviens à changer une constante dans cette réalité, tu parviendras peut-être à changer son destin.
Cette dernière remarque retint l'attention du jeune homme. Il n'avait encore jamais envisagé les choses sous cet angle.
- Je ne saurais pas quoi commencer, déclara-t-il, déboussolé.
- Réfléchis bien. Quelque chose provoque la mort de Padmé dans tes visions.
Anakin soupira. Padmé mourait en donnant la vie. Que pouvait-il bien faire pour éviter cet événement ? Elle allait donner naissance à Luke et Leia quoi qu'il arrive, il ne pouvait rien changer à cela.
- Elle meurt en donnant la vie. Il n'y a rien que je puisse faire pour empêcher cela d'arriver, déclara-t-il avec tristesse.
- Je ne te demande pas d'empêcher les événements de se produire. Tu n'es pas le seul Jedi à avoir des visions. Vouloir se mesurer au destin se solde habituellement par un échec. On ne peut empêcher les événements de se produire, mais on peut se montrer droit et faire de son mieux pour mener une vie juste.
- Et en quoi cela va-t-il m'aider à sauver Padmé ? demanda Anakin, très sceptique face aux explications de son ancien Maitre.
Obi-Wan soupira et regarda son vieil ami avec un sourire de sympathie. Il avait la sensation étrange d'un retour en arrière. Il se souvenait des nombreuses leçons qu'il avait faites à Anakin. Ce dernier n'était pas un élève modèle. Malgré son comportement, il avait toujours su tirer le meilleur de l'enseignement qui lui avait été dispensé.
- Je n'ai pas la réponse à cette question, mais j'ai confiance en toi et je sais que tu sauras y répondre tout seul. Médite sur tes actions. Trouve ce qui peut nuire à Padmé.
- Je vais faire ce que je peux, répondit le jeune homme en soupirant.
Obi-Wan se leva, posa une main rassurante sur l'épaule de son ami et se dirigea vers la porte.
- Le Conseil se réunit dans moins d'une heure. Je souhaiterais que tu assistes à la réunion.
- Les Maitres ont demandé à ce que je sois présent ? demanda Anakin, surpris.
- Non, c'est moi qui le demande.
Anakin observa son ancien Maitre avec perplexité. Cette requête cachait quelque chose.
- Le Général Grievous a été localisé près de la frontière de l'espace sauvage, aux fins fonds de la Bordure Extérieure. Le Conseil désire m'envoyer en mission pour le capturer et je souhaiterais que tu te joignes à moi.
- Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, répondit le jeune homme en soupirant. Padmé…
- … s'en sortira très bien sans toi, coupa le Maitre Jedi en se retournant pour faire face à son ami. Tu m'as l'air complètement perdu. Il serait peut-être bon que tu te changes les idées.
- Mais vous l'avez dit vous-mêmes, je dois méditer, comprendre ce qui nuit à la santé de Padmé.
- Anakin… je te connais. Tu as besoin du chaos et de l'agitation pour contribuer à ton équilibre. Je me surprends en déclarant ceci, mais un peu d'action te ferait le plus grand bien.
Encore une fois, Anakin resta bouche bée. Obi-Wan ne cessait de le surprendre aujourd'hui. En étant honnête avec son vieil ami, il découvrait une toute nouvelle facette de sa personnalité.
- Suis-moi. Si tout se passe bien, nous pourrons partir demain dans la matinée, déclara-il en se dirigeant vers les turbo lifts qui menaient aux niveaux supérieurs du bâtiment.
Assis sur la plus haute terrasse du Temple Jedi, Anakin Skywalker observait les étoiles, comme il l'avait fait un nombre incalculable de fois avec sa padawan Ahsoka. Lorsqu'elle était encore en vie, ils avaient pris pour habitude de venir ici. Ils regardaient le soleil se coucher et rêvaient de folles aventures en observant les astres s'illuminer dans le ciel.
Ces souvenirs lui paraissaient flous et lointains à présent. Anakin se maudissait d'avoir passé une vie à chasser ses émotions. Lorsqu'il était devenu Dark Vador, il s'était interdit de repenser à toutes les personnes qui étaient chères à ses yeux.
- Tu me manques, Chipie… murmura-t-il en se laissant tomber sur le dos.
Anakin ferma les yeux et se concentra sur les souvenirs qu'il avait d'Ahsoka. Il se remémora ses grands yeux pleins de vie et son enthousiasme sans égal. Puis, il se rappela du jour de sa mort. Leur mission avait mal commencé, elle ne pouvait que mal finir. Ils avaient été envoyés sur Geonosis pour démanteler une nouvelle usine de construction de droïdes.
Anakin n'oublierait jamais ce jour. Il avait ordonné à Ahsoka de rester en retrait. Le jeune homme savait que le Général Grievous se trouvait dans l'usine et il avait voulu éviter que son chemin croise celui de sa padawan. Alors, il l'avait laissée à l'entrée du bâtiment, pour sécuriser la zone. Seulement, c'est justement cette même entrée que Grievous avait choisie pour attaquer. Le combat avait eu lieu à l'extérieur. Les clones et Ahsoka furent massacrés pendant qu'Anakin se trouvait à l'opposé. Le jeune homme ne s'était jamais pardonné cette erreur.
Le commlink d'Anakin émit une série de grincement pour annoncer la transmission d'un message. Il l'enclencha, et une petite silhouette se dessina sur son avant-bras.
- Tu comptes rentrer ce soir ? demanda Padmé en souriant.
Anakin la contempla un instant sans rien dire. Elle portait une longue chemise de nuit bleue. Le tissu au-dessus de sa poitrine était retenu par des minces sangles ornées de perles. Le jeune homme réalisa alors qu'il était très tard et qu'elle semblait fatiguée.
- Tu m'attends ? demanda-t-il, incrédule.
- Je n'aime pas aller dormir sans toi lorsque tu es sur Coruscant, répondit-elle en haussant les épaules. Nous passons déjà suffisamment de nuits l'un sans l'autre.
- Je suis navré. Je n'avais pas réalisé qu'il était si tard, répondit-il d'un ton gêné. J'arrive, ajouta-t-il en souriant.
Anakin se leva et se dirigea vers l'escalier qui menait aux niveaux inférieurs. Le couloir menait directement aux jardins du Temple Jedi. Anakin aimait cet endroit. Il lui rappelait les paysages de Naboo. De grandes fontaines de pierre blanche accompagnaient des arbres de taille moyenne sur lesquels étaient perchés de grands oiseaux à plumes d'argent.
Le jeune homme se demanda s'il arriverait à revoir cette planète un jour. Durant les jours sombres de l'Empire, il avait évité de s'y rendre. D'abord, parce que ce lieu était plein de souvenirs qu'il ne voulait pas raviver. Ensuite, parce que le peu d'humanité qui restait en lui à l'époque n'aurait pas supporté de voir cette planète pacifique si chère à son cœur envahie par une armée de soldats clones.
- Vous pensez beaucoup trop. C'est un miracle que votre tête n'ait pas encore explosé.
Anakin sursauta. Il n'eut pas besoin de voir le visage de son interlocuteur pour savoir de qui il s'agissait. Il aurait reconnu cette voix parmi des milliards.
- Ahsoka, murmura-t-il avec émerveillement.
- Oui, ou ce qu'il en reste, répondit-elle en souriant.
Le jeune homme se retourna pour faire face à un spectre bleuté. Il y a encore quelques jours, il aurait refusé de croire à une telle vision. Aujourd'hui, néanmoins, plus rien ne le surprenait. Il avait lui-même pris cette forme avant d'être renvoyé dans le passé.
- Ça va Skyman ? demanda-t-elle en s'accouda à un arbre. Vous n'avez pas pris une ride.
- Toi non plus, Chipie. Que me vaut ce plaisir ? Tu n'as jamais essayé de me contacter auparavant.
- Jamais ? Vous plaisantez ? s'exclama-t-elle en secouant la tête. Je n'ai pas arrêté de le faire ! Vous étiez juste trop aveugle pour être réceptif à mes signaux.
Cette réponse prit Anakin au dépourvu. Il était habitué à la présence d'Ahsoka. Assurément, si elle avait essayé de le contacter, il aurait réussi à la sentir.
- Tu n'as… tu n'as jamais tenté de me parler. N'est-ce pas ? balbutia-t-il maladroitement.
- Tous les jours. Je vous ai envoyé des messages à travers la Force, j'ai tenté de vous faire des signes. Mais vous m'avez rejetée, comme vous avez rejeté toutes vos émotions. Ce n'est pas grave. Je n'étais pas celle qui était supposée vous atteindre. Luke a fait un très bon travail. J'aurais aimé le connaître.
- Tu as tout vu ? Le futur ? Ce que j'ai fait ?
Anakin se sentit tout à coup très gêné. Du temps où il était Dark Vador, son armure lui permettait de rester anonyme. Personne ne savait qu'il avait autrefois été Anakin Skywalker. Ou du mois, c'est ce qu'il avait cru.
- Je suis désolé, murmura-t-il tristement.
- Ne le soyez pas. Dans cette réalité, vous n'avez rien fait de mal. Nous ne vous avons pas renvoyé ici pour être désolé.
- Nous ? demanda-t-il, surpris.
- Je ne suis pas la seule Jedi à pouvoir me matérialiser. Tous les esprits des êtres réceptifs à la Force sont présents à travers elle. Cette volonté commune nous a permis de vous ramener.
- Pourquoi les autres ne se montrent-ils pas ? Si tous les Jedi peuvent se matérialiser, ils auraient pu apparaître à l'époque de l'Empire, former de nouveaux Jedi et anéantir l'Empereur.
- Exactement ! s'exclama Ahsoka avec enthousiasme. C'est ce que je leur répète sans arrêt ! Ils me rabâchent toujours la même chose : laisser les vivants prendre leurs propres décisions, la volonté de la Force, bla bla bla. Enfin, ce genre de bêtises.
Anakin éclata de rire. Sa jeune apprentie n'avait rien perdu de son caractère et de son humour. Elle avait toujours été particulière. Tout comme lui. C'est assurément pour cette raison qu'ils s'étaient rapidement bien entendu.
- La plupart des esprits décident de ne pas intervenir, mais vous êtes bien vivants et nous comptons sur vous pour le faire.
- Intervenir ? Mais que suis-je censé faire ? Palpatine est mort, je pars en mission demain pour arrêter le Général Grievous… la République est sauvée.
Ahsoka secoua lentement la tête. Elle semblait avoir autre chose à l'esprit.
- Qu'est-ce qui a fait basculer la République ? Qui a annihilé tous les Jedi ?
Anakin ne répondit pas à la question. Il était responsable de ce massacre, mais il était encore difficile pour lui de l'admettre à vous haute.
- Si vous êtes ici, ce n'est pas pour anéantir tous ceux qui s'opposent à votre volonté. Vous devez faire face au vrai problème si vous aspirez à le régler.
Anakin tenta sans succès de réprimer un rire moqueur. Ahsoka croisa les bras autour de sa poitrine avec agacement et le dévisagea d'un air perplexe.
- Qu'est-ce qui vous fait rire ?
- Tu parles comme Obi-Wan, répondit-il en reprenant son calme.
- Ho… Je vois. Eh bien, je suppose que passer l'éternité avec ces vieux chnoques a quelque peu déteint sur moi, répondit-elle en haussant les épaules.
- Et moi qui croyais que j'avais une mauvaise influence sur toi.
- Jamais, répondit-elle en lui adressant un clin d'œil. Mais, n'oubliez pas mon conseil.
Anakin ressentit une envie irrépressible de la prendre dans ses bras. Malheureusement, cela était impossible.
- Bon, c'est pas tout ça, mais vous ne vous rendiez pas quelque part ?
