Voici le dernier chapitre de cette songfic.

J'ai beaucoup travaillé ce chapitre. Il n'est pas tout à fait à la hauteur de mes espérences, mais j'ai fait ce que j'ai pu. J'espère qu'il vous plaira malgré tout! Je suis preneuse de tout commentaire susceptible de l'améliorer...

Voici le lien de la musique sur :

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J'adore cette version!

Bonne lecture.


Le spectre de la Rose

A cet instant étrange où la conscience émerge des brumes du rêve, il se trouvait dans le parc de Poudlard. Au loin, le château illuminé brillait dans la pénombre, et des bribes d'une mélodie parvenait jusqu'à sa conscience encore endormie.

Tout était blanc, l'atmosphère ouateuse et paisible. C'était une de ces nuits de sérénité qui avaient fuies avec la perte irréversible de la paix de son âme.

Peut-être avançait-il, sans doute marchait-il, car la lumière grandissait à ses yeux. Près du porche, les buissons étaient éclairés et dans l'air, des lueurs batifolaient comme des lucioles. Les portes ouvertes du Hall illuminé laissaient parvenir la musique de la Grande Salle. Gravies les marches monumentales, le regard embrassait l'escalier de marbre et les ombres colorées et chatoyantes qui en descendaient réveillaient son esprit.

Etait-ce donc Noël? Le rêve d'un bal?

Et même ainsi, comment expliquer SA présence, mille fois plus éblouissante que toutes les lumières qui l'entouraient? Lily s'avançait le sourire aux lèvres, son regard confiant fixé sur sa présence. Elle voyait une chimère: Lui. Son soi plus jeune de quinze ans.

- Merci d'être venu.. Je sais que je te demande beaucoup.

- Je vois l'avantage de la situation... Je fais rager Potter.

Elle riait, et le prenait par le bras, sa robe blanc argenté éblouissante de clarté contre sa tenue sombre, comme son âme sublimée par la présence obscure.

Soulève ta paupière close

Qu'effleure un songe virginal!

Je suis le spectre d'une rose

Que tu portais hier au bal.

Il se souvenait, maintenant. Rêve et souvenir à la fois, c'était un de ses plus beaux instants. Tout ceux où Lily apparaissait heureuse étaient soigneusement enfermés dans sa mémoire, et celui-ci prenait une place précieuse. Peut-être parce que les moments qu'il avait vécu ce soir là n'auraient jamais dû lui appartenir. Peut-être parce qu'il avait eu cette sensation étrange de ne pas être à sa place, peut-être parce qu'il avait alors tenté d'être ce qu'il aurait pu être, mais ce qu'il n'était pas: l'homme qu'il fallait à Lily.

Tu me pris encore emperlée

Des pleurs d'argent de l'arrosoir,

Et, parmi la fête étoilée,

Tu me promenas tout le soir.

Elle l'avait convaincu de l'accompagner au bal de Noël, "en amis", le suppliant de lui permettre d'échapper à l'insistance de James Potter. Il avait accepté, et en la voyant s'avancer vers lui, radieuse, épanouie, il avait prit conscience comme jamais du gouffre qui les séparait. Il avait décidé de l'oublier, pour ce soir-là.

Ils avaient dansé. Ou plutôt, elle avait dansé, et il l'avait suivi, la dévorant des yeux, jetant un regard noir à quiconque posait les yeux sur Lily, défiant d'un sourire narquois James Potter. Longtemps, sa cavalière l'avait entraîné sur la piste de danse. Il aurait bien aimé s'éloigner de la lumière, se détourner de l'attention d'éventuels spectateurs. Mais dans ses bras, une rose blanche perlée d'argent rayonnait sous la clarté de la fête, et il ne pouvait se résigner à éteindre lui même la lueur heureuse de son oeil brillant.

Enfin, fatiguée, Lily s'était laissée conduire dans le parc enneigé. Les mots retenus depuis des années avaient alors manqué franchir ses lèvres. Mais comment lui dire cet étrange sentiment qu' animait sa présence, qu'agitait sa simple pensée? S'il avait laissé passer ces émotions folles, s'il avait osé parler, que ce serait-il passé? Son présent eut-il été différent? Il se plaisait parfois à y rêver.

Ô toi qui de ma mort fut cause,

Sans que tu puisses le chasser,

Toutes les nuits mon spectre rose

À ton chevet viendra danser;

Mais ne crains rien, je ne réclame

Ni messe ni De Profundis

Un léger courant d'air frôle mes paupières encore closes. Je crois un instant qu'il provient de mon rêve. Mais ce n'est pas le froid mordant de l'hiver, simplement une caresse à peine effleurée.

Le rêve vient de s'évanouir, quelques images flottant encore dans mon esprit.

Un nouveau souffle m'amène à ouvrir lentement les yeux. Je rêve toujours. Devant moi, Lily me sourit. Plus pâle encore qu'un fantôme, plus présente pourtant qu'un souvenir, dans cette chambre délabrée, est-ce le lieux ou mon esprit qu'elle hante?

Je frémis. Depuis ce jour où, pour la première fois, je me suis rendu sur sa tombe, un an après sa mort, jamais plus Lily ne m'est apparue. J'avais éloigné de moi ce fantôme tentateur qui m'attirait vers la mort. Est-ce que maintenant mon heure est venue?

Lily sourit tristement et je la vois doucement tourner son beau visage serein, comme pour me dire: "Non, Severus, je ne suis pas ici pour cela."

Pour quoi donc alors? La certitude de ton pardon est peut-être ce que je désire le plus au monde, et c'est une espérance aussi vaine que celle de te revoir un jour.

Je décide que mes yeux me trompe et que mon esprit s'illusionne après un rêve qui m'a évoqué Lily telle que je l'ai toujours adorée.

Ce léger parfum est mon âme,

Et j'arrive du paradis.

Je ferme les yeux pour que cette apparition disparaisse. Mais sa présence enveloppe la pièce, je la sens rayonner doucement parmi les meubles usés et dépareillés. Elle ne s'évanouit pas.

Je commence même à douter: l'odeur doucereuse de la poussière du baldaquin se mêle peu à peu à la délicate effluve d'un parfum de rose. Son parfum. Du fond de mon existence misérable, il est une fragrance du paradis dont je veux m'enivrer, qui a elle seule me transporte en un temps à jamais révolu. Son odeur est le plus troublant des souvenirs que ma mémoire garde encore. Je ne sais plus si je rêve... Le parfum est si présent... Ce pourrait-il que?...A regret, j'ouvre à nouveau les yeux. Elle est toujours, là, elle me sourit toujours. Je n'ose la croire réelle.

Mon destin fut digne d'envie,

Et pour avoir un sort si beau,

Plus d'un aurait donné sa vie;

Car sur ton sein j'ai mon tombeau

Je me lève, mais l'ombre évanescente ne s'évanouit pas. Pas encore. Troublé, je vais jusqu'à la cache d'un trésor du passé jalousement conservé: des lettres, des photographies. Sur chacune d'elles, Lily y apparaît tantôt radieuse, tantôt mélancolique, tantôt rieuse, mais toujours la mine éclatante de vie encadrée de ses longs cheveux roux. Le spectre qui flotte dans ma chambre a gardé sa douceur, mais a perdu cette joie rayonnante, et ce sourire un peu triste est celui d'une âme dont la vie fut belle mais trop courte. Et les témoignages de cette injustice sont sous mes yeux: Lily qui vient d'acheter ses premières fournitures, Lily un été étendue sur l'herbe au soleil, Lily arborant son insigne de préfet. C'est la dernière photo qu'il avait prise. Cette année, ils s'étaient séparés.

Mon coeur se serre. Je possède cependant une autre preuve du bonheur de sa vie. Celle de son mariage. James Potter m'avait remplacé auprès d'elle. Et que pouvais-je dire? Aujourd'hui, puis-je le lui reprocher? Il a fait son bonheur. Je l'ai détruite. Lui la méritait. Et c'est peut-être pour cela que ma haine envers lui n'est jamais morte. J'essaie, Lily, crois-moi. Je sais que je n'étais pas pour toi, je sais que mon âme était trop sombre.

Et sur l'albâtre où je repose

Un poète avec un baiser

Écrivit: "Ci-gît une rose,

Que tous les rois vont jalouser."

Lily est toujours là. Curieuse chose que les souvenirs. L'apparition auprès de sa tombe n'était rien comparé à ce que je vois ce soir. La force d'évocation des souvenirs semble plus forte que le désespoir de la mort...

Malgré les années, malgré l'amertume, malgré la culpabilité, je ne veux pas oublier ces instants de purs émerveillement que ta présence me causait. Car c'est en repensant à ces souvenirs, bien plus que ce soir éprouvant où pour l'unique fois je me suis rendu sur ta tombe, que je me sens proche de toi, la femme que j'aimais et que j'aime encore. C'est face à ces souvenirs que j'ai l'espoir fou que tu m'as pardonné.

Le spectre de Lily s'efface lentement.

Le rêve est parti.

Sur le lit, une rose blanche.


C'est la fin d'un projet qui me tenait très à coeur. Un immense merci à ceux qui auront lu jusqu'ici cette songfic malgré la musique un peu "inhabituelle..."

Et si vous pouviez me laisser une trace de votre passage, au moins pour me dire que vous êtes parvenus jusqu'ici, je vous en serais reconnaissante!

Si le coeur vous en dit, à bientôt sur ma fanfiction " Au nom du Père, du Coeur, du Sang" où vous rencontrerez quelques passages en musique de temps à autre...