« Donc, l'idée, ce serait d'aller acheter des médocs sans attirer l'attention sur ce petit rayon de soleil ? »

Toriel acquiesça, concentrée sur la petite humaine qu'elle berçait comme elle pouvait pour calmer ses pleurs. Ses cris restaient perçants, quand bien même ils s'affaiblissaient sous la fatigue.

« Te vexe pas, mais… C'est impossible. »

Toriel se sentit légèrement offensée mais se contenta de soupirer. « Je sais bien. Mais…

- Mais tu as de la chance. J'en ai vu d'autres, des choses impossibles. » L'interrompit-il avec une lueur malicieuse dans son regard.

« Est-ce que… c'était une blague ?

- Plus ou moins. » fit-il en haussant les épaules. « Ça veut surtout dire que j'ai une idée. »

Toriel tendit une oreille impatiente qui fit sourire le petit squelette.

« On va emmener Frisk chez moi.

- Quoi ? » s'écria Toriel, surprise. « Mais comment ? Et ton frère…

- Oh, pas la peine de s'inquiéter au sujet de Papyrus. A l'heure qu'il est, il est en train de faire sa ronde en rouspétant parce que je ne suis pas à mon poste. Il ne rentrera pas à la maison avant de m'avoir trouvé, ce qui ne risque pas d'arriver, puisque c'est là que je serai, avec la petite, pendant que tu iras faire tes emplettes. Simple comme bonjour ! »

Toriel se mordit la lèvre, inquiète. Laisser Frisk seule avec Sans, était-ce vraiment une bonne idée ? Mais elle dut se rendre à l'évidence, elle n'avait pas le choix, il n'y avait pas d'autres moyens. « Cela ne nous dit pas comment nous allons arriver à Snowdin sans attirer l'attention de la garde royale.

- T'en fais pas pour ça. » fit Sans avec un petit clin d'œil. « Je connais un raccourcis. »


En un mot, la maison des frères squelettes était confortable. Le salon était propre et spacieux, malgré la présence d'une chaussette à côté de la télévision et d'une pierre sur la table. La moquette à motifs en zigzag bleu et rose était si épaisse qu'elle donnait envie de faire la sieste à même le sol. Et il y faisait bon, si bon que Toriel se sentit presque prise de vertiges lorsque le chaleureux foyer remplaça la forêt glacée à travers laquelle elle suivait Sans. La chaleur parut également plaire à Frisk dont les pleurs se calmèrent brièvement. La femme chèvre tourna sur elle-même en se demandant comment elle était arrivée là mais Sans ne lui laissa pas le temps de spéculer.

« Viens, entre, Toriel. Ne t'inquiète pas, les voisins n'entendront pas.

- Mais comment sommes-nous arrivés… » s'interrogea à voix haute l'ancienne reine. Elle regarda par une fenêtre près de l'escalier et s'aperçut qu'effectivement, ils étaient bien à Snowdin. Des enfants à fourrure jouaient dans la neige devant un arbre décoré à quelques mètres de là. Un couple de monstres se plaignait de choses et d'autres, assis sous un porche.

« Sympa comme raccourcis, hein ? » se vanta Sans en se laissant tomber sur le canapé. Il poussa un soupir et s'étira, l'air fatigué. Il mit quelques instants à se redresser. « Je crois que tu devrais y aller, tu risques de fouiller les étagères de Mme. Keeper un moment avant de trouver ce que tu cherches.

- Je suis inquiète. Peut-être que tu pourrais y aller ? Tu saurais quoi faire.

- Trop de boulot. » souffla-t-il d'un air un peu gêné. « Et puis je ne sais pas ce que tu veux exactement. En plus, même si je trouvais, ça paraîtrait bizarre, un squelette qui a besoin de se faire vomir. Non, il vaut mieux que tu y ailles.

- Est-ce qu'on ne risque pas de me poser des questions ?

- Nan. A moins de rester immobile et d'avoir l'air occupée, personne ne viendra te parler. »

Toriel trouva que c'était une drôle de logique mais n'ajouta rien. Frisk gémissait pitoyablement et elle eut tout le mal du monde à la déposer dans les bras osseux de Sans. La couverture dans laquelle elle était enroulée glissait légèrement. Sans lui fit un sourire réconfortant avec les yeux. « Il suffit de tourner à droite en sortant. La boutique est au bout de la rue, juste avant le panneau.

- Prend bien soin de Frisk. » répondit Toriel avec inquiétude.

Sans leva les orbites au ciel. « Tout ira bien, Toriel. Qu'est-ce qui pourrait mal se passer ? »

Toriel hésita encore quelques instants mais se résolut à partir, laissant Frisk seule avec son baby-sitter de fortune. Les pleurs de la petite fille s'étaient affaiblis rapidement avec la douce chaleur du foyer, elle se contentait maintenant de gémir et de hoqueter. Elle avait encore mal mais au moins elle n'avait pas froid.

Sans la regardait avec intérêt en la berçant paresseusement de temps à autres. Il n'avait pas grand-chose à faire, il n'avait qu'à rester assis là et garder un œil sur la gamine le temps que Toriel revienne. Cela lui convenait très bien. « Eh, petite ! » fit-il. Frisk ouvrit les yeux, sans cesser de gémir. « Tu veux que je te racontes une blague ? » Il prit son absence de réaction pour un oui. « Comment appelle-t-on un squelette qui parle trop ? » Frisk pleura pendant encore quelques seconde avant qu'il ne donne la réponse avec une grand sourire. « Un os parleur ! »

Dommage pour lui, Frisk ne semblait pas d'humeur à écouter des blagues, et ne comprenait de toute façon pas ce qu'il lui racontait. Sans ne s'en offusqua pas, il avait l'habitude de rire tout seul.

Bientôt la fatigue sembla avoir raison des pleurs de la petite fille. Sans remarqua assez rapidement ses gémissements de plus en plus faibles et ses bâillements répétés. « Tu as sommeil, l'osselet ? » fit-il, attendri. « Moi aussi, ça m'irait bien, une petite sieste. » Frisk ne lui répondit pas. Ses yeux se fermèrent et ses gémissements devinrent le fruit de rêves fiévreux.

Sans n'osa d'abord pas se laisser aller à dormir à son tour, mais cela ne dura pas. Ses orbites se fermèrent peu à peu, le canapé parut soudain plus confortable qu'un nuage, et le paquet de couvertures qu'il serrait dans ses bras était doux comme un mouton.

Ce n'était pas de sa faute s'il s'endormait n'importe où et n'importe quand, après tout. Il n'avait pas choisi d'être comme ça.

Cela ne lui ferait pas de mal de dormir.

Juste un peu.

Un tout petit peu...

« SANS ! DEBOUT, ESPÈCE DE FEIGNASSE ! »

Ce cri le réveilla en sursaut et manqua de le faire tomber du sofa. Le petit squelette avait le sentiment de n'avoir fermé les yeux que quelques secondes mais plusieurs détails lui prouvèrent le contraire. Le fait que son frère venait de rentrer à la maison et s'appliquait à lui faire la morale sur son absence au travail, par exemple.

Ainsi que le fait qu'il serrait maintenant, dans ses bras, une couverture vide.