Chapitre 4 :
_ Est-ce que nous pouvons nous parler Anastasia ?
Ma réponse se fait attendre. Ce n'est pas que j'hésite sur ce que je dois faire, bien au contraire. J'aimerais tant qu'elle soit à l'autre bout du monde. Et si pour ça je dois l'y pousser avec un coup de pied au cul, je le jure que je le ferai tout de suite.
Ma conscience a refermée brutalement son ouvrage de Dante et a troqué son bureau et son tailleur strict contre un treillis et une veste militaire. Les lunettes en demi-lune ont fait place à un maquillage de camouflage et elle est en train d'armer son lance-roquette. Je suis prête.
_ En tous les cas, moi, je n'ai rien à vous dire.
La froideur de ma réponse ne semble pas l'atteindre. Taylor me pousse doucement dans le dos pour que nous reprenions notre route et je m'apprête à tourner le dos à cette bonne femme.
_ Et moi, au contraire de vous, j'en ai énormément.
Je m'arrête à nouveau. Elena affiche déjà un sourire. Elle a gagné. Elle sait que je vais l'écouter… Pourquoi devrais-je lui faire ce plaisir ? Je retrouve bien là le caractère apparemment identique de tous les Dominants. Comme Christian, elle sait comment me manipuler pour arriver à ses fins.
Je chasse immédiatement cette pensée de ma tête. Je me serai bien fouettée moi-même pour penser à de pareilles conneries !
Mais qu'est-ce qu'elle me veut, putain ?
Je finis par faire un signe à Taylor de s'éloigner un peu et je m'approche de Mrs Robinson. Je me dégoûte moi-même de cette curiosité malsaine qui me pousse à vouloir quand même l'écouter. Les bras croisés en signe de défi, je m'arrête face à elle.
Elle porte un tailleur noir et tiens un bouquet de roses blanches.
_ Alors ? Je vous écoute… ma voix tranchante m'étonne moi-même.
_ D'abord, je tiens à vous présenter mes plus sincères condoléances. J'espère que vous en informerez Grace… Je lui ai envoyé une carte avec une gerbe mais la connaissant, je ne crois pas qu'elle ait eu envie de la lire.
_ Si c'est pour cela que vous venez me voir, je me contrefiche de votre compassion …
Ma colère est sur le point d'exploser. Ma conscience est en train de viser Elena et s'apprête à faire feu.
_ Je suis surtout venue pour m'excuser…
Ma conscience, incrédule, penche légèrement la tête pour dégager son œil de la visière.
Face à mon silence, Elena continue.
_ Il y a des choses que je viens de découvrir à propos de Hyde…
A ce nom, mon corps encore meurtri est parcouru par un frisson d'effroi et de dégoût. Tout le cauchemar que j'ai vécu m'assaille à nouveau.
Ça, c'est pour la SIP, salope !
_ Vous savez qu'il avait été relâché sous caution ?
_ Oui, je finis par lui répondre, sur la défensive.
_ Et que la personne qui l'a payée est restée anonyme ?
Je me rappelle du passage de l'inspecteur Clark à l'hôpital peu avant que je sorte. Il m'avait expliqué cela… Son interrogatoire avait aussi mis mes nerfs à rude épreuve…
_ Et alors ?
_ Alors, me répond-elle, il s'agit de mon ex-mari…
_ Quoi ?!
Mon cri se répercute dans le silence du cimetière. Taylor accourt déjà, les traits crispés et inquiets. D'un geste de la main, je lui montre que ça va. Je retire mes lunettes de soleil qui commencent à devenir inutiles en raison du crépuscule qui s'étend lentement sur la ville. Je me passe la main devant les yeux, comme pour chasser un cauchemar. Je ne comprends pas…
Qu'est-ce que l'ex-mari de Mrs Robinson avait à gagner en relâchant Hyde dans la nature ?
_ J'ai mené ma propre enquête quand j'ai appris que Hyde avait pu être relâché. J'ai découvert que Linc est à l'origine de tout cela…
_ Mais pourquoi ? Mon murmure, étant plus une pensée à voix haute qu'une question lui étant destinée.
_ Il voulait se venger de Christian… Il nourrit une rancœur à l'encontre de Christian, depuis qu'il avait découvert notre relation…Il s'est vengé sur moi, en me battant à mort. Je n'ai jamais porté plainte. Quand Christian l'a su, il m'a conseillé de le traîner en justice mais je n'ai jamais eu le courage de le faire. Après tout, je l'avais un peu cherché, non ? J'ai simplement demandé le divorce pour qu'il me foute la paix. Mais, je sais maintenant que Linc avait une rancune amère et qu'il a attendu des années avant de se venger de Christian et de moi…
_ C'est votre faute, alors ! C'est votre faute si mon mari est mort !
Je lui crache mon venin, telle une vipère affamée.
_ Je suis aussi coupable que vous, si Christian n'est plus de ce monde. Ce n'est pas moi qui me suis jetée dans la gueule du loup sans prévenir personne.
Cette phrase a l'effet sur moi d'une douche glacée ou pire, qu'un iceberg vient de m'écraser. Cette garce avait mis le doigt, en plein dans le mille. En plein sur le point sensible, sur un énorme abcès que je me refusais à crever, depuis mon réveil à l'hôpital.
Coupable…
Oui, tout le monde me réconforte et prend soin de moi mais je n'ai pas le courage d'affronter leur regard. Parce que j'ai peur d'y voir de la rancune… J'ai peur du regard des autres car si Christian est mort, c'est de ma faute.
Elena reste silencieuse et semble analyser le fil de mes pensées. Elle a marqué un point et elle le sait.
_ Linc ne perd rien pour attendre. J'ai livré les preuves à la police, concernant son implication dans la relâche de Hyde. Et j'ai également à la disposition du conseil d'administration de Lincoln Timber des preuves de détournements de fonds d'un montant très conséquent qui lui a permis de se payer une villa en Floride sur le dos de la société. Je vais lui rendre la monnaie de sa pièce. Il pourra tenir chaud à Hyde, lorsqu'ils croupiront en prison…
Je n'écoute les paroles de Mrs Robinson qu'à demi. Je suis à moitié assommée encore…
Coupable ?
Soudain, ma conscience vient me foutre une claque monumentale. Non, je ne peux pas laisser cette garce sans tirer comme ça. Le souvenir de son SMS à Christian, la dispute que nous avons eu à ce sujet tous les deux, ma colère, ma nuit passée seule dans la Chambre de la Douleur et la dernière nuit où Christian était vivant, où nous ne nous sommes même pas touchés. Il est parti au matin à Portland sans un au revoir.
_ C'est votre faute, je finis par marmonner la mâchoire crispée. C'est votre faute si Christian et moi nous sommes disputés avant sa mort ! Avec votre sale manie de lui tourner toujours autour ! Vous n'avez pas accepté qu'il vous ait rejetée le jour de son anniversaire ! Vous avez toujours été une ombre qui planait entre lui et moi. Vous croyez que je n'avais pas deviné votre manège ? Ah, vous devez être contente qu'il soit revenu vers vous, alors que je venais de lui annoncer que j'étais enceinte !
Cette fois-ci, c'est moi qui ai le dessus. Elle ne s'y attendait pas à celle-là ! Ma conscience vient d'enfiler son bandeau à la Rambo et tire sur tout ce qui bouge.
_ Qu'est-ce que vous voulez dire… je ne comprends pas… me répond-elle, un peu perdue.
Comme une lionne, j'assène le coup de grâce.
_ Parce que vous pensiez que je n'ai pas lu le SMS que vous lui aviez envoyée ? 'Ça m'a fait plaisir de te voir… Tu feras un père merveilleux…' Vous n'êtes qu'une sale pute manipulatrice !
J'accompagne ces derniers mots en la giflant de toutes mes forces. Soudain, je me sens soulagée. C'est comme si en la tapant, je venais de briser la chape de béton qui venait de m'engloutir, suite à la découverte du poids de ma culpabilité. Contre toute attente, Mrs Robinson ne contre-attaque pas. Elle paraît même un peu sonnée et je vois qu'un filet de sang coule au coin de sa bouche. Merde, je viens de lui exploser sa lèvre inférieure !
_ Vous… Vous êtes enceinte ? dit-elle, surprise.
_ Comme si vous n'étiez pas au courant…
_ Non, je vous le jure, Anastasia. Je ne le savais pas… Christian ne m'en a pas parlé…
Elle semble complètement déstabilisée. Et le pire c'est qu'elle semble me dire la vérité.
_ Et votre SMS, alors ? je lui demande, méfiante, mais néanmoins un peu calmée.
_ Christian se baladait dans le quartier de mon salon de coiffure. Il avait l'air paumé et contrarié. Je l'ai invité à boire un verre dans un bar. Il a accepté. Nous avons beaucoup parlé…
_ De quoi ?
_ De vous… de lui… Il m'a dit que vous lui aviez avoué que vous aimeriez avoir des enfants… C'est tout. Il ne m'a rien dit à propos de votre grossesse. C'est pour cela que je lui ai dit qu'il serait un bon père. Sincèrement, Anastasia, je suis désolée pour vous. Savoir que vous élèverez seule cet enfant.
Soudain, je sens la colère qui monte en moi. Je suis comme un volcan prêt à exploser. Je pense au Petit Pois…
_ Il n'y aura pas d'enfant…
La bile me monte dans la gorge.
_ J'ai avorté sous les coups de Jack Hyde !
_ Je suis désolée, Anastasia, me répète-t-elle.
_ Mais le pire de tout, c'est qu'à cause de votre influence, je n'ai pas vu mon mari les deux derniers jours de sa vie….
_ Christian vous aimait profondément, Anastasia. Je vous le jure… Ce n'est pas de ma faute si vous vous êtes disputé tous les deux. La discussion que j'ai eue avec lui dans le bar ne s'est pas attardée. Il avait juste besoin d'un déclic.
_ Un déclic ?
_ Je lui ai proposé de passer la nuit chez moi…
Folle de rage, je lui fous de nouveau une raclée monumentale. Même ma conscience ne l'a pas sentie arrivée. Tout comme Elena, elle en reste encore abasourdie, son lance-roquette, pendant bêtement le long de son bras. Bon sang que c'est libérateur !
_ Vous n'êtes qu'une sale garce sans cœur… Vous pensiez qu'il n'en avait pas non plus ? Vous pensiez avoir encore de l'influence sur lui…
_ Sincèrement, oui j'avoue que je pensais pouvoir encore le changer. Mais j'avais tort…
_ Vous pensiez qu'il était encore ce gamin de 15 ans qui ne pourrait rien vous refuser ? Vous pensiez qu'il était encore tel que vous l'avez modelé… Vous avez brisé son adolescence comme sa mère a brisé son enfance.
Je commence de nouveau à m'emporter. J'ai l'impression d'être une cocotte-minute dont la soupape a du mal à lâcher la vapeur.
_ Vous n'aviez pas à avoir peur, Anastasia. Christian n'avait peut-être pas confiance en lui mais vous auriez pu lui faire confiance sans la moindre hésitation. Il était plus fort que vous ne pouvez l'imaginer.
_ Vous ne savez rien du Christian que je connaissais…
_ Oh oui c'est vrai que je n'ai pas connu toutes ses cinquante nuances…
A ces mots je frissonne. Cinquante nuances… C'était un petit mot entre lui et moi… Comment pouvait-elle savoir que je l'appelais ainsi ?
_ Dans ce bar, j'ai vu le Christian amoureux. Je n'avais jamais vu cela chez lui. Il vous aimait Anastasia… A tel point qu'il a refusé mes avances et a décidé que nous coupions complètement les ponts entre nous.
Silence radio de mon côté. Elle continue :
_ J'ai peut-être modelé Christian à mon image mais je ne le regrette pas j'ai fait de lui ce qu'il est devenu. J'ai été la dalle grâce à laquelle il a bâti son empire. Je lui ai appris à voir le monde d'une façon qui était la plus saine pour lui à ce moment de sa vie. Je l'ai sorti du gouffre dans lequel il s'enfonçait.
Elena finit enfin par sortir un mouchoir de sa poche. Elle s'essuie avec sa lèvre ensanglantée. Quand elle voit le tissu imprégnant son sang, elle esquisse encore un sourire vainqueur. Comme si elle comprend soudain quelque chose qui m'échappe.
_ Vous savez, Anastasia, il vous aimait vraiment. Et vous l'aimez aussi. Vous l'aimerez toujours mais cet amour pour lui vous a aussi modelé à sa façon. Les chiens ne font pas des chats… Nous ne sommes pas si différentes vous et moi.
_ Arrêtez de m'insulter… je gronde.
_ Vous verrez qu'avec le temps, j'ai raison. Nous en reparlerons un de ces jours.
_ Ça je ne le crois pas… Je tiens plus jamais à vous revoir…
_ Christian était un homme au magnétisme exceptionnel. Je l'aimais moi aussi. A ma façon. Vous pouvez ne pas me croire. Vous pensez que je ne suis qu'une pédophile sadique qu'on devrait enfermée. J'étais prête à lui dire adieu ce soir-là au bar… Par amour pour lui… Par amitié pour vous…Permettez-moi au moins de lui rendre un dernier hommage sur sa tombe…
Elle désigna les fleurs…
_ Le cimetière est ouvert au public. Je ne vois pas pourquoi j'aurai le droit de vous l'interdire. Mais ne soyez pas surprise s'il y a déjà d'autres personnes occupées à se recueillir en ce moment.
Elena sourit dans le vague, en regardant vers la tombe.
_ Je m'en doute… Ces anciennes soumises…
Elle me regarde droit dans les yeux…
_ Vous verrez, Anastasia, qu'il n'existe rien qui vaille la peine d'être vécu après que l'on ait connu Christian Grey…
oOoOoOoOoOoO
Le retour chez les parents de Christian se fait pour moi dans la plus grande confusion. Je regarde ma main encore rouge d'avoir giflé Mme Lincoln. Taylor reste silencieux.
Arrivée devant la maison, je me dépêche de monter le perron et de rentrer dans le hall.
J'entends quelques conversations. Il doit rester encore quelques invités. Grace m'accueille immédiatement.
_ Ana, je commençais à m'inquiéter… Tout le monde nous a demandé où tu étais… Ils ont compris que tu préférais être seule vu la situation mais…
_ Je suis désolée, Grace. J'aurai dû être là aujourd'hui…
_ Je sais combien cela est difficile, Ana… Taylor nous avait prévenus que tu voulais rester au cimetière…
Taylor ? Voilà maintenant que ce n'est plus à Christian que je dois rendre des comptes sur mes faits et gestes mais à ses parents…. Je regarde Grace… Elle a l'air aussi éreintée que moi. Comment lui en vouloir ? C'est normal après tout.
_ Je sais que tu dois être fatiguée et que tu dois certainement vouloir rester seule mais Carrick souhaiterait te parler. Il se trouve dans son bureau. Si tu ne t'en sens pas la force, je vais le lui dire…
_ Non, ça ira, je mens. Je vais aller le voir.
Je me dirige vers le bureau de Carrick. En fait, je n'y ai jamais mis les pieds. Je me doute que s'il veut me voir, c'est pour des questions financières… Je me doute qu'il y a des choses à régler. Malgré le fait que j'ai l'impression d'être passée sous un rouleau compresseur, nommée Elena Lincoln et que je ne souhaite que dormir, je frappe tout de même à la porte. Carrick m'invite à entrer.
Son bureau n'a rien avoir avec celui de Christian. Il est en demi-cercle, capitonné de cuir. Une bibliothèque aux immenses étagères orne les murs. Devant la grande baie vitrée se trouve un immense bureau en ronce de noyer. A côté de l'entrée, sur un tapis persan, deux fauteuils crapauds en cuir d'un vert bouteille se font face. La lumière des lampes est tamisée, propice à la lecture et à la réflexion.
Carrick se lève de son bureau pour me rejoindre.
_ Ana… Tu vas bien ?
_ Oui.
Encore le énième mensonge de la journée.
_ Bien, assis-toi. Nous devons discuter de certaines choses.
Carrick me montre les deux fauteuils. Je lui obéis et m'installe, le derrière au bord de l'assise.
_ Tu veux boire quelque chose ?
_ Non merci.
Il se rend à un petit bar et se sert une bonne dose de bourbon. Il est en bras de chemise et a retiré sa cravate. Lui aussi semble épuisé. Il finit par s'assoir.
_ Je sais que le moment est mal choisi pour parler de ces choses-là, Ana, mais il y a des décisions à prendre…
Je ne vois pas trop où il veut en venir… Nerveuse, je cache mes mains entre mes cuisses et je commence doucement à me balancer.
_ Je dois te dire les choses clairement. Vu que Christian a refusé que vous signiez un contrat de mariage…
Oh là là, je savais que cela allait revenir sur le tapis…
_ Vous savez que je l'aurai signé s'il l'avait voulu… L'argent de Christian ne m'intéresse pas.
_ Je le sais Ana. Je le sais. Tu me l'as largement prouvé. Ce que tu as fait pour sauver Mia… Peu de personnes aurait était capable d'un tel courage… Je ne saurai comment te remercier pour cela…
Mais j'ai tué votre fils ! Pourquoi me remercier ? C'est dingue ! C'est moi qui suis responsable de sa mort !
Ma conscience a pris place dans sa chaise longue et a reprend le cours de sa lecture de L'Enfer de Dante.
Carrick semble avoir des larmes qui lui montent aux yeux. Il inspire profondément et prend une grande rasade de bourbon.
_ J'ai compris que l'argent de Christian ne t'intéresse pas, Ana. Mais le fait est qu'aujourd'hui, il n'est plus… et étant sa femme, tu hérites de toute sa fortune.
Ma conscience frôle la crise cardiaque, en tombant de sa chaise. Elle se dépêche de courir à son bureau et ouvre très vite L'Economie pour les Nuls.
_ Mais je ne veux pas de cet argent, Carrick ! Prenez-le, je n'en veux pas !
Ca y est je commence à paniquer. Je me sens seule d'un coup.
_ Ana, tu sais que les choses ne marchent pas comme cela. La fortune de Christian est immense. .. La Grey Holding Enterprises est une entreprise qui génère plusieurs millions de dollars de recettes par an. Sa valeur monte à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Christian était l'unique patron. Il n'avait pas de conseil d'administration. Même si tu voulais me vendre des parts de la société, il me serait financièrement très difficile de te les acheter.
_ Que voulez-vous que je fasse, alors ?
Je suis au bord de la crise d'angoisse.
_ Je n'ai que 22 ans ! J'ai fait des études de littérature ! Je n'ai aucune compétence en quoi que ce soit, ni en industrie agro-alimentaire, ni en industrie navale ou tous ces trucs que Christian maîtrisait à la perfection…
Christian ! Pourquoi m'as-tu laissé cela sur les bras ? Toi qui gérais tout, qui voulais dominer chaque situation… Pourquoi n'as-tu pas pensé à ce qui arriverait au cas où tu disparaitrais ?
_ Je le sais, Ana. C'est pourquoi, il y a deux options qui s'offrent à toi. Prends-le temps de choisir car chacune aura ses conséquences… Soit tu décides de démanteler la Grey Holding Enterprises : dans ce cas, tu es libérée de toute responsabilité et tu hériteras de plusieurs milliards de dollars. Soit tu décides de continuer l'œuvre de Christian : dans ce cas, il faudra embaucher des gens compétents dans les domaines adéquats, je me propose même à revendre mon cabinet d'avocat pour t'aider dans cette tâche.
_ Vous connaissez déjà ma réponse… Je ne peux pas laisser tomber l'héritage de Christian. Il s'est tellement investi…
_ Tu as le temps de réfléchir, Ana. Ros est partie ce soir pour Taïwan. Au vu des circonstances, elle avait dû retarder ce voyage.
_ C'était à Christian d'y aller. Je me souviens qu'il m'en avait parlé.
_ J'ai discuté avec elle des moyens de nous organiser… Si tu ne changes pas d'avis, nous en reparlerons tous les trois à son retour après-demain.
Carrick se lève. Je vois qu'il veut clore la discussion pour me ménager. Je suis à bout de force.
Mais au lieu de se rendre vers la porte d'entrée, il se dirige vers son bureau et me tend une grosse enveloppe en papier kraft.
_ Nous avons reçu cela aujourd'hui mais le courrier t'est adressé.
Je lis sur l'enveloppe que l'expéditeur est une société d'assurance. Carrick s'assoit dans son fauteuil et me regarde sortir un énorme dossier. Je suis tellement épuisée que je n'arrive pas à comprendre de quoi il s'agit. Carrick vient à ma rescousse.
_ Lorsque Christian a eu son accident avec Charlie Tango, je lui ai suggéré de prendre une assurance-vie. Je vois qu'il a fait ce que je lui ai conseillé. J'avais lu le contrat avec lui avant qu'il ne se décide…
Carrick me prend doucement le dossier des mains et me tend la dernière page.
_ Il t'a légué 30 millions de dollars…
Je crois que je vais m'évanouir. A cet instant, j'entends que l'on frappe à la porte. Grace entre.
_ Vous avez terminé ? demande-t-elle, en regardant Carrick d'un air un peu énervé.
Je pense qu'elle savait que cette discussion serait trop difficile pour moi. J'ai la nausée et les jambes en coton. Et aussi, je n'ai rien avalé depuis plus de 24 heures. Je rends à Carrick le dossier d'assurances et je prends congé d'eux. Il faut que je sorte de cette pièce. Je leur adresse un bref ''bonne nuit'' et je file dans les escaliers. Je les monte quatre à quatre.
Arrivée au premier palier, je m'arrête brusquement. J'entends un bruit bizarre… Ça vient du deuxième étage. Ma curiosité prend le pas sur ma fatigue et je me décide à me rendre au deuxième palier. Je sais que c'est à cet étage que se trouve la chambre d'Elliot et de Kate. Peut-être que ce sont eux qui font ce bruit ? J'avance dans le couloir et soudain mon cœur s'arrête. Le bruit vient de l'ancienne chambre de Christian.
Je n'ose pas y aller. Je ne m'en sens pas le courage. Les souvenirs que j'ai de cette chambre doivent rester intacts. Je ne peux aller dans ce sanctuaire.
Ma curiosité me fait toutefois avancer de quelques pas. Je finis par distinguer que les bruits sont en fait des sanglots.
Je me décide après une longue hésitation à pousser la porte. Allongée sur le lit de Christian, Mia est en train de pleurer à chaudes larmes dans les oreillers…
Voilà pour ce chapitre. Je voudrai que vous me donniez vos avis sur cette suite, s'il vous plaît. J'ai eu des reviews qui m'ont dit que je n'aurai pas dû tuer Christian. J'en suis navrée mais je vous ai prévenu dans le résumé. Je ne me base pas sur un happy end et j'indique qu'il s'agit d'une fic sur Ana et non Ana et Christian. Je vois la trilogie Fifty Shades comme un roman plus psychologique qu'un roman à l'eau de rose. J'apprécie beaucoup que tout finisse bien dans les romans d'EL James mais je pense qu'il y avait une autre vision à pouvoir apporter. Je pense que cette fin alternative peut développer la psychologie d'Ana.
Alors je serai ravie d'avoir les avis de celles qui me lisent. Oui j'ai tué Christian mais ne me blâmez pas. C'est juste une fic. Je l'écris parce qu'elle me plaît et que je veux juste la partager avec vous. Alors soyez indulgentes.
Je suis prête à recevoir vos reviews ou vos MP, parce que pour le moment, c'est le silence radio alors que je sais que vous êtes très nombreuses à me lire. Ça m'inquiète… Dans l'attente de recevoir vos messages… Bises à toutes.
