Il était 2 heures du matin et Dean était stationné devant chez Castiel. Il secoua la tête, pour la troisième fois depuis qu'il était arrivé, dix minutes auparavant, en se demandant ce qu'il faisait là.
Il avait passé la soirée au bar habituel avec Benny, mais l'homme qui envahissait toutes ses pensées n'était pas venu. Stupidement, il avait baisé un oméga, dont il ne voulait pas penser à l'âge, dans les toilettes. « Baisé » était le mot approprié et cela ne l'avait même pas satisfait. Dégouté de lui-même, il était rentré.
L'ordinateur de Sam était encore allumé et avant qu'il n'y réfléchisse, il tapait déjà « Castiel Novak » sur le moteur de recherche. Il avait trouvé son adresse assez facilement : l'oméga habitait un appartement dans le quartier « riche » de la ville et Dean avait ri de dépit. Il avait fouiné sur Facebook et son cœur avait manqué un battement : sur sa photo de profil, Castiel souriait tout simplement mais Dean n'avait jamais vu une photo aussi belle.
- Bordel… Murmura le jeune Winchester, en démarrant l'Impala.
Il prit la décision de réfléchir à tout ça pour ne rien faire de trop stupide. Il avait besoin de calme et de distance . Avec Sam, il pourrait rendre visite quelques jours à leur amie Charlie, qui habitait New-York ou faire un mini road-trip dans la région.
Mais avant toute chose, il devait dormir : Bobby n'apprécierait pas qu'il arrive, encore, en retard au garage.

Castiel avait mal dormi: il s'était senti nauséeux toute la nuit et avait eu un gros coup de chaleur vers 2 heures. Ne supportant plus de rester dans ce lit, à présent trop grand, il se leva un peu avant 7 heures.
Après avoir dégusté un café, il se sentit déjà mieux . Le café , avec les hamburger, était son pêché mignon et il tenait à commencer chaque journée par son précieux breuvage. Il décida de s'attaquer à quelques corrections en se servant à nouveau.
L'expression « Ces couplent qui durent » acheva le début de bonne humeur qu'il avait acquise. Il soupira en parcourant du regard les interrogations corrigées : peu d'entre elles était satisfaisantes. Il pensa à Sam Winchester, dont la copie surpassait toutes les autres. Mais penser à Sam le mener irrémédiablement à penser à Dean. Dean qui avait pris la fuite en le voyant. Le cœur de Castiel se serra en y repensant : il avait cru que l'attirance était réciproque… Qu'est ce qui n'allait pas chez lui ? Qu'avait-il fait pour que l'alpha ne souhaite même pas lui parler ? Il se leva brusquement : il voulait les réponses à ses questions et les aurait ! Il prit les clefs de sa voiture et fonça chez les Winchester, dont il avait mémorisé l'adresse.
Dix minutes plus tard, il se retrouva devant une petite maison au style traditionnel. Les fenêtres avaient besoin d'être lavées et la pelouse tondue mais l'oméga lui trouva d'emblée un charme et sourit.

Dean regardait d'un mauvais œil Bobby discutant avec Crowley, propriétaire d'une chaine de garages dans la région. Ce dernier n'avait jamais mis le nez sous un capot mais il avait flairé le bon filon : il achetait des garages indépendants pour y placer l'ancien propriétaire en tant que franchisé. À la vue de son costume trois pièces hors de prix et de son perpétuel sourire, les rentrées d'argent devaient être plus que conséquentes. Cela faisant plusieurs années qu'il voulait acheter le garage de Bobby mais celui-ci avait toujours refusé. Le businessman revenait régulièrement, pour se voir essuyer un refus à chaque fois.
Dean ne pouvait plus le voir et il décida de se mêler de leur conversation, espérant le faire fuir comme à chaque fois.
- Crowley.
- Dean. Lorsque je serai propriétaire de ce garage, j'espère bien te garder parmi nous.
- Tu ne seras jamais le propriétaire , Crowley. Rétorqua Bobby.
L'homme d'affaire garda le sourire .
- Ah Bobby. Si tu étais un oméga, je t'aurais appris la discipline depuis longtemps. À coups de fouet.
Il s'éloigna, sous les regards haineux des deux hommes.
- Idiot d'alpha ! Bougonna Bobby.
- Hey !
- Désolé gamin… C'est pas toi que je visais mais certains sont vraiment…
- Moi aussi, il me tape sur le système.
Ils gardèrent le silence quelques instants et quand Dean fit un pas pour s'éloigner, Bobby le retint par l'épaule.
- Je vais quand même devoir prendre ma retraite un de ces jours, Dean.
- Pas pour cet enfoi…
- Une fois que Sam aura terminé ses études, le garage est à toi.
- Bobby, je…
- Pas de discussion, fiston ! J'ai du boulot avec les factures, file !
Dean s'éloigna pour se retourner quelques mètres plus tard et observer son père de cœur, le sourire aux lèvres.

Castiel était passé, en voiture, une demie douzaine de fois devant le garage où Dean travaillait. Il l'avait vu de loin et avait pensé s'arrêter mais quelque chose l'en empêchait. Si Dean le rejetait, il aurait gâché sa vie. Il ne pourrait pas construire une histoire d'amour sans lui; la pensée du Winchester était trop présente. Cet alpha l'obsédait comme jamais et il allait devenir fou. Il décida de repartir , pour réfléchir à la situation, quand sa voiture se mit à faire des soubresauts étranges. Puis, elle cala à environ deux mètres du garage.
- Non…Pitié…Non. Murmura Castiel. Redémarre. S'il te plait…
La voiture sembla entendre ses supplications : elle avança…quelques infimes dizaines de centimètres avant de stopper dans un grand fracas.
La tête sur le volant, désespéré, Castiel ne vit pas l'homme s'approcher et frapper à sa fenêtre. Il sursauta et ouvrit la porte.
- Oui ? Demanda-t-il, anxieux.
Son vis-à-vis devait avoir 60 ans, portait une casquette enfoncée sur le crâne et un vieille chemise de bucheron. Il lui sourit.
- Au cas où t'as pas remarqué les six premières fois où t'es passé, mon garage se trouve à quelques mètres.
Castiel rougit et l'homme éclata de rire.
- Laisse moi ta voiture. Et va voir le gamin, il range dans l'arrière boutique.
L'oméga sortit et tendit les clefs au garagiste. Il était un perdu et ne savait pas vraiment quoi faire. Il était proche de vraiment faire la connaissance de Dean et s'il devait être honnête avec lui-même, il mourait de peur.
- Merci, monsieur.
- Pas de monsieur. Moi, c'est Bobby .
- Castiel.
- Ok, Castiel. Vas y. Cet idiot ne bougera pas ses fesses.
Il hocha la tête mais ne bougea pas. Sa tête était vide et son corps trop lourd.
- Au fond du garage ,porte de gauche. Insista Bobby, en ouvrant le capot de la voiture.

Dean terminait de ranger les dernières caisses. Bobby avait le don de tout entasser et quand ils devaient chercher quelque chose, ils mettaient toujours un temps fou et finissaient par s'engueuler. Fréquemment, quand le garage était calme, le Winchester mettait un coup d'ordre. Il repensait aux dernières paroles échangées et ne put s'empêcher de sourire : avoir un garage à lui était son rêve depuis enfant. Son père ne l'y avait jamais encouragé, il ne l'avait encouragé en rien d'ailleurs, et sa situation financière était plus que précaire. Ses seuls biens étaient la moitié de maison familiale qui avait besoin d'innombrables rénovations et l'Impala, il s'en contentait généralement mais si Bobby lui offrait le garage…
Maladroit, il fit tomber une boite de vis.
- Bordel ! Grogna-t-il en se penchant pour la reprendre.
C'est là qu'il le vit, près de la porte. L'oméga. Son oméga. Celui-ci ne bougeait pas, ne disait rien. Lentement, sans détourner les yeux, Dean se redressa. Il avait l'impression que la température était montée de plusieurs degrés.
- Salut. Dit le Winchester.
- Bonjour.
Dean avait beaucoup de mal à réfléchir en cet instant il ne savait pas quoi dire ni quoi faire. Castiel était là, devant lui, attendant certainement un signe de sa part. Mais Dean ne pouvait pas…
- Qu'est ce que tu fous là ? Lui demanda-t-il, sèchement.
La tristesse emplit les yeux de l'oméga et son vis-à-vis s'en voulut immédiatement. Castiel ne répond rien il fit juste demi tour, vers la sortie.
- Cas' ! Attends !
L'alpha ne pouvait pas le laisser partir, jamais. Il n'était pas doué pour parler de ses sentiments mais là, il le devait. Castiel devait comprendre la situation.
Dean fit quelques pas qui les séparaient et posa sa main sur son épaule. La sensation qu'il ressentit à cette instant était indescriptible. Il eut soudainement l'impression que tout irait toujours bien si l'oméga était près de lui.
Ce dernier fronça les sourcils.
-« Cas' » ? Dit-il alors que le blond rougissait comme un adolescent.
- Wé… C'est enfin… Castiel, écoute.
- « Cas' »… C'est la première fois que quelqu'un m'appelle comme ça.
Dean sourit et ils restèrent en silence quelques secondes.
- Pourquoi es-tu parti hier ? Reprit-il.

L'alpha semblait gêné par cette question mais Castiel devait savoir. Savoir pourquoi Dean le rejetait alors qu'il voyait ses yeux étinceler et que sa main était posée sur son épaule.
- Je m'attendais pas à toi… T'es le prof' de Sammy. Ça s'est compliqué d'un seul coup… Putain, comme si c'était déjà pas le bordel… T'es avec un alpha et…
- Nous ne sommes plus ensemble. Précisa t il, d'emblée.
Dean semblait perdu et il tenait à lui signaler. Il n'était pas un alpha comme les autres, quelque chose était différent.
- Je suis censé dire que je suis désolé, n'est ce pas ? Répondit-il dans un rire.
- Mais tu ne l'es pas.
- Non. Cas'… Je… J'ai jamais ressenti ça. J'ai jamais pensé à me lier avec un oméga, jamais pensé à autre chose que le sexe.
Le cœur de Castiel rata un battement : Dean pensait se lier avec lui. En cet instant, il regretta qu'il n'était pas en chaleur. Il le voulait aussi. Il voulait passer sa vie avec cet alpha et porter ses enfants. Il essaya de se raisonner : il ne connaissait pas Dean. Plus d'un oméga s'était lié sur un coup de tête , ou plutôt coup de cœur, et l'avait regretté toute sa vie.
- Qu'est ce que je dois faire ? Reprit Dean.
- C'est toi l'alpha, Dean.
- Et alors ? Ca te concerne aussi !
Castiel réalisa à cet instant qu'il était en train de tomber amoureux. Quelques minutes de discussion et son cœur s'affolait, beaucoup plus que ses hormones.
- Je voudrai construire quelque chose avec toi. Expliqua le jeune professeur. Parce que moi non plus, je n'ai jamais ressenti ça.
- C'est compliqué…Il y a Sammy. Et je ferai jamais quelque chose qui lui déplait.
- Si c'est une excu…
Dean resserra sa prise autour de son épaule.
- Je te laisserai pas partir, Cas'.Jamais.
L'alpha s'approcha. Son visage et ses lèvres si désirables n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Castiel plongea ses yeux dans les siens. Il serait l'oméga de Dean, peu importe le temps à attendre ou le chemin à parcourir.
Ils se dévorèrent des yeux quelques dizaines de secondes, se torturant.
- Si je t'embrasse. Dit Dean, d'une voix rauque. Je te prendrai là, tout de suite.
Le corps de Castiel réagit immédiatement à cette phrase et instinctivement, sans s'en rendre compte, il colla son corps contre celui de l'alpha.
- Cas'… Je veux vivre quelque chose avec toi. Pas juste te baiser.
Et là, Castiel tomba irrémédiablement amoureux.

Ils s'étaient donné rendez vous le soir même chez le jeune oméga et Dean était nerveux comme jamais il ne l'avait été.
Sam, qui avait invité une certaine Ruby, était heureux d'avoir la maison pour lui seul et n'avait pas demandé où son frère passerait la soirée. Ce dernier n'aimait pas l'invitée de Sam mais pour une fois, il ne fit pas de commentaire.
Avant de se rendre chez Castiel, il passa par le supermarché. Il ne voulait pas arriver les mains vides. Mais il ne savait pas quoi acheter et se rendit compte qu'il ne le connaissait pas. Et il voulait que ça change. Il prit une bouteille de vin quelconque et se rendit au rayon DVD. Il prit « Le bon, la brute et le truand »,un film culte à ses yeux. L'oméga connaissait surement mais il voulait partager quelque chose avec lui.
Il arriva pile à l'heure chez le jeune homme qui le salua avec un grand sourire.
- Je t'ai ramené des trucs. Montra Dean.
Le visage de Castiel s'illumina et il analysa la bouteille avec une attention que Dean n'avait jamais vu chez quelqu'un d'autre. Il regarda le DVD et fronça les sourcils.
- Je suppose que c'est un film connu.
- Tu connais pas ?
- Non.
Dean fut surpris mais cela le fit sourire. Il venait d'apprendre quelque chose sur son vis-à-vis et il en fut heureux.
- On regardera ensemble si tu veux.
Castiel sourit à son tour et l'invita à entrer.
Comme Dean s'y attendait, l'appartement était luxueux tout semblait neuf et de qualité. Castiel et lui n'étaient visiblement pas du même monde…
Le jeune homme l'invita à s'asseoir et quelques secondes plus tard, il lui apporta une bière. En le regardant prendre place à coté de lui, Dean se rendit compte que ce qu'il ressentait était plus qu'une simple attirance alpha/oméga. Pour la première fois de sa vie, il sut ce qu'était l'amour.

Castiel regarda son assiette de lasagne, l'air désemparé. Il avait choisis quelque chose de simple à cuisiner mais même ça, il l'avait raté. Dean lui avait assuré que c'était délicieux mais il voyait bien qu'il mentait. Il se leva et retira les assiettes.
- Hey ! Cas' ! S'exclama l'alpha. Qu'est ce que tu fous ?
- Cette nourriture est immonde, Dean. Tu prétends le contraire mais je vois que tu mens.
Le blond ouvrit la bouche pour la refermer aussitôt.
L'oméga baissa les yeux vers les plats qu'il débarrassait. La soirée avait bien commencé : ils avaient discuté de tout et de rien et avaient regardé le film de Dean. Celui-ci était d'agréable compagnie et Castiel osait espérer que lui aussi l'était. Ils ne s'étaient pas touchés et restés à une distance raisonnable l'un de l'autre c'était une douce torture.
Puis il avait été cherché son plat et cela s'était révélé catastrophique. Il se savait piètre cuisinier mais aujourd'hui, il avait atteint le sommet de la médiocrité.
- C'est pas grave. Le rassura Dean. Il y a un snack pas très loin où ils font des super hamburgers !
- J'ai tout gâché. Mes excuses, Dean.
- T'as rien gâché du tout, Cas'.
- Je voulais que tout soit parfait et je…
- Tout est parfait.
Dean s'approcha et lui caressa le visage, et le cœur de Castiel se mit à battre plus rapidement.
- Merci, Dean. Répondit-il d'une voix rauque.
- J'ai envie de t'embrasser, Cas'.
Il hocha simplement la tête et Dean se pencha vers lui. Ses lèvres était un peu sèches mais ce n'était pas désagréable. Au contraire. Ce fut juste lèvres contre lèvres, quelques infimes secondes. Mais pour lui, ce fut le plus beau baiser de sa vie.