Note: Un grand merci à Càtia (ta review me fait vraiment plaisir, j'espère que tu continueras à lire et apprécier l'histoire!) et petite-abeille (gogol est à peu près l'équivalent de taré). Merci également à tous ceux qui m'ont mis dans leurs alertes ou leurs favoris. Vos avis m'intéressent également, si vous voulez bien cliquer en bas à droite xD.

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Harry Potter n'était pas réputé pour sa ponctualité et son sens de l'organisation, aussi aucun élève ne s'étonna-t-il de le voir débouler, complètement essoufflé et en nage, en classe de chimie dix minutes après la sonnerie:

-Excusez...moi...Monsieur...ma mère...a oublié de me réveiller.

Severus Rogue éclata d'un de ses habituels ricanements sarcastiques en jetant un regard méprisant au jeune homme:

-Il me semble que vous avez passé l'âge de vous faire réveiller par votre mère, Mr Potter.

Quelques rires retentirent dans la classe. Harry préféra en ignorer les auteurs, sachant que Ron devait de son côté les repérer minutieusement en vue d'une petite « explication » future.

-Excusez moi. Répéta-t-il.

L'enseignant le plus détesté du lycée lui adressa un signe de la main nonchalant:

-Allez chercher un billet de retard, Potter. La prochaine fois, je ne vous accepterai pas en classe.

Et tous deux savaient bien qu'il y aurait une prochaine fois.

En traînant des pieds jusqu'au bureau des surveillants, Harry nota mentalement de penser à acheter un réveil. Il se fit gentiment chambrer par Dave, qui le connaissait depuis son entrée à St John, mais le pion apposa son cachet sur le billet de retard et le renvoya en cours, sachant de toute manière qu'une leçon de morale n'aurait aucun résultat.

Les escaliers menant aux laboratoires de chimie et de biologie ne semblèrent jamais aussi longs à gravir à l'adolescent. Dieu, qu'il pouvait détester cette enflure de Rogue...

Avant de venir enseigner dans un lycée de gosses de riches, pour des raisons connues de lui seul, le professeur de chimie avait été un scientifique de renom. Et il ne se privait pas de le rappeler à qui voulait l'entendre, à tel point que Harry en était venu à se demander s'il s'était vraiment reconverti volontairement dans l'enseignement. Mais de toutes façons, comme Ron le disait souvent en lisant ses copies barbouillées de rouge par un stylo vengeur:

-On y peut rien. C'est vrai qu'il est brillant et qu'on est tous un peu crétins en comparaison, mais qu'est-ce que tu veux y faire...

Celui qui peinait le plus était sans aucun doute Neville, qui malgré ses talents certains ne parvenait jamais à s'attirer l'approbation de Rogue:

-Voyons voir ce que le petit génie a à nous apprendre aujourd'hui. Faisait-il à chaque fois que le garçon au visage lunaire levait la main.

Le pauvre Neville rougissait jusqu'aux oreilles et bégayait des paroles incompréhensibles, ce qui lui attirait tantôt des rires moqueurs tantôt des sourires compatissants, tandis que Harry songeait que Rogue avait peut être justement peur que le petit génie ait quelque chose à lui apprendre...

-Eh, fais gaffe où tu vas! Oh, désolé Harry...

Le sourire trop blanc de Benjamin Tweeney provoquait toujours des spasmes étranges du côté de l'estomac du jeune Potter. Il n'était pas amoureux, non, cela s'apparentait plutôt à un béguin d'adolescente pour une star de cinéma. Et Benjamin avait tout à fait le physique et le comportement adéquat...

Loyalement, le grand blond tendit à Harry une main qu'il devinait longue et douce, quoique la manucure doive y être pour quelque chose...Ron parlait toujours de Tweeney avec mépris, le qualifiant de « femmelette »:

-Il doit passer trois heures dans sa salle de bains tous les matins, il est factice comme dans les pubs...Je me demande bien ce qu'elles ont toutes avec lui...

Et Harry, en son for intérieur, se disait que, salle de bains ou pas, Benjamin était vraiment beau à tomber.

Prudemment, il préféra l'aide de ce bon vieux mur pour se relever et adressa à Tweeney un sourire qui se voulait engageant.

-Tu as cours avec Rogue, non? Fit celui-ci en lui jetant un regard légèrement étonné.

-Oui, mais j'ai dû aller chercher un mot de retard.

-J'ai déjà entendu ça quelque part. Souffla Benjamin en lui décochant un de ses sourires à effet montagnes russes.

Même si ses dents étaient trop blanches pour être vraies...

Harry rosit légèrement en passant une main nerveuse dans une tignasse déjà en désordre. Tant pis, il aurait tout le loisir de se moquer de lui-même une fois Tweeney hors de vue.

-Je te laisse, Mrs Laye m'attend. A plus, Harry!

-A plus.

Leurs brèves conversations s'achevaient toujours de cette manière. Dans la bouche de Benjamin, « à plus » pouvait tout aussi bien dire « à demain » que « à dans six mois », impossible de savoir avec exactitude, le blond avait toujours un tas de choses à faire.

Sans entrain, Harry frappa à la porte de la classe de chimie et attendit que la voix glaciale de son professeur l'invite à y entrer.

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-L'homme qui a inventé la chimie devait être pervers, c'est pas possible! Gémit Ron à mes côtés en rajoutant quelques gouttes d'eau de chaux à notre préparation.

Je ne peux m'empêcher de constater -avec un certain fatalisme- que celle-ci vire au vert sapin alors qu'elle devrait être bleu turquoise...

-T'as raison.

Le regard désapprobateur d'Hermione me fait sourire, mais plus par réflexe qu'autre chose. Je vous ai déjà dit que je m'ennuyais?

-T'inquiète, je vais leur faire bouffer leurs bouquins!

Oups, j'ai dû louper un épisode...

-Pardon?

-Seamus et les autres! S'impatiente mon meilleur ami. Ceux qui se sont marrés quand Rogue a sorti sa remarque à la con!

Ron, mon chevalier blanc...

-Laisse tomber, c'est pas grave.

-Bien sûr que si! S'insurge-t-il en agitant son bécher avec une vigueur qui semble déplaire à notre mixture, puisqu'elle émet un chuintement suspect.

-Ron, tu vas en renverser de partout.

-Désolé. S'excuse-t-il aussitôt, en remettant le bécher d'aplomb. Au fait, des nouvelles de ton corres' bizarre?

Tiens, je commençais à l'oublier celui là.

-Pas la moindre.

-Tu es en train de passer à côté d'une chance inouïe d'observer un cas social dans son milieu naturel, à ta place je serais frustrée. Rit Parvati, qui écoute comme d'habitude notre conversation avec sa copine Lavande.

Ron éclate de rire. Je me contente de sourire. La vérité est que j'ai effectivement reçu des nouvelles de mon cher correspondant...

Potter (je peux t'appeler Potter?),

La fiche de renseignements contient tout ce que tu as besoin de connaître à mon sujet. Je présume que nous nous verrons mi-mars. D'ici là, inutile de gaspiller des timbres, même si je dois reconnaître que lire ta prose fut divertissant.

Sur ce, bonsoir.

Draco Lucius Malefoy

Je suis sensé faire quoi, moi, avec ça? Lui expédier une réponse bien sentie, me souffle une petite voix vengeresse. Non, il n'attend que ça, me rétorque aussitôt une autre.

Et comme le cours de chimie s'éternise et que Ron semble trouver la conversation de Lavande des plus dignes d'intérêt, j'extirpe une feuille de mon trieur plein à craquer.

Cher Draco (après tout, tu ne m'as pas interdit de t'appeler ainsi),

Tu te demandes sans doute ce que l'adjectif cher vient faire devant ton prénom. Pure politesse, il faut bien que je montre ma bonne éducation de temps à autre, sinon à quoi serviraient les sommes exorbitantes que mes parents déboursent pour me faire étudier à St John?

Ne t'en fais pas pour le gaspillage de timbres, je crois que mon budget peut se le permettre. En fait, si je t'écris, c'est parce que ce putain de cours de chimie s'éternise.

Mc Gonagall m'a expliqué que tu étais une sorte de cas social et que c'était pour ça que j'avais été sélectionné pour être ton correspondant. C'est vrai que je passe d'ordinaire pour un type assez tolérant.

Je veux donc bien être poli avec toi, faire risette à tes parents et tout le toutim, mais j'exige en retour que tu ne me fasses pas de plan foireux. Par plan foireux j'entends m'embrouiller dans une de tes magouilles, car je suppose que tu dois magouiller.

Je pense avoir été suffisamment clair sur ce point.

Heureux d'apprendre que lire ma prose fut divertissant, même si à ta place je serais sans doute mort d'ennui avant d'arriver au bout. D'ailleurs, je tenais à te remercier de m'épargner le même genre de littérature à ton sujet.

Sur ce, bonne continuation.

Harry

PS: tu peux m'appeler Potter ou Tartempion, je m'en fiche.

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Il me faut une cigarette.

Cette injonction sans appel se répète dans ma tête tandis que j'empoigne la cafetière. Ma main est mal assurée, mes jambes également. Sans doute les retombées de la série de nuits blanches que je me suis enfilé cette semaine. Rester étendu sur le dos, les yeux grands ouverts à fixer un plafond qu'on ne voit pas, il n'y a pas plus con comme occupation nocturne...

Pour une fois ma mère prend son petit déjeuner en même temps que moi, dans une vieille robe de chambre que je soupçonne fortement d'avoir été la propriété de mon cher père. Pathétique. Elle pourrait pas l'oublier un peu?!

Il me faut absolument cette putain de cigarette...

-Tu veux bien aller chercher le courrier, s'il te plaît?

Comme si j'allais lui dire merde.

En descendant les escaliers, je croise le petit vieux du quatrième étage. Un héros de la guerre de Corée, comme en témoigne la manche vide qui pendouille côté gauche. Bordel, il pourrait pas acheter une prothèse?! C'est comme s'il voulait gueuler au monde entier « Je suis un soldat, oui Monsieur, un héros, un blessé de guerre, même si maintenant je vis dans un quartier insalubre et que des clodos pissent dans mon parking! ».

Je ne vois presque jamais sa femme, une espèce de tortue rabougrie. Les commères disent qu'elle perd la boule, et à la voir marmonner toute seule en fronçant les sourcils on ne peut que les croire. Je salue poliment, inutile de me faire encore plus mal voir du voisinage. Déjà que tout le monde médit sur mes moeurs « dépravées » qui me mèneront « droit en prison, à coup sûr »...

Il me rend mon salut d'un air méfiant. Putain, ça craint d'être aussi moche! Sa tête ressemble à un cul de babouin. Je me fais ricaner tout seul avec ça.

-Qu'est-ce qui vous fait rire, jeune homme? Me demande-t-il.

Les prêtres de la Sainte Inquisition devaient avoir la même expression quand il passait un pauvre type à la question.

Je lui décoche un sourire charmeur, agrémenté d'un battement de cils langoureux:

-Je me souvenais seulement de certaines parties de ma nuit...

Il prend la fuite aussi vite que ses jambes le lui permettent. Qu'il ne vienne pas dire qu'il ne l'a pas cherché.

J'ouvre la boîte aux lettres en sifflotant un air de ma composition. Ce n'est pas encore aujourd'hui que naîtra le nouveau Mozart, mais c'est pas grave.

Une enveloppe blanche, toute bête, exactement comme la première. Potter II, le retour.

Mes mains se dirigent machinalement vers mon paquet. Ce foutu briquet se cache encore dans la poche arrière de mon jean. Et j'ai une tâche de peinture dessus, dont je n'ai aucune idée de la provenance...

Je déplie soigneusement la feuille. J'allume ma cigarette porte-bonheur, celle qu'on retourne toujours dans le paquet. La fumée m'irrite la gorge. C'est bon.

Mes yeux s'agrandissent en lisant la première ligne. Quoi, il se met à copier mon humour de déprimé maintenant? Le premier paragraphe est digne du fils à papa que je l'imagine être, arrogant et imbu de sa petite personne.

Rectification, il tente de railler sa condition en évoquant l'argent dépensé par ses parents friqués pour que ses augustes fesses fréquentent un des meilleurs bahut de sa foutue ville. Aurait-on affaire à un rebelle en Ralph Lauren? Je ricane doucement en poursuivant ma lecture. Il n'y a rien de pire que ceux qui critiquent un système dont ils font partie intégrante.

Sûrement que le petit Potty finira designer comme son papounet, à moins qu'il n'hérite des gènes pseudos-artisticos-branchouillos de sa mère. Le révolté dans son duplex avec vue sur la Tamise en train de barbouiller des toiles de noir pour exprimer la profondeur de son désespoâr...Société de consommation de merde, argent roi, la gangrène libérale qui nous guette, tout ça avec Ernesto Guevara punaisé au dessus du divan.

La galère, il connait ça notre poète maudit. Voir sa Porshe se faire embarquer par la fourrière parce qu'on l'a laissée cinq minutes en double file, ça fout les boules. Mais le must du casse-couilles, c'est Marie Charlotte Bénédicte De Latronchenbiais qui nous plante là parce qu'elle a sa réflexion philosophique sur le couple cul/coke à terminer et que les rendez vous chez la manucure ça se prend une semaine à l'avance, merde.

Et parce que son papa, banquier d'affaires, et sa maman, femme entretenue, ne veulent pas qu'elle fréquente un type qui exprime son artistitude profonde.

Poète maudit lutte contre les larmes en enfouissant son visage dans la pachemina imprégnée de Channel n°5 de MCBDL. Pour la peine, il lui écrira une chanson sur le bleu de ses yeeeuuuux...

Revenant au sujet principal, je manque de m'étouffer en lisant le mot « magouille ». Saint Potter ne veut pas que je l'embrouille dans mes « magouilles »! Il doit me prendre pour un drogué, un paumé, un associal de première catégorie.

C'est quand même con qu'il ait raison.