Bonjour/Bonsoir à tous !

Voici le chapitre 4, un chapitre optionnel de fin. Néanmoins, par optionnel, je sous-entends que ce n'est que l'un des nombreux dénouements qu'il pourrait exister pour cette fic, le chapitre 3 étant, pour moi, la fin réelle telle que je voulais l'offrir avec les enseignements qu'elle apporte aux personnages.

Ici, il s'agira d'une deathfic et d'une fin en actes non abstraite sur le futur comme dans le chapitre 3.

Bonne lecture !

Note : la chanson d'intro peut assez bien convenir pour l'ambiance, donc écoutez-la si le cœur vous en dit ! :D


Chapitre 4 : Double lames


" But oh, my heart was flawed

Mais oh, mon cœur a été endommagé

I knew my weakness

Je connaissais ma faiblesse

So hold my hand

Donc tiens ma main

Consign me not to darkness

Ne me confie pas à l'obscurité

So crawl on my belly 'til the sun goes down

Ainsi rampe sur mon ventre jusqu'à ce que le soleil se couche

I'll never wear your broken crown

Je ne porterai jamais ta couronne brisée

I took the road and I fucked it all away

J'ai pris la route et tout envoyé chier

Now in this twilight how dare you speak of grace ?

Maintenant dans ce crépuscule, comment oses-tu parler de grâce ? "

"Broken Crown", Mumford and Sons


Il n'y avait rien à faire. C'est ce qu'on avait expliqué au Roi, lorsqu'il avait enfin osé poser la question qui tourmentait le palais depuis une semaine. À quoi bon tout ce chemin, ces vérités exposées, ces mensonges brisés, si un destin inéluctable empêchait tout changement de s'opérer, toute chose de s'améliorer ? Pourquoi laisser transparaître l'espoir si ce n'était afin de l'arracher définitivement et plus violemment que jamais ?

La cruauté de ce qui arrivait lacérait la raison entière de Loki et son cœur meurtri tandis que ses lèvres frémissaient en un « pourquoi ? » tremblant, incontrôlé, suppliant pour une réponse qui ne viendrait pas. Car il n'y en avait pas ; car la fatalité est l'inévitable mal qu'on peut maudire sans que ne se profile une quelconque solution à la souffrance.

Positionné au-dessus de Thor allongé, en une prise désespérée et furieuse, impuissante, Loki en aurait hurlé de douleur alors que ses iris brillants et vifs se plantaient dans le regard bleu qui s'éternisait dans une chute implacable vers l'extinction. Alors, la poigne agressive des doigts pâles et effilés sur les épaules fortes du blond se resserrait, les ongles se plantant dans la peau, comme dans une ultime tentative d'apercevoir une réaction de recul, un frémissement, un râle. Mais en vain. Plus rien n'atteignait Thor Odinson dont l'expression vide et fatiguée fut balayée difficilement par un sourire amer, tordant ses traits en une expression qui ne lui allait pas et déchirait son interlocuteur par l'abandon d'une lutte vaine qu'elle exprimait.

« Arrête, Loki. Je ne sens plus rien. », murmura le blessé.

Le blessé.

« Pourquoi, Thor ? »

Sa voix s'étranglait dans un élan de colère mêlé à la crainte et la peine, fixant l'inexorable vue du corps de son frère mourant, sa large poitrine se soulevant avec difficulté, le voile de ses yeux occultant sa vision, l'emportant loin, si loin de l'homme fort qu'il avait été, si loin d'Asgard et de ceux qu'il aimait, soufflant dans sa chute la lueur vive et déterminée de ses pupilles et le bleu envoûtant de ses iris.

« Tu es Thor, un Prince d'Asgard, le fils d'Odin, un leader apportant motivation à ses troupes tout comme crainte à ses adversaires, un risible ensemble de bonnes volontés naïves mais encourageantes. Tu es celui qui apportera la paix et fera le plus grand des rois d'Asgard. Tu es mon frère, tu es mon opposé, tu es le bien que je ne sais plus rattraper, l'unique capable d'entendre mes pensées lorsque mes mots traîtres tentent de t'éloigner et te ronger. Tu n'es pas l'homme qui doit mourir, ici, maintenant, dans une misérable couche en agonisant ! Alors je te hais, Thor ! J'ai besoin de toi ! J'ai besoin de toi pour me rappeler de ce que je suis, pour hurler en crachant mes peines, pour te repousser en tentant de te retenir. J'ai besoin de toi pour vivre ! Alors dis-moi, maintenant, pourquoi ? Pourquoi dois-tu périr ici, comme un pitoyable et vulgaire animal en proie à la maladie ? »

Ses ongles s'enfoncèrent avec rage dans les épaules de son frère, faisant couler le sang qui dévala le long des doigts d'une blancheur maladive de Loki, s'incrustant entre les pores de sa peau dans un glissement lent et poisseux.

« Tu vas mourir. », siffla le dieu de la Malice avec rage « Tu vas mourir, et comment puis-je espérer me repérer sans toi ? Comment puis-je rester moi-même, alors que tu es le point d'ancrage autour duquel gravite mon Chaos ? Je- »

Il s'interrompit subitement et écarquilla les yeux.

« Thor ? »

Contre le cuir, au niveau de son cœur, se faisait sentir la morsure froide d'une lame. Les pupilles de Loki s'étrécirent une colère et une déception perceptibles lorsqu'il cracha :

« Aurais-tu fait tout cela rien que pour me voir mourir ? Pour te venger ? Eh bien, soit ! Venge-toi, c'est un bien juste retour des choses. »

« Imbécile. », répondit simplement le blond, sans toutefois lâcher le manche de l'arme pointée contre son frère « Je vais te faire une proposition. Deux lames. Deux morts. Ici même. »

Le brun haussa un sourcil circonspect « Qui te dis que je veux mourir, Odinson ? »

« Tant de temps face à toi, ou une "illusion", ont été suffisants pour le savoir. Ton regard, ton attitude, tes paroles. », énuméra calmement Thor « Te souviens-tu de notre conversation quelques jours plus tôt ? Si je meurs, tu n'auras plus rien. »

Loki sembla réfléchir un moment, puis passa d'une position quasi-allongée à assise en pliant les genoux pour récupérer la dague accrochée entre les sangles de sa botte droite. Il joua avec un instant, puis en pointa la bout contre le torse du blond. Ainsi positionnés, chacun une lame sur l'autre, Loki au-dessus du corps mourant, ils se sentirent soudainement mal en comprenant réellement ce qu'ils s'apprêtaient à faire. Loki ricana nerveusement :

« De toutes les stupidités que nous avons pu faire, celle-ci est la meilleure, mon frère. »

Un léger sourire dans la voix, Thor murmura :

« Tu as l'air bien enjoué de partir dans un tel coup d'éclat. »

« Oh, ce que tu es présomptueux et naïf pour penser les choses si acquises. », gronda avec une moquerie sombre le magicien « Je pourrais bien, au dernier instant, faire voler ta dague au loin avant de planter la mienne pour te voir agoniser indéfiniment sous mes yeux. Pourquoi ? Parce que je t'en veux, tout simplement. Mon cher Thor, j'aurais été fier de mourir face à toi et de ta main, bien que trahi…mais de cette façon ? Tu me proposes si mielleusement de mourir, comme s'il s'agissait là d'un don condescendant, d'une médiocre affection, d'une quelconque pitié de ta part. Tu es insultant et je suis peiné de voir que ma vie t'importe si peu pour m'offrir de l'ôter comme une tâche d'hydromel sur ta clinquante armure. »

« Tu sais bien que c'est faux. Je n'ai pas de telles pensées ni intentions. »

Loki ricana et rapprocha son visage de celui de Thor, soufflant avec une voix doucereuse et malveillante qui faisait tout ce qu'était le menteur, manipulateur, l'homme plein de ressentiments qui l'animaient mieux que sa raison :

« On commet les plus grand crimes par bonnes volontés, Thor. Regarde ce que j'étais. Regarde ce que je suis devenu. Regarde la tempête que mon adoration pour toi a créée. Regarde la plus grande des haines dans des yeux qui autrefois n'avaient que l'amour le plus fort pour étincelle. Je t'aimais du plus profond qu'on le pouvait, de la plus singulière des manières, d'une flamme unique qu'aucun n'aurait pu obtenir autant que le frère que tu étais à mes yeux, d'une attraction et d'une ivresse dignes de la folie pure et apaisante que j'éprouvais. Jamais je ne serais parti, jamais je ne t'aurais trahi, si toi tu ne m'avais pas laissé. Sais-tu ce que c'est, Thor ? Non, bien entendu. Car aucun n'aurait désiré afficher ce genre d'attitude face au grand Thor Odinson. Jamais personne ne se serait dérobé en t'abandonnant pour autre chose, ou d'autres gens. Tu étais acclamé, et tous brûlaient d'obtenir ton attention, alors comment la rejeter une fois acquise ? Donc tu ne sais rien de cela. De la passion, de l'aversion la plus violente, et de cette souffrance de s'être trop longtemps tenu auprès d'un individu qui vous rejette, alors qu'à ses côtés, devant ce regard, on se sent le plus privilégié des hommes et le plus heureux quand bien même la vie est ennuyeuse et cruelle. Je t'en ai voulu avec une ténacité sans nom au point de te détruire avec toute la volonté dont j'étais capable. Alors que m'apporterait ta compassion, Thor ? Que m'apporterait ce que tu crois être le mieux pour moi lorsque je ne suis que condamné à ce que ton insouciance et ton indifférence me piétinent, jusqu'à ce que j'explose et me venge, dévoré par la haine que tu as engendrée ? »

Il appuya avec insistance la pointe de son arme sur le torse du blond qui fronça le nez, de toute évidence très peu satisfait de la tournure que prenaient la conversation et la situation.

« Alors tue-moi et finissons-en. Pour moi il n'y a plus que cette solution, peu importe le chemin emprunté pour mourir. Choisis la tienne seul puisque tu sembles si bien savoir ce que tu veux. »

Loki arqua les sourcils en une expression colérique. Bien entendu, Thor se moquait de lui. Il ne savait rien de ce qu'il voulait. Il était complétement perdu.

Et ça faisait mal. Atrocement mal. Les paroles de Thor passaient leur temps à être d'horribles sons à ses oreilles.

« N'es-tu pas fatigué, Loki ? Connais-tu ton destin ? As-tu conscience que tu devras reprendre le trône ? Si dix ans m'ont été suffisants pour que tu sois affaibli au point de te dévoiler si simplement devant moi, qu'en sera-t-il après une éternité de cette vie complétement sans intérêt ? »

Il poussa un gémissement grave et brutal quand, d'un coup sec, la lame de Loki s'enfonça entièrement dans sa poitrine.

« Je ne sais plus, Thor ! », résonna la voix rauque du brun, brisée par une irritation folle d'être à ce point balloté par les flots, sans aucune maîtrise sur le destin, un désespoir récurrent depuis quelques années envahissant ses sens « Maintenant que cette dague transperce ton cœur, peux-tu seulement me dire que cette libération-là est meilleure qu'une vie à diriger ? »

« Diriger quoi ? », glapit-il avec un effort incroyable, essayant d'omettre le métal qui l'arrachait progressivement à la vie alors qu'il haletait : « Asgard ou ta propre vie ? »

Encore une vérité trop cruelle pour avoir été vue en face par le dieu du Chaos. Il ne croyait plus lui-même au pouvoir qu'il possédait. Et à la liberté non plus. Une nouvelle fois, il était coincé dans une cage, dans un rôle, celui de Second Prince effacé par une place en tant que Roi, seul, faux, et Roi qui n'était pas vraiment lui-même.

Le prince brun détailla son frère, dont les lèvres se tordaient en une douleur immense, la sueur perlant sur son front plissé par sa tentative de demeurer en vie le plus longtemps possible, attendant une réponse de Loki, attendant de savoir ce qu'il ferait, attendant de savoir s'il pourrait sauver son frère de lui-même. Ce dernier plongea les doigts de sa main libre dans les longues mèches blondes du dieu du Tonnerre, puis descendit à son cou, sentant les muscles se tendre en un élan de survie inespéré. Il se battrait autant qu'il le faudrait, jusqu'à connaître le destin que choisirait le dieu de la Malice.

Observant le combat vain de son frère, Loki plissa les yeux soudainement.

Je ne veux plus rien posséder, rien chercher, rien penser. J'en ai assez.

De ce rôle, de cette vie qui se moque de moi, de cette constante défaite peu importe l'intention, bonne ou mauvaise.

Je veux être libre.

Il soupira :

« La liberté est le grand mensonge de la vie…Quant à la mort, je n'en sais rien. », murmura Loki à l'oreille de son frère, un ton étrangement las « Mais puis-je vivre et être libre, mon frère ? Ai-je le droit d'avoir aspiré toute ma vie à atteindre ce point d'équilibre ? Peut-être pas. Je n'ai jamais ce que je veux. Je ne l'aurais sûrement jamais. Et je ne souhaite plus me battre pour des choses vaines. Je ne trouve pas l'intérêt de vivre en n'ayant aucune raison de le faire. », conclut-il en passant ses doigts sur les cheveux qui retombaient sur le front de Thor, dans le but d'apercevoir ses yeux.

Ils se regardèrent longuement, leurs pupilles se confondant en de multiples émotions intenses. Un simple mot, une simple demande, et tout s'achèverait. Et enfin, elle jaillit des lèvres du dieu de la Malice.

Les doigts de Loki se resserrèrent une ultime fois sur le manche de sa propre lame tandis que, à son tour, la seconde s'enduisait de sang.


Commentaire auteur : Oui, je vous l'accorde, ce n'est pas joyeux. Mais que serait une deathfic sans sa dose de drama/tragedy ?

J'espère vraiment que ce chapitre vous aura plu, car je ne voudrais pas avoir trop changé de ton par rapport aux 3 premiers (et surtout, j'espère que c'est assez réaliste). Je ne voudrais surtout pas vous gâcher la fin, qui m'a pas mal embêtée je dois dire.

Voili voilou ! Merci beaucoup de m'avoir lue, et pour d'autres d'avoir reviewé ! Quant aux lecteurs de DWU, on se retrouve très bientôt, ne vous en faites pas ! :3