Bonjour! Chapitre trois, et avec ici un des chapitres les plus "pauvres" de la série, du moins à mes yeux. Il y a quelques informations, beaucoup de dialogues et peu d'actions. J'en suis désolé, mais c'est en quelques sortes un chapitre de transition. Vous verrez de quelle transition je parle. Cependant promis, les prochains chapitres sont beaucoup plus intéressant, du moins à mes yeux. Bon, je ne vous retiendrai pas plus longtemps!
Adlyne : Merci pour ton coms, je l'attends toujours avec impatience quand je publie (Tu es à peu près la seule qui soit aussi fidèle au rendez-vous...) et encore une fois, celui-ci m'a fait grandement sourire. Alors pour y aller en ordre... Vu le temps qu'il m'a fallu pour publier la suite, normal que tu ne t'es pas rappeler du type, il n'a eu qu'à peine une ligne de dialogue et un fin de chapitre de description dans le dernier chapitre du premier arc... Ahah. J'adore Tilda et j'adore les Compagnons, ce sont des guerriers barbares comme je les aimes : Fier, cherchant l'honneur et la gloire du combat et acceptant pourtant un elfe noir parmi eux (Qui sont pourtant considéré comme ennemi d'après Ulfric Sombrage, qui est présenté dans le jeu comme le chef des "barbares"...) donc assez ouvert d'esprit... J'essais du mieux que je peux de bien dépeindre ma vision des Compagnons dans cette fiction, j'espère que tu apprécieras! Pour la petite fée... Huhu. Nachael aurait put aller loin. Mais en effet, cela aurait servit en rien l'histoire, donc vala... Tout ce que je peux te dire, c'est de ne pas sous-estimer la fée. :D J'essaie de varier un peu les types de narration dans ce chapitre, et dans les prochains je change de temps en temps de point de vue, j'essaie de ne pas rester bloquée sur Nachael... Dit-moi ce que tu en pense! Miki est ma muse, et merci de tes encouragements! Bonne lecture!
Réponse au P.S. qui n'a rien à voir : Je trouve le yaoi en général assez exagéré. Particulièrement dans Dragon ball, alors que les personnages féminins sont assez intéressantes et bien développées et surtout que les couples sont solides. Dans des cas comme ça, je trouve un peu bizarre d'imaginer du yaoi... Mais évidement, si la chose est bien emmenée et que le scénario ne part pas en couille, je peux accepter... Le meilleur exemple que je peux donner est la série "Why can't series", une série de trois fictions assez longue, où Goku est Rikku, une femme! Assez intéressant à lire, je peux dire. Mais bon, ce n'est que mon point de vue! Bisou à toi et merci de ta petite pensée! :D
Bonne lecture à tous, à la prochaine!
Saga du Tigre-Dragon
Second Arc : Folgesvenner
-Chapitre 3-
Ysolda regarda la silhouette haute de Nachael s'éloigner à pas rapides en direction de Jorrvaskr. Elle le salua de la main, bien qu'elle savait qu'il ne la voyait pas et ferma sa porte lorsqu'il eut disparu de sa vision.
Une fois le loquet lâché, elle inspira profondément et ferma les yeux, appuyant son front contre le massif panneau de bois. Plus tôt aujourd'hui, elle avait invité Nachael chez elle parce qu'elle s'inquiétait pour lui.
Le sourire qu'il lui avait donnée, juste après avoir chuté, avait été faux, forcé. Elle avait eu l'intime conviction que quelque chose n'allait pas, que Nachael était troublé... Et elle eut raison de penser ainsi.
Qui aurait pu croire qu'une aussi incroyable histoire se cachait derrière ce visage si doux...? La mort de ses parents, Helgen, le Tertre des Chutes Tourmentées, dont elle avait entendu parler qu'il était hanté, l'éloignement de ses amis, puis les Compagnons qui n'étaient pas si accueillants que cela... Et ces histoires de dragons et de Thu'um...
Ysolda avait un doute quant à la véracité de ce récit, qui semblait sortir tout droit d'un livre de contes pour enfants plutôt que de véritables aventures. Mais elle devait reconnaître que Nachael n'était pas quelqu'un qui mentait facilement. Son visage, son regard, son corps, tout était beaucoup trop expressif chez lui. Et elle avait très bien vu à quel point tout était vrai... À quel point, ce jeune homme avait vécu. Il lui avait révélé n'avoir que dix-sept ans... À son âge, la plus part des jeunes hommes sont fraîchement enrôlés dans l'armée et n'ont presque jamais tenu d'armes de leur vie, exceptés les fils de forgerons ou les enfants élevés chez les Compagnons! Alors, quand il avait fini son récit et l'avait regardée, avec ce regard complètement perdu, terrifié même... Elle avait longuement réfléchi aux mots à lui dire. L'encourager? Le rassurer? Au final, elle avait décidé de simplement laisser parler son coeur.
Nachael... Était un homme à la fois très mystérieux et pourtant si facilement ouvert... Si naïf et pourtant tellement prévenant... Séducteur et innocent... Il était un paradoxe vivant.
Et si Ysolda était sincère avec elle-même, elle devait s'avouer qu'elle n'était pas du tout indifférente à ce paradoxe qu'était Nachael Draconis. Au contraire. Cela lui plaisait... Beaucoup.
Elle ressentait encore la chaleur des bras de l'homme autour d'elle et s'était énormément étonnée de constater, une fois collée contre lui, à quel point il était encore mince... Il avait des bras puissants, très bien taillés et pourtant... Sa taille et son torse étaient tous deux un peu étroits. Ses jambes longues et pourtant assez fines, comme son visage. Et cette sensation...
Si familière... Elle avait déjà enlacé cet homme, elle en était persuadée. Pourtant, elle ne connaissait Nachael que depuis quelques semaines, et cela avait été aujourd'hui leur première approche physique, hormis les baises-mains du jeune homme. Elle était pourtant convaincue d'avoir déjà prise dans ces bras ce torse mince, sourie à ces yeux dorés et...
Elle était persuadée d'avoir déjà embrassée cette bouche.
Mais c'était impossible... La pensée d'avoir déjà embrassée Nachael auparavant la fit rougir légèrement, avant qu'elle n'écarte tout ce fatras venant sans aucun doute de son imagination. Où en était-elle déjà?
Ah oui. Malgré son apparence et sa stature qui le vieillissaient de quelques années, Nachael était encore un homme de 17 ans et cela se voyait lorsqu'on l'observait bien. Il avait encore du gras (ou des muscles) à prendre, mais aussi une maturité à acquérir. Jorrvaskr allait le transformer, elle en était certaine. L'idée de voir dans les prochaines années un Nachael plus imposant, plus mature, et qui pourtant garderait ce rire si joyeux qu'elle avait entendu tout à l'heure durant la bataille de boule de neige la plaisait beaucoup. Énormément même. Une petite chaleur naquit dans sa poitrine à cette pensée. Et puis, il y avait autre chose aussi qui gardait cette chaleur en elle.
Lucia. Si petite, si fragile et si courageuse Lucia... Ysolda avait connu la petite depuis la naissance, elle avait également connu ses parents, très amoureux l'un de l'autre, tous deux fermiers. Malheureusement, le reste de la famille de Lucia avait toujours désapprouvé cette union, utilisant même la naissance de Lucia, une fille, comme argument! Disant que le mariage entre Igraine et Alerik était faible, jusque dans leur progéniture!
Jamais Ysolda n'avait autant détesté quelqu'un... Cependant, un groupe de bandits étaient passés à la ferme, il y a de cela presque trois mois maintenant, les soldats du Jarl avaient été trop lents à réagir et la petite famille s'était presque entièrement fait massacrée. Seule Lucia, petite Lucia, courageuse et mignonne Lucia, avait réussi à survivre en se cachant dans une des réserves secrètes de son père. Malheureusement, elle s'était faite mettre dehors par ses oncles et tantes une fois que ceux-ci avaient récupéré la ferme familiale. Ysolda avait cherché à l'adopter, mais l'un des oncles de Lucia était membre de la cour de Balgruf et avait fait en sorte que son nom soit bafoué auprès du Jarl, l'empêchant d'adopter la petite.
Par chance, Nachael était apparu et l'avait prise sous son aile sans aucune hésitation. Étant un inconnu, et ayant réagit très spontanément, personne n'avait pu réagir pour l'en empêcher. Ysolda avait été très soulagée de ce retournement de situation. Et c'était ce geste qui l'avait particulièrement touché. Qui d'autre aurait osé adopter une enfant malgré son jeune âge, son manque d'expérience en la matière ou son manque de revenu durable? Personne d'autre que Nachael.
Elle rangea ses couverts et posa une autre bûche dans le feu, avant d'aller s'étendre dans son lit. Elle était si fatiguée... Une journée de travail bien remplie, conclue par cette bataille de boules de neige et sa longue conversation avec Nachael... La nuit était maintenant bien entamée, et elle devait se lever tôt demain matin.
Ysolda s'enveloppa sous ses draps, ferma les yeux et laissa son esprit dériver. Le récit de Nachael, le sien, cette étrange soirée qui s'était révélée très agréable au final...
Et depuis qu'elle avait rencontré cet homme, tous les jours semblaient se différencier, petit à petit... À l'intérieur d'elle, cette petite flamme qui commençait doucement à naître et à la réchauffer lorsqu'elle évoquait le prénom du rougegarde dans son esprit, sembla encore enfler. Et cette chaleur était si agréable que la jeune femme commençait à se demander si ce sentiment... Pouvait encore se développer?
Elle était une nordique, née et élevée dans une patrie froide où l'amour et la tendresse n'avaient que peu de significations. Les femmes célibataires comme elles n'avaient guère de véritables choix lorsqu'il fallait se marier avec un homme. Généralement, il s'agissait du voisin fermier, du jeune garde de la ville la plus proche ou du marchand avec un minimum de clientèle.
Jamais Ysolda avait songé à une autre possibilité pour son futur. Épouser un marchand ou un garde de la ville, acheter l'auberge d'Hulda et finir sa vie entourée de ses enfants et petits enfants, après une vie de commerce et d'élevage de bambins qui viendraient à leur tour peupler le pays de Bordeciel... Peut-être même gonfler les rangs des Sombrages ou des Impériaux, dépendamment des croyances du père de famille, si la guerre durait jusqu'à l'âge adulte de ses premiers nés.
Qu'on ne s'y méprenne pas, Ysolda adorerait avoir une famille nombreuse. Une dizaine d'enfants ferait parfaitement son bonheur, d'ailleurs. Mais paradoxalement, elle ne voulait pas non plus d'un mari qui se contenterait de lui faire des enfants. Et elle ne voulait pas être uniquement marchande, bien qu'elle adorait ce métier. Elle avait évidement des rêveries d'enfants, devenir la femme d'un Jarl par exemple ou d'un guerrier légendaire... Et évidement, elle savait que jamais cela serait possible.
Mais maintenant... Là, juste ce soir... Elle avait bien cru vivre un rêve. Elle avait cru, pendant quelques secondes, être la femme de Nachael, lui préparant son repas après une dure journée de travail, attendant le retour de leur petite partie jouer avec des amis...
Et cette vision idyllique lui donna le rouge aux joues et l'envie au coeur de le voir ce réaliser. Quand était-ce arrivé...? Quand Nachael avait-il tant prit de la place dans son coeur, au point qu'aujourd'hui Ysolda, d'habitude si pratique et peu portée sur les rêveries d'amour et de sentiments doux, se surprenne à rêvasser d'être l'épouse du Rougegarde?
Était-ce quand elle l'avait aperçu la première fois au marché, Lucia dans ses bras, semblant complètement perdu et cherchant du regard quelque chose? Elle n'avait pu s'empêcher de s'approcher, de lui parler... Et lorsqu'elle l'avait vu foncer à l'intérieur du magasin de Belethor dans le but ne pas exposer d'avantage Lucia au froid de l'hiver, elle l'avait suivi sans y réfléchir d'avantage.
Elle avait juste eu terriblement envie de rester à ses côtés. Et après des mois de conversations, de balades innocentes et de découvertes sur lui, en plus de cette soirée, Ysolda en était presque persuadée.
-... Tu as osé me faire rêver, Nachael Draconis... Je compte sur toi pour prendre tes responsabilités, la prochaine fois. Sourit-elle doucement, à mi-voix dans la pièce vide.
Pièce qui lui semblait soudainement trop grande, trop vide sans la présence de Nachael et Lucia. Et lorsqu'elle s'allongea dans son lit, un moment elle espéra qu'un autre corps s'y trouve. Mais son lit si froid était... Ysolda se recroquevilla un peu sur elle-même et ferma les yeux, rêvassant sur la chaleur que Nachael lui avait communiquée plus tôt, avant de partir. Puis après un moment, elle s'endormit se laissant emporter dans les rêves secrets de son esprit.
Lorsque j'approchai à nouveau Jorrvaskr, je sentis le sentiment de confiance que m'avait donnée Ysolda plus tôt s'envoler légèrement. De quoi je dois avoir l'air, aux yeux de tous? D'un lâche qui fuit à la première épreuve, qui baisse la tête au premier coup... Lamentable.
Faible, m'avait dit Vilkas. Et il n'avait pas tord. Faible, indécis, arrogant, complètement con... Putain en fait, je leur ai même donnés raison en foutant le camp comme ça, devant tout le monde! Merde quoi... Est-ce que j'ai vraiment le droit de revenir? Même uniquement pour venir rechercher Lucia? Peut-être serait-elle plus heureuse ici, au milieu de ces héros légendaires...?
«T'as pas le droit de disparaître.»
Non. Non, j'ai promis. Je lui ai promis de rester avec elle. Je l'ai adoptée, ce n'est pas pour la lâcher à d'autres lorsque j'aurai des problèmes! J'ai déjà failli le faire une première fois, ce n'est pas pour recommencer que je suis revenu!
J'entrai finalement à l'intérieur de l'impressionnante bâtisse. Un feu mourrait lentement dans le large foyer au milieu de la pièce. Il n'y avait personne d'encore debout, je soupirai donc discrètement de soulagement et marchai le plus silencieusement possible vers les escaliers qui menaient au sous-sol.
-Tu es donc revenu... Fit soudainement une voix derrière moi.
Je sursautai et tournai mon visage vers l'origine de la voix. Et étouffai de justesse une exclamation de surprise.
Kodlak Blancrin était assis sur un fauteuil de bois, le coude appuyé négligemment sur la table, l'autre main tenant une coupe à moitié remplie et me regardant d'un air très calme. Malgré la simplicité de sa posture, il dégageait encore une fois cette espèce d'aura royale autour de lui, une aura qui m'inspirait à l'écouter, à le servir, sans hésitation... J'inclinai la tête respectueusement pour le saluer et il sourit.
-Tu n'as pas à faire toutes ces manières devant moi. Je ne suis que le héraut des hommes que tu as fuis il y a quelques heures.
Le mot fuite me fit mal. Je m'approchai néanmoins et m'assoies sur une chaise près de lui.
-Je... Je m'excuse pour ce comportement, je ne sais pas trop ce qui m'a pris. Dis-je, vraiment désolé. Sinon que Vilkas avait raison sur moi, je suis faible...
-Ne prend pas personnellement les remarques que Vilkas t'a faites suite à votre combat. Ou plutôt si, mais pas de la manière dont tu les interprètes.
-Alors comment dois-je prendre le fait que je suis faible? Grognais-je. C'est la pure vérité.
-C'est un fait. Approuva Kodlak. Mais dis-moi, si Vilkas t'aurait couvert de compliments à la fin de votre combat et se serait laisser battre, te serais-tu remis en question au niveau de ta force?
... Il a raison. J'ai bien du mal à l'admettre, mais jamais je n'aurai pris conscience de ma propre faiblesse avant qu'il ne soit trop tard. Kodlak essayait-il de me dire... Que Vilkas avait eu raison d'agir ainsi?
C'était dur d'y croire, et avec raison... Pourquoi ferait-il cela pour un minable petit nouveau comme moi?
-Je sens que tu vas détester mes prochaines paroles, mais crois-moi, un jour, tu comprendras. Me sourit calmement Kodlak avant de se lever. Les questions les plus complexes se révèlent bien souvent beaucoup plus simples qu'on aurait pues le croire.
Je hochai la tête, indécis quant à quoi faire maintenant. J'ai fuis comme un lâche, repris un peu confiance en moi grâce à Ysolda et je suis finalement revenu ainsi pour être accueilli et conseillé par Kodlak Blancrin en personne... C'est une tournure d'événements vraiment trop étrange! Cette journée n'en finira-t-elle donc jamais avec mes nerfs?
-Va rejoindre ta fille. Rassure-la, rassures-toi toi-même, et dors petit. Dit alors Kodlak, comme s'il venait d'entendre les hurlements spectraux de mon esprit de plus en plus fatigué. Demain est un nouveau jour. Et tu sais, c'est en fait une question de sécurité de ne pas donner de missions aux nouveaux venus. Pas par manque de confiance, mais au contraire pour éviter qu'ils ne se fassent tuer par un excès de confiance en eux.
Je souris un peu maladroitement, comprenant soudainement une partie de ma journée. Mais quand même, interdire les missions aux petits nouveaux pour une raison pareille...? Ils n'avaient qu'à se faire accompagner, non?
Mais Kodlak posa sa lourde main sur mon épaule et la serra doucement, avec un sourire tranquille aux lèvres. Ce simple geste sembla retirer quelques poids sur ma conscience et je me sentis beaucoup mieux. On aurait dit que Kodlak avait confiance en moi, et ça... Ça me fait plaisir, en un sens. Je hochai donc la tête respectueusement et il me poussa doucement vers l'escalier. Il est vrai que je me sens un peu fatigué maintenant, allons voir Lucia.
Elle est toujours couchée et se retourne sous les draps lorsque je m'approche. Tous les autres lits sont occupés et seule une flamme venant d'une lampe sur une petite table m'éclaire. Je déplace le plus silencieusement possible le coffre sous le lit et j'y mets rapidement mes vêtements, ne restant qu'en pantalon, avant de ranger à nouveau le coffre. Mes bottes sont également posées sous le lit pour ne déranger personne demain matin et je repousse finalement les draps pour m'y glisser.
Une fois allongée et les draps reposés sur moi, je sens un petit corps chaud se coller contre mon torse. Lucia, à moitié endormie, marmonne quelque chose avant de frotter son visage contre mon épaule et de se rendormir. Elle est adorable.
Pourquoi ai-je osé songer un seul instant l'abandonner ici...? Dois-je donc rajouter lâche à la liste des défauts que je me découvre aujourd'hui?
Cette perspective m'énervait énormément. Mais en même temps me stupéfiait. Maintenant que j'ai pu discuter un peu avec Kodlak, je vois plus clair. Si je ne serais pas venu ici, jamais je n'aurai pris conscience de mes défauts, jamais je ne me serais remis en question. Et je serais resté un imbécile toute ma vie.
Je caresse tendrement les cheveux légers et clairs de ma fille et lui embrasse doucement le crâne avant de me laisser emporter par le sommeil. Demain est un nouveau jour, et je crois que je suis prêt à y faire face.
-Alors, tu abandonnes maintenant? Brasser l'air inutilement est donc tout ce que tu sais faire?! Hurla une voix dans la cours, faisant sourire Eorlund du haut de sa forge.
Curieux, il leva le regard pour voir qui avait l'honneur aujourd'hui d'être "l'entraîneur" du petit nouveau. Ah, il aurait dû le deviner vu la hauteur du ton. Un bruit discret de pas à sa droite lui fit à nouveau tourner la tête.
-Vilkas n'est pas tendre avec le buveur de lait. Fit Aela, le regard distraitement tourné vers la cour également.
-Il faut dire que le petit à quand même des nerfs d'acier. Répondit Eorlund en retournant à sa forge. La plupart des nouveaux auraient déjà craqué depuis des jours, mais celui-là s'accroche.
Aela lui tendit son arc, dont le manche avait visiblement été malmené par une créature possédant des griffes très puissantes.
-Il va craquer. Dit-elle sèchement. Ils le font tous. Et après, ils osent venir couiner à Kodlak que nous sommes injustes avec eux. Seuls ceux qui ont le courage de redresser la tête sont dignes d'être des Compagnons.
Eorlund ne répondit pas. Il n'avait pas vraiment son mot à dire sur la manière dont les membres du cercle des Compagnons recrutaient leurs nouveaux effectifs. S'ils pensaient qu'il fallait les humilier jour et nuit, les faire ramper après un tabassage en règle couvert sous l'excuse d'un entraînement, en plus du mépris peu caché du reste de la bande, le tout sans interruption pendant des semaines jusqu'à ce que la victi/ hum, la recrue crie grâce... Alors qu'ils le fassent.
Lui de son côté, se distrayait en les voyant faire depuis sa forge. Quand il ne devait pas réparer les armures à moitié défoncées de Farkas, aiguiser à nouveau la hache de Vilkas ou raccorder l'arc d'Aela, il observait les entraînements des membres du cercle des Compagnons.
C'était toujours quelque chose d'impressionnant à voir. La précision et la grâce d'Aela et son arc, la maitrise et la finesse de Vilkas et sa hache à deux mains, la force et l'endurance de Farkas, toujours écrasant dans ses combats, l'ingéniosité et la force d'impact de Skjor, le plus vieux d'entre eux... Chacun des membres du cercle était impressionnant dans ses talents. C'était en observant ces entraînements qu'Eorlund réalisait qu'ils n'étaient pas membres du cercle par hasard.
Ils étaient forts. Et faisaient la fierté des Compagnons.
-Je me demande quand même ce que vous avez contre ce gars. Il n'est qu'un gamin même pas fichu de connaître l'origine de son arme, en quoi est-il intéressant? Demanda-t-il néanmoins.
Aela s'éloigna du bord de la petite falaise et alla s'appuyer contre la pierre entourant la forge. Elle croisa les bras et haussa les épaules.
-Kodlak s'intéresse beaucoup à ce gamin. Et il faut avouer que c'est le premier à endurer aussi longtemps notre recrutement.
Eorlund ne répondit pas à cela et alla fouiller dans son coffre personnel. Il en prit un arc, qu'il tailla et vérifia l'état de la corde, la souplesse du bois et la solidité du manche. Satisfait, il tendit l'arme à la chasseresse tandis que depuis la cours, un autre hurlement de Vilkas s'éleva, encore plus fort :
-REDRESSE IMMÉDIATEMENT CETTE GARDE, TU VEUX VRAIMENT QUE JE TE FRACASSE LE CRÂNE PAR TERRE?!
-Il endure quand même tout ça depuis plus d'un mois alors qu'habituellement ça ne dure qu'une semaine ou deux. Fit remarquer Eorlund. Il ne serait pas temps de le mettre à l'épreuve sur le terrain?
Il tourna à nouveau la tête vers la cour et cette fois entrevue la cicatrice rosâtre qui parcourait une partie de la joue droite, le cou et le début de l'épaule droite du petit nouveau, qui s'était encore une fois relevé suite à un autre plaquage contre le sol.
-Quand Vilkas le déclarera prêt. Répondit Aela, avant de repartir avec son nouvel arc.
Le forgeron étouffa un rire à ces paroles. Il connaissait bien le Compagnon, pour avoir eut de longues discussions avec lui depuis des années et savait donc pertinemment que Vilkas n'allait pas lâcher le gamin dans la nature de sitôt.
Aux yeux perfectionnistes du loup-garou, il y aurait toujours un défaut dans toute chose. Et ce pauvre Nachael en était rempli, malheureusement.
Dans la cours, le Rougegarde se releva après une énième clé de bras dévastateur, et grimaça en sentant ses épaules le lancer. Il ne dit cependant rien et redressa à nouveau les poings, bandés pour masquer d'anciennes coupures ou blessures et encaissa une nouvelle attaque de Farkas. Aujourd'hui, le gamin était entraîné par Vilkas mais avec l'aide du frère jumeau de celui-ci.
Six semaines que je me relevais. Un mois et demi qu'on me ramassait à la petite cuillère pratiquement tous les soirs. Mais je dois tenir. Je dois me relever. Pas question d'abandonner à nouveau. Qu'ils viennent, je les attends! Lucia s'inquiète beaucoup, Freyja n'est pas plus rassurée et Ysolda m'a déjà confié ne pas aimer ce qui se passe, mais bon sang...
En fait, je crois que je suis maso. Parce que j'adore ce qui m'arrive. Me battre tous les jours, (même si me faire aplatir comme un crétin faible est moins génial) sans jamais s'arrêter, boire une bonne chope de bière après, m'occuper de Lucia avec les conseils toujours justes de Tilda, qui je crois, aime bien ma fille, puis ensuite aller se promener dans la ville pour passer du temps (Et faire quelques batailles de boules de neige) avec Ysolda et parfois Freyja également... Tout ça ne peut que me donner du bonheur! Alors que cette fameuse première journée avait été un véritable cauchemar vivant, ces derniers jours me semblaient presque trop calmes.
Tilda m'a d'ailleurs apprit qu'elle faisait régulièrement la classe aux enfants des Compagnons. Leur apprendre à lire, écrire et compter, en plus de leur apprendre l'histoire de Bordeciel, la mythologie de ce pays et quelques notions de spiritualités et de la religion des neufs divins. Lorsqu'elle me dit que si je comptais rester dans les Compagnons, elle pouvait également prendre Lucia dans sa petite classe improvisée, j'en fut très heureux. Je ne voulais pas que ma fille ne devienne une illettrée en grandissant, alors que moi j'ai eu le droit à l'éducation totale avec mon père.
Donc tous les matins entre le déjeuné et le repas du midi, ma fille ainsi qu'une petite dizaine d'enfants de tous âges, allant de 4 à 12 ans, apprenait lettres et chiffre sous la supervision de Tilda, qui était une enseignante très sévère.
C'est également à ce moment-là que j'ai appris qu'il y avait finalement d'autres Compagnons. Peu de mon âge, la plupart avaient dans la trentaine avancée et la raison du pourquoi je ne les avait pas vu à mon arrivée, c'était parce qu'ils ne dormaient pas tous à Jorrvaskr. La majorité d'entre eux avaient même une femme et des enfants avec une maison où les accueillir!
Je n'étais pas l'unique Compagnon également père de la place, chose qui me rassurait énormément. À ma grande surprise, tous les membres du cercle étaient célibataires cependant. Même Skjor, qui pourtant avait plus de quarante ans!
Et les seuls Compagnons de sexe féminin étaient donc bien Njada, Aela et Ria. Tous les autres étaient des hommes, dans la force de l'âge pour la plupart d'entre eux. En fait, Ria était la plus jeune d'entre nous, âgée de 15 ans seulement. Puis il y avait... Moi. 17 ans et demi quand même. Tous les autres avaient au dessus de 22 ans, c'était presque la honte!
Tout cela, je l'ai apprit de Tilda, la seule parmi Jorrvaskr qui accepte de me parler normalement. Généralement c'était à propos des progrès de Lucia, qui savait aujourd'hui toute les lettres de l'alphabet et tous les chiffres par coeur, de 1 à 20, après seulement un mois d'école! Je suis si fier de ma fille... Comment ais-je put penser une seule seconde à l'abandonner?
-Reste concentré sur le combat saleté de gamin! Hurla soudainement une voix, me faisant sortir de mes pensées et remonter ma garde.
Je résista le plus longtemps possible face à Farkas, mais finalement je me fis rétamer une nouvelle fois et je me relevai plus lentement cette fois. Le souffle court, les poumons en feu, les bras remplis de nouvelles contusions, les jambes un peu tremblantes et la fatigue chauffant mes muscles, pourtant un sourire étirait mes lèvres. Malgré ma situation peu enviable, j'apprécie cette situation. J'ai bien compris ce que Kodlak avait tenter de me faire comprendre il y a six semaines, que Vilkas n'était pas du genre à épargner les nouveaux par pitié, et que c'était pour les (me) rendre plus fort qu'il était aussi mauvais avec eux (moi). Farkas jeta un coup d'oeil vers son frère mais celui-ci secoua la tête négativement. Traduction : non ce n'est pas fini.
Et tant mieux, j'ai encore de l'énergie à revendre!
Farkas avança à nouveau vers moi et donna un coup de poing vers mes côtes. J'évitai le coup en me décalant d'un pas vers le côté et en profitai pour donner un coup de pied dans le ventre du mastodonte devant moi. Mais mon coup n'est pas assez fort, puisque Farkas ne recule que de quelques pas avant de charger à nouveau.
Je ne tiens que quelques secondes avant de me retrouver de nouveau par terre, sur le dos cette fois. Je tentai de me relever, mais par tous les divins, je suis claqué...
-Tiens, tu as tenu une fraction de seconde supplémentaire face à mon frère, c'est impressionnant. Ironisa Vilkas. Décidément, tu n'as rien à faire ici, Rougegarde.
Je grognai à ses paroles. Mais ferme-là toi, attend que je me lève, je vais te faire la peau... Le ciel couvert de nuage blanc est si flou, si aveuglant, mais putain je réussi à me mettre sur le ventre. La neige piétinée fond légèrement à mon contact, trempant un peu plus la chemise que je portais et me faisant frissonner. Je m'appuyai de mes deux mains et réussi à redresser mon torse. Le souffle erratique, je m'appuis sur un genou pour enfin réussir à me mettre à quatre pattes. À partir de là, c'est un peu plus facile...
S'appuyer sur mes genoux, pousser de la plante de mes pieds, forcer mes muscles à bouger mon corps, garder mon équilibre, redresser la tête et finalement se tenir droit.
J'ai à peine le temps de lever les bras qu'une main gantée me frappa soudainement dans la mâchoire, me faisant reculer jusqu'à être plaqué contre un mur de pierre froid. Ma tête heurta la pierre et je vis flou. D'autres coups me malmenèrent de tout côté et je me protégeai du mieux que je pouvais en levant ma garde, mais je ne pouvait rien faire d'autre. Puis, cela fut fini. Je n'entendais qu'en sourdine, ne voyait pratiquement plus rien, même respirer me semblait si compliqué.
J'avança néanmoins d'un pas. Sourit malgré la douleur. Et cracha un filet de sang par terre avant de ricaner :
-J'suis encore debout c'te fois.
Puis un voile noire m'envahit, et je n'entendis plus rien du tout.
Farkas avança d'un pas, prévoyant la chute du gamin, mais fut surpris de voir qu'il restait debout. Il était encore conscient, même après le déluge de coups que lui avait donné Vilkas? Ça semblait presque impossible...!
-... Farkas va chercher l'amie mage du gamin. La blonde qui travaille chez Arcadia. Dit soudainement son frère.
-Mon frère... Elle ne voudra pas venir, elle a déjà manifesté sa colère devant notre recrutement.
-Précises-lui que le recrutement est terminé.
Farkas ouvrit grand les yeux et regarda à nouveau le bleu devant lui. Puis il comprit. Ce gamin était bel et bien évanoui... Mais il s'était évanoui debout! Comme il l'avait dit avant de perdre connaissance, cette fois, il était resté debout.
Et visiblement, cette fois, il y avait quelque chose de plus, une chose qui se trouvait être ce que cherchait son frère. Il partit donc au pas de course chercher l'amie blonde du gamin, profitant au passage pour annoncer à tous la nouvelle ; Nachael Draconis était à partir de maintenant un de leurs frères d'arme.
Et tous levèrent une chope pour fêter la nouvelle.
Merci pour votre lecture et à la semaine prochaine! Laissez des commentaires en sortant, c'est toujours agréable!
Prochain chapitre : 6 Décembre 2016
