Milou: Allez, voilà la suite ! Je suis contente que cette fic bizarre te plaise en tout cas ! Merci beaucoup !

La référence du chapitre précédent était "il s'en excuserait presque d'exister", du récent film Yves saint Laurent. Et celle ci, alors ? Elle est plus simple à trouver, à mon sens !

On n'hésite pas à laisser une review quand on lit, ça fait toujours plaisir !


Chapitre 4 :

Lighting avait toujours adoré voir les rayons de soleil traîner avant de se coucher. Elle aimait leur lueur rougeâtre et presque crème, plus douce que n'importe quelle autre teinte. Rien n'était criard la dedans. Tout simplement d'une beauté mesurée. Un peu comme le crépis arraché de cette vieille maison. Comme si tout avait été enlevé manuellement, les derniers bouts restants formaient comme des paysages sur la pierre. Bien lointain, certes, mais bien visibles. Des forêt, des routes, des plages. De toute façon, tout était si triste dans la vieille Paris qu'il était bien permis d'imaginer ce que l'on souhaitait. Avoir le droit de rêver était inaliénable.

- Et bien, il serait grand temps de faire des travaux ici !

L'exclamation de Fang attira l'attention de la jeune femme. Cette dernière tourna la tête pour voir la brune donner un léger coup de pied dans une pierre abandonné sur le trottoir. En effet, rien n'était neuf. Mais tout semblait trop figé pour être réparé. Un peu comme les automates, dont les restes gisaient la aussi comme de vulgaires déchets. Et personne n'osait les toucher.

Lightning lâcha un soupir, avant de passer une main lâche dans ses cheveux secoués de vent. Le vent. Doux comme agressif, sifflant dans ces rues trop étroites. Rues dans lesquelles les deux femmes marchaient depuis quelques heures avant de pouvoir enfin se retrouver là. Devant cette bâtisse si haute qu'elle en crevait le ciel. Si haute qu'elle semblait pouvoir faire de l'ombre aux sphères du ciel avec ses grands arbres aux feuilles mortes. Cette vision arracha un sourire à Lightning. On pouvait croire cette maison coiffée de cheveux. De grands cheveux aussi desséchés qu'elle.

Au creux de sa main, la photo. Elle ne la lâchait pas, et ne la lâcherait pour rien au monde. Elle était son trésor. Sa part de lumière dans l'ombre constante de cette ville pourtant si belle. Car on ne pouvait nier sa beauté. Nulle part ailleurs on ne pouvait admirer pareil merveille. Les campagnes étaient trop sèches pour cela, les montagnes trop grandes, les déserts trop chauds. Bien que personne n'ait jamais trop su pourquoi tout était devenu si terne, tout l'était devenu. Et la vieille Paris était encore vivable, elle. Bien que dure. Elle s'étendait un peu sur trois étages, et à chacun d'eux vivaient la population. Mais bien que reliés entre eux, les différents étages ne se fréquentaient pas vraiment. Leurs habitants ne se parlaient pas plus que ça. Ils se regardaient, dans les cabarets. Car après tout, qui irait parler à une automate au lieu de regarder ses formes bouger gracieusement au rythme des danses ? Qui irait adresser des politesses aux réfugiés du dessus, ou aux nobles du dessous ? C'en était devenu pesant. Appartenir à plusieurs mondes n'était pas une tâche facile, mais on s'y faisait. On était bien obligé de le croire.

Il fallait aimer être seul pour rester à la surface, ou l'être sans le vouloir. Alors Lightnin était restée. Elle et Fang n'avait pas eu le choix. Et Lightning n'avait jamais voulu tenter de descendre. Elle avait laissé sa sœur le faire à sa place. Et depuis, elle était seule. Seule au point de prendre la vie des autres sous forme de photo. Pour la donner à d'autres gens seuls. Il y en avait si peu, à la surface. Que des enfants abandonnés de leurs parents trop pauvres pour descendre avec eux. Eux n'avaient pas choisi d'être en bas. Pourtant, ils y étaient. Et ils y vivaient comme ils le pouvaient. En pleurant de faim sur les trottoirs, en se débrouillant, en regardant les nuages passer depuis les murets, en glanant, en dormant enroulés dans un vieux drap. On les appelait les enfants du jour. Car malgré tout, eux pouvaient voir le jour mieux que personne. Ils le voyaient, lui et son vrai soleil, comme jamais les enfants de la haute ne pourront le voir. Ils le voyaient debout dans un champ ou assis sur un mur. Ils le voyaient. Et Lightning était fière d'être comme eux. Elle était heureuse d'appartenir à leur monde.

- On va voir en haut ?la réveilla Fang en s'approchant d'elle.

Le contact de sa main contre son épaule la laissa frissonner. Lentement, Lightning hocha la tête. Elle aimait Fang comme elle n'aurait jamais pu le dire. Elle l'aimait pour cette fraîcheur dont elle faisait preuve. Pour sa vivacité comme pour ses sarcasmes. Pour ce qui les rendait si différentes et pourtant si attachées l'une à l'autre. Elle l'aimait pour ses formes souveraines et ses cheveux sombres. Elle l'aimait pour tout. Elle l'aimait pour les sourires qu'elle lui arrachait sans rien dire.

Jamais Fang n'avait été lâche. Et elle avait eu besoin de trop de courage pour qu'on puisse un seul instant le prétendre. Elle avait dû l'être. Ses parents morts trop jeunes pour lui permettre de s'évader de la surface ne lui avaient rien laissé. Alors elle avait été courageuse pour vivre.

- Je me demande bien ce que l'on va trouver là dedans, marmonna finalement Lightning en posant une main sur la rampe de l'escalier.

Fang lui emboîta le pas en soupirant bruyamment.

- Sans doute rien, lâcha-t-elle. Il vaut mieux pour toi que l'on soit réaliste.

Lightning stoppa net son pas sur la seconde marche. Elle sentit ses épaules se relâcher légèrement, avant de retrouver une contenance à peu près correcte. Parce qu'elle voulait le trouver. Quoi que l'on puisse dire, il faisait parti de sa vie. Quel que soit son nom ou son âge. Qui qu'il soit. Elle l'aimait juste pour l'espoir qu'il lui donnait. L'espoir de renouveau dans sa vie trop simple. Dans sa vie trop morne.

- Je le trouverais quoi qu'il advienne, rétorqua-t-elle en fronçant les sourcils.

Puis elle reprit sa marche vers l'étage. Rien n'avait changé, pour l'instant. Figée dans le temps comme le reste, l'intérieur du logement était calme. Et juste élimé comme une robe que l'on aurait trop porté. Juste vieilli comme si ses habitants étaient partis pour un voyage assez long.

La jeune femme sentit sa respiration se faire violente à l'approche de la porte d'entrée. Bien qu'elle ne s'affole pour peu de chose. Elle avait conscience que malgré son obsession dévorante pour cet homme, elle ne le verrait sans doute pas. Et pourtant, elle avait bien peur de se présenter à lui. Pour une fois dans sa vie, Lightning avait peur de ne pas plaire. De ne pas être comme lui le souhaitait. De ne pas être ce qu'il avait été pour elle. Elle craignait que ses cheveux soient trop roses, son visage trop fermé. Elle en était plus tendue encore. Elle ne savait pas trop pourquoi, ni trop comment cette simple photo pouvait lui faire tourner la tête à lui en donner le vertige. La vérité était qu'elle ne voulait même pas le savoir. Parce qu'après tout, cela ne lui faisait pas de mal. Au contraire, ne plus rien contrôler d'elle n'était pas si désagréable. Elle si froide et si droite, elle s'en remettait à ses sens pour la guider vers son petit coin de paradis imaginaire. Un peu comme une enfant l'aurait fait. Cet homme lui arrachait quelques bouts d'innocence.

Derrière elle, les pas de Fang résonnaient plus ou moins bruyamment. Cela dépendait de l'anxiété de la brune. Non pas qu'elle soit trop inquiète, mais elle appréhendait juste la déception de Lightning. Car même si Lightning ne montrait pas ses blessures, elle en avait. Et en rajouter aux anciennes n'étaient pas réellement une bonne chose. Il y en avait trop, et des biens trop grandes, cachées sous cette tête rose. Fang était bien la seule à le savoir, et sans jamais lui avoir poser la question. Lightning ne lui avait pas dit non plus, mais tout se sentait. Il y avait des sujets que jamais les deux femmes n'abordaient. Des sujets devenus trop sensibles même pour la plus forte des femmes. Même pour Lightning et sa peau de glace. Et si cette jeune femme ne parlait, elle avait ses raisons. Des raisons qui, au fond, n'étaient pas fausses.

La voyant ainsi soudainement se figer devant une porte fit hausser les sourcils à Fang. Avant qu'elle ne se décide à l'ouvrir pour elle. Passant un bras par dessus les épaules de son amie, elle actionna la poignée à sa place. Elle fut surprise de ne pas avoir à forcer pour l'abaisser, vu la vieillesse de l'habitation. A croire qu'elle avait été forcée un peu plus tôt.

- Nous y sommes, murmura-t-elle en poussa doucement la porte pour que Lightning entre.

La jeune femme s'exécuta quelques secondes après. Ouvrant un peu plus les yeux, elle fut comme soulagée que rien n'ait changé. Cet endroit restait lui aussi une part d'elle même. L'évier rouillé, les casseroles, tout. Tout était encore intact et à sa place. Elle n'aurait eu aucun mal à imaginer une famille au milieu de tout ça. Et pourquoi pas la sienne.

Même le verre brisé sur le parquet ne lui semblait pas étrange. Elle aurait pu vivre parmi ces débris qui donnaient un certain charme à la décoration moderne de cet intérieur dénué de poussière. Les chaises renversées auraient juste pu l'être par des enfants jouant ou par une dispute si fréquente de couple. Relevant un peu plus le regard, elle fit quelques pas pour quitter l'entrebâillement de la porte. Laissant Fang se faire une place à sa droite, elle se dirigera à petits pas vers le salon. Serrant plus encore la photo entre ses mains, son esprit la replaça automatiquement à l'endroit où elle l'avait trouvé. Jusqu'à ce que ses yeux ne tombent sur le grand canapé de cuir griffé, contre le mur.

Sur les coussins déchirés étaient tombés le grand tableau aux couleurs fanées, accroché auparavant au dessus. Les brisures de verre avaient coupé par endroit ce cuir de qualité que Lightning avait pourtant trouvé si beau. Mais ce détail ne la fit même pas sourciller. Toute son attention était portée sur autre chose. Et jamais elle n'aurait pu en revenir. Tout semblait disparaître autour d'elle, même Fang, qui pourtant, avait posé une main sur son épaule tremblante. Debout, une rose à la ceinture, un jeune homme la dévisageait, près du mur. Il la dévisageait sans doute autant qu'elle le dévisageait.

Sans même pouvoir s'en empêcher, Lightning se rapprocha de lui, ses jambes semblant se dérober sous elle. D'un geste mal assuré, elle effleura sa joue du bout des doigts. Elle avait froid. Elle avait l'impression désagréable d'un millier de chevaux galopant le long de son dos. Elle avait la sensation des plus étrange de se perdre dans les immenses yeux verts qui la regardait avec étonnement.

- Tu es...réel ?souffla Lightning en dépliant la photo qu'elle tenait.

Un instant, le jeune homme en face d'elle haussa les sourcils, puis se glaça à la vue du cliché que tenait la jeune femme. Seul ses cheveux gris semblaient se mouvoir.

Jamais Lightning n'aurait pu l'imaginer comme cela. Il était jeune. Et il était beau. Une peau blanche et froide, des cheveux argents, des yeux brillants. Jamais elle n'aurait pu croire qu'elle le trouverait de cette manière. Ses pensées n'en étaient que plus déraillé. Elle l'avait trouvé. Elle avait retrouvé son espoir. Le seul qui avait jamais pu lui en donner. Le seul qu'elle avait vraiment voulu voir. Elle le voyait. A un tel point que ses membres en tremblaient. Jamais elle n'aurait pu se sentir aussi perdue pour quelqu'un d'autre, elle en était certaine. Alors pourquoi pour lui, elle ne le savait. Mais c'était une chose dont elle n'avait que faire.

Elle se voyait un peu comme dans un miroir. A la même taille qu'elle, il la regardait comme elle le faisait. Mais lui semblait plus effrayé. Dérouté. Lui s'y attendait sans doute encore moins. Il sembla tenter un geste, alors que la pression de la main de Fang se faisait plus grande. Mais rien n'y faisait. Lightning était comme déconnectée de la réalité. Hors du temps. Elle ne sentait même plus le sang afflué contre ses tempes. Juste une pression écrasante derrière ses côtes. Contre son cœur.

- Je...

La voix mal assurée de cet homme lui parut comme lointaine. Elle eut même du mal à arquer un sourcil. Qu'elle relâcha immédiatement. Sa voix était belle. Claire et non trop grave. Sa voix était tout comme lui, particulière.

Elle crut tomber lorsqu'il effleura sa main. Ne comprenant d'abord pas la signification de ce geste, elle esquissa un froncement de sourcils en le voyant prendre la photo qu'elle tenait si fermement. Pour néanmoins le laisser faire. Après tout, c'était lui. Ce devait être sa photo. Son visage.

- Croyez vous aux miracles mademoiselle ?finit-il par demander.

Lightning s'arrêta un moment de penser pour planter ses yeux dans les siens.

- Pas aujourd'hui, non.

Ce fut la seule chose qu'elle parvint à murmurer.