Bonsoir-bonsoir ! ^^

Voici le troisième chapitre, un peu plus long que les autres, je crois…

Bonne lecture ! :)

PS : aucun des personnages ne m'appartient (autrement, ça se saurait ! ^^).

CloudeGirofle

CHAPITRE III : EDWARD

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Le lendemain, j'arrivais plus tôt au lycée. J'étais assez nerveux quant à Hale, car je n'avais aucune idée de l'attitude que je devais adopter à son égard : c'était la première fois que j'étais ami avec quelqu'un de ce lycée.

Je décidais donc de l'attendre sur un des bancs du parking, écouteurs sur les oreilles, et de voir ce qu'elle ferait.

Je n'avais pas eu le temps de faire sa connaissance la veille, elle avait dû partit après le cours de biologie pour régler quelques derniers détails administratifs. Au bruit de la sonnerie, elle avait cogné son poing contre le mien avec un « Salut ! » claironnant et avait disparu, happée par la foule des élèves qui se pressaient pour la cantine. J'avais donc déjeuné seul, comme d'habitude, mais n'avait pas eu à subir cette fois les insultes moqueuses de Mike et sa bande. Je ne sais si ce fut grâce au regard noir que leur lança Angela ou non, mais ce fut rudement agréable de déjeuner en paix avec ma musique.

Quand je rouvris les yeux sur le monde qui n'était plus celui de Debussy, le parking avait déjà commencé à s'emplir. Je sentis mon ventre se nouer. L'idée que Rosalie puisse m'ignorer comme si le cours de la veille n'avait jamais existé me donnait la nausée : peur, rage, frustration, tristesse…désillusion…

Je frissonnais. Il fallait toujours être sur ses gardes. Toujours. Ne pas faire confiance aux gens, prendre de la distance vis-à-vis d'eux. Ils pouvaient toujours reprendre ce qu'ils avaient donné, c'est pourquoi, mieux valait ne pas y accorder trop d'importance. Voire, même refuser.

Mais refuser la main tendue, que j'avais espérée si longtemps, avait été au-dessus de mes forces.

A moi d'en payer les conséquences…

Le vrombissement d'un moteur qui ne m'était plus si inconnu me tira de mes sombres prédictions. La décapotable rouge se gara en un rien de temps sous un arbre, et Hale en sortit avec la même grâce exubérante que la veille. Elle fendit la foule des curieux en deux-trois mouvements avant de me repérer, seul sur mon banc.

Elle me fit un large signe de la main, attirant tous les regards sur moi, et me rejoignit en quelques longues et souples foulées.

- Salut l'ami ! Fit-elle en me présentant son poing.

Je tapais dans le sien en souriant.

- Salut.

- Alors, je t'ai manqué depuis hier ?

Je sondais son regard à la recherche d'une quelconque trace de méchanceté ou de moquerie, mais n'en trouvant aucune, je me détendis un peu plus.

- Atrocement ! Souris-je.

- Je suis addictive, que veux-tu ! Tu ne pourras pas nier que je t'avais prévenu… Acheva-t-elle avec un ton soudainement beaucoup plus sérieux.

Alors que je cherchais désespérément une répartie intelligente, voir même drôle, la sonnerie retentit, et nous nous levâmes à contrecœur du banc.

- Tu as cours de quoi ? Demandais-je timidement.

- Euh…Lettres, je crois. Et toi ?

- Mathématiques.

- Bon, et bien à tout à l'heure !

Et sous mon regard ébahi, elle attrapa son lourd sac de cuir et marcha nonchalamment vers le bâtiment C.

D'accord, et maintenant ?

Au signal de la deuxième sonnerie, je l'imitais – mais en courant, car le professeur de maths des terminales avait la réputation d'être plutôt à cheval sur le règlement. J'arrivais en classe essoufflé, mais à l'heure. Mr Smith me dévisagea curieusement derrière ses grosses lunettes à monture carrée, et je devinais avant même qu'il n'ouvre la bouche que ma réputation m'avait précédée.

- Voilà donc notre cher monsieur Cullen… Prenez place je vous prie, tiens, à côté de mademoiselle Swann…voiiilà.

Je sortis ma trousse et mon cahier, le ventre noué. J'espérais de tout cœur ne pas avoir à subir un discours de Mr Smith quant aux vertus du travail sur l'aisance naturelle, etc… Malheureusement, il ne fallait pas trop en demander.

- Bonjour, je suis votre nouveau professeur de mathématiques, Mr Smith. Je tiens à rappeler à certains et certaines d'entre vous qu'on ne peut se permettre en terminale de vivre sur des acquis ou sur des…facilités naturelles, et qu'un travail rigoureux et régulier est exigé de ma part ! Bien, conclut-il en plongeant son regard mauvais dans le mien, maintenant que les choses sont mises au clair, au travail !

A ma droite, Eric m'adressa un signe goguenard de la main, que Mr Smith fit semblant d'ignorer.

- Nouvelle année, nouveau chapitre, nouvelle page : les exponentielles !

Une bonne dizaine de minutes plus tard, quand Mr Smith interrogeait avec un plaisir vicieux un élève au tableau sur un problème dont il ne comprenait pas même l'énoncé, Belle me toucha le coude.

- Désolée pour tout à l'heure, ce prof est un vrai con…

- Tu peux le dire, crachais-je en fusillant ce dernier du regard. Mais bon, t'inquiète, c'est pas grave…

Je répondis à son doux sourire.

- Tu as réussi à t'échapper des griffes d'Eric ? M'étonnais-je.

- Je lui ai dit vouloir aller au premier rang pour mieux suivre, ça l'a tout de suite calmé, s'amusa-t-elle.

- Ouais, tu m'étonnes…

- Edward ?

- Hum ?

- Tu veux bien déjeuner avec Angela et moi ? S'il te plait ?

Comme je faisais mine de secouer la tête, elle insista :

- Pour une fois…

- Bells, soupirais-je, tu te souviens la dernière fois que tu m'as parlé en public ? Ton casier a pris feu. Et la fois où Angela m'a défendu contre Mike ? La mémoire de l'ordinateur de la rédaction de son journal a malencontreusement était effacée… Je suis désolée Bells, mais je refuse de vous apporter encore quelques uns de ces accidents, et…

- Mais Edward, je parlerais à Mike, je pourrais même sortir avec lui pour…

- Non, mais ça va pas ?

Emporté par la rage, je n'avais pas réalisé que les voix s'étaient tues autour de nous et que par conséquent…j'avais hurlé au beau milieu de la classe silencieuse – réveillant quelques une de mes camarades, par la même occasion.

- Mr Cullen, grinça la voix de notre professeur, vous avez peut-être une information d'une importance capitale à nous communiquer ?

Je déglutis devant son regard noir, et jetais un coup d'œil au tableau. Je repensais à Hale.

- Oui, effectivement Monsieur, bafouillais-je en tâchant néanmoins de relever le menton. Il y a une erreur dans la correction de l'exercice 2, c'est lim e^x = O, parce que x tend vers moins l'infini, et non plus l'infini…

- Comment ça ? Aboya-t-il.

Il se retourna vers le tableau en remontant ses lunettes sur le nez pour étudier avec attention les pattes de mouches qu'il y avait écrites.

- Tyler ! Au tableau ! Immédiatement !

Il se leva en soupirant d'un air qui se voulait détaché, mais ne parvint qu'à émettre une sorte de couinement effrayé.

- Alors, vous écrivez des âneries au tableau, maintenant ?

- Mais monsieur, bafouilla-t-il, c'est vous qui avez écrit la correction, et…

- Et insolent, avec ça ! S'indigna-t-il en levant théâtralement ses deux mains.

Mais un brouhaha de protestation s'éleva dans la classe, et il n'eut d'autre choix qu'écouter Tyler :

- Vous avez écrit la correction, parce que vous pensiez que la « bande de macaques analphabètes » que nous étions auraient forcément commis des err…

La classe approuva à grands cris, et Mr Smith, écumant de rage, m'écrasa d'un regard haineux. La sonnerie me tira une nouvelle fois de ce mauvais pas : je jetais mes cahiers et ma trousse pêle-mêle dans mon sac avant de courir comme un dératé hors de la salle.

Je m'effondrais contre les portes de la cantine, haletant, le cœur encore palpitant de ma course et de ma précédente montée d'adrénaline.

- Et, t'inquiète l'ami, me fit sursauter une voix, je ne vais pas m'envoler…

Hale me dévisageait, nonchalamment appuyée contre un casier, un sourire goguenard aux lèvres. Je devinais sous sa veste noire de cuir rugueux un autre T-shirt large, si large qu'il lui tombait presque sur les genoux. Ses boucles blondes, aussi ébouriffées que la veille, donnaient à air diablement féminisé à son visage d'Apollon.

- Je t'avais pas vue, dis-je timidement.

- Voilà qui fait toujours plaisir, ronchonna-t-elle en croisant les bras.

Je cherchais quelque chose à répondre, n'importe quoi…un compliment, une remarque gastronomique sur le fumet infâme qui nous parvenait des cuisines, ou encore atmosphérique sur les nuages qu'on pouvait voir s'accumuler dans le ciel, ou encore…

- Allez viens beau gosse, je crève la dalle…

Beau gosse ?

Je la suivis, hébété, jusqu'à la queue qui s'alignait sagement le long du mur, pour me mettre derrière un groupe de premières qui me sourirent méchamment.

- Et, l'ami, tu fous quoi ? M'apostropha sèchement Hale en m'attrapant par l'épaule. On va pas non plus attendre cent-sept ans !

- Mais-mais…Balbutiais-je en écarquillant les yeux.

Je n'étais pas certain de voir où elle voulait en venir.

- Bon, allez, je te montre !

Elle longea la file des élèves jusqu'à l'endroit où l'on prenait nos plateaux, puis s'immisça – s'incrusta, devrais-je dire – derrière eux.

- Eh, mais ! Protesta l'un des garçons en levant le bras.

Hale pivota sur ses talons et le darda d'un regard glacial. J'en eus un frisson.

- T'as quelque chose à dire, peut-être ?

Il rentra sa tête dans les épaules en grommelant, et n'osa rien ajouter quand Hale m'attrapa d'autorité par le col de ma chemise pour m'installer à sa suite. Je devais avoir l'air particulièrement abruti, puisqu'elle leva les yeux au ciel d'un air impatient.

- Et c'est bon, l'ami ! Remets-toi !

Puis, sans attendre ma réponse – qui ne serait de toute façon pas venue – elle commença à emplir son plateau. Enfin, si l'on pouvait appeler ça emplir. Une pomme et une bouteille d'eau. Je fixais son maigre repas avec un peu d'étonnement, ce qui me valut une tape sur l'épaule.

- Un commentaire Edward ? Aboya-t-elle.

Je secouais négativement la tête, et m'occupais avec grand soin de remplir mon propre plateau : soda, lasagnes, salade et crème au chocolat. J'avais comme l'impression que le reste de la journée me réserverait son lot de surprises, et que je ferais bien d'y être préparé…

Quand je la rejoignis après avoir payé, elle ne semblait plus m'en vouloir.

- Alors l'ami, avec qui déjeunons-nous aujourd'hui ? Chantonna-t-elle en balayant la cantine d'un regard.

Je manquais de m'étouffer. Je m'étais peut-être trompé sur son compte…

- Ca te dit Mike et sa bande ? Poursuivit-elle sans prêter attention à mes grimaces.

- Euh…non, pas vraiment, ils ne m'aiment p…

- Parfait, trancha-t-elle, on y va !

Et elle partit à longues enjambées s'asseoir à la table de ces sales types que je détestais – et qui me le rendaient bien.

- Salut ! Fit-elle en tirant une chaise pour s'asseoir.

Tous les regards se levèrent d'un même mouvement vers elle. La mâchoire d'Eric se décrocha littéralement, les yeux de Jessica lui sortirent de la tête, Tyler s'étouffa avec son soda…seul Mike, qui semblait on ne peut plus flatté que la nouvelle daigne choisir sa table pour déjeuner, parvint à garder contenance:

- Salut Rosalie, alors que…

- Hale, coupa-t-elle froidement, je te le rappellerais pas une deuxième fois.

Il toussota pour dissimuler sa gêne.

- Tu aimes Forks ?

- Honnêtement ?

Sa voix claqua.

- Non, mais bon, de toute façon ce n'est pas comme si j'étais là pour plus d'un an…

Il hocha la tête d'un air entendu, comme s'il partageait à fond son point de vue, alors qu'il n'avait pas écouté un mot de ce qu'elle venait de dire, le regard trop perdu sur son T-shirt, à l'endroit où aurait normalement se trouver son décolleté. Ce type me donnait la nausée.

Je continuais donc de manger mes lasagnes en silence, en ne prêtant qu'une oreille distraite à leur discussion : ils parlaient de moteurs de voitures italiennes ou je ne sais quoi, ce dont je n'avais strictement rien à faire.

Mais j'avais le cœur lourd : Hale riait froidement à leurs « traits d'esprit », sans se soucier de moi le moins du monde.

Quand j'eus avalé la dernière cuillerée de ma crème au chocolat, Hale ne m'avait toujours pas adressé la parole, et j'en eus brusquement assez. Quitte à être seul, autant l'être tranquille, et avec ma musique qu'ignoré au milieu d'eux tous. Je me sentais humilié, et…trahi.

- Edward ? S'étonna-t-elle quand je me levais de ma chaise avec un raclement métallique.

- J'en ai plus qu'assez, je me casse ! Grognais-je en ravalant mes larmes.

J'eus juste le temps de voir les yeux de celle qui avait été mon amie s'agrandir de stupeur et le sourire triomphant de Mike, qui, visiblement n'avait attendu que ça depuis de début du déjeuner, avant de me précipiter vers les portes de la cantine.

- Rosalie ! Appela la voix de Mike, ne perds pas ton temps ! Ce mec est un vrai paumé !

J'entendis un claquement sourd, puis la voix de Hale qui siffla :

- Je t'avais déjà prévenue connard, mon nom à moi c'est Hale, compris ? Compris ? Plus fort, j'ai pas entendu !

- Compris, souffla la voix atone de Mike.

J'entendis alors un deuxième claquement sourd.

- Et ça, c'est pour avoir traité mon ami de paumé ! Cracha-t-elle rageusement. Edward, attends ! Attends ! M'interpela Hale en s'élançant à ma suite.

Je l'ignorais et continuais de courir en direction du parking. Mais comme j'aurais dû m'en douter, elle ne fut pas longue à me rattraper : le bruit de ses pas s'approchait de plus en plus vite, et, en un bond, elle m'avait plaqué contre un mur, une main sur chacune de mes épaules, ses yeux plongés dans les miens.

Nous étions si proches l'un de l'autre que je pouvais sentir son souffle frais se mêler au mien. Instinctivement, je bloquais ma respiration. Mon ventre se noua, avec une chaleur étrangement douce et j'avais le sentiment de percevoir le monde qui m'entourait avec une sensibilité décuplée.

- Quoi ? Grommelais-je en tâchant d'avoir l'air blasé, et non blessé.

- Pourquoi tu es parti comme ça ?

Sa question n'avait rien de rhétorique : ses sourcils froncés témoignaient de sa sincère curiosité.

- Excuse-moi Hale si je ne tiens pas à te servir d'objet décoratif, mais…

- Hey, me coupa-t-elle avec un sourire narquois, tu ne crois pas que tu te montres un tout petit peu prétentieux l'ami ? Je veux bien que tu sois le mec le plus canon du lycée – ce qui, désolée, mais n'est pas un exploit en soi - mais on n'est qu'à Forks Eddy, réveille-toi un peu ! C'est grand les Etats-Unis, alors de là à t'autoproclamer comme objet d'art décoratif, c'est un peu fort si tu vois ce que je veux dire…

- Tu as déformé mes propos ! Protestais-je en dardant sur elle un doigt accusateur. J'ai dit « objet décoratif », pas « objet d'art décoratif », et…

Je me tus, réalisant la stupidité de mes propos. Hale dissimulait difficilement son fou rire, et je me sentis écumer de frustration.

- Qu'importe ! Rugis-je. Ce que je voulais dire, c'est que je ne supporterais pas encore une seule fois d'être à côté de toi, sans que tu m'adresses le moindre mot, comme si j'étais le dernier des crétins, alors que tu t'amuses gentiment avec Tyler et Mike, qui eux pour le coup sont les derniers des crétins !

- Ma parole…Souffla Hale d'un air ébahi quand j'eus fini ma tirade. Mais t'es jaloux !

- Quoi ? Haletais-je, encore sous l'émotion de mon discours contestataire. Non, absolument pas, je…

- Bon, t'as cours de quoi là ?

Abasourdi, je la dévisageais sans comprendre. Je n'avais aucune idée de ce qu'elle comptait encore faire, mais si elle espérait s'en tirer pour si peu…

- J'ai pas cours, grommelais-je, normalement je devrais avoir musique, mais comme je suis déjà au conservatoire…

- Parfait, trancha-t-elle, allez viens, on va discuter un peu, toi et moi !

- Mais, mais…balbutiais-je. Et tes cours ?

Et ma fierté ? M'agaçais-je contre mon manque de rancune : quelle crédibilité avais-je à présent ?

- J'ai sport, j'irais m'excuser à la fin du cours, dit-elle tranquillement en m'attrapant la main. Tiens, tu m'aideras à trouver une excuse d'ailleurs…

Puis, très naturellement, elle nous conduisit à un des bancs du parking, bien abrité sous un arbre. Elle s'assit en croisant les jambes, et m'invita à faire de même.

- Alors, je t'explique les règles, fit-elle gravement, une question chacun, avec trois jokers en poche… Des questions ?

- Je…euh…

J'étais un peu perdu. Déjà, qu'est-ce-que j'avais à raconter sur ma vie ? Et…

- Au fait, ça te dérange si je fume ?

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Bon alors - même si je ne me fais plus beaucoup d'illusions… - qu'en pensez vous ? ^^