Chapitre 4

La cloche sonne à midi tapante. A ma droite, Shelly dépose sagement sa paire de ciseaux sur le plan de travail et se baisse pour récupérer son sac de cours. Roulant des yeux, j'attrape la manche de sa robe de sorcière au moment où elle amorce un mouvement pour se lever, et la force à rester à sa place. Elle me glisse un regard surpris.

- Le cours de Botanique n'est pas terminé, dis-je d'un ton morne. Le professeur Londubat parle toujours.

Shelly fait la moue puis obéit. Ce n'est pas souvent, mais il arrive que Shelly décide que la cloche prévaut sur les professeurs, et de fait, qu'elle quitte la classe sans que l'adulte responsable de nous ne l'y ait autorisé. Au début, cela les déstabilisait, puis ils lui ont mis des retenues auxquels elles ne se pointaient jamais, avant de se décider à lui enlever des points pour insubordination. Pour éviter que Serpentard ne perde des points inutilement, il est de mon devoir de la surveiller lors de nos cours communs.

- Je veux vingt centimètres de parchemin sur l'influence de la pleine lune sur la pousse des alihotsy pour le prochain cours. A jeudi, fait le professeur Londubat avant de nous autoriser à quitter la classe.

Je relâche la manche de Shelly et elle file hors de la pièce sans m'attendre. Je rassemble mes affaires et quitte à mon tour la serre numéro quatre où nous étions en train d'étudier les alihotsy, et comment les différencier des bégonias tout simples auxquels elles ressemblent étrangement. En arrivant en cours deux heures plus tôt, et en me mettant devant ma plante en pot, je m'étais demandé si le professeur Londubat n'avait pas été pêcher ces bégonias dans mon jardin. Ceux de ma mère leur ressemble drôlement. Tellement d'ailleurs que si ma mère n'était pas moldue, je serais en train de me demander si elle ne fait pas de la pousse illégal d'alihotsy.

Je traverse le parc en direction du château et pénètre dans le hall d'un pas pressé, avant de passer dans la Grande Salle. Je pensais avoir marché assez rapidement pour rattraper Shelly, mais ce n'est pas le cas. Elle est déjà attablée devant une assiette de purée saucisse, à côté de Lucretia. Il faut croire que c'était la faim qui avait poussé la petite brune à vouloir quitter le cours avant que le professeur ne nous y ait officiellement autorisé.

Je rejoins mes deux amies à la table et me laisse tomber sur le banc, en face des filles, glissant mon sac de cours sous la table.

- Shelly s'est encore tiré avant la fin du cours ? Me demande Lucretia à peine ai-je commencé à remplir mon assiette.

- Presque, réponds-je, en déposant une côte de porc à côté de ma ration patates douces.

- Elle m'en a empêché, intervient Shelly en avalant sa purée.

Lucretia roule des yeux.

- Shelly, fais un effort et souviens-toi que tu ne peux pas faire ça à tous tes cours, dit-elle. Tous les profs ne sont pas comme Adrians.

- L'heure c'est l'heure, et j'avais faim. Ils n'ont qu'à faire en sorte de terminer leurs cours avant que la cloche ne sonne.

Lucretia et moi échangeons un regard avant de soupirer d'un bel ensemble, mais non sans esquisser des sourires amusés. Puis, nous déjeunons en silence, jusqu'à ce que Scorpius Malefoy et Albus Potter, accompagnés de Diane Smith et de June Dawn, ne se glissent à ma gauche.

- Ah non, hein ! S'écrie aussitôt Lucretia en menaçant Malefoy de sa fourchette au bout de laquelle est piquée un morceau de saucisse bien gras. Je vous préviens, je ne veux pas entendre parler de Quidditch.

Mon amie n'est pas très fan du sport préféré des sorciers, du coup, voir cinq des sept membres de l'équipe de Serpentard l'entourer a de quoi lui filer un sévère urticaire.

- T'inquiètes Nott, répond Diane, on est pas là pour ça. On voulait juste vérifier quelque chose avec Eve.

Mâchant un morceau de pomme de terre, je me tourne vers Albus, dont je sens le regard impatient me vriller la tempe.

- On a entendu Chloé Finnigan dire un truc curieux à une de ses amies de Poufsouffle en sortant du cours de Métamorphose à l'instant, commence le jeune Potter avec un sourire mauvais aux lèvres.

Je sourcille, me demandant de quoi il s'agit. En dehors de ceux de ma maison, je ne côtoie pas les cinquièmes années.

Puis, le nom de Finnigan fait écho en moi, et je me revois dans la douche des vestiaires avec Potter. Là, je fronce des sourcils. Merde, c'est quoi ce bordel ?

- Qu'est-ce que tu as entendu ? Demande Lucretia, curieuse comme un pou.

- Il paraîtrait que Eve va à Pré-au-Lard avec mon frère samedi.

Je m'étouffe avec ma moitié de pomme de terre que j'étais en train d'avaler lorsque Albus a lâché sa bombe. Malefoy me file de grands coups dans le dos pour m'aider à recracher ce qui ressemble maintenant plus à de la purée qu'à une pomme de terre digne de ce nom.

- Ne meurs pas maintenant, me prévient-il d'un ton calme, je n'aurais pas le temps de former un nouveau batteur pour le match contre les Serdaigle dans trois semaines.

Je me fiche de ce match !

- Vous avez fait quoi en cours de métamorphose aujourd'hui ? Demandé-je. Parce que je crois que quelqu'un a oublié de rendre à Finnigan son cerveau dans son état normal.

- Quand je l'ai entendu en parler, fait Diane, je l'ai prévenue qu'elle n'avait plutôt pas intérêt de faire courir des rumeurs à ce propos, sous peine de te voir débarquer en mode sauvage, mais elle a répondu que c'était James Potter lui-même qui le lui avait certifié.

Je plisse des yeux, mécontente, et ma tension se met à grimper dangereusement. Passer une semaine sans avoir à subir un mauvais coup de Potter, c'était trop beau. Et la trêve dans tout ça, elle était passée où, hein ? Je croyais que les Gryffondor n'avaient qu'une parole ?

- Je trouve ça bizarre, dit Albus entre deux bouchées de petits pois. Je croyais que vous aviez décidé de vous laisser tranquille l'un l'autre ?

- Je croyais aussi, réponds-je d'un ton aigre en parcourant la table des Gryffondor du regard, mais nulle trace de l'aînée des Potter.

- Eve, fait soudain Shelly, si tu ne veux pas te retrouver en retenue, tu ferais mieux de laisser couler.

Ouais, sauf que ce n'est pas dans mon tempérament, et que les habitudes ont la vie dure.

- Elle a raison, renchérit Lucretia d'un ton docte, tes parents ne vont pas te louper si t'arrêtes pas vite fait tes chamailleries avec Potter.

C'est elle qui me dit ça ?

Je la regarde en haussant un sourcil sceptique. Elle affiche un sourire grand comme le monde.

- Je plaisante. Tu veux que j'aille te chercher ta batte ? J'ai entendu dire que t'avais pas été loin de lui exploser sa tête la dernière fois avec le coup du tatouage.

Oui, Lucretia n'est pas la mieux placer pour m'empêcher de m'enfoncer dans les embrouilles jusqu'au cou. Malgré ses soucis neuronales, Shelly est mieux qualifiée pour ce travail. Allez comprendre.

- Bon, tu ne vas peut-être pas aller jusqu'à la tentative de meurtre non plus, intervient Albus d'un ton apaisant. Je connais mon frère, et s'il avait encore voulu te faire un coup tordu, il aurait choisi un autre moyen.

- En temps normal, j'aurais été d'accord avec toi, dit Malefoy, mais les rumeurs qui courent sur eux deux dans les couloirs ne se sont pas taries depuis la dernière attaque de ton frère. Faire croire qu'ils ont rancard tous les deux, puis ne pas se pointer au dit rancard, ça ficherait la réputation d'Eve complètement en l'air.

Alors que Malefoy exprime ce que je pense tout bas, Logan Crivey pénètre dans la Grande Salle. Il est blond, le teint clair, les yeux marrons et mon cœur ne peut s'empêcher de faire un soubresaut ridicule quand je le vois. Il est en septième année et batteur dans l'équipe de Gryffondor. Il a le sourire facile, notamment quand nos regards se croisent, et d'après ce que je sais, a une passion pour la photographie. Il pourrait être l'homme idéal, s'il n'était pas aussi l'un des plus proches amis de James Potter. Mais j'imagine que personne n'est parfait.

Comme il m'intéresse particulièrement depuis la fin de l'année précédente, j'avais envisagé de lui proposer d'aller ensemble à Pré-au-Lard ce week-end. Mais bien sûr, il avait fallu que cet abruti de Potter s'en mêle. Fallait que je règle cette histoire au plus vite, avant de griller toutes mes chances auprès de Crivey. Mais c'était peut-être déjà trop tard, vu leurs relations.

- Albus, tu sais où se trouve ton frère en ce moment ?

Le jeune Potter me fusille du regard.

- Arrête de croire que je connais son emploi du temps par cœur ! Je ne suis pas son agenda, compris ?

- Tu sers vraiment à rien, toi, dis-je sur un ton condescendant avant de quitter la table avec mon sac sur l'épaule. Lucretia, on se retrouve en cours de métamorphose à seize heures.

- Tu es sûre que tu ne veux pas que j'aille te chercher ta batte ? propose-t-elle avec un sourire joyeux, assez flippant.

Puis, je l'entends exprimer sa douleur à grands renforts de cris. J'imagine que Albus lui a filé un coup de pied. Il nous aime bien, mais pas au point de nous laisser frapper son frère sans réagir.

Comme j'ai trois heures et demi devant moi avant le prochain cours, j'ai largement le temps de mettre la main sur Potter. En espérant que pour lui aussi, ce sera une période de creux. Si c'est pas le cas, eh bien, je n'aurais plus qu'à faire ce que j'avais prévu à la base : commencer mon devoir de botanique.

O0o0O

James Potter n'est ni sur le terrain de Quidditch, ni près du lac, ni à la bibliothèque, et si j'en crois les dires de tous les Gryffondor que j'ai croisé, il n'est pas non plus dans sa salle commune. Puisqu'il ne se trouve pas non plus dans le patio du cinquième étage que je viens de passer au peigne fin, où peut-il bien se trouver ? Cela va faire une heure que je le cherche, et je commence à devenir passablement irritable car je n'ai pas eu le temps de manger à ma faim et que mon estomac commence à me le faire douloureusement savoir.

Est-ce qu'il pourrait se trouver aux cuisines ? Il sait que j'ignore où elles se trouvent et comment on y accède, contrairement à lui. Et s'il a un minimum de jugeote, il est sûrement en train de se planquer dans un coin. Je suis sûre qu'il n'est pas en cours, puisque j'ai vérifié auprès de l'une de ses congénères de Gryffondor, et elle m'a appris qu'aucun septième année n'avait cours avant seize heures le lundi. Ce qui me laisse jusqu'à mon cours de métamorphose pour lui mettre la main dessus.

Je jette un dernier regard sur le patio verdoyant et ensoleillé, où se prélasse quelques élèves de dernière année, puis fais demi-tour et emprunte le corridor entourant la cour à ciel ouvert qui me ramènera à l'intérieur du château. Au moment de passer la porte, je pile subitement pour éviter la collision avec l'uniforme rouge et or qui souhaite faire de même. Je relève la tête et constate que c'est un carambolage avec Crivey que je viens d'éviter.

- Ah, Brown ! S'exclame-t-il avec un sourire ravi. Tu tombes bien, James te cherche.

Je me frotte les oreilles. J'ai dû mal entendre. C'est moi qui cherche Potter. Lui, il est censé m'éviter.

- Il me cherche ? Demandé-je pour vérifier que j'ai bien entendu.

Crivey acquiesce d'un signe de tête.

Je ne sais pas ce que Potter me veut mais si, effectivement, on se cherche l'un l'autre, ça explique que j'ai du mal à lui mettre la main dessus.

- Je crois qu'il est du côté de la salle commune des Serpentard en ce moment, m'apprend Crivey. Si tu es rapide, il y sera peut-être encore quand tu arriveras.

J'hésite entre me presser d'aller trouver Potter, et rester un peu plus auprès de Crivey. Il est quand même un sacré régal pour les yeux. Et puis, le haut de sa chemise déboutonnée et ses avant-bras dénudés aux muscles joliment dessinés promettent monts et merveilles. Comme il doit être agréable d'être serrée dans ses bras . . .

- Merci pour l'info, dis-je en redressant la bandoulière de mon sac sur mon épaule, histoire de me donner une contenance après mes quelques secondes passées à baver sur la silhouette de Crivey.

- Je t'en prie, le plaisir était pour moi.

Un sourire en coin, un regard brûlant, et il s'éloigne. Ah, quel charmeur.

J'espère qu'il ne fait pas le coup à toutes les filles qu'il croise.

Je cesse de suivre du regard la silhouette de Crivey qui va s'installer sur un coin d'herbe, et reprends ma route, direction les cachots. J'espère que, comme l'a dit la tentation sur pattes, Potter sera toujours dans le coin.

En quelques minutes, me voilà dans le couloir où se trouve l'entrée de ma maison. Et comme prévu, Potter se trouve pile devant le mur nu et humide qui cache la portée dérobée menant à la salle commune des Serpentard. Je me demande si Albus connaît l'entrée de la maison Gryffondor, aussi bien que son frère semble connaître la nôtre.

Le bruit de mes pas attire l'attention de Potter qui, adossé au mur et les bras croisés, semblait plongé dans une intense réflexion. Il laisse ses bras retomber le long de son corps et se décolle des pierres. Avant qu'il n'ait pu prononcer un seul mot, je lui dis :

- J'ai croisé ton ami Crivey qui m' appris que tu me cherchais. Tu devrais pas plutôt être en train de te planquer comme si ta vie en dépendait ?

Potter soupire et pince l'arrête de son nez entre ses doigts d'un air douloureux.

- Aïe, marmonna-t-il, avant de s'exprimer plus clairement. J'espérais que tu ne serais pas au courant avant que je ne vienne te l'apprendre moi-même.

Je hausse un sourcil surpris. Je ne suis pas sûre de tout comprendre là. Est-ce qu'au moins on parle de la même chose ?

- Tu sous-entends que tu m'attendais pour m'apprendre qu'on est censé aller à Pré-au-Lard ensemble à la prochaine sortie ?

Potter prend une grande inspiration et se frotte le front.

- Ouais, c'est pour ça. Mais j'aurais dû me douter que tu le savais déjà.

C'est marrant mais, j'ai l'impression qu'il semble tout gêné. Comme si il n'était pas fier d'avoir raconté ce gros bobard à Finnigan. Du coup, je me demande si on a bien supposé à midi, et si c'est vraiment un coup tordu de la part de Potter. Finalement, Albus avait peut-être raison en disant qu'il connaissait son frère et que ce n'était pas son genre.

- Euh, Brown, pourquoi est-ce que tu n'es pas déjà en train d'essayer de m'exploser la tronche ? Demande soudain Potter en me regardant comme si je venais subitement de lui apprendre que j'avais une maladie incurable.

Croiser Crivey a suffit à calmer mes ardeurs meurtrières. Mais ça, il n'est pas obligé de le savoir.

- Je suis d'humeur magnanime aujourd'hui, réponds-je en croisant les bras sous ma poitrine. Alors, tu m'expliques ce qu'il se passe avant que je ne change d'avis et que je te transforme en chameau ?

Potter passe une main dans ses cheveux, intensifiant l'effet bordel qu'ils arborent nuits et jours.

- Bon, finit-il par lâcher comme pour se donner du courage, tu te souviens de ce que je t'ai raconté l'autre fois à propos de Finnigan ?

J'acquiesce d'un signe de tête, sans dire un mot, histoire de l'encourager à poursuivre.

- Comme tu peux aisément l'imaginer, ce n'est pas parce que j'avais réussi à l'éviter ce jour-là, qu'elle a pour autant abandonné. Samedi dernier, elle a réussi à me coincer dans un couloir. Désespéré, j'ai fini par lui dire que j'avais déjà rancard avec quelqu'un, même si c'était faux. Seulement, je ne m'attendais pas à ce qu'elle demande avec qui. Et le premier nom qui m'est venu à l'esprit, bah, c'est le tien.

Je papillonne des yeux, peu sûre d'avoir tout bien compris à la logique de Potter.

- Pourquoi est-ce que, parmi les noms de toutes les filles de Poudlard, est-ce que c'est le mien qui t'est venu à l'esprit en premier ?

Il hausse des épaules, avec l'air de celui qui se demande encore ce qui lui est passé par le cerveau à ce moment-là. Je soupire.

- Tu ne pouvais pas prendre une autre fille, franchement, lâché-je à mi-voix.

Bien qu'il n'était pas dans mon intention que Potter entende ce que je viens de dire, c'est pourtant le cas. Il glisse ses mains dans ses poches et m'adresse un sourire qui ressemble curieusement à une façon de s'excuser.

- Je suis un Potter, Brown. Prononcer le nom de n'importe qu'elle autre fille serait devenu problématique. Je me réjouis déjà d'avoir penser à toi car là au moins, je savais ce qui m'attendait. Enfin presque. Tu le prends vachement bien, c'est bizarre, ajoute-t-il en aillant un mouvement de recul et en me regardant comme s'il s'attendait à ce que je lui saute dessus à tout instant pour lui arracher les yeux.

Je roule des yeux. Il croit peut-être tout savoir de moi ? Je suis un être humain, je ne m'énerve pas à la moindre parole ou à la moindre action qui ne me ravit pas. Je sais que les gens peuvent avoir des circonstances atténuantes. Et dans ce cas-là, Potter marque un point.

Étant les enfants de Harry Potter, l'homme qui a sauvé des centaines de vies sorcières et moldues il y a de cela vingt ans, James, Albus et Lily ont régulièrement affaire à des espèces de fans dégénérés. J'ai vu une fois Albus se faire accoster par une première année complètement hors de contrôle. Elle lui a déchiré son uniforme, le mettant quasiment nu au beau milieu du hall d'entrée. Du coup, je peux comprendre que Potter ait choisi la carte de la sécurité en donnant mon nom, plutôt qu'en donnant celle d'une autre fille, qui certes aurait pu lui plaire, mais aurait aussi pu lui apporter pas mal de soucis. D'ailleurs, il est fort probable que Finnigan fasse partie de cette dernière catégorie. Elle semble en bonne voie en tout cas.

- Je sais que je vais certainement abuser en te demandant ça, reprend Potter en me tirant de mes pensées, mais pitié, viens avec moi à Pré-au-Lard. En gage de ta bonne foi pour la trêve.

Je le fusille du regard. Effectivement, là, il abuse. Je peux comprendre pourquoi il a annoncé à Finnigan qu'on a rancard ensemble, mais me rendre réellement à Pré-au-Lard avec lui, c'est une autre histoire. Faut pas pousser non plus.

- Je t'en devrais une de plus, précise Potter en levant son index pour marquer ses paroles, et faisant référence à la faveur qu'il me doit déjà, rapport au coup de la douche.

Je sens que Potter ne voudra pas me lâcher tant que je n'aurais pas accepté. Je ne sais pas pourquoi, mais je le sens venir gros comme une maison.

Puis, une idée fait lentement son chemin dans mon esprit. Bien que Potter ait dit à Finnigan qu'on avait rancard tous les deux, cela ne voulait pas dire que nous devions nous y rendre que tous les deux. Potter pouvait tout aussi bien inviter son bel ami à se joindre à nous. Après, il suffisait juste que je trouve une idée pour me débarrasser de Potter, et je me retrouverais seule avec Charmant. J'aurais mon rancard et, après mure réflexion, ce n'était sans doute pas une si mauvaise idée que Potter me doive des faveurs. Je pouvais utiliser l'une d'entre elle pour lui demander d'aller voir ailleurs si on y était, le moment venu.

Le plan savamment formaté dans ma tête, je regarde Potter d'un autre œil. J'esquisse même un sourire en coin, me félicitant intérieurement d'avoir eu ce coup de génie.

- OK, on sortira ensemble samedi, dis-je, mais à une condition.

Potter remet ses mains dans ses poches et plisse des yeux, suspicieux.

- Ton ami, Crivey, vient avec nous.

Potter affiche la tête de celui qui n'a pas tout compris.

- Qu'est-ce que Logan vient faire dans cette histoire ? Demande-t-il.

- Tu ne crois quand même pas que je vais accepter de passer toute une journée seule avec toi ? Réponds-je en m'approchant de lui. L'un de nous deux ne survivrait pas à une telle journée, alors il faut quelqu'un pour faire tampon. Crivey semble tout désigné pour ce job vu que c'est l'un de tes rares amis à être aimable avec moi.

Je suis en veine aujourd'hui moi. Ou alors mon cerveau carbure à toute allure, parce que je crois que je n'ai jamais eu autant de bonnes idées en si peu de temps. Heureusement que Charmant a le sourire facile, autrement, je n'aurais jamais eu une aussi bonne excuse.

- Bien, lâche Potter à contrecœur. Je verrais avec Logan si ça ne le dérange pas de venir.

- Il vaudrait mieux pour toi qu'il vienne, sinon notre marché est caduc, dis-je en passant à côté de lui et résistant à l'envie de le narguer. A plus, Potter !

Je l'abandonne sur ces mots, et chuchote le mot de passe au mur avant de pénétrer dans ma salle commune par la porte dérobée. Je glisse un œil dans le couloir quand celle-ci se referme, et aperçois Potter, toujours là, et passant une main énervée dans ses cheveux. Je souris, fière de moi.

Voilà une journée que je n'aurais pas perdue.